‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 101 sur 273 · IH · texte numérisé non relu

IH

UroiU de ses excellents «écrits partlcullèrrnie:it dans ses savants livres contre Julien.

Cela étant ainsi, remarquez exactement, s'il vous platt, ce que j'infère de cette doctrine. Je dis que si ce commerce ordinaire , parce qu'il a quelque chose d'impur, fait passer en nos corps un mélange d'impureté; nous pouvons assurer au contraire , que le fruit d'une chair virginale tirera d'une racine si pure une pureté merveilleuse. Cette conséquence est certaine, et c'est une doctrine constante que le saint évêque Augustin a prise dans les Écritures ' : et d'autant que le corps du Sauveur, Je vous prie, suivez sa pensée; d'autant, dis-je, que le corps du Sauveur devait être-plus pur que les rayons du soleil , de là vient, dit ce grand personnage , qu'il s'est choisi dès l'éternité une mère vierge, afin qu'elle l’engendrât sans aucune concupiscence par la seule vertu de la foi : Ideo virginem matrem, pia fide sanctum germen in se fieri promerentem, de gua creareiur elegit*.

Après ces grands avantages qui sont préparés à Marie , 6 Dieu , quel sera un Jour cet enfant? Quis, puias, puer isle erit ? Heureuse mille et mille fois d'aimer si fort le Sauveur, d'être si fort aimée du Sauveur I aimer le Fils de Dieu, c'est une grâce que les hommes ne reçoivent que de luimême ; et parce que Marie est sa mère , et qu'une mère aime naturellement ses enfants ; ce qui est grâce pour tous les autres, lui est comme passé en nature. D’autre part , être aimé du Fils de Dieu est une pure libéralité dont il daigne honorer les hommes; et parce qu’il est fils de Marie , et qu'il n'y a point de fils qui ne soit obligé de chérir sa mère : ce qui est libéralité pour les autres, à l'égard de la sainte Vierge devient une obligation. S'il l’aime de cette sorte, il faudra par nécessité qu’il lui donne ; il ne' lui pourra donner autre chose que ses propres biens. Les biens do Fils de Dieu sont les vertus et les grâces ; c’est son sang innocent qui les fait inonder sur les hommes : et à quel autre pensez-vous qu'H donnerait plus de part à son sang, qu'à celle dont il a tiré tout son sang? Pour moi, il me semble que ce sang précieux prenait plaisir de ruisseler pour elle à gros bouillons sur la croix , sentant bien qu'en elle était la source de laquelle il était premièrement découlé. Bien plus, ne savons-nous pas que le Père étemel ne peut s'empêcher d’aimer tout ce qui touche de près à son Fils? N'estce pas en sa personne que le ciel et la terre s'embrassent et se réconcilient? n'est-il pas le noeud

' De Pecc. mehr Ilb. U, n- S8, 1. x, col. «I.

* L'auteur nuToir encore tel au seenad aermon aur la CooipaMktu de la uinte Vierge , déjà cite.

étemel des affections de Dieu et dos hommes? n’est-ce pas là toute notre gloire, et le seul fondement de nos espérances? Comment n'aimeret-ll donc pas la très-heureuse Marie, qui vivra avec son Fils dans une société si parfaite? Tout cela semble établi sur des maximes inébranlables. Mois d’autant que quelques-uns pourraient se persuader que cette sainte société n'a point d’autres liens que ceux de la chair et du sang , mettons la dernière main à l’ouvrage que nous avons commencé : fàisons voir en ce lieu, comme nous l’avons promis, avec quels avantages la sainte Vierge est entrée dans l’alliance du Père étemel par sa maternité glorieuse.

SECOND POINT

C'est ici le point le plus haut et le plus difficile de tout ledisoours d'aqjourd’hul , pour lequel toutefois il ne sera pas besoin de beaucoup de paroles; parce que nos raisonnements précédents en facilitent l’entrée , et que ce ne sera que comme une suite de nos premières considérations. Or, pour vous expliquer ma pensée. J’ai à vous proposer une doctrine sur laquelle il est nécessaire d'aller avec retenue, de peur de tomber dons l'erreur ; et plût à Dieu que Je pusse la déduire aussi nettement qu’elle me semble solide. Voici donc de quelle fàçonje raisonne : cet amour de la Vierge, dont Je vous parlais tout à l’heure, ne s’arrêtait pas à la seule humanité de son fils. Non, certes, il allait plus avant; et par l'humanité, comme par un moyen d’union , il passait à la nature divine , qui en est inséparable. C’est une haute théologie qu'il nous faut tâcher d’éclaircir par quelque chose de plus intelligible. N'est-il pas vrai qu'une bonne mère aime tout ce qui touche à la personne de son fils ? J’ai déjà dit cela bien des fois, et Je ne ;le recommence pas sans raison. Je sais bien qu’elle va quelquefois plus avant, qu'elle porte son amitié Jusqu’à ses amis, et généralement à toutes les choses qui lui appartiennent; mais particulièrement pour ce qui regarde la propre personne de son fils : vous savez qu’elle y est sensible au dernier point. Je vous demande maintenant, qu'était la divinité au fils de Marie : comment touchait-eile à sa personne? lui était-elle étrangère? Je ne veux point ici vous faire de questions extraordinaires; J’interpelle seulement votre foi : qu’elle me réponde. Vous dites tous les Jours , en récitant le Symbole , que vous croyez en Jésus-Christ, Fils de Dieu, qni est né de la vierge Marie : celui que vous reconnaissez pour le Fils de Dieu tout-puissant, et celui qui est né de la Vierge, sont-cedeux personnes, ^ns doute ce n'est pas ainsi que vous l’entendez . C'est le même qui , étant Dieu et homme selon

DE LA SAINTE VIERGE

la nature divine, est le Fils de Dieu , et selon l'bumanité ie fils de Marie. C'est pourquoi nos saints Pères ont enseigné que la Vierge est mère de Dieu. C'est cette foi , chrétiens , qui a triomphé des blasphèmes de Nestorius, et qui jusqu'è la consommation des siècles fera trembler les démons. Si je dis après cela que la bienheureuse Marie aime son iils tout entier, quelqu'un de la compagnie pourra-t-il désavouer une vérité si plausible? Par conséquent, ce fils qu'elle chérissait tant, elle le chérissait comme un Homme- Dieu : et d'autant que ce mystère n'a rien de semblable sur la terre , Je suis contraint d'élever bien haut mon esprit, pour avoir recours A un grand exemple, je veux dire, à l'exemple du Père éternel.

Depuis que l'humanité a été unie à la personne du Verbe, elle est devenue l'objet nécessaire des complaisances du Père. Ces vérités sont hautes, je l'avoue; mais comme ce sont des maximes fondamentales du christianisme , il est important qu'elles soient entendues de tous les fldèles ; et je ne veux rien avancer que je n'en allègue la preuve par les Écritures. Ditea-moi , s'il vous ploit, chrétiens; quand cette voix miraculeuse éclata sur le Tbabor de la part de Dieu : « Celui-ci est mon • Fils bien-aimé dans lequel je me suis plu ' ; > de qui pensez- vous que parlât le Père éternel? n'était-ce pas de ce Dieu revêtu de chair, qui paraissait tout resplendissant aux yeux des apAtres? Cela étant ainsi , vous voyez bien , par une déclaration si authentique , qu'il étend son amour paternel Jusqu'à l'humanité de son Fils; et qu'ayant uni si étroitement la nature humaine avec la divine, il ne les veut plus séparer dans son affection. Aussi est-ce là , si nous l'entendons bien, tout le fondement de notre espérance, quand nous considérons que Jésus, qui est homme tout ainsi que nous, est reconnu et aimé de Dieu comme son Fils propre.

Ne vous offensez pas, si je dis qu'il y a quelque chose de pareil dans l'affection de la sainte Vierge , et que son amour embrasse tout ensemble la divinité et l'humanité de son fils, que la main paissante de Dieu a si bien unies ; car Dieu, par un conseil admirable, ayant jugé à propos que la Vierge engendrât dans le temps celui qu'il engendre continuellement dans l'éternité, il l'a par ce moyen associée en quelque façon à sa génération éternelle. Fidèles , entendez ce mystère. C'est l'associer à sa génération , que de la faire mère d'un même Fils avec lui. Partant , puisqu'il l'a comme associée à sa génération éternelle, il était convenable qu'il coulât en même temps dans

' Matlh. XVII , S.

son sein quelque étincelle de cet amour inlini qu'il a pour son Fils; cela est bien digne de sa sagesse. Comme sa providence dispose toutes choses avec une justesse admirable, il fallait qu'il imprimât dans le cœur de la sainte Vierge une affection qui passât bien loin la nature , et qu'il allât jusqu'au dernier degré de la grâce , alln qu'elle eût pour son fils des sentiments dignes d'une mère de Dieu , et dignes d'un Homme-Dieu.

Après cela, é Marie, quand j'aurais l'esprit d'un ange et de la plus sublime hiérarchie, mes conceptions seraient trop ravalées pour comprendre l'union très-parf*ite du Père éternel avec VOUS. • Dieu a taut aimé le monde , dit notre Sau-

• veur > , qu'il lui a donné son Fils unique. • Et en effet , comme remarque l'apétre ' , • nous don-

• nant son Fils, ne nous a-t-il pas donné toute

• sorte de biens avec lui? > que s'il nous a fait paraître une affection si sincère , parce qu'il nous l'a donné comme Maître et comme Sauveur; l'amour ineffable qu'il avait pour vous, lui a fait concevoir bien d'autres desseins en votre faveur. Il a ordonné qu'il fût à vous en la même qualité qu'il lui appartient; et pour établir avec vous une société éternelle , il a voulu que vous fussiez la mère de son Fils unique , et être le Père du vAtre. O prodige I A abîme de charité I quel esprit ne se perdrait pas dans la considération de ces complaisances incompréhensibles qu'il a eues pour vous, depuis que vous lui touchez de si près par ce commun Fils , le nœud Inviolable de votre sainte alliance , le gage de vos affections mutuelles, que vous vous êtes donné amoureusement l'un à l'autre : lui , plein d'une divinité impassible; vous, revêtue, pour lui obéir, d'une chair mortelle?

Croissez donc, A heureuse enfant, croissez a la bonne heure; que le ciel propice puisse faire tomber sur votre tête innocente les plus douces de ses influences I croissez, et poissent bientAt toutes les nations de la terre venir adorer votre fils! puisse] votre gloire être reconnue de tous les peuples du monde, auxquels votre enfantement donnera une paix éternelle! Pour nous, mus d'un pieux respect pour celui qui vous a choisie, nous venons honorer votre lumière naissante, et jeter sur votre berceau non des roses et des lis , mais des bouquets sacrés de désirs ardents et de sincères louanges. Certes, je l'avoue, Vierge sainte, celles que je vous ai données sont beaucoup au-dessous de vos grandeurs , et beaucoup au-dessous de mes vœux ; et toutefois je me sens ébloui d'avoir si longtemps contemplé, quoiqu'a travers tant de nuages, ce

' JtxiM. m. ifi.

» Rom. » iti , 3a.

joogle

SUR LA NATIVITÉ

haut éclat qui vous environne ; je suis contraint de baisser la vue. Mais comme nos faibles yeux éblouis des rayons du soleil dans l'ardeur de son midi, l'attendent quelquefois pour le regarder plus k leur aise lorsqu'il penche sur son couchant, dans lequel il semble à nos sens qu'il descende plus près de la terre : ainsi étant étonné, b Vierge admirable , d'avoir osé vous considérer si longtemps dans cette qualité éminente de mère de Dieu , qui vous approche si près de la Majesté divine, et vous élève si fort au-dessus de nous; il faut , pour me remettre , que Je vous considère un moment dans la qualité de mère des fidèles , qui vous abaisse Jusqu'à noos par une miséricordieuse condescendance , et vous fait , pour ainsi dire, descendre Jusqu'à nos faiblesses, auxquelles vous compatissez avec une piété maternelle. Je ne m’éloignerai point des principes que J’ai posés ; mais il faut que Je tâche d'en tirer quelques instructions. Achevons, chrétiens, achevons; il est temps désormais de conclure.

Intercédez pour nous , A sainte et bienheureuse Marie : car, comme dit votre dévot saint Bernard', quel autre peut, plutôt que vous, parler au cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ? Vous y avez une fidèle correspondance. Je veux dire, l'amour filial qui viendra accueillir l'amour maternel, et même qui préviendra ses désirs : et partant , que ne devons-nous point espérer de vos pieuses intercessions?

Certes, fidèles, il n’est pas croyable quelle utilité il nous en revient, et c'est avec beaucoup de raison que l’Église , répandue par toute la terre, nous exhorte à nous mettre sous sa protection spéciale. Mais toutefois je ne craindrai point de vous dire, que plusieurs se trompent dans la dévotion de la Vierge ; plusieurs croient lui être dévots, qui ne lesont pas : plusieurs l’appellent mère, qu'elle ne reconnaît pas pour enfants ; plusieurs implorent son assistance, à qui cette Vierge tr^pure n'accorde pas le secours de ses prières. Apprenez donc, ch rétiens, apprenez quelle est la vraie dévotion pour la sainte Vierge; de peur que, ne l’ayant pas comme il faut, vous ne perdiez toute l’utilité d'une chose qui pourrait vous être fructueuse.

Quand l'Église invite tous ses enfants à se recommander aux prières des saints qui régnent avec Jésus-Christ, elle considère, sans doute, que nous en retirons divers avantages très-importants. Mais Je ne craindrai point de voua assurer que le plus grand de tous, c'est qu'en honorant leurs vertus cette pieuse commémoration noos enflamme à imiter l'exemple de leur bonne

' S. t'irt. Serm. Pantfi/r. n" 7, inl. Op. S. Orm. I. ii, toi. «50.

vie ; autrement, c'est en vain, chrétiens, que nous choisissons pour patrons ceux dont nous ne voulons pas être les imitateurs. - Il faut, dit saint « Augustin, qu’ils trouvent en nous quelques tra- < ces de leurs vertus, pour qu'ils daignent s’inté-

• resser pour nous auprès du Seigneur : . Debent enim in nobis altquid ncognoscere de suis virtulibus, ut pro nobis dignenlur Domino supplicare ‘ : de sorte que e’est une prétention ri dicule, de croire que la très-sainte mère de Dieu admette au nombre de ses enfants ceux qui ne tâchent pas de se conformer à ce beau et admirable exemplaire.

Et qu'imiterons-nous particulièrement de la sainte Vierge, si ce n'est cet amour si fort et si tendre , qu’elle a eu pour Notre-Seigneur Jésus- Christ, qui est, comme vous avez vu, la plus vive source des excellences et des perfections de Marie? d'ailleurs que pouvons-nous faire qui lui plaise plus, que d’attacher toutes nos affections à celui qui a été et sera éternellement toutes ses délices? enfin qu’y a-t-il qui nous soit ni plus nécessaire, ni plus honorable, ni plus doux et plus agréable que cet amour? quelle plus grande nécessité, que d'aimer celui dont il est écrit ; • Si « quelqu'un n’aime pas Notre-Seigneur Jésus-

• Christ , qu’il soit anathème ■ ? » Et quel plus grand honneur, que d’aimer un Dieu? et quelle plus ravissante douceur, que d'aimer uniquement un Dieu-Homme?

Certes, fidèles, rien n'est plus vrai : Dieu est infiniment aimable en lui-même : mais quand Je considère ce Dieu fait homme , Je me perds ; et Je ne sais plus ni que dire ni que penser ; et Je conçois, ce me semble, sensiblement que Je suis la plus méchante, la plus déloyale, la plus ingrate, la plus. méprisable des créatures, si Je ne l’aime par-dessus toutes choses. Car qu'estce, fidèles, que ce Dieu Jésus? qu’est-ce autre ehose qu'un Dieu nous cherchant, un Dieu se familiarisant avec nous, un Dieu brûlant d’amour pour nous, un Dieu se donnant à nous tout entier, et qui , se donnant à nous tout entier, pour toute récompense ne veut que nous? Ingrat mille et mille fois qui ne l’aime pas : malheureux et infiniment malheureux qui ne l'aime pas, et qui ne comprend pos combien doux est cet amour aux âmes pieuses. Fidèles, nous devrions être honteux de ce que le seul nom de Jésusn'échauffe pas incontinent nos esprits , de ce qu’il n'attendrit pas nos affections.

Donc si vous voulez plaire à Marie , faites tout pour Jrâus; vivez en Jésus, vivez de Jésus : c’est l'unique moyen de gagner le cœur de cette bonne

' Srrm. df Symbole, c«p. XIII ; in Âppend. I. VI , col. 28S.

’ I. Cor. XT, ja.

DE LA SAINTE VIERGE

mère, si vous imitez son afTection. Elle est mère de Jésus-Christ; nous sommes ses membres : elle a conçu la chair de Jésns; nous la recevons : son sang est conlé dans nos veines par les sacrements ; nous en sommes lavés et nourris : et Jésus luiroéme , comme on lui disait : ■ Votre mère et vos

• frères vous cherchent , > étend ses mains à ses disciples , disant : " Voilà ma mère , voilà mes

• frères ; et celui qui fait la volonté de mon Père

• céleste , celui-là est mon frère, et ma sœur, et

• ma mère > O douces et ravissantes paroles , les fidèles sont ses frères I ce n’cst pas assez; ils sont ses frères et ses sœurs : c’est trop peu, ils sont ses frères, ses sœurs et sa mère. Non, mes frères , notre Sauveur nous aime si fort , qu'il ne refiise avec nous aucun titre d’affinité , ni aucun degré d’alliance : il nous donne quel nom il nous plaît; nous lui touchons de si près qu’il nous platt, pourvu que nous fassions la volonté de son Père céleste. Et quelle est la volonté du Père céleste, sinon que nous aimions son bien-aimé? ■ Celui-ci, dit-il est mon Fils bien-aimé dans

• lequel je me suis plu dès l’éternité. • Tout lui platt en Jésus, et rien ne lui plait qu’en Jésus, et il ne reconnaît pas pour siens ceux qui ne consacrent pas leur cœur à Jésus.

Ah ! que je vous demande , fidèles , le faisonsnous? Notre Sauveur a dit : • Si quelqu'un veut

• me suivre, qu’il renonce à soi-méme ^ > Qui de nous a renoncé à soi-méme? « Tous cherchent

• leurs propres intérêts, et non ceux de Jésus-

• Christ • : Omnes guœ tua sunt qucerunt, non guet Jesu Christi *. Avez- vous jamais bien compris quel ouvrage c’est, et de quelle difficulté, que de renoncer à soi-méme ? Vous avez , dites-vous , quitté les mauvaises inclinations aux plaisirs mortels : Dieu vous en fasse la grâce par sa bonté ! Mais une injure vous est demeurée sur le cœur; vous en poursuivez la vengeance : vous n’avez point renoncé à vous-méme. Mais j’ai surmonté ce mauvais désir ; c’est tout ce que Jésus-Christ demande de moi. Nullement, ne vous y trompez pas ; ce n’est pas assez : recherchez les secrets de vos consciences ; peut-être que l’avarice, peut-être que ce poison subtil de la vaine gloire , peut-être qu’un certain repos de la vie, un vain désir de plaire au monde, et cette inclination si naturelle aux hommes de s’élever toujours au-dessus des autres, ou quelqu’autre affection pareille règne en vous. Si cela est ainsi , vous n'avez point renoncé à vous-mêmes. Bref, considérez, chrétiens , nous sommes au milieu d’une infinité d’ob-

■ Km. III, n, 33, 3t, ».

• VuUA. III, 17.

• Ibid, un, M.

• Pkilipp. Il, SI.

jets qui nous sollicitent sans cesse ; tant qu’il y a une flbre de notre cœur qui est attachée aux choses mortelles , nous n’avons point renoncé à nousmêmes ; et par conséquent nous ne suivons pas celui qui a dit : • Si quelqu’un veut venir après

• moi , qu’il renonce à soi-même. ■> Et si nous ne le suivons pas , où en sommes-nous ?

Qui est donc celui , direz-vous , qui a vraiment renoncé à soi-même ? Celui qui méprise le siècle présent, qui ne craint rien tant que de s’y plaire , qui regarde cette vie comme un exil ; « qui use

• des biens qu’elle nous présente comme n’en

• usant pas , considérant sans cesse que la figure

• de ce monde passe ' ; « qui soupire après Jésus- Christ , qui croit n’avoir aucun vrai bien ni aucun repos , jusqu’à ce qu’il soit avec lui. Celui-là a renoncé à sui-même , et peut présenter à Jésus un cœur qui lui sera agréable ; parce qu’il ne brûle que pour lui seul. SI nous n’avons pas atteint cette perfection , comme sans doute nous en sommes bien éloignés, tendons-y du moins de tontes nos forces, si nous voulons être appelés chrétiens. Vivant ainsi, fidèles, vous pourrez prier la Vierge, avec confiance, qu’elle présente vos oraisons à son fils Jésus ; vous serez scs véritables enfants en Notre-Seigneur Jésus-Christ ; vous l’aimerez, elle vous aimera pour Notre-Seigneur Jésus-Christ; elle priera pour vous au nom de son fils Jésus-Christ, elle vous obtiendra la jouissance parfaite de son fils Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est l’unique félicité. Amen.

PRÉCIS D’UN SERMON

POUR LE MÊME JOUR

Avanlsan qui dlsoernent la oatuanoe de Marie ; biens qu’elle nou» apporte.

Parmi tant de solennités par lesquelles la sainte Église rend hommage à la dignité de la très-heureuse Marie, les deux principales de toutes sont sa Nativité bienheureuse, et son Assomption triomphante : la première la donne à la terre; la seconde la donne au ciel. C'est pourquoi nous honorons ces deux jours d’une dévotion particulière ; et l’estime que nous faisons d’un si grand présent, nous oblige à nous réjouir soit que le ciel la donne à la terre , soit que la terre la rende au ciel. Mais ce dernier jour, ce jour de triomphe est plutôt la fête des anges , et la sainte Nativité est la fête des hommes : et quoique la société bienheureuse qui unit l’Église , qui voyage en terre, avec les citoyens immortels de la céleste Jérusalem, [leur rende tous les biens communs;]

» 1. Cor. VII, 31.

SUR LA NATIVITÉ

néanmoins noos devons, ce semble, sentir plus de Joie de la Nativité de Marie , puisque c’est véritablement notre fête. Célébrons donc [cette solennité avec on saint transport, ] et implorons [ avec confiance le secours de la mère de notre divin Sauveur. ] Ave.

Encore que les hommes , enflés par la vanité , técbentde se séparer les uns des autres, il ne laisse pas d’être véritable que la nature les a faits égaux , en les formant tous d’une même boue. Quelque inégalité qu’il paraisse entre les conditions , il ne peut pas y avoir grande differeuce entre de la boue et de la boue , entre pourriture et pourriture, mortaiité et mortalité. Les hommes combattent , autant qu’ils peuvent, cette égalité , et tâchent d'emporter le dessus et la préséance par les honneurs , par les charges , par les richesses ou par le crédit ; et ces choses ont acquis tant d’estime parmi les hommes, qu'elles leur font oublier cette égalité naturelle de leur commuée mortalité , et font qu’ils regardent les hommes, leurs semÙables, comme s’ils étaient d'un ordre inférieur an leur. Mais la nature, pour conserver ses droits , et pour dompter l’arrogance humaine, a voulu imprimer deux marques par lesquelles tons les hommes fussent contraints de reconnaître leur égalité; l’une en la naissance, et l’autre en la mort; l’une au berceau, et l’autre au sépulcre ; l'une au commencement, et l’autre â la fin; afin que l’homme, soit qu'il regarde devant , soit qu’il se retourne en arrière , voie toujours de quoi modérer son ambition , par ces marques de sa faiblesse et de son néant ; et que cette infirmité du commencement et de la fin rendit le milieu plus modéré et plus équitable. lYudus egressus sum de utero matris meœ, et nudus revertar illuc ‘ • Je suis sorti no du ventre de

• ma mère , et je retournerai nu dans le sein de

• la terre. »

Cest pourquoi l’Écriture nous compare à des eaux coulantes : Omnes quasi aqua dilabimur in terram'. Comme les fleuves, quelque inégalité qu’il y ait dans leur course , sont en cela tous égaux , qu’ils viennent tons d'une source petite, de quelque rocher ou de quelque motte de terre, et qu'ils perdent enfin tous leur nom et leurs eaux dans l'Océan ; là on ne distingue plus ni le Rhin , ni le Danube d'avec les plus petites rivières et les plus inconuues : ainsi les hommes commencent de même ; et après avoir achevé leur course , après avoir fait, comme des fleuves, un peu plus de bruit les uns que les autres, ils se vont tons enfin perdre et confondre dans ce gouffre infini de la mort ou du néant , où l’on ne

■ Jol. I, SI.

> II. Kti- liv, II.

trouve plus ni César, ni Alexandre , ni tous ces augustes noms qui nous séparent; mais la coiv ruption et les vers ; la cendre et la pourriture qui nous égalent.

[Il y a une entière] impossibilité à la nature de se discerner dans la vie et dans la mort La seule puissance de Dieu le peut faire , comme maître de la nature : il l’a fait pour Marie ; en sa mort , par amour, conservant son corps ; en sa naissance , par les avantages qui nous y paraissent , et que j’ai à vous expliquer.

Deux choses discernent les hommes ; le bien qu'ils reçoivent, et le bien qu’ils font : le premier honore leur abondance ; le second , leur libéralité. Reconnaissons donc la naissance de la sainte 'Vierge miraculeusement discernée des antres, par les biens qu’elle y a reçus et par ceux ou’elle nous apporte.

PBEMIEB POINT.

Comme l’homme est composé de deux parties , il y a aussi deux sources générales de tous les biens qu’il peut recevoir en sa naissance ; l’une , ce sont les parents; et l'autre, c’est Dieu : car nous ne recevons que nos corps par le ministère de nos parents; mais l’âme est d’un ordre supérieur, et elle a cet avantage : qu’aucune cause naturelle ne la peut produire. Elle demande les mains de Dieu , et ne souffre pas un autre ouvrier : si bien que les causes secondes ne font que préparer la demeure à cette âme d’une origine céleste ; et après qu'elles ont disposé cette boue du corps. Dieu inspire le souffle de vie , c’est-à-dire , l'âme faite à son image, pour conduire et pour animer cette masse ; de là donc ces deux sources. Voyons ce que Marie tire de l’une et de l’autre.

Pour cela , il faut entendre avant toutes choses quels étaient les parents de Marie. Pieux, chastes, charitables, vivant sans reproche dans la voie de Dieu. Il semble que cette sainteté s'arrête en ceux qui la possèdent, et qu’elle ne coule pas en leurs descendants : néanmoins il faut avouer que ce leur est un grand avantage. Saint Paul dit que < les enfants des fidèles sont saints ■ ; « parce que, comme dit Tertullien, ils sont des- • tinés à la sainteté, et par là au salut, • quia sanctitati designati, ac per hoc etiam saluti •. Dieu favorise les enfants à cause des pères : Salomon à cause de David , les Israélites à cause d' Abraham , Isaac et Jacob. C’est on grand avantage d'être consacré à Dieu , en naissant , par des mains saintes et innocentes. Mais il y a quelque chose de singulier en la nativité de Marie ; car elle est la fille des prières de ses parents : l’union spi-

' I. for. vil, 11.

» Dt .4nim. n* 39.

DE L4 SAINTE VIERGE

rituelle de lenrs émee a impétré la bénédiction que Diea a donnée A la chaste union de leur mariage, et 11 était juste que Marie f&t un fruit non tant de la nature que de la grAce; qu’elle vint plutét du ciel que de la terre , et plutôt de Dieu que des hommes. Mais cela peut être commun à Marie arec beaucoup d'autres; Samuel, saint Jean-Baptiste , etc. ; A Samuel , Anne seule pria ; A saint Jean-Baptiste , Zacharie fat incrédule; A Isaac , Sara se prit A rire ; ici concours des deux parents ; Marie commence A les sanctifier et A les unir dans la charité.

Que dirons-nous donc de particulier? Elle tire de ses parents cette noblesse ancienne, qui la fait descendre des rois et des patriarches. La noblesse semble être un bien naturel ; parce que nous l'apportons en naissant, non pas comme les richesses : il est de la nature de ceux qui sont plus précieux et plus estimés, en ce qu'on ne les peut acquérir. C'est ie seul des avantages humains que le Fils de Dieu n’a pas voulu dédaigner, et c’est IA ce qui la relève : car la noblesse dans les autres hommes n’est ordinairement qu’un titre inutile, qui ne sert de rien A ceux qui le portent, mais qui marque seulement la vertu de leurs ancêtres. Mais elle était necessaire au Fils de Dieu , pour accomplir le mystère pour lequel il est envoyé du Père. Il fallait qu’il vint des patriarches comme leur héritier, pour accom^ir les promes.ses qui leur avaient été faites : il fallait qu’il vint des rois de Juda, afin de rendre A David la perpétuité de son trône , que tant d'oracles lui avaient promise : l'alliance sacerdotale [ lui était nécessaire, ] parce qu’il devait être grand prêtre.

La nobiesse de Jésus vient de Marie; mais Marie a cela de commun avec beaucoup d'autres, et nous léchons de la distinguer. Elle a en elle le sang des rois et des patriarches , avec une dignité particulière ; parce qu'elle l’a pour le verser immédiatement en la personne de Jésus-Christ , et pour l’unir A celui pour lequel il a été tant de fois consacré et conservé entier et incorruptihie, parmi tant de désolations et une si longue suite d’années. De même que dans une fontaine tous les tuyaux contiennent la même eau; mais le dernier, par lequel elle rejaillit, la contient, cesemble, d’une manière plus noble , parce qu’il la contient pour la jeter bien haut au milieu des airs , et pour la verser dans le bas^'de marbre ou de porphyre qu’on lui a richement orné et préparé avec tant de soin : ainsi ce sang des rois et des patriarches se rencontre dans la sainte Vierge confine dans le sacré canal d’où il doit rejaillir plus haut même que sa source ; puisqu’il doit être uni ADien même, par où il doit être reçu en la personne du Fils de

Dieu comme dans un bassin sacré, où il doit recevoir sa dernière perfection ; où étant consacré et purifié , il répandra sa pureté et sa noblesse par toute la terre , et dans toute la race des enfants d’Adam ; noblesse divine et spirituelle qui , au lieu d’être les enfants des hommes , nous fera devenir les enfants de Dieü.

Les biens qui viennent A Marie de la seconde source, qui est Dieu , sont l’avantage de In sanctification, qui lui est commun avec saint Jean- Baptiste ; mais qui lui est aussi personnel , en ce que cette grâce est plus parfaite en elle que dans saint Jean : grâce singulière pour Marie; comme en Jésus la grâce de chef, A cause de sa qualité singulière , [renferme suréminemment] la grâce de l’apostolat, la grâce de précurseur, celle de prophète, [toutes les grâces que reçoivent ses membres.] [ Mais pourrons-nous expliquer dignement] les caractères particuliers de la grâce de mère de Dieu , [ dont Marie a été favorisée? ] de quelle dignité [une grâce si étonnante ne relèvet-elle pas cette humble servante du Seigneur,] par l’union très-particulière [qu’elle lui procure avec le Sauveur dans le [ mystère de l’incarnation ! grâce inexplicable , [ que nous ne saurions bien comprendre.]

SEConn POINT.

Les avantages que Marie nous apporte sont, i’espérance de voir bientôt Jésus-Christ; et de plus, l’espérance particulière d’obtenir [ les secours qui nous sont nécessaires] par l’intercession de cette mère très-charitable de Jésus-Christ et de ses enfants.

Unenult épouvantable [couvrait toute la terre de ses ténèbres] avant la venue du Sauveur des âmes : [ mais A la naissance de Marie nous commençons A voir la lumière.] « La nuit est déjA ■ fort avancée , et le jour approche : ■ Nox proecessit, diesautemappropinquavil'.kasi^ l’état de l’Évangile est-il comparéA la lumière : « Mar-

• chez comme des enfants de lumière : ■ lit filii» lucis ambulale *. Jusqiie-IA on ne rencontrait de toutes parts que des téuèbres : ténèbres d’ignorance et d’infidélité parmi ies Gentils ; ténèbres de figures, ombres épaisses parmi les Juifs : on ne connaissait pas la vie ni la félicité éteroeile. Jésus était la voie pour nous y conduire. La nuit [où nous étions enfoncés, était une nuit] sans repos?parcequeIe repos ne se trouve qu’en Jésus- Christ • Venez A moi , nous dit-il , vous tous qui

• êtes fatigués , et je vous soulagerai , • et ego rtjidam vos \ De IA vient que comme des malade.s

' Jfom. xitt, 13.

> £phrf. V, R-

* Maf/k. *1. 3«.

Page 1