II--. VU
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POUR LA FÉTF,
Mche Pilate , à celle du traître Judas , à celle des Juifset des pontifes , àcelledessoldatsinhumains, qui ne pardant avec lui aucune mesure, ont fait de lui ce qu’ils ont voulu? Après cet exemple de soumission , vous ne sauriez descendre assez bas ; et vous devez chérir les dernières places qui, après les abaissements du Dieu incarné, sont devenues désormais les plus honorables.
Marie entre aujourd’hui dans ses sentiments : quoique sa pureté nnpélique ait été un puissant attrait pour faire naître Jésus-Christ en elle, ce n’est pas néanmoins cette pureté qui a consommé le mystère; c’a été rhumilité et l'obéissance. Si Marie n'avait dit qu’elle était servante, en vain elle eût été vierge; et nous ne nous écrierions pas aujourd’hui que ses entrailles sont bienheureuses. Vierges de Jésus-Christ , profitez de cette leçon ; et méditez attentivement cette vérité : le dessein du Fils de Dieu n’est pas tant de faire des vierges pudiques, que des servantes soumises.
• C’est en effet , dit saint Augustin , quelque chose
• de si grand d’être humble et soumis, que si ce « Dieu qui est si grand ne le devenait , nous ne ■ pourrions jamais l’apprendre. • Itnne magnum est esse parfum, ut nisi a te qui tam magnus es fieret, disci omnino non pnssetP lia plane Mais ce n’est pas assez au Verbe fait chair d’avoir confondu l’orgueil , il faut relever l’espérance; et c’est ce qu’il va faire en s’appauvrissant : il ne confond la présomption que pour donner place A l’espérance. C’est ma seconde partie : ibi se pauperavit.
SECOND POINT
L’appauvrissement du Verbe fait chair est la principale partie du mystère, et celle par conséquent qu’il est le plus malaisé de bien faire entendre : car lorsque le saint apôtre a dit, que le Fils de Dieu s’est fait pauvre, il me semble, âmes chrétiennes, qu’il ne suffit pas de comprendre qu’il s’est appauvri en qualité d’homme, en s’unis, sant à une nature dont le partage est la pauvreté ; en naissant de parents obscurs, dans la lie du peuple ; en vivant sur la terre sans retraite , sans lieu de repos, et sans avoir seulement un gîte assuré où il pût reposer sa tête. Cette pauvreté mystérieuse a quelque chose de plus caché , qui ne sera jamais assez entendu ; Jusqu’à ce que nous disions que c’est la Divinité qui s’est elle-même appauvrie.
Je ne suis point trop hardi, quand je parle ainsi ; et je ne fais que suivre t’apôtre : Exinanivit semetipsum ’ : « il s’est anéanti lui-même, > ou , pour traduire ce mot proprement , il s’est vidé
' !}e$ttnct. Firgiuit. 36, l. vi, col. 3bA-
» PhUipp. II.
et répandu tout entier; comme un vase qui était plein , et qu’on vide en le répandant : c’est l’Idée que nous donne le divin apôtre , et c’est dans cette effusion que consiste l’appauvrissement du Verbe fait chair. Ce dépouillement est-il véritable? Dieu a-t-il perdu quelque chose en se faisant homme? et n’est-ce pas un article de notre foi , que la Divinité, toujours immuable, ne s’est ni altérée ni diminuée dans ce mélange? Comment donc le Fils de Dieu s’est-il dépouillé? Voici le secret du mystère.
On dépouille quelqu’un en deux sortes, ou quand on loi ôte la propriété, ou quand on le prive de l’usage ; car quoiqu’on laisse à un homme la propriété de son patrimoine; si on lui lie les mains pour l’usage , il est pauvre parmi les richesses dont il ne peut pas se servir. Ce principe étant supposé, il est bien aisé de comprendre l’appauvrissement du Verbe divin. Si je considère la propriété, il n’est rien de plus véritable que l’oracle du grand saint I.éon dans cette célèbre épttre à saint Flavien ; que • comme la forme de Dieu n’a ■ pas détruit la forme d’esclave , aussi la forme • d’esclave n’adiminné en rien la forme de Dieu • Ainsi la nature divine n’est dépouillée en Jésus- Christ d’aucune partie de son domaine; de sorte que son appauvrissement, c’est quelle y perd l’usage de la plus grande partie de ses attributs. Mais que dis-je , de la plus grande partie ? quel de ses divins attributs voyons-nous paraître en ce Dieu enfant que le Saint-Esprit a formé dans les entrailles de la sainte Vierge?
Que voyons-nous qui sente le Dieu dans les trente premières années de sa vie? Mais encore dans les trois dernières , qui sont les plus éclatantes ; s’il parait quelques rayons de sa sagesse dans sa doctrine , de sa puissance dans ses miracles , ce ne sont que des rayons affaiblis, et non pas la lumière dans son midi. La sagesse se cache sous des paraboles et sous le voile sacré de paroles simples : et lorsque la puissance étend son bras à des ouvrages miraculeux ; comme si elle avait peur de paraître, en même temps elle le retire : car la véritable grandeur de la paissance divine, c’est de paraître agir de son dief; et c’est ce que le Fils de Dieu n’a pas voulu faire. Il rapporte tout à son Père : Ego non judico quemquam Pater in me manens ipse facit opéra ’ : • Pour « moi. Je ne juge personne... mon Père qui de- « meure en moi, fait lui-même les œuvres que je « fais;» et il semble qu’il n’agisse et qu’il ne parle que par une autorité empruntée. Ainsi la nature divine devait être en lui, durant les jours de sa
• rpitL x.iT, cap. III.
• Juan. Tin. 16; 11», lu.
DE I.’ANNONCUTION.
chair, privée de l’usage de sa puissance et de ses divines perfections : c'est pourquoi • il est digne
• de recevoir puissance, divinité, sagesse et
• force : » Dignus est aceipere virtutem, et divinilalem, etsapientiam,etfortitudinem ';comme s’il ne l'avait pas eue auparavant ; l’oserai-Je dire? comme un homme interdit par les lois, qui a la propriété de son bien, et n'en a pas la disposition. Ainsi étant interdit en vertu de cette loi suprême qui l'envoyait sur la terre pour y être dans un état de dépouillement, il n'avait pas l'usage de son propre bien ; et il n'en reçoit la pleine dispositloo qu'aprés qu'il est retourné au lieu de sa gloire, c'est-à-dire, an sein de son Père.
Tel est l'appauvrissement du Verbe fait choir : le Fils de Dieu s'y est engagé par sa première naissance qu'il prend d'une mère mortelle. C'est pourquoi son Père immortel , pour l'en délivrer, le ressuscite des morts ; et lui donnant de nouveau la vie, il le fait jouir de tous les droits de sa naissance étemelle : Ego hodie genui le' : • Je voua
• ai engendré aujourd'hui. > O Dieu appauvri , 6 Dieu dépouillé ! je vous adoie ; vous méritez d'autant plus nos adorations, 6 Dieu interdit !
Il pourrait sembler, chrétiens, que cette pauvreté du V erbe fait chair serait un moyen peu sûr pour relever la bassesse de notre nature : est-ce une espérance pour des malheureux , qu'un Dieu en vienne augmenter le nombre? est -ce une ressource à notre faiblesse, que notre libérateur se dépouille de sa puissance? ne semble-t-il pas au contraire que le joug qui accable les enfants d'Adam est d'autant plus dur et inévitable, qu'un Dieu même est assujetti à le supporter ? Cela serait vrai , chrétiens, si sa pauvreté était forcée, s'il y était tombé par nécessité , et non pas descendu par miséricorde : mais que ne devons-nous pas espérer d'un Dieu qui descend pour se joindre à nous; dont l'abaissement n'est pas une chute, mais une condescendance; qui n'a pris notre pauvreté, comme il a déjà été dit, que de peur qu'étant si pauvres et si misérables nous n’osassions approcher de lui avec notre misère et notre Indigence : Descendu ut levant, non cecidit ut jacent ’ :
• Il ne tombe pas pour être abattu, mois il des-
• cend pour nous relever? •
C'est ce qui fait dire à saint Augustin que le Fils de Dieu a été porté au mystère de l’ineamation» par une bonté populaire, > populari quadem cletnentia 4. Comme un grand orateur, plein de riches conceptions , pour se rendre populaire et intelligible se rabaisse par un discours
' jSpoc. V, 12.
* Pi. Il, 7.
* /b Joan. Tmct. cm, n" 7 , 1. lit. p. il . eol. 769.
* centra Acad. Ub. lll, o* 12, I. l.cul. 221.
simple à la capacité des esprits communs ; comme un grand environné d'un éclat superbe, qui étonne le pauvre peuple et ne lui permet pas d’approcher, quitte tout ce pompeux appareil , et, par une familiarité populaire, vit à la mode de la multitude, dont il se propose de gagner l'esprit : ainsi la Sagesse incréée, par un con.seil de condescendance , se rabaisse en prenant un corps , et se rend sensible ; ainsi la Majesté souveraine, par une facilité populaire, se dépouille de son éclat et de ses richesses, de son immensité et de sa puissance , pour converser librement avec les hommes. Élevez votre courage , 6 enfants d’Adam : dans la dispensation de sa chair, ne croyez pas que ce soit en vain qu'il semble appréhender de paraître Dieu ; il l’est , et vous pouvez attendre de lui tout ce que l’on peut espérer d'un Dieu. Mais il cache tous scs divins attributs; approchez avec la même familiarité, avec la même franchise , avec la même liberté de cœur, que si ce n’était qu’un homme mortel.
Voilà l’effet admirable que produit le dépouillement du Verbe iucarné : de sorte que nous pouvons dire qu’il ne s’appauvrit en toute autre chose , que pour être riche en amour et abondant en miséricorde. C'est le seuldescs attributs dont il se laisse l’usage ; et dans sa pauvreté mystérieuse, rien n’est plus riche que son amour qui coule sur nous de source , qui n’a même rien en nous qui l'attire, mais qui se répand sur nous de lui-même , et se déborde par sa propre abondance : tel est l’amour de notre Dieu. • Il nous a airotis • le premier : . fyse prior dilexit nos ■ ; que reste-t-il maintenant, sinon que nous lui rendions amour pour amour? Certainement le cœur est trop dur, qui , non content de ne lui pas donner son amour, refuse même de le lui rendre; qui, n'allant pas à Dieu le premier, ne le suit pas du moins quand il le cherche. Que si nous aimons ce divin Sauveur, observons ses commandements, marchons par les voies qu’il nous a marquées, et ne disons pas en nos cœurs : Aimer scs ennemis, se hair soi-même, ce commandement est trop liant, il n'y a pas moyen de l’atteindre ; la doctrine évangélique est trop relevée , et passe de trop loin la portée des hommes.
Quiconque parle ainsi, n’entend pas le mystère d’un Dieu abaissé : ce Dieu facile, ce Dieu populaire, qui se dépouille et qui s’appauvrit pour se mettre en égalité avec nous, mettra-t-il au-dessus de nous ses préceptes? et celui qui veut que nous atteignions à sa personne, voudra-t-il que nous ne puissions atteindre à sa doctrine?Prendre une telle pensée , c’est peu connaître un Dieu appauvri ; une telle hauteur ne s’accorde pas avec
' I. J(*an. iT. 10.
POUR LA FÊTE
une telle comlescendance. Mon , je ne crois plus rien d’impossible; il n’y a vertu où je n’aspire, | il n’y a sainteté ou Je ne prétende. Mais si vous y prétendez , pour parvenir à ce haut degré , il j faut encore ajouter : Il n’y a passion que je ne combatte; ambition, je veux t’arracher du fond de mon coeur, etc. Ah! vous commencez à ne plus entendre, et à trouver la chose impossible ; un Dieu descend et vous tend la main ; il n’est que d’oser et d’entreprendre. Heureuses donc les entrailles de la sainte Vierge, où s’accompiit un si grand mystère, dans lesquelles un Dieu appauvri ouvre une si belle carrière à nos espérances! mais laissons les espérances, mes soeurs, et venons aux biens véritables dont U comble notre pauvreté : c’est ce qu’il faut méditer dans la dernière partie.
TBOISIEMB POIBT.
Ni dans l’ordre de la grâce, ni dans l’ordre de la nature , la terre pauvre et indigente ne peut s'enrichir, que par le commerce avec le ciel : dans l’ordre de la nature elle ne porte jamais de riches moissons, si le ciel ne lui envoie scs pluies, ses rosées , sa chaleur vivifiante , et scs inlluences ; et dans l’ordre de la grâce on n’y verra jamais fleurir les vertus, ni fructifier les bonnes lEuvres, si elle ne reçoit avec abondance les dons (lu ciel , où réside la source du bien. Jugez de lâ , chrétiens, quelle devait être notre pauvreté, puisque ce sacré commerce avait été rompu depuis tant de siècles par la guerre que nous avions déclarée au ciel ; et jugez par la même raison quelles seront dorénavant nos richesses , puisqu’il SC rétablit aujourd’hui par le mystère de l’incarnation : car ce n’est pas sans raison , mes sœurs, que l’Église, nous expliquant ce divin mj’stère, l’appelle • un commerce admirable : > O admirabile commercium !
Voilà un commerce admirable, dans lequel il est aisé de comprendre que tout se fait pour notre avantage. Deux sortes de commerce parmi les hommes : un commerce de besoin pour emprunter ce qui nous manque; sagesse de Dieu dans le partage des biens, afin que les besoins mutuels tissent l'ailionce et la confédération des peuples ; un commerce d’amitié et de bienveillance , pour partager avec nos amis ce (pie nous avons. Dans l’un et l’autre de ces commerces on trouve de l’avantage : dans le premier, on a le plaisir d’acquérir ce qu’on n’avait pas ; dans le second , le plaisir de jouir de ce qu'on possède : plaisir qui serait sans goût , si nul n’y avait part I avec nous. /
Mais il n’en est pas ainsi de notre Dieu, qui • est sufiisant à lui-même; parce qu’il trouve '
- tout, dit saint Augustin >, dans la grandeur • abondante de son unité : • Sibi sujficitcopiosa... unitalis magniludine. Il n’a besoin de personne pour posséder tout le bien , parce (pi’il le ramas.se tout entier en sa propre essence; il n’a besobi de personne pour le plaisb: d’en jouir, qu’il goûte parfaitement en lui-même : donc s’il entre en commerce avec les hommes, qui doute que ce ne soit pour notre avantage? quand il semble venir à l’emprunt , c’est qu’il a dessein de nous enrichir; s’ii recherche notre compagnie, c’est qu’il veut SC donner à nous. C’est ce qu’il fait aujourd’hui daus les entrailles de la sainte Vierge ; et saint Augustin a raison de dire : Ibi nosdUavil : < C’est là qu’il nous enrichit. »
Et en effet , saintes âmes , considérons , je vous I prie , quel commerce le Fils de Dieu y commence,
I ce qu’il y reçoit et ce tpi’il y donne ; épanchons ici notre cœur dans la célébration de ses bienfaits. Il est venu , ce charitable négociateur, il est venu trafiquer avec une nation étrangère. Dites-moi, qu'a-t-il pris de nous? Il a pris les fruits malheureux que produit cette terre ingrate, la faiblesse, la misère, la corruption : et que nous a-t-il donné en échange? Il nous a apporté les véritables biens (jui croissent en son royaume céleste, (jui est son domaine et son patrimoine; l’innocence, la paix, l’immortalité, l’honneur de l’adoption, l’assurance de riiéritage, la grâce et la communication du Saint-Esprit. Qui ne voit que tout se fait pour notre avantage dans cet admirable trafic?
Mais voyons maintenant cet autre commerce de société et d’affection. Peut-on nier que sans sa bonté notre compagnie lui serait à charge? Si donc il épouse la nature humaine dans les entrailles de la sainte Vierge, s’il entre dans notre alliance par le nœud sacré de ce mariage; puisqu’il n’y a pas la moindre apparence <jue cette société lui profite, reconnaissons plutAt qu’il veut être à nous , et enrichir notre pauvreté , nonseulement par la profusion de tous ses biens, mais encore en se donnant lui-même.
Ce n’est pas moi, chrétiens, qui tire cette conséquence; c’est le grand apAtre saint Paul, qui, considérant en lui-même cette eharité infinie par laquelle Dieu a aimé tellement le monde qu’il lui a donné son Fils unique, s'écrie ensuite avec transport ; • Celui qui ne nous a pas épar- « gné son Fils, mais nous l’a donné tout entier,
• et par sa naissance et par sa mort , cpie nous ■ pourra-t-il refuser? et ne nous donne-t-il pas
• en lui toutes choses? • Quomodo non etiam cum illo omnia nobis donavit’? Quand il a
< r onfets. lih. xiti, cap. xi, t. i, oot. S9.
» fiom. vifi, sa.
DE L'ANNONCIATION
donné son Fils, il nous a ouvert le fond de son cœur ; tout se déborde par cette ouverture : [ il nous a donné un Fils qui lui est ] aussi cher que lui-méme, son unique, son bien-aime, ses délices, son trésor; et après que sa divine libéralité a ainsi épanché son cœur, ne faut-il pas que tout coule sur nous parcette ouverture? Que plût à Dieu faire entendre la force de cette parole : Seipsum dabii, dit saint Augustin ■ , quia seipsum dédit • 11 se donnera de nouveau , parce
• qu’il s'est déjà donné une foisi > La libéralité des hommes est bientôt à sec : en Dieu un bienfait est une promesse ; une grâce , un engagement pour un nouveau don. Comme dans une chaîne d’or un anneau en attire un autre, ainsi lesbienfaits de Dieu s'entre-suivent par un enchaînement admirable. Celui qui s’est donné une fois ne laissera pas tarir la source infinie da sa divine miséricorde, et il fera encore en notre nature un nouveau présent de lui-méme ; • il se donnera 'immortel aux immortels, après s’étre donné
• mortel aux mortels : "Seipsum Uubit immorlalibus immortalem, quia seipsum dédit mortalibus morlalem’. En Jésus-Christ mortel , les dons de la grâce; en Jésus-Christ immortel, les dons de la gloire. Il s’est donné à nous comme mortel , parce que les peines qu'il a endurées ont été la source de toutes nos grâces : il se donnera à nous comme immortel, parce que la clarté dont il est plein sera le principe de notre gloire. « Il transformera notre corps, tout vil et abject « qu’il est , afin de le rendre conforme à son corps
• glorieux : • Reformabit corpus humilitatisnostra, configuratum corpori ctarilatis suæ^.
Mais faisons en ce Ùeu , mes sœurs , une réflexion sérieuse sur la grandeur incompréhensible de la sainte Vierge : car si nous recevons tant de grâces et de bonheur, parce que Dieu nous donne son Fils; que pourrons-nous penser de Marie , à qui ce Fils est donné avec une prérogative si éminente? si nous sommes si avantagés, parce qu’il nous le donne comme Sauveur ; quelle sera la gloire de la sainte Vierge â laquelle il l’a donné comme fils , c'est-à-dire en la même qualité qu’il est à lui-méme? Beutus venter qui te portavit : • Heureuses mille et raille fois les entrailles qui ont porté Jésus-Christ.» Jésus-Christ sera donné à tout le monde; Marie le reçoit la preoière, et Dieu le donne au monde par son enremise. Jésus-Christ est un bien universel ; mais Marie durant sa grossesse le possédera toute seule ; elle a cela de commua avec tous les hommes, que Jésus donnera sa vie ;)our elle - mais
' In Pt. D"-J, I. IV, col. .Idfi.
• Ibid.
• PhJ. m, SI.
elle a cela de .singulier, qu’il l’a premicrcmcnt reçue d’elle : elle a cela de commun , ((ue son sang coulera sur elle pour la sanclilicr ; mais elle a cela de particulier, qu elle en est la source. C’est le privilège extraordinaire que lui donne le mystère de celte journée ; mais puisque ce mystère adorable nous donne Jésus-Christ aussi bien qu’a elle , quoique ce ue soit pas an même degré d’alliance, apprenons de cette mère divine à recevoir saintement ce Dieu qui se donne â nous.
Jésus-Christ mortel est à nous, Jésus Christ immortel est à nous encore : nous avons le gage de l’un et de l’autre dans le mystère de l’eucharistie. Il est effectivement immortel, et il porte la marque et le caractère , non-seulement de sa mortalité, mais de sa mort même ; il se donne à nous en cet état, alin que nous entendions que tout ce qu’il mérite par sa mort, et tout ce qu’il possède dans son immortalité , est le bien de tous ses fidèles; recevons-le dans cette pensee. lui disposition nécessaire pour recevoir un Dieu i|ui se donne à nous , est la résolution de s’en bien servir : car quiconque fuit celte injure a la miséricorde divine de ne recevoir pas son présent [ comme il faut , que ne doit-il pas appréhender? J
■ Comment pourrons-nous éviter sa colère , si
• nous négligeons un tel salut? • Quomodo nos effugiemus, sitantam neglexerimussalutem ' ? Au contraire, quelle sourec de gloire! quel torrent de délices 1 quelle abondance de dons I quelle inondation de félicité !
Le fruit de ce discours [ est renfermé ] dans oes paroles : Vlamur nostro in nosiram utililatem, de Salvature satutem operemur> : « Ser-
• vons-nous de celui qui est à nous pour notre
• profit , faisons notre salut de celui qui est notre
■ Sauveur ; » sortons de cette prédication avec une sainte ardeur de travailler à notre salut, puisque nous recevons un Sauveur [ qui vient j nous sauver. S’il n’y avait point de Sauvcui , je ne vous parlerais point de la sorte : [ mais ] s’il est à nous, mes frères, servons-nous-en pour notre profit ; et puisqu'il est le Sauveur, faisons de lui notre salut ; Vlamur nostro in nostmm utililalem , de Satvatore satutem operemur.
* Hebr. Il , 3.
* I. UetH. Hitm. III, tu/>. Muiuttit, n* !♦, I. I, wl. ^iB.
POUR LA FÊTE
DEUXIÈME SERMON
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