‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 12 sur 273 · LE JOUR DE LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE JOUR DE LA PENTECOTE

PStCDS DEVAKT LA RelSE.

Mracli^ des bomma spIriloHi que le Salnl-Kspril furnie suJounThul. Esprit de fennele et de vigueur, necessAlre peur se KXitenir dsns la vie chrétienne. Combien notre eitréme de. Ilcatnise est opposée k la fermeté et au counge îles premiers nhiéUens. PmécuUon du monde ; quelles sont ses masimea et les armes qu'il ouploie pour absltre ceux qui lui lésistenl. D'oii vlenl noire insenailiillté pour lea maux de» autres. Knvie et esprit d'intérêt , deux péchés prinelpaux que le Saint-Ks prit reprend : leurs (unestas suites : remèdes à ces deux defauts.

Cum Téfieril Pancleliis , arguet mundum de peecato.

Quand l’Esprit de vériU viendra, il convaincra Ir

monde de péché. Joao. xvi , s.

Comme les hommes ingrats ont péché dés le commencement du monde contre Dieu qui les u créés , Dieu aussi les a convaincus de péché dés le commencement du monde. Il a convaincu les pécheurs lorsqu'il a cliassé nos premiers parents du paradis de délices; lorst|ue écoutant la voix du sang d'Ahel il a fait errer par tout l'univers le parricide Gain, toujours fugitif et toujours tremblant ; lorsque , par un déluge universel , il a puni une corruption universelle. Dieu a repris les pe- ' cheurs d'une manière plus elaireet plus convaincante, lorsqu’il a donné sa loi à son peuple par l’entremise de Moïse; et lorsque, dans l'Ancien Testament, il a exercé tant de fois une justice si rigoureuse coutre ceux qui ont transgressé une lui si sainte ctsi juste. Commeles hummcsavaieiit rejeté ce quu Dieu avait commandé par la bouche de Moïse et dis prophètes; il o enfin envoyé son propre fils , qui est venu en personne , pour condamner les péchés du monde, et par sa doctrine céleste, et pur l'exemple de sa vie irréprochalile , et par une autorité qui est autant au-dessus do celle de Moïse et des prophètes, que la dignité du (ils surpasse la conditiou des serviteurs. Après que le Père et le Fils avaient condamné les |iécheurs, il fallait que le Saint-Esprit vlut encore les convaiiicro; et Jésus-Christ nous enseigne qu'il est descendu on ce jour pour accomplir cet ouvrage : • Quand cet Esprit , dit-il , sera venu, il ■ conxainera le nionilc de ptx'lié. - J'ai dessein île vous expliqiur ec qu’a fait aujourd'hui le Saiid- Esprit , pour eonvuiitere les peelieiirs ; quelle est celte façon [(articulierc do rcpreiidie les péeliés

DE LA PENTECOTE.

qui lui est attribuée dans notre évangile ; et de (|uel châtiment sera suivie une conviction si manifeste : mais , pour traiter avec fruit une matière si importante, j’ai besoin des lumières de ce même Esprit , que Je vous prie de demander avec moi par l'intercession de la sainte Vierge. Ave.

L’ouvrage du Saint-Esprit, celui que les saintes Écritures lui attribuent en particulier, c’est d'agir secrètement dons nos cœurs, de nous changer au dedans, de nous renouveler dans l’intérieur, et de réformer par ce moyen nos actions extérieures. J’ai dessein de vous faire voir que l’opération du Saint-Esprit dans les apôtres , et dans les premiers chrétiens, convainc le monde de péché : mais comme nous ne connaissons ce qui se passe dans les cœurs , que par les œuvres , et qu'il serait malaisé de vous faire ici le dénombrement de tous les effets de la grâce. Je m’attacherai, messieurs, à deux effets principaux que la grâce du Saint-Esprit produit dans les hommes qu’elle renouvelle, et qui ont éclaté prlneipaleroent après la descente du Saint-Esprit dans les premiers chrétiens et dans l’Église naissante.

Les hommes naturellement se laissent amollir par les plaisirs , ou affaiblir par la crainte et par la douleur : mais ces hommes spirituels que le Saint-Esprit a formés. Je veux dire les apôtres, les premiers fidèles; timides auparavant , ils ont abandonné lâchement leur Maître par une fuite honteuse, et le plus hardi de tous a eu la faiblesse de le renier : aujourd’hui que le Saint-Esprit les a revêtus de force, ce sont des hommes nouveaux que ni la crainte ni la douleur, ni les plus dures épreuves , ni la violence des coups , ni l’indignité des affronts ne sont plus capables d’émouvoir, et d’empêcher de rendre i la face de tout l’univers un glorieux témoignage à Jésus-Christ ressuseité. Tel est le premier caractère des hommes spirituels que Je dois aujourd’hui vous représenter : ils sont pleins d’un esprit de force , qui triomphe du monde et de sa puissance.

Mais voici un second effet qui n’est pas moins merveilleux : an lieu qu’on voit ordinairement les hommes si attachés & leurs intérêts que, pourvu qu’ils soient à leur aise , iis regardent les maux des antres avec une souveraine tranquillité ; les apôtres et les premiers chrétiens , ces créatures nouvelles que le Saint-Esprit a formées , attendris par la charité qu'il a répandue dans les cœurs, ne sont plus • qu'un cœur et qu’une âme, « cor unutit et anima «no ' : comme II est écrit dans les actes ; cl touchés dis maux (pi'eiidurciit

‘ IV. Ti

les pauvres, ils ne craignent pas de vendre leurs biens , pour établir parmi eux une communauté bienheureuse. Teb sont les deux caractères dont le Saint-Esprit a marqué les hommes qu’il forme en ce Jour. Invincibles, inébranlables, insensibles en quelque sorte à leurs propres maux per l’esprit de force qui les a remplis , sensibles aux maux de leurs frères par les entrailles de la charité fraternelle ; ils condamnent notre faiblesse qui ne veut rien souffrir pour l’amour de Dieu, ils convainquent notre dureté qui nous rend insensibles aux maux de nos frères ; ainsi , par l’opération du Saint-Esprit , le monde est convaincu de péché. Considérons attentivement cette double conviction ; et voyons avant toutes choses notre faiblesse condamnée par cet esprit de force et do fermeté qui parait dans les apôtres et dans l’Égiise naissante.

PREIIIBB POINT.

Que l’esprit du christianisme soit un esprit de courage et de force, un esprit de fermeté et de vigueur, nous le comprendrons aisément, si nous considérons que la vie chrétienne est un combat continuel. Double combat, double guerre, comme dans un champ de bataille, pour combattre mille ennemis découverts, et mille ennemis invisibles. Si la vie chrétienne est un combat continuel , donc l’esprit du christianisme est un esprit de force. Persécution au dehors, persécution intérieure : la nature contre la grâce ; la choir contre l’esprit ; les plaisirs contre le devoir ; l'habitude contre la raison ; les sens contre la foi ; les attraits présents contre l’espérance; l’usage corrompu du monde contre la pureté de la loi de Dieu. > Qui

• ne sent point ce combat, dit saint Augustin,

• c’est qu’il est déjà vaincu , c’est qu’il a donné

• les mains â l’ennemi qui règne sans résistance : > Si nihil in le altcri resistil, vide totum ubi sit. Si spiritus luus a came contra concupiscente non dissentit, vide ne forte cami mens Iota eonsenliat ; vide ne forte idco non sit bellum, quia pax perversa est ' . Qui suit le courant d’uit fleuve n’en sent la rapidité que par la forcc'qui l’emporte avec le courant. Pouvons-nous vaincre dans ce combat, sans être revêtus d’un esprit de force? C’est pour cela que le Fils de Dieu, sachant que la force et la fermeté étaient comme le fondement de toute la vie chrétienne, a voulu faire paraître cet esprit avec un si grand éclat dés l’origine du christianisme. Vous allez voir, chrétiens, de quelle sorte cet esprit de force, qui a rempli les apôtres, convainc d'infidélité , et les Juifs , qui n'ont pas cru à leur parole , et les chrétiens qui ont dégénéré de leur fermeté ; Arijio l

• .Strwl, \M, u'I.t V, col. Ibi.

POUR LE JOUR

mundum de peeeato... quia non crediderunt in me

Simon, Ois de Jonas, c’est-à-dire, Ois de la colombe, régénéré au dedans par le Saint-Esprit; Simon que ce même Esprit rend digne aujourd’hui du titre de Pierre , par la fermeté qu’il vous donne : c’est à vous à parler pour vos frères, puisque vous êtes le chef du collège apostolique. Parlez donc, à disciple autrefois le plus hardi à promettre, et le plus faible à exécuter ; qui vouliez mourir, disiez-vous , et qui reniez trois fols votre maître; c’est à vous à réparer votre faute. Il ne connaissait pas Jésus ; écoutez maintenant comme il le prêche, ce Jésus , l’objet de la haine publique. Mes frères , qu’il est changé! il n’était fort alors que par une téméraire confiance en luimâne ; aujourd’hui qu'il est fort par le Saint- Esprit, écoutez quelles paroles ce divin Esprit met dans sa bouche : « Nous vous prtehons Jésus « de Nazareth; sache donc tonte la Maison d’Is- « raël , que le Dieu de nos pères a ressuscité et

• qu’il a fait asseoir à sa droite ce Jésus que vous ■ avez crucifié * : car Pilate , ajonte-t-ll , l’a voulu

• sauver, l'ayant jugé innocent; mais c'est vous

• qui l’avez mis en croix » et voyez comme il exagère leur crime : > Vous avez renié le Saint « et le Juste, et vous avez demandé la grâce

• d’un voleur et d’un meurtrier, et vous avez fait

• mourir l’auteur de la vie 4. > Quelle force I quelle véhémence! car que peut-on imaginer de plus fort pour confondre leur ingratitude, que de leur remettre devant les yeux toute l’horreur de cette injustice, d’avoir conservé la vie à Rarabbas qui l'dtait aux autres par ses homicides , et tout ensemble de l'avoir ravie à Jésus qui l’offrait à tous par sa grâce? Non, mes frères, ce n’est pas un homme qui parle ; c’est le Saint-Esprit habitant en lui qui convainc le monde de péché, parce qu’il n'a pas cm en Jésus-Christ.

Mais voyons passer les apAtres des discours aux actions, du témoignage de la parole au témoignage des œuvres et du sang : sans fierté, sans emportement, sans ces violents efforts que fait une âme étonnée , mais qui s’excite par force ; comme des hommes qui sentent la force de la vérité , qui se soutient de son propre poids : « Ils sortent do

• conseil tout remplis dejole, •ibantqaudenles^. Quel est ce nouveau sujet de joie dans une si craelle persécution? De ce qu’on les avait jugés dignes ; dequelle récompense, ou de quelle gloire? dignes d'être maltraités et battus de verges pour

* Jaan. xrt , b, ».

* eéct,

* /bid. Ht, 13.

< Ibid. 14 , 16.

* /bld. T, 41.

le saint nom de Jésus ! On les cite encore une fois, on les cite devant le conseil des pontifes, on les met en prison , on les bat de verges par main de bourreau avec cruauté et ignominie; on leur défend , sur de grandes peines , de ne plus prêcher en ce nom ; car, messieurs , c’est ainsi qu’ils parlent : Ne prêchez pas en ce nom ; en ce nom odieux an monde, et qu’ils craignent même de prononcer : tant ils l’ont en exécration I A cela, que répondront les apétres? Une parole de force et de fermeté : • Noos ne pouvons pas nous

• taire , et ne pas dire ce que nous avons vu et « ce que nous avons oui '. > « Remarquez, dit ici

• saint Jean-Chrysostéme , de quelle manière ils

• s’expriment : s’ils disaient simplement : Nous

• ne voulons pas ; comme la volonté de l'homme « n'est que trop changeante , on aurait pu espé- « rer de vaincre leur résolution : mais de peur

• qu'on n’attende d’eux quelque faiblesse indigne « de leur ministère ; Nous ne pouvons pas, disent-

• ils, et ne tentez pas l’Impossible : > non possumus. Et pourquoi ne pouvez-vous pas? n’êtes vous pas les mêmes? Cest que les choses ont été changées : un feu divin est tombé sur nous, une loi a été écrite en nos cœurs , un Esprit tout-puissant nous fortifie et nous presse; touchés par ses divines inspirations , nous nous sommes imposé nous-mêmes une bienheureuse nécessité d’aimer Jésus-Christ plus que notre vie : c’est pourquoi nous ne pouvons plus obéir au monde ; nons pouvons souffrir, nous pouvons mourir; mais nous ne pouvons plus trahir l’Évangile, ni dissimuler ce que nous savons par des voies si indubitables : non possumus.

Mais admirez, chrétiens, l’efficace du Saint- Esprit dans cette parole : tes pontifes et les ma- I gistrats du temple, étourdis et frappés de cette ^ réponse comme d'un coup de tonnerre, consultent ce qu’ils feront ; et nialgré toute leur bireur, elle arrache cet aveu de leur Impuissance : car écoutez comme ils parient : Quid faciemus hominibus istis ‘ ? « Que ferons-nous à ces hom- « mes? > Quel nouveau genre d’hommes nous parait icil aussitét qu'ils professent la foi de Jésus, ils commencent à jeter leurs biens, et ils sont prêts à donner leurs âmes ; les promesses ne les gagnent pas , les injures ne les troublent pas , des menaces les encouragent, les supplices les réjouissent : Quid faciemus? • Que leurferons- « nous? ■ Église de Jésus-Christ, je n’ai pas de peine à comprendre qu’en prêchant , en souffrant, en mourant , tes fidèles couvriront un jour leurs tyrans de honte , et que leur patience forcera

• AeL IV, SO.

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