SUR LA NATIVITÉ DE LA SAINTE VIERGE
à qui la nuit ne donne pas le repos , et dont elle accroît le chagrin , les hommes s'écriaient ; .0 si vous vouliez ouvrir les cieux et en descendre I Vtinam dirumperes calos et descenderes'. 0 lumière, quand vous verrons-nous, et quand viendrez-vous dissiper toutes ces ombres qui nous environnent?
Marie vient pour nous apporter un commencement de lumière : ce n’est pas encore le jour; mais le jour sortira de son chaste sein. Nous ne voyons pas encore Jésus-Christ ; mais nous voyons déjà en Marie ces grâces, ces vertus et ces dons qui le doivent attirer au monde. C’est le premier rayon qui commence à poindre; c’est le premier commencement du jour chrétien , en la naissance de la sainte Vierge. Sicui in die, honeste ambulemus ' : > Marchons avec bienséance , comme • marchant durant le jour. > Bientôt , bientôt ce divin soleil s’avancera à pas de géant , comme parle le divin psalmiste , pour foumirsa carrière.: Exullavit ut gigas ad currendam viam^ ; et sortant commede son lit, du sein virginal de Marie, il portera sa lumière et sa chaleur du levant jusqu’au couchant
Mais la bienheureuse Marie vient encore nous luire à propos contre l’obscurité du péché. Un homme etune femme nous avaient précipitésdans le péché , et dans la mort étemelle : Dieu veut que nous soyons délivrés; et pour cela il destine une nouvelle Ève , aussi bien qu'un nouvel Adam : afin que les deux sexes [concourent à notre délivrance]. Réjouissons-nous donc, chrétiens; noos voyons déjà paraître au monde la moitié de notre espérance , la nouvelle Ève : il viendra bientôt , ce nouvel Adam , po\ir accomplir avec Marie la chaste et divine génération des enfants déjà nouvelle alliance.
Le caractère de la grâce maternelle est inexplicable ; il commence dès la nativité de Marie. Le Fila étemel de Dieu n’eut pas plutôt vu, au sein de son Père , celle d’où il devait prendre sa chair, qu'aossitôt il envoie son divin Esprit, pour prendre possession de ce divin temple , qui loi est préparé dès l’éternité , pour le consacrer de ses grâces, pour le rendre digne de lui dès ce premier moment. Il est à croire que les cieux s’ouvrirent, et que les anges courarent en foule pour honorer cette sainte vierge, qui était choisie pour être leur reine ^ et dont ils reconnurent la grandeur future par un caractère de gloire qui leur marquait la faveur de Dieu. L’ange qui fut destiné pour sa conduite , fut envoyé avec des ordres tout singuliers : qugiques-uns veulent
' /*. LVIV, I.
» Rom. XIII, n.
• Pl. XVIII , ».
qu’il ait été d’un ordre supérieur. Mais n’entrons point dans ce secret ; accourons seulement pour honorer [ les excellentes prérogatives de Marie. ] Ici deux écueils sont à éviter, l’impiété et la superstition.
Je sais bien, sainte Vierge, que votre grandeur n’a point empéché les bouches sacrilèges des hérétiques de s’élever contre vous. Après avoir déchiré les entrailles de l’Église, qui était leur mère , ils se sont attaqués à la mère de leur Rédempteur : ils ont bien osé blasphémer contre lui , en niant votre perpétuelle virginité ; et à présent que nous sommes assemblés pour admirer en vous les merveilles du Créateur, ils qualifient nos dévotions du titre d’idolâtrie : comme si vous étiez une idole sourde à nos vœux ; ou si c’était mépriser la Divinité , que de vous prier de nous la rendre propice par vos intercessions ; ou bien si votre fils se tenait déshonoré des soumissions que nous vous rendons à cause de lui. Mais quoi que l’enfer puisse entreprendre , nous ne cesserons jamais de célébrer vos louanges; et toutes les fois que la suite des années nous ramènera vos saintes solennités, l’Église catholique, répandue par toute la terre , s’assemblera dans les temples du Très-Haut , pour vous offrir, en unité d’esprit , les respects de tons les fidèles. Toujours nous vous sentirons propice à nos vœux ; et quelque part du ciel où vous puissiez être élevée par-dessus tous les chœurs des anges , nos prières pénétreront jusqu’à vous, non point par la force des cris , mais par l’ardeur de la charité.
Cest à quoi je vous exhorte , peuples chrétiens : élevons d’un commun accord nos cœurs et nos voix , pour lui chanter un cantique de louanges. C’est vous qui êtes le refuge des pécheurs et la consolation des affligés. Lorsque Dieu, touehé des misères du genre humain , envoya son Fils au monde , ce fut dans vos entrailles qu’il opéra cet ouvrage incompréhensible. Il donna J^us- Cbrist aux hommes par votre moyen ; mais s’il le leur donna comme Maître et comme Sauveur, l’amour étemel qu’il avait pour vous lui fit concevoir bien d’autres desseins en votre faveur. Il a ordonné qu’il fùtà vonsenlaméme qualité qn’il lui appartient ; que vous engendrassiez dans le temps celui qu’il engendre continuellement dans l’éternité : et pour contracter avec vous une alliance immortelle, il a voulu que vous fussiez la mère de son Fils unique , et être le père du vôtre. 0 prodige! ô abîme de charité I qui nous donnera des conceptions assez hantes pour représenter quelles amours , quelles complaisances il a eues pour vous depuis que vous lui touchez de si près par ce nœud inviolable de votre sainte alliance , par ce commun fils , le gage de vus af-
POUR LA FÊTE DE
fections mutuelles, que vous vous êtes donné amoureusement l'un à l'autre : lui , plein d'une divinité impassible; vous, revêtue , pour lui obéir, d'nne chair morteile? C'est vous que le Saint- Esprit a remplie d’un germecélestepar de chastes embrassements ; et se coulant d'une manière ineffable BUC votre corps virginal , il y forma celui qui était l'espérance d’Israël et l’attente des nations; qui étant entré dans vos entrailles comme une dance rosée, en sortit comme une fleur de sa tige , ou comme un jeune arbrisseau d'une terre vierge, sans laisser, de façon ni d'autre , de vestige de son passage, pour accomplir ainsi cette prophétie de David : • Il descendra comme une ■ pluie, et conune la rosée qui dégouttera sur la
• terre ' ; • et cette autre d'Isale : < Il s'élèvera
• comme une fleur, et comme une racine d’une
• terre desséchée •
Ainsi le Verbe divin , voulant racheter les hommes, emprunta de vous de quoi payer la justice de son Père ; et ne voyant point au monde de source plus belle , il puisa dans vos chastes flancs ce sang qui a lavé nos iniquités. C'est vous qui nous l'avez conservé dans sa tendre enfance ; vous avez gouverné celui dont la sagesse administre tout l'univers; et lorsqu’il fut arrive à sa dernière heure , la Providence vous amena au pied de sa croix pour participer de plus prés à ce sacrifice. Ce fut là que le voyant déchiré de plaies, étendant ses bras à un peuple incrédule, pleurant et gémissant pour nous comme une pauvre victime; et d’autre part levant au ciel ses mains innocentes, priant avec ardeur, et surmontant par ses cris la colère de son Père , ainsi que le prêtre , vous sentîtes émouvoir vos compassions maternelles; et lui aussitôt, pour consoler vos douleurs , vous laisse en la personne de son cher disciple ses fidèles pour enfants.
' O Vierge incomparable, secourez l’Église catholique , qui vous loue avec tant de sincérité , et abattez le pouvoir de ses ennemis. Nous ne vous demandons pas que vous armiez contre eux la colère du Tout-Puissant : non ; l’Eglise ne peut avoir des sentiments si cruels. Apaisez plutôt sur eux l’ire formidable de Dieu , de peur qu’il ne venge ses temples profanés et. la fureur qui leur a fait abolir, partout où ilsont passé, les marques de la piété de nos ancêtres ; mais encore plus la perte de tant d’âmes , qu’ils ont arrachées à l’Église dans son propre sein. Ah I Vierge sainte , priez Dieu qu’il touche leurs cœnrs; que sa grâce surmonte la dureté de ceux que leur orgueil et leurs intérêts ont abandonnés au sens réprouvé ; qu'elleéclaire les simpleset les Ignorants , qui ont
' Pt. l.X»l , 0.
• /l. Ull , 1.
L’ANNONCIATION. ts9
été séduits par le beau prétexted'une feinte réformation : aiin que les forces du christianisme étant réunies, nous réformions ensemble nos mœurs selon l’Évangile, et allions faire adorer par toute la terre Jésus-Christ crucifié , par qui, et en qui , et avec qui nous espérons régner éternellement dans le ciel, où nous conduise, etc.
PRÉCIS D’UN SERMON
POL’R LE iÙVK DE
LA PRfôENTATION DE LA SAINTE \TERGE.
Addureutur in templum regis.
On la conduira dam le temple du roi. Ps. xuv, la.
Ouvrez- vous, sanctuaire, portes étemelles, voici le temple qu’on présente au temple, le sanctuaire au sanctuaire, l’arche véritable où repose le Seigneur effectivement à l’arche figurative où il ne repose qu’en image.
Retraite perpétuelle : adoration perpétuelle : renouvellement perpétuel. Retraite perpétueile. Le monde corrompt , dissipe l’esprit et étourdit : il empêche d’écouter Dieu. Silence de l’âme et de toutes les passions, et de toutes les facultés , pour écouter Dieu.
Le monde vient chercher les religieuses. Ceux qui sont dans l’action viennent a ceux qui s’occupent de la contemplation , et tâchent de les attirer a leur tracas. Ainsi Marthe.
Fontaine scellée par la retraite. Eaux également corrompues soit que la fontaine s’écoule en la mer, soit que la mer coule dans la fontaine. Ainsi , soit que vous vous jetiez dans le monde , soit que le monde pénétre au dedans , [vous courez les mêmes risques.]
Entrée, au premier point. Egredere, • Sors : • sortir du monde ; sortir de ses sens : sortir de ses passions. Toujours Dieu noos dit : Egredere de cognatione tua ' : • Sors de ta parenté, « de toutes les choses qui te touchent.
Adoration perpétuelle. Complaisance à la volonté du Père. Fairesa courâ Dieu comme Ason souverain. Jésus-Christ dit à son Père ; ■ Oui ,
• mon Père, je vous en rends gloire, parce qu’il
• vous a plu que cela fût ainsi : » lia, Pater, quoniam sic fuit placitum ante te *. Au ciel , [les saints , en témoignage de leur pleine adhésion a la volonté de leur Dieu, s’écrient] Amen \ Pour faire cette adoration, [il faut] aimer; l’amour veut adorer, et il ne se satisfait pas qu’il ne
* xu, I.
* Htatth. n, M.
* Apocal V, 14; TU» U.
POUR LA FÊTE
vive dans une dépendance absolue : c’est la nature de l'amour. Le profane même ne parle que d'hommages , que d'adoration , pour nous faire voir que pour être aimé il faut être quelque chose de plus qu'une créature.
Pour la présence perpétuelle, sans gêner l'esprit l'amour rappellera l'objet. On ne peut oublier longtemps ce qu'on aime : quand la mémoire l'oublierait,le cccurle rappellerait, irait le graver de nouveau avec des caractères de flamme.
Le coeur blessé se tourne toujours à celui d'où lui vient le trait. On ne dort pas même parmi le sommeil. Ego dormio, et cor meum vigiiat ;
• Je dors , et mon coeur veille : > au moindre bruit de l'Époux , au moindre souffle de sa voix , [l'épouse s'empresse d'aller au-devant de lui.] Vox dilccli met pulsantis ' : « J’entends la voix de
• mon bien-aimé qui frappe à ma porte. •
Renouvellement perpétuel. Deux inflnités, le
tout, le néant. Toujours croître , toujours décroître.; cela sans bornes.
PREMIER SERMON
POUR LA FÊTE
DE L’ANNONCIATION
Grandeur du mystère de rincarnation. Ordre merTeUleux qui y eat gardé. Méthode dont Dieu se sert pour guérir notre orgueil. SentimenU dans lequela nous devoDS entrer a la vue des ahaissemenU du Verbe incarné. Combien son appauvrissemeot est étonnant : de quelle manière il relève U baasesae de notre nature.
Reatua venter qui te portavit
Bifnhfureusts les enfrailUs qui vous ont porté. Luc.