‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 110 sur 273 · DE LA VISITATION DE LA SAINTE VIERGE · texte numérisé non relu

DE LA VISITATION DE LA SAINTE VIERGE

PRÉCIIÉ DETAETT ERE CURCRÉCATIOR DE PRÊTRES.

UnkM dp l’Évangile avfc la loi. La Synagogue flgaréedant Élisabetti . et ITglive en Marie. Caraetére de l'une et de l'autre. Lepht de ferveur, dont lea prêtres doivent Être anlmea : pureté qui leur est nécessaire. Sainteté inviolable des mystères qu'ils traiteoL Condesoeudance qu'ils doivent avoir pour les faibles. Quel est le vrai sacrifice de la nouvelle loi.

IntravU Maria in doiBum Zactaariæ, et salulavit Elisabeth.

Jtforfr élant mirée dans la maison de Zacharie, elle

salua Élisabeth. Luc. i , 40.

Jésus- Christ, messieurs, étant envoyé pour être la lumière du monde; aussitdt qu'il y eut fait sa première entrée, aussitôt il commença d’eKeigncr les hommes. Encore que vous le voyiez aujourd'hui dans les entrailles de sa sainte merc , .sans parole , ce semble , et sans action , ne vous persuadez pas qu’il se taise. Étant la parole du Père éternel , non-seulement tout ce qu'il fait et tout ce qu’il souffre, mais encore tout ce qu’il est, parle, et d’une manière très-iutelliglble , à ceux qui ont, comme vous , l’esprit exercé dans la connaissance des divins mystères. Je vous prie, mes frères, de jeter les yeux sur cette belle structure de l’univers. Y a-t-il aucune partie où il ne paraisse de l’art et de la raison? Combien la disposition en est- elle sagel combien l'harmonie en est- elle juste I comme toutes choses y sont mesurées , quel ordre et quelle conduite y règne partout I D’où vient cette beauté, et d’où vient cet ordre dans cette grande machine du monde ? C’est à cause qu'elle a été faite par le Fils de Dieu,qtiiétantnéderinteII igence du P ère, comme sa parole et son Verbe, est lui-même tout raison, tout sagesse, tout entendement. De là vient, messieurs , que cet universest un ouvrage si bien entendu , unouvrage de raison et d’intelligence ; pareequ’il est tiré sur une idée infinimeutbelle, qu’il vient d’une science très-accomplie, et de cette raison souveraine qui est tout ensemble et le Verl» et leFils de Dieu par qui tontes choses ont été faites , par qui elles seront toujours gouvernées.

Mais si le monde fait reluire de toutes parts tant d’art, tantderaison.tantd’intelligence , parce qu’il a été fait par le Fils de Dieu ; quels trésors de sagesse seront enfermés en ce chef-d’œuvre incompréhensible de l'humanité qui lui est unie , ou Dieu a recueilli toutes les merveilles desapuissanee ! S’il fait paraître taut de sagesse dans l'ouvrage qu’il a produit hors de lui-même , combien

en aura-t-il fait éclater dhns l'ouvrage qu'il a produit afin de se l'uuir à lui-même; je veux dire dans l'humanité, qu'il s'est rendue propre par cette union si intime ! Et si nous apprenons des Lettres sacrées, que ce monde publie la gloire de Dieu par un langage qui sc fait entendre jusqu’aux peuples les plus barbares ' ; à plus forte raison doit-on dire que tout ce qui se fait en Jésus est plein de sagesse ; qu'il parle hautement et divinement, même lorsqu'il semble le plus qu’il se taise ; qu’il nous enseigne avant que de naître ; et que le ventre de sa sainte mère n’est pas seulement le sanctuaire de ce Dieu fait homme, ni le lit chaste et virginal où il consomme son mariage avec l'humanité son épouse; mais encore que c'est une chaire, où cc docteur céleste commence à prêcher les saintes vérités de son Évangile. Saint Jean l'entend , et il saute d’aise ; et cette éloquence muette va émouvoir le cœur d'un enfant. Jusque dans le sein de sa mère. Rendonsnous attentifs, messieurs, A cette prédication de Jésus , qui ne frappe point les oreilles, mais qui parle si fortement aux esprits; écoutons ce que le Sauveur nous veut dire , et considérons dans cette pensée le mystère que nous honorons.

Encore qu'il pourrait peut-être sembler que l’Évangile et la loi fussent bien éloignés ; toutefois vous savez , messieurs , qu’il n’y a rien qui soit mieux uni , et que Jésus-Christ n’est venu au monde que pour accomplir la loi et les prophéties par les vérités de son Évangile. C’est ce qui fait dire à Tertullien : O Christum in novis velerem M « O que Jésus-Christ est ancien dans « sa nouveauté I > Et de là vient que ce grand homme l’appelle, en un autre endroit , rilluminateur des antiquités ; parce qu’il n’y a dans la loi ni point ni virgule , si je puis parler de la sorte , qui ne trouve son vrai sens en Jésus-Christ seul ; et que Jésus-Christ n’a jamais fait un seul pas, que pour accomplir exactement, et de point en point, ce qui était écrit de lui dans la loi. Ainsi , quelque différence qui nous y paraisse , Moïse et Jésus-Christ se touchent de près ; la Synagogue et l’Église se tendent les mains : et |e considère aqjourd'hui dans la visite que rend Marie à Élisabeth, et dans leurs embrassements mutuels, l’Évangile qui baise la loi, l’Église qui embrasse la Synagogue. Voilà l’âme , voilà le sens de la mystérieuse variété de ce grand spectacle , de Jésus- Christallant àsaint Jean, de Marie visitant sainte Élisabeth , d’un enfant qui saute de Joie , de sa mère qui prophétise , d’une Vierge qui éclate en actions de grâces. Vous verrez que toutes les circonstances de l’histoire de notre évangile ooo-

' Pt. ivilty I etseqq.

* .tdr. .Wtirr. III». IV, «• 51.

POUR LA FÊTE

viennent si bien et si'justement à In vérité que je vous propose , que vous admirerez sans doute avec moi la conduite impénétrable de l'Esprit de Dieu dans la dispensation des mystères.

Entrons donc, messieurs, en cette matière avec le secours de la grâce; étalons les richesses des secrets célestes , exerçons nos entendements dans le cliamp des Écritures sacrées ; c'est là notre véritable exercice. Considéroiu premièrement les raisons pour lesquelles Élisabeth tient la place de la Synagogue ; et Marie celle de l'Église ; après cela nous verrons, dans les sincères embrassements de ces charitables cousines , la loi ancienne et la loi nouvelle qui vont à la rencontre l’une de l’autre. Et c’est le sujet de cette méditation, en laquelle nous trouverons des instructions salutaires pour comprendre la dignité et tous les ilevuirs de notre ordre : si bien qu’il paraîtra manifestement que de toutes les solennités par lesquelles nous honoronsla très-sainte Vierge , ccllcei était une des plus dignes d’être choisies singulièrement par la congrégation des prêtres.

PKEHIBB POinT.

La première chose que je remarque , dans le tableau que je vous présente de l’Évangile embrassant la loi , de Marie saluant sainte Élisal)cth , c’est l’âge bien différent de ces deux cousines. L’Évangile nous montre sainte Élisabeth dans une extrême vieillesse, et la divine Marie dans la fleur de l’âge ; et je vois en la vieillesse d’Élisabeth la mourante caducité de la loi ; et dans la jeunesse de la sainte Vierge, l’éternelle nouveauté de l’Église. La jeunesse de l’Église est telle, messieurs, que le temps n’est pas capable de l’alterer, ni de s’acquérir aucun droit sur elle. Les choses éternelles ont cela de propre , qu’elles ne vieillissent jamais; au contraire ce qui doit périr ne cesse jamais de tendre à sa fln , et par conséquent il vieillit toujours. C’est pourquoi l’apAtre , parlant de la loi , • Ce qui vieillit , dit- * il , est presque aboli'. » Ainsi la Synagogue vieillissait toujours , parce qu’elle devait être un jour abolie. L’Église chrétienne ne vieillit jamais, parce qu’elle doit durer éternellement. Car, messieurs , vous n’ignorez pas que comme l’Eglise remplit tous les lieux, elle doit aussi remplir tous les temps. La fln du monde ne limitera point sa durée : alors elle cessera d’être sur la terre ; mais elle commencera de régner au ciel : elle ne sera pas éteinte ; mais elle sera transférée en un lieu de gloire , où elle demeurera toujours florissante dans une perpétuelle jeunesse. Et d’où vient cette jeunesse étemelle? C’est que l’éternité n’auraqu’un

• Hfbr. VIII, 13

seul jour, parce que dans l’éternité rien no passe; ce n’est qu’une présence continuée, une présence qui ne coule point. Saint Jean le représente excellemment dans i’Apocalypse ' : «Ils n’auront

• point, dit-il, besoin de soleil , parce que le Sei-

• gneur Dieu sera leur lumière; et ils régneront

• aux siècles des siècles. > Remarquez , s’il vous plaît , cette conséquence : le Seigneur Dieu sera leur lumière, et ils régneront aux siècles des siècles. Pourquoi les choses d’ici-bas périssent-elles, sinon parce qu'elles sont sujettes au temps qui se perd toujours et quientratne avec soi, ainsi qu’un torrent , tout ce qui lui est attaché , tout ce qui est dans sa dépendance? Le soleil, qui nous éclaire , fait en même temps et défait les jours ; il fait tout ensemble et défait le temps , par la ra> pidité de son mouvement. Mais le soleil qui éclairera le siècle futur, ce sera Dieu même. Ce soleil ne porte pas sa lumière d’un lieu en un autre par la rapidité de sa course , il est tout à tous , il est éternellement devant tous, il éclaire toujours et demeure toujours immobile. C’est pourquoi , comme nous disions , l’éternité n’aura qu’un seul jour; et ce jour n’aura ni couchant ni aucune différence d’heures : et l’Église des prédestinés, qui n’aura point d’autre soleil que son Dieu , Axée immuablement dans l’éternité, sera toujours dans la nouveauté. O beau jour, et ft jour unique de l’éteraité bienheureuse, quand verrons-nous ta sainte lumière , qui ne sera cachée par aucune nuit , qui ne sera obscurcie par aucun nuagelOsainteSion , où toutes choses sont stables et éternellement permanentes; qui nous a précipités sur ces eaux courantes, dans ce flux et reflux des choses humaines?

Mais, chrétiens, réjouissons-nous : si nous vieillissons dans ce monde selon notre homme animal , l’Église , dont nous faisons partie selon l’homme spirituel, ne vieillit jamais ; parce qu’au lieu de tendre à sa fln, à la manière des choses mortelles, elle tend à cette jeunesse éternelle de la bienheureuse immortalité. C’est donc avec beaucoup de raison qu’Élisabeth vieille représente la Synagogue prête à tomber; et Marie, dans la fleur de l’âge , l’Église de Jésus-Christ toujours jeune , toujours forte, toujours vigoureuse. Donc, mes frères, puisque l’esprit du christianisme est un esprit de jeunesse et de nouveauté, • purifions-nous du vieux levain, ■ comme dit l’apêtre ’ ; que notre zèle ne vieillisse pas, qu’il soit toujours jeune et toujours fervent.

La philosophie dit que les jeunes gens sont comme naturellement enivrés; parce que leur sang chaud et bouillant est semblable , en quel-

* ^poc. XXII , 6.

• I, Cor. V, 7.

DE I.A VISITATION

(jue sorte, à un vin fumeux et plein d'esprits, qui les rend toujours ardents , toujours animés dans la poursuite de leurs entreprises. Si nous voulons vivre, messieurs, seion cette jeunesse spirituelie de la loi de grâce, il faut être toujours fervents, toujours intérieurement enivrés de ce vio de la nouvelle alliance , que Jésus-Christ promet aux fidèles dans le royaume de Dieu son Père , c'est-à-dire , dans son Église. C’est le Sauveur Jésus-Christ lui-même , qui compare à un vin nouveau l'esprit de la loi nouvelle; et c’est afin que nous entendions que de même que le vin nouveau chasse tout ce qui lui est étranger, et se purge lui-même par sa propre force, ainsi nous devons conserver cet esprit nouveau du christianisme, dans sa force et dans sa ferveur : afin qu’il chasse toutes nos ordures, et qu’il éloigne cette froideur paresseuse qui nous rend lents et comme engourdis dans les œuvres de piété.

Mais cette sainte et divine ardeur, qui est le vrai esprit du christianisme , doit se trouver particnlièrement dans notre ordre ; et nous la devons tons les jours apprendre du sacrifice que nous célébrons. L’apAtre , dans la divine épltre aux Hébreux, jugeant de la loi par le sacerdoce , conclut que • la loi de Moïse doit être abolie,

• parce que son sacerdocedevait passer : > Translaio enim sacerdotio, necesse est ut et legis trwulatio fiat '. En effet , quelles étaient les victimes de ces anciens sacrificateurs ? C’étaient des animaux égorgés; tout y sentait la corruption et la mort ; dignes victimes, dignes sacrifices d’une loi vieillie et mourante. Mais il n’en est pm de la sorte du sacrifice de ia nouvelle alliance. Notre victimeest morte une fois, mais elle est ressuscitée pour ne nwnrir plus. L’hostie que nous présentons est vivante ; le sang du Nouveau Testament, que nous répandons mystiquement SUT ces saints autels, n’est pas le sang d'une victime morte; c'est un sang tout vif ut tout chaud, si je puis parler de la sorte : tellement que nous devrions être toujours fervents, nous qui offrons au Père étemel une victime toujours Douveile, et un sang qui ne souffre point de froideur. Ni le temps, ni l’accoutumance, qui ralentissent ordinairement la ferveur des hommes ne devraient point diminuer la nôtre ; parce que notre victime, qui ne change point, vent toujours trouver en nous une même ardeur. Cependant nous vieillissons tous les jours, quand notre première ferveur se perd , au lien que nous devrions toujours être jeunes ; parce que le caractère que nous portons nous oblige d’être les membres les plus fervents du corps de l’Église, qui

■ Hrlsr. VII . I A

est toujours jeune , et qui , pour cette raison , nous est figurée dans la jeunesse de la sainte Vierge.

Et non-seulement l’âge de Marie nous représente la sainte Église, mais encore son état de perpétuelle virginité. Je sais que le mariage est sacré, et que « son lien est très -honorable en « tout et partout ; ■ Honorabile connubium in omnibus'. Mais, si nous le comparonsù la sainte virginité, H faut nécessairement avouer que le mariage sent la nature, et que la virginité sent la grâce. Et si nous considérons attentivement ce que dit l’apôtre, de la virginité et du mariage , nous y trouverons une peinture parfaite de la Synagi^c et de l’Église chrétienne. ■ L’une

• est toutoccupéedu soin desclioses du monde : > Cogitât qua; sunt mundi'\ c'est le but de la Synagogue qui a pour partage la rosée du ciel et la graisse de la terre, de rare enti et de pinguedine terras ^ ; elle n'a que des promesses terrestres, cette terre coulante de lait et de miel. Mais que feit la virginité? - Elle est unique-

• ment occupée du soin des choses du Sei- ■ gneur : » Cogitât guat Domini sunt*. C'est le but de la sainte Église « qui ne considère point

• les choses visibles , mais les invisibles , > non eontemplantibus nobis qum videntur, sed quœ non videntur*. Cest, messieurs, cet unique objet que se doivent proposer les prêtres , qui , par Téminence du sacerdoce , font la partie la plus relevée et la plus céleste de la sainte Église. Si l’Église est un ciel , on peut dire que les prêtres sont comme le premier mobile ou plutôt comme les intelligences qui meuvent ce ciel, et qui ncreçoivent leurs mouvements que de Dieu : aussi sont-ils appelés des anges*’.

Mais continuons de vous faire voir la figure de l’Église dans la sainte Vierge, et celle du In Synagogue dans Élisabeth. Vous savez que cette Vierge tres-pure était mariée, et c’est par ce divin mariage qu'elle nous reprt^nte encore mieux l’Église. Car j’apprends de saint Augustin’ que le mariage de Joseph avec Marie , n’étant point lié par les sentiments de la chair, n'avait point d'autre nœud de son union que la fol mutuelle qu'ils s’étalent donnée; et c’est là aussi ce qui joint l’Église avec Jé-sus-Christ son époux. Iæ foi de Jésus est engagée à l'Église ; ctdle de l’Eglise à Jé-sus : Spuiisabo te inilii infidc* : • Je

> Htbr. XIII. 4.

* r. Cor. ni , 34.

* Gch. X\TII , 'iS.

* I. Cor. VII , 34.

‘ II. Cor. IV, IH.

* .4poc. Il , I et

' ( omtrtt JHlian. ÙU v. r«ip xii, a* 4JI, t ml. â&a

* Ifsrr II, M^.

POUR LA FETE

• vous rendrai mon épouse par une inviolable > fidélité , • par une fidélité réciproque , fide pudicitiœ conjugalis ■.

Mais ce que je trouve très-remarquable, c’est qu'Élisabeth vivant avec son mari, l’Ecriture la nomme stérile. Marie , au contraire , fait profession d’une perpétuelle virginité; et la même Écriture, qui ne ment jamais, la fait voir féconde. Voyez la stérilité de la Synagogue , qui d’elle-même ne peut engendrer des enfants au ciel ; et la divine fécondité de l’Église , de laquelle il est écrit ; Lœtare , tterilis , quœ non paris ’ : « Réjouissez-vous , stérile , qui n’enfan-

• tiez point. 'Toutefois, messieurs, la stérile enfante; Élisabeth a un flis aussi bien que la sainte Vierge : aussi la Synagogue a-t-elle enfanté; mais des figures et des prophéties. Élisabeth a conçu; mais un précurseur à Jésus, une voix qui prépare les chemins ; Marie enfante la vérité même.

Et admirez ici, chrétiens, la dignité de la Vierge aussi bien que celle de la sainte Église , par le rapport qu'elles ont ensemble. Dieu engendre son Fils dans l'éternité par une génération ineffable , autant éloignée de la chair et du sang que la vie de Dieu est éloignée de la vie mortelle. Ce Fils unique , engendré dans l’éternité , doit être engendré dans le temps. Sera-ce d’une manière chamelle ? Loin de nous cette pensée sacrilège ! il faut que sa génération dans le temps soit une image très-pure de sa chaste génération dans l'éternité. Il n’appartenait qu’au Père éternel de rendre Marie féconde de son propre Fils ; puisque ce Fils luidevaitêire commun avec Dieu, il fallait que Dieu fit passer en elle sa propre fécondité : engendrer le Fils de Dieu ne devait pas être un effet d’une fécondité naturelle; il fallait une fécondité divine. O incroyable dignité de Marie !

Mais l’Église, le croiriez-vous? entre en partage do cette gloire. Il y a une double fécondité en Dieu, celle de la nature et celle de la charité qui fait des enfants adoptifs ; la première est communitpiée à Marie ; la seconde est communiquée à l'Église ; et c’est, messieurs, l'honneur de notre ordre , parce que nous sommes établis ministres de cette mystérieuse génération des enfants delà nouvelle alliance. C’est notre honneur, mais c’est notre crainte : l’une et l'autre génération demande une pureté angélique ; l'une et l’autre produit le Fils de Dieu. Notre mauvaise vie n'empêche pas que la grâce ne passe par nos mains au peuple fidèle. Les mystères que nous traitons sont si saints , qu’ils ne peuvent perdre

< 5. fie bono / n* b, t. ti, col. 3îl-

> ir, 27.

leur vertu, même dans des mains sacrilèges; mais la condamnation demeure sur nous ; comme celui qui viole le sacré baptême, quoi qu'il fasse, il ne le peut perdre. Ce caractère. Imprimé par le Saint-Esprit, ne peut être effacé par les mains des hommes : • il pare le soldat et convainc le « déserteur : > Omat miiUem , eonvincit desertorem’. Ainsi les mystères que nous traitons ne perdent pas leur force dans les mains des prêtres , quoique ces naains soient souvent impures. Mais comme des mystères profanés portent toujours quelque malédiction avec eux ; n’étant pas juste qu’elle passe au peuple , elle s’accumule sur le ministre ; comme la paix retourne à nous, quand on ne la reçoit pas : autant qu’il est en nous , nous les maudissons; autant qu’il est en nous, nous leur donnons des mystères vides de grâces , mais des mystères pleins de malédictions , parce que nous les leur donnons profanés.

Évitons cette condamnation , donnonsau Saint- Esprit des organes purs ; ne contraignons point cet Esprit sacré de se servir de mains sacrilèges : autrement, il se vengera. Il se servira de nous , puisqu'il l'a dit, pour la sanctification des autres, tout indignes que nous soyons d’un tel ministère : mais autant de bénédictions que nous donnerons sur le peuple, [autant] de malédictions [nous prononcerons] contre nous. Imitons la pureté de Marie , qui nous représente si bien celle de l’Église dont nous avons l’honneur d’être les ministres.

SECOIVD POIXT.

Il me reste maintenant è vous proposer la partie la plus mystérieuse de notre évangile. Vous avez déjà vu que la loi est figurée dans Élisabeth, l’Église chrétienne en la sainte Vierge * il faut maintenant qu’elles se rencontrent Déjà vous voyez qu’elles sont cousines , pour montrer que la loi ancienne et la loi nouvelle se touchent de près, qu'elles sont parentes, qu'elles viennent toutes deux de race céleste. Âlais ce n'est pas assez qu'elles soient parentes, il faut encore qu’elles s’embrassent : et quand Jésus a accompli les prophéties , quand il a été immolé , en lui la loi ancienne et la loi nouvelle ne se sont-ellei pas embrassées? Et voyez cela très-clairemeni en la personne de saint Jean-Baptiste. SaintJean, dit saint Augustin ’ , est comme le point du jour, qni n’est ni la nuit ni le jonr, mais qui fait la liaison de l'un et de l’antre. Il joint la Synagogue à l’Église ; il est comme l’envoyé de la Synagogue à Jésus , afin de reconnaître le Libérateur. U est

• s. Ju). in Pi. Iixn, n« 1, 1. 1», col. 32».

• In Joan. Trarl. Il, I. lit, part. Il , col. MO, SOI. Sim. rrxaii , t, v , col. i iTfi cl acqu.

DE LA VISITATION

ausii l’envoyé de Dieu, ponr montrer Jésos à la Synagogoe. Jéaus a tendu les mains à Jean, quand U a reçu son baptême; Jean a tendu les mains A Jésus, quand il a dit : Eeee Agnus Dei ' : « VoilA l'Agneau de Dieu : > c’est pourquoi Jésus vient à Jean, et Marie à Élisabeth. Il prévient : le propre de la grâce est de prévoilr.

La grâce ne nous est pas donnée à canse que nous avons fait de bonnes oeuvres , mais afin que nons les fassions; elle est tellement accordée A nos bons désirs, qu’elle prévient même nos bons désirs. La grâce s’étend dans toute la vie; et dans tout le cours de la vie, elle est toujours grâce. Le bon usage de la grâce en attire d’autres ; mais ce ne laisse pas d’être toujours grâce : Graliant pro gratia *. Ce ruisseau retient toujonrs dans son cours le beau nom qu'il a pris dans son origine : Ipsa gratia meretur augeri, ut aueta mereaturperfiei ■ La grâce mérite d’être ang-

• montée, pour qu’elle mérite ensuite d’être per- « fectionnée. » Mais Jamais elle ne se montre mieux ce qu’elle est, c’est-Anllre, grâce, que lorsqu’elle vient A nous sans être épelée : c’est pourquoi Marie prévient sainte Elisabeth, et Jésus prévient Jeau-Baptiste.

Voyez comment Jésus prévient son précurseur même : il faut aussi qu’il nous prévienne dans la grâce du sacerdoce. Il y en a qui préviennent Jésus-Christ ; ce sont ceux qui vleunent sans être appelés. Jésus-Christ a été appelé par son Père : Jean était choisi pour son précurseur; néanmoins il le prévient. La marque que nous sommes appelés, c’est le zèle du salut des âmes. Jésus vient A Jean , le libérateur au captif : Jésus visite Jean, parce qu’il faut que le médecin aille visiter son malade. Mais Jésus est dans le sein [de sa mère,] et Jean dans le sein [de la sienne. ] Ne semble-t-il pas que le médecin soit aussi infirme que le malade? Jésus a pris nos infirmités, afin d'y apporter le remède. C’est le devoir des prêtres de se rendre faibles avec les faibles , ponr les guérir. Quis infirmatur, et ego non infirmor? - Qui est faible, disait Tapêtret,

• sans que je m'affaiblisse avec lui ? > • Qui est

■ scandalisé sansqucje btiiM • Quù scandalizatur, et ego non uror? • Voulez- vous savoir, de-

• mande saint Augustin , jusqu’où l’apêtre est

■ descendu , pou r se rendre faib leaveclesfaibles^? « Il s'est abaissé jusqu'A donner du lait aux petits

• enfants. Ëeontez-le lui-même dire aux Thessa-

• lonidens ‘ : Je me suis conduit parmi vous avec

> Joan. t, 29.

> Ihid. I«.

* S. Aug. ad Faut. Ep. CLXIIVI , n" 10 , t. Il , ttrf. 0«7.

* 11. <'ar. XI, 29.

* Cttr. m, 2.

» I Tkeu. 11,7.

• une douceur d'enfant , comme une nourrice qui

• a soin de ses enfants. Et en effet nous voyons

■ les nourrices et les mères s’abaisser, pour se

• mettre A la portée de leurs petits enfants ; et si ,

■ par exemple, elles savent parler latin, elles

■ appetissent les paroles, et rompent en quelque « sorte leur langue, afin de faire d’une langue

• diserte un amusement d’enfant. Ainsi un père « éloquent, qui a un fils encore dans l'enfance ; « lorsqu’il rentre dans sa maison. Il dépose cette

• éloquence qui l’avait fait admirer dans le bar-

■ reau, pour prendre avec son fils un langage « enibntin. • Quœre quo descenderit, usgue ad lac parvulù dandum : Factus sum parvulus in medio veilrum lanquam si nutrix foveat filios suos. Videmus enim et nutrices et maires descendere ad parvutos ; et si nonint lalina verba dicere, decuriant ilia, et qvassant, quodam modo, linguam suam, ut possintde lingua disertafieri blandimenta puerilia... El disertus aliqtàs pater... si habeat parvulum JIlium; cum ad domum redieril, seponit forensem eloquentiam quo aseenderat, et lingua puerilt descendu ad paruu/um '. [Telle est aussi la conduite que doivent tenir les prêtres pour se faire tout A tous.]

Mais revenons A Marie et A Élisabeth : elles s'embrassent; elles se saluent. La loi honore l'Évangile , en le prédisant ; l’Évangile honore la loi , en l'accomplissant : c’est le mutuel salut qu'ils se donnent. Écoutons maintenant leurs saints entretiens : Benedicta tu in mulieribus ’. • Vous

• êtes bénite entre tontes les femmes. • O Église, ô société des fidèles, assemblée chérie entre toutes les sociétés de la terre ! vous êtes singulièrement bénite, parce que vous êtes uniquement choisie. Vna est columba mea, perfecta mea^ : « Une

• seule est ma colombe, et ma parfaite amie. • Beata es tu guœ credidisti* : • Vous êtes bien- " heureuse d'avoir’eru , « dit Élisabeth A Mario ; et avec raison , puisque la foi est la source de toutes les grâces : > car le juste vit de la foi : • Juslus autem meus ex Jide vivit^. Perficientur ea quai tibi dicta sunl a Domino : « Tout ce qui vous a « étéditdclapartdu Seigneurseraaccompli.>Tout s'accomplira ; voila la vie chrétienne. Les chrétiens sont enfants de promesse, enfants d'espérance: voilà le témoignage que laSynagogue rend à l'Eglise. L'Église ne désavoue pas ses dons ni ses avantages ; au contraire, elle reconnaît que • le « Tout-Puissant a fait en elle de grandes choses ; > Fecit mihi magna qui potens est. Mais elle

' .s. .4ng. itt J’Mn. Tract. Tll.n- W, t. III, part ll,00l. 360.

> r.ur. I , i2.

> Cent. VI . B.

• Luc. I, I.’..

» llcbr v.:w.

• Luc. I , H

POUR LA FÊTE

rend la louange à Dieu ; Magnificat anima mea Dominum ’ : « Mou âme gloride le Sci-

• gneur. - Ainsi dans cette aimable rencontre de la Synagogue avec l’Église ; pendant que la Synagogue, selon son devoir, rend un Adèle témoignage à l’Église, l’Église, de son côté, rend témoignage à la miséricorde divine : aûn que nous apprenions, chrétiens, que le vrai sacriAce de la nouvelle loi, c’est le sacriAce d'actions de grâces.

• Aussi nous avertit-on , dans la célébration des « saints mystères, de rendre grâces au Seigneur « notre Dieu : • In isto verissimo sacrificio agere grattas admonemur Domino Deo, ut agnoscamus gratiarum actionem proprium esse novi Testamenti sacrificium.

Il faut donc confesser que nous sommes un ouvrage de miséricorde, notre sacriAce est un sacriAce d’eucharistie. C'est le sacriAce que Jean offre; en sautant de joie, il rend grâces au Libérateur. S’il fait tressaillir Jean qui ne le voit pas, qui ne le touche pas , qui ne l'entend pas , où il n’agit que par sa présence seule ; que sera-ce dans le ciel où il se montrera à découvert , face à face I Jean est dans les entrailles de sa mère , et il sent Jésus qui est aussi dans le sein de la sienne ; Jésus entre dans nos entrailles , et à peine le sentonsnous I

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