DE LA NATIVITÉ DE LA SAINTE VIERGE
Marie, Oûmblen heureuse UVlre mere de son Sauveur. Amour dont eUe a éie Iransporléc pour lui. A qurl de«ré de ((lolre elle doit être éln tt dans le ciel. Quels étalent 1rs lentlmroU d'arieclion de Jésus pour elle, liaison étroite qu’elle a avec nom par sa qualilé de Hère des Odéles. Erreur de la plupart de c«u qui se croient ses dévols. Qui sont ceua qu’elle admet au nombre de ses enlaots.
Qaù, pulas, puer iste erité
Quel peiua-imu que sera eet en/anl f Luc. i, 6«.
Avant la naissance du sauveur Jésus, tout ce qu'il y avait de gens de bien sur la terre, qui vivaient attendant la rédemption d’Israël, ne faisaient autre chose que soupirer après sa venue ; et par des vœux ardenU pressaient le Père éternel d’envoyer bientôt à son peuple son unique libérateur : que si parmi leurs désirs il leur paraissait quelque signe que ce temps bienheureux approchât, il^ n'est pas croyable avec combien de transports toutes les puissances de leurs âmes éclataient en actions de grâces. Si donc ils eussent appris à ia naissance de la sainte Vierge qu elle devait être sa mère, combien l'auraient- 11s embrassée, et quel aurait été i’excès de leur ravissement, dans l’espérance qu’ils auraient conçue d’étre présents à ce jour si beau , auquel le Désiré des nations commencerait à paraître au monde ! Ainsi ces peuples aveugles, qui , pour être trop passionnés admirateurs de cette iumière qui nous éclaire , défèrent des honneurs divins au soleil qui en est le père, commencent à se réjouir sitdt qu’ils découvrent au eleison avant-courrière I aurore. C’est pourquoi , A beureuse Marie , nous qui leur avons succédé, nous prenons part à leurs sentiments : mus d’un pieux respect pour celui qui vous a choisie , nous venons honorer votre lumière naissante, et couronner votre berceau ; non certes de lis et de roses, mais de ces fleurs sacrées que le Saint-Esprit fait éclore; Je veux dire , de saints désirs et de sincères louanges.
Monseigneur, c’est la seule chose que vous entendrez de moi aujourd’hui. L’histoire parlera assez de vos grandes et illustres journées , de vos sièges si mémorables, de vos fameuses expéditions , et de toute la suite de vos actions immortelles. Pour moi, je vous l’avoue. Monseigneur, si j’avais à louer quelque chose, je parlerais bien plutôt de cette piété véritable , qui vous fait humblement déposer an pied des autels cet air majesbieux, et cette pompe qui vous environne. Je louerais hautement la sagesse de votre choix, qui vous a fait souhaiter d’avoir dans votre
maison l’exemple d’une vertu si rare, par lequel nous pouvons convaincre les esprits les plus libertins , qu’on peut conserver l’innocence parmi les plus grandes faveurs de la cour; et dans une prudente conduite, une simplicité chrétienne. Je dirais de plus. Monseigneur, que votre généreuse bonté vous a gagné pour jamais l’affection de ces peuples; et si peu que je voulusse m’étendre sur ce sujet, je le verrais conflrmé par des acclamations publiques. Mais encore qu’il soit vrai que l’on vous puisse louer, vous et cette Incomparable duchesse, sans aucun soupçon de flatterie; en la place où je suis, il faut qiie j’en évite jusqu’à la moindre apparence. Je sais que je dois ce discours, et vous vos attentions, à la très-heureuse Marie. Ce n’est donc plus à vous que je parle, sinon pour vous conjurer. Monseigneur, de joindre vos prières aux miennes et à celles de tout ce peuple : afin qu’il plaise à Dieu m’envoyer son Saint-Esprit par l’Intercession de sa sainte épouse , que nous allons saluer par les paroles de l’ange: Ave.
Pour procéder avec ordre , réduisons tout cet entretien à quelques chefs principaux. Je dis, 6 aimable Marie, que vous serez à jamais bienheureuse d’être mère de mon Sauveur : car, étant mère de Jésus-Christ , vous aurez pour lui une affection sans égale ; ce sera votre premier avantage. Aussi vous aimera-t-il d’un amour qui ne soufffira point de comparaison ; c’est votre seconde prérogative. Cette sainte société que vous aurez avec lui , vous unira pour jamais trèsétroitement à son Père; voilà votre troisième excellence. Enfin, dans cette union avec le Père éternel , vous deviendrez la mère des fidèles qui sont ses enfants, et les frères de votre fils; c’est par ce dernier privilège que j’achèverai ce discours.
Je vous vois surpris, ce me semble : peut-être que vous jugez que ce sqjet est trop vaste, et que mon discours sera trop long , ou du moins embarrassé d’une matière si ample; et toutefois il n’en sera pas ainsi , moyennant l’assistance divine. Nous avancerons pas à pas pour ne point confondre les choses, établissant par des raisons convaincantes la dignité de Marie sur sa maternité glorieuse : et encore que je reconnaisse que ces vérités sont très-hautes , je ne désespère pas de les déduire aujourd’hui avec une méthode facile. J’avoue que c’est me promettre beaucoup; et à Dieu ne plaise, fidèles, que je l’attende de mes propres forces : j’espère que ce grand Dieu , qui inspire qui il lui plaît, me donnera la grâce aqjourd’hni de glorifier son saint nom en la per sonne de la sainte Vierge. I.e père s’intéressera
SUR LA NATIVITE
(lour sa fille bieu-aiinee; le fils pour sa chère mère; le Saint-Esprit pour sa chaste épouse. Animé d’une si beile espérance, que puis-je craindre dans cette entreprise? J’entre donc en matière avec confiance; chrétiens, rendez-vous attentirs.
raEMlEB POINT*.
Dites-nioi, je vous prie, chréliens, après les choses que vous avez ouïes, quelle opinion avezvous de cet aimable enfant qui vient de naître? quel sera-t-il à votre avis dans le progrès de son âge? Quis, pulas, puer isle eril? Pour moi, je ne puis que je ne m'écrie : O fille mille et mille fois bienheureuse d’être prédestinée à un amour si excessif pour celui qui seul mérite nos affections I
Vous n’ignorez pas que l’amour du Seigneur Jésus, c’est le plus beau présent dont Dieu honore les saints. Dès le commencement des siècles, il était, bien qu’absent, les délices des patriarches. Abraham , Isaac et Jacob ne pouvaient presque modérer leur joie, quand seulement ils songeaient qu’un jour il naîtrait de leur race Vous donc , d heureuse Marie , vous qui le verrez sortir de vos bénites entrailles; vous qui le contemplerez sommeillant entre vos bras , ou attaché a vos chastes mamelles, comment n’en serez-vous point transportée? En suçant votre lait virginal, ne coulera-t-il pas en votre âme l’ambroisie de son saintamour? et quand ilcommenceradevous appeler sa mère d’une parole encore bégayante ; et quand vous l’entendrez payer à Dieu son Père le tribut des premières louanges, sitôt que sa langue enfantine se sera un peu dénouée ; et quand vous le verrez dans le particulier de votre maison, souple et obéissant à vos ordres, combien grandes seront vos ardeurs I
Mais disons encore qu’une des plus grandes grâces de Dieu, c’est de penser souvent au Sauveur. Oui, certes, il le faut reconnaître, son nom est un miel â la touche; c’est une lumière à nos yeux , c'est une flamme à nos coeurs' : il y a je ne sais quelle grâce, que Dieu a répandue et dans toutes ses paroles et dans toutes ses actions; y penser, c’est la vie éternelle. Pensez-y souvent , b fidèles; sans doute vo'ts y trouverez une consolation incroyable. C'était toute la douceur de Marie : nous voyons dans les Evangiles que tout ce que lui disait son fils, tout ce qu’on lui disait de son fils, elle le conservait, elle le repassait mille et mille fois en son coeur ; Maria autem conserva
* Bosturt* pour eomm^nerr son discours, renvoie ici à un sermon sur la (k>inpatslon df> la saiole Vierge, Imprinié dans ce volume, et il se proposait dVn prendre depuis i'alinéa, J* dis donc, joiqu'i l'aiinéa, Et dirai-je, etc. exclusive* ment.
• i'. üermird- Serm xv ia Cnnt. o* 6, X. l, cul- lail
bat omnia verba heee in corde suo '. li tenait si fort à son âme , qu’aucune force ni violence n’était capable de l’en distraire : car il eât fallu lui tirer de ses veines jus(|u’â la dernière goutte de ce sang maternel , qui ne cessait de lui parier de son fils. Comme on voit que les mères prennent une part tout extraordinaire à toutes les actions de leurs fils, [ainsi Marie prenait le plus vif intérêt â tout ce qui regardait son cher fils. ] Quelle admiration de sa vie! quels charmes dans ses paroles, quelle douleur dans sa passion I quel sentiment de sa charité ! quel contentement de sa gloire I et après qu’il fut retourné à son père , quelle impatience de le rejoindre I Le docte saint Thomas , traitant de l’inégalité qui est entre les bienheureux ’, dit que ceux-là jouiront plus abondamment de la présence divine, qui l’auront en ce monde le plus ardemment désirée; parce que, comme dit ce grand homme, la douceur de la jouissance va à proportion des désirs. Comme une flèche qui part d’un arc bandé avec plus de violence , prenant son vol au milieu des airs avec une plus grande raideur, entreaussi plus profondément au but où elle est adressée ; de même l’âme fidèle pénétrera plus avant dans l’ablme de l’essence divine, le seul terme de ses espérances, quand elle s’y sera élancée par une plus grande impétuosité de désirs. Quesi le grand apêtre saint Paul , frappé au vif en son âme de l’amour de Notre-Seigneur, brûle d’une telle impatience de l’aller embrasser en sa gloire, qu’il voudrait voir bientôt ruinée cette vieille masure du corps qui le sépare de Jésus-Christ : Cupio dissolvi et esse cum Christo ’ ; jugez des inquiétudes et des douces émotions que peut ressentir le cœur d’une mère. Le jeune Tobie , par une absence d’un an , perce celui de sa mère d’inconsolables douleurs* : quelle différence entre mon Sauveur et Tobie !
S'il est donc vrai, sainte enfant qui nous fournissez aujourd’hui un sujet de méditation si pieux ; s’il est vrai que votre grandeur doive croître selon la mesure de vos désirs, quelle place assez auguste vous pourra-t-on trouver dans le ciel ? ne faudra-t-ll pas que vous passiez toutes les hiérarchies angéliques pour courir à notre Sauveur? C’est là qu'ayant laissé bien loin au-dessous de vous tous les ordres des prédestinés; tout éclatante de gloire, et attirant sur vous les regards de toute la cour céleste, vous irez prendre place près du trône de votre cher fils, pour jouir à jamais de ses plus secrètes faveurs. C’est là qu'étant
• Ltif. II. 10.
* / part. Qatrst. xil, .4rl. xi.
» Phii. I, 2.1.
♦ Tob. y , 23
Vjl n •
DE LA SA^TE VIERGE
charmée d’une ravissante douceur dans ses embrassements si ardemment désirés, vous parlerez à son CŒur avec une efDcacitc merveilleuse. Eh! quel autre que vous aura plus de pouvoir sur ce cœur, puisque vous y trouverez une si fidele correspondance; je veux dire l'amour lilial qui sera d’intelligence avec l’amour maternel , qui s’avancera pour le recevoir, et qui préviendra ses détirs?
Mous voilà tombés insensiblement sur l’amour dont le Fils de Dieu honore la sainte Vierge. Fidèles, que vous en dirai-je? si je n’ai pu dépeindre l’affection de la mère selon son mérite, je pourrai encore moins vous représenter celle du fils; parce que je suis assuré qu’autantque Motre- Seigneur surpasse la sainte Viergeen toute autre chose, d’autant est-il meilleur fils qu’elle était bonne mère. Mais en demeurerons-nous là , chrétiens?cherchons , cherchons encore quelque puissante considération dans la doctrine des Évangiles; c’est la seule qui toocheles cœurs : une seule perolede l'Ëvangtleaplusdepouvoirsurnosàmes, que tonte la véhémence et toutes les inventions de l’éloquence profane. Disons donc , avec l’aide de Dieu , quelque chose de l’Évangile : et qu’y pouvons-nous voir de plus beau , que ces admirables transports avec lesquels le Seigneur Jésus a aimé la nature humaine ?Permettez-moi en ce lieu une briéve digression ; elle ne déplaira pas à Marie , et ne sera pas inutile à votre instruction ni à mon sujet .
Certes, ce nous doit être une grande joie de voir que notre Sauveur n’a rien du tout désigné de ce qui était de l'homme ; il a tout pris , excepté le péché ; je dis tout jusqu’aux moindres choses , tout jusqu’aux plus grandes infirmités. Je ne le puis pardonner à ces hérétiques qui ayant osé nier la vérité de sa chair, ont nié par conséquent que ses souffrances et ses passions fussent véritables. Ils se privaient eux-mêmes d’une douce consolation : au lieu que reconnaissant que toutes ces choses sont effectives, quelque affliction qui me puisse arriver, je serai toujours honoré de la compagnie de mou Maître. Si je souffre quelque nécessité, je me souviens de sa faim et de sa soif, et de son extrême indigence ; si l’on fait tort à ma réputation ,• il a été rassasié d’opprobres , > comme il est dit de lui ■ : si je me sens abattu par quelques infirmités, il en a souffert jusqu’à la mort : si je suis accaMé d’ennuis, que je m’en aille an jardin des Olives; je le verrai dans la crainte , dans la tristesse , dans une telle consternation , qu’il sue sang et eau dans la seule appréhension de son supplice. Je n’ai Jamais oui dire
^ rkrvt. III, au.
que cet accident fût arrivé à d’autres personnes qu’à lui; ce qui me fuit dire que jamais homme n’a eu les passions ni si tendres, ni si délicates , ni si fortes que mon Sauveur, bien qu’elles aient toujours été extrêmement modérées ; parce qu’elles étaient parfaitement soumises à la volonté de son l’ere.
Mais de là, me direz- vous, que s’ensuit-ii pour le sujet que nous traitons ? C’est ce qu’il m'est aisé de vous faire voir. Quoi donc, notre maître se sera si franchement revêtu de ces sentiments de faiblesse qui semblaient en quelque façon être indignes de sa personne ; ces langueurs extrêmes, ces vives appréhensions, il les aura prises si pures, si entières, si sincères : et que sera-ceaprès celade l’affection envers les parents; étant très-certain que dans la nature même il n’y a rien de plus naturel , de plus équitable , de plus nécessaire, particulièrement à l’égard d’unemére telle qu’était l’Iieureuse Marie : car, enfin , elle était la seule en ce monde à qui il eût obligation de la vie ; et j'ose dire de plus qu’en recevant d’elle la vie il lui est redevable et d’une partie de sa gloire, et même en quelque façon de la pureté de sa chair : de sorte que cet avantage, qui ne peut convenir à aucune autre mère qu’à celle dont nous parlons, l’obligeait d’autant phis à redoubler ses affections I
Et n’appréhendez pas , chrétiens , que je veuille déroger à la grandeur de mon Maître par cette proposition, qui n’en est pas moins véritable; bien qu’elle paraisse peut-être un peu extraordinaire, du moins au premier abord : mais je prétends rétablir sur une doctrine si indubitable de l’admirable saint Augustin, que les esprits les plus contentieux seront contraints d’en demeurer d’accord. Ce grand homme considérant que la concupiscence se mêle dans toutes les générations ordinaires, ce qui n’est que trop véritable pour notre malheur, en tire cette conséquence : que cette maudite concupiscence, qui corrompt tout ce qu’elle touche , infecte tellement la matière qui se ramasse pour former nos corps , que la chair qui en est composée en contracte aussi une corruption nécessaire. C’est pourquoi dans la résurrection, où nos corps seront tout nouveaux, c’est-à-dire, tout éclatants et tout purs, ils renaîtront , non de la volonté de l’homme ni de la volonté de la chair, mais du souffle de l’Esprit de Dieu , qui prendra plaisir de les animer quand ils auront laisséà la terre lesorduresde leur première génération. Or, comme ce n’est pas Ici le lieu d’éclaircir cette vérité , je me contenterai de vous dire, comme pour une preuve infaillihlc, que c'est la doctrine de saint Augustin, que vous trouverez merveilleusement expliquée en mille beaux en-
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