PREMIER POINT
La nature et la grâce concourent à établir immuablement la nécessité de mourir. C'est une loi de la nature , que tout ce qui est mortel doit le tribut à la mort ; et la grâce n’a pas exempté les hommes de cette commune nécessité : parce que le Fils de Dieu s'étant proposé de ruiner la mort par la mort même , il a posé cette loi , qu'il faut passer par ses mains pour en échapper, qu’il fout entrer au tombeau pour en renaître, et enfin qu’il fautmourirune fois pour dépouiller entièrement la mortalité. Ainsi , cette pompe sacrée que je 4ois aujourd’hui vous représenter a dû prendre sou commencement dans le trépas de la sainte Vierge. Etc’estune partie nécessaire du triomphe de cette Reine , de subir la loi de la mort ; pour
laisser entre ses bras, et dans son sein même, tout ce qu’elle avait de mortel.
Mais ne nous persuadons pas qu’en subissant cette loi commune elle ait dû aussi la subir d’une façon ordinaire ; tout est surnaturel en Marie : un miracle lui adonné Jésus-Christ, an miracle lui doit rendre ce fils blen-aimé ; et sa vie , pleine de merveilles, a dû enfin être terminée par une mort toute divine. Mais quel sera le principe de cette mort admirable et sumaturelle; chrétiens, ce sera l’amour maternel ; l’amour divin fera cet ouvrage : c’est lui qui enlevera l’âme de Marie, et qui, rompant les liens du corps, qui l’empêchent de joindre son fils Jésus, réunira dans le ciel ce qui ne peut aussi bien être séparé sans une extrême violence. Pour bien entendre un si grand mystère ilnous faut concevoir, avant toutes choses,selon notre médiocrité quelle est la nature de l’amourde la sainte Vierge, quelle est sa cause, quels sont ses transports , de quels traits il se sert , et quelles blessures il imprime an cceur.
Un saint évêque* nous a donné une grande idée de cet amour maternel , lorsqu’il a dit ers beaux mots ; • Pour former l’amour de Marie,
• deux amours se sont jointes en un : > Duœ dilecliones in unam eonvenerunt, et ex duobtts amoribus foetus est amor unus. Dites-moi , je vous prie, quel est ce mystère? que veut dire l'enchaînement de cesdeux amours?!! l'explique par les paroles suivantes : • C'est , dit-il , que la
• sainte Vierge rendait â son fils l'amour qu'elle « devait à unDieu , et qu’elle rendait aussi â sou
• Dieu l’amour qu’elle devait à un fils : • cura Vifffo mater filio divinitatis amorem infundcret, et in Deoamorem nota exhiberet *. Si vous entendez ces paroles, vous verrez qu’on ne pouvait rien penser de plus grand, ni de plus fort, ni déplus suhlime, pour exprimer l'amour de la sainte Vierge ; car ce saint évêque veut dire que la nature et la grâce concourent ensemble, pour faire, dans le coeur de Marie, des impressions plus profondes. Il n’est rien de plus fort ni de plus pressant que l’amourque la nature donne pour un fils , et que celui que la grâce donne pour un Dieu. Ces deux amours sont deux abîmes dont l’on ne peut pénétrer le fond , ni comprendre toute l’étendue. Malsici nous pouvons dire avec le psalmiste : Abyssus abyssum invocat * : • Un abîme appelle
• un autre abîme ; > puisque pour former l'amour de la sainte Vierge il a fallu y mêler ensemble tout ce que la nature a de plus tendre , et la grâce de
* Àinédée,é%‘équede[-âaMnDe, qai vivait dans ledouziciDC sitele, rt que ses verlua rendirent encore plus recomroandabie que soo illustre naissance . { Édit, dt D^oris. )
* D4 Laudib. B. f'irÿ. Hotnit. V, Bibthth. PP. I. xx, p irs.
* Pt. XLI, 8.
DE LA SAINTE VIERGE
plus efRcace. La nature a dù s'y trouver, parce que cet amour embrassait un flis; la grice a dû y agir, parce que cet amour regardait un Dieu ; Abystus.... Mais ce qui passe l'imagination , c'est que ia nature et ia grâce ordinaire n'y sufiisent pas, parce qu'il n'appartient pas à la nature de trouver un fils dans un Dieu ; et que la grâce , do moins ordinaire, ne peut faire aimer un Dieu dans un fils : il faut donc nécessairement s'élever plus haut.
Permettez-moi , chrétiens , de porter aqjourd'hui mes pensées au-dessus de la nature et de la grâce, et de chercher la source de cet amour dans le sein même du Père étemel. Je m'y sens obligé par cette raison : c'est que le divin fils dont Marie est mère, lui est commun avec Dieu.
• Ce qui naîtra de vous, lui dit l'ange ■ , sera ap-
• pelé Fils de Dieu. > Ainsi elle est unie avec Dieu le Père, en devenant la mère de son Fils unique;
• qui ne lui est commun qu’avec le Père étemel ,
• dans la manière dont elle l’engendre : > Cum to solo libi est generalio ista communis *
Mais montons encore plus haut; voyons d'où lui vient cet honneur, et comment elle a engendré le vrai Fils deDieu. Vous jugezaisémcmt, mes sueurs, que ce n’est pas par sa fécondité naturelle , qui ne pouvait engendrer qu'un homme ; si bien que , pour la rendre capable d'engendrer un Dieu, *il a fallu , dit l'évangéliste, que le Très-Haut la couvrit de sa vertu ; c’est-à-dire , qu’il étendit sur elle sa fécondité : Ki'rfur A/tissimi obumbrabit Hbi C’est en cette sorte, mes sœurs , que Marie est associée à la génération éternelle.
Mais ce Dieu , qui a bien voulu lui donner son Fils, lui communiquer sa vertu, répandre sur elle sa fécondité ; pour achever son ouvrage, a dû aussi faire couler dans son chaste sein quelque rayon , ou quelque étincelle de l’amour qu'il a pour ce Fils unique , qui est la splendeur de sa gloire et la vive image de sa substance. C’est de là qu’est né l’amour de Marie ; il s'est fait une effusion ducœur de Dieu dans le sien; et l'amour qu’elle a pour son fils, lui est donné de la même source qui loi a donné son fiis même. Après cette mystérieuse communication, que direz-vous, d raison humaine? prétendrez-vous pouvoir eomprendre l’union de Marie avec Jésus-Christ; car elle tient quelque chosede cette parfaite unité qui est entre le Père et le Fils? N’entreprenez pas non plus d’expliquer quel est cet amour maternel qui vient d’une source si haute, et qui n'est qu’un écoulement de l’amour du Père pour son
* S. BcrnarH. Sfrm. tl, in Annunl. B. Mor. (. j, col. 977.
> Lus:. I, 36.
Fils unique r que si vous n’êtes pas capalile d’entendre ni sa force ni sa véhémence, croirez-vous pouvoir vous représenter et ses mouvements et ses transports? Chrétiens , il n’est pas possible ; et tout ce que nous pouvons entendre , c’est qu'il n’y eut jamais de si grand effort que celui que faisait Marie pour se réunir à Jésus, ni jamais de violence pareille à celle que souffrait son cœur dan; cette désunion.
Après la triomphante ascension du Sauveur Jésus et la descente tant promise de l'Esprit de Dieu, vous n’ignorez pas que la très-heureuse Marie demeura encore assez longtemps sur la terre. De vous dire quelles étaient ses occupations, et quels ses mérites pendant son pèlerinage, je n’estime pas que ce soit un chose que les hommes doivent entreprendre. Siaimer Jésus, si être aime de Jésus, ce sont deux choses qui attirent les divines bénédictions sur les âmes, quel abîme de grâces n'avait point, pour ainsi dire , inondé celle de Marie ! Qui pourrait décrire l'impétuosité de cet amour mutuel , à laquelle concourait tout—, ce que la nature a de tendre , tout ce que la grâce a d'efficace? Jésus ne se lassait jamais de se voir aimé de sa mère : cette sainte mère ne croyait jamais avoir assez d’amour pour^ cet unique et cebien-aimé; elle ne demandait autre grâce à son fils , sinon de l'aimer, et cela même attirait sur elle de nouvelles grâces. '
Il est certain, chrétiens , nous pouvons bien avoir quelque idée grossière de tous ces miracles ; mais de concevoir quelle était l’ardeur, quelle la véhémence de ses torrents de flammes qui de Jésus allaient déborder sur Marie, et de Marie retournaient continuellement à Jésus ; eroyezmoi, les séraphins, tout brûlants qu'ils sont , ne le peuvent (aire. Mesurez, si vous pouvez, à son amour la sainte impatience qu’elle avait d'être réunie à son fils. Parce que le Fils de Dieu ne désirait rien tant que ce baptême sanglant ‘ qui devait laver nos iniquités, il se sentait pressé eu soi-même d'une manière incroyable , Jusqu’à ce qu'il fût accompli. Quoil il aurait eu une telle impatience de mourir poumons, et sa mère n’en aurait point eu de vivre avec lui? Si le grand apôtre saint Paul * veut rompre incontinent les liens du corps , pour aller chercher son maître à la droite de son Père , quelle devait être l’émotion du sang maternel ! Le jeune Tobie , pour une absence d'un an, perce le cœur de sa mère d'inconsolables douleurs. Quelle différence entre Jésus et Tobie t et quels regrets la Vierge [ ne ressentait-elle pas, de se voir si longtemps séparée
’ Lut . jut, 50.
» Phtf. I, 21 ,23.
SUR L’ASSOMPTION
d'unflisqu'elic aimait uuiquemeat ! J Quoi I disaitelle quand elle voyait quelque Adèle partir de ce monde , par exemple ; saint Etienne , et ainsi des autres, quoi ! mon Als , à quoi me réservez-vous désormais? et pourquoi me laissez-vous ici la dernière? S'il ne faut que du sanqpour m'ouvrir les portes du ciel ; vous qui avez vouiu que votre corps fût formé du mien , vous savez bien qu’il est prêt à être répandu pour votre service. J’ai vu dans le temple cesaintvieillardSiméon, après vous avoir amoureusement embrassé, ne demander autre chose que de quitter bientôt cette vie ; tant il est doux de Jouir même un moment de votre présence : et moi Je ne souhaiterais point de mourir bientôt, pour vous aller embrasser au saint trône de votre gloire? Après m’avoir amenée au pied de votre croix pour vous voir mourir, comment me refusez-vous si longtemps de vous voir régner ? Laissez , laissez seulement agir mon amour ; il aurabientôt désuni mon dme de ce corps mortel, pour me transporter à vous en qui seul Je vis.
Si vous m’en croyez, âmes saintes, vous ne travaillerez pas vos esprits à chercher d’autre cause de sa mort. Cet amour étant si ardent, si fort et si enHammé ; il ne poussait pas un seul soupir, qui ne dût rompre tous les liens de ce corps mortel ; il ne formait pas un regret, qui ne dût en troubler toute l’harmonie ; il n'envoyait pas un désir au ciel , qui ne dût tirer avec soi l’âme de Marie. AhI Je vous ai dit, chrétiens, que la mort de Marie est miraculeuse ; Je change maintenant de discours : tellement que la mort n’est pas le miracle; c’en est plutôt la cessation : le miracle continuel , c’était qne Marie pût vivre séparée de son bien-aimé.
Mais pourral-Je vous dire comment a AnI ce miracle, et de quelle sorte il est arrivé que l’amour lui ait donné le coup de la mort? est-ce quelque désir plus enAammé , est-ce quelque mouvement plus actif, est-ce quelque transport plus violent , qui est venu détacher cette âme ? S’il m’est permis , chrétiens , de vous dire ce que Je pense , J’attribue ce dernier effet , non point à des naouvements extraordinaires, mais à la seule perfection de l’amour de la sainte V ierge. Car comme ce divin amour régnait dans son coeur sans aucun obstacle, et occupait toutes ses pensées, il allait de Jour en Jour s’augmentant par son action , se perfectionnant par ses désirs , se multipliant par sol-même : de sorte qu’il vint enAn , s’étendant toujours , à une telle perfection , que la terre n’était plus capable de le contenir. Va, mon Als , disait ce roi grec * ; étends bien loin tes conquêtes :
■ l'IiiUplH? a Alexautlrc.
mon royaume est trop petit pour te renfermer. O amour de la sttiute Vierge I ta perfection est trop éminente, tu ne peux plus tenir dans un corps mortel ; ton feu pousse des Aammes trop vives, pour pouvoir être eouvert sous cette cendre. Va briller dans l’éternité, va brûler devant la face de Dieu ; va te perdre dans son sein immense, qui seul est capable de te contenir. Alors la divine Vierge rendit sans peine et sans violence , sa sainte et bienheureuse âme entre les mains de son Als. Il ne Ait pas nécessaire que son amour s’efforçât par des mouvements extraordinaires. Comme la plus légère secoure détaebe de l’arbre un frnit déjà mûr; comme une Aamme s’élève et vole d’elle-même an lien de son centre : ainsi fut cueillie cette âme bénite , pour être tout d'un coup transportée au ciel ; ainsi mourut la divine Vierge par un élan de l’amour divin : son âme fut portée au del sur une nuée de désirs sacrés. Et c’est ce qui fait dire aux saints anges ;
• Qui est celle-ci , qui s’élève comme la Aimée
• odoriférante d’une composition de myrrhe et
• d’encens? > Quœ tst ùta, qum cucenM ticut virgiUaJumi ex arvmatUms myrrhai et tAvris ’ ? Belle et excellente comparaison , qui nous explique admirablement la manière de cette mort heureuse et tranquille. Cette Aimée odoriférante qne nous voyons s'élever d’une composition de parfums, n’en est pas arrachée par force, ni poussée dehors avec violence : une chaleur douce et tempérée la détache délicatement , et la tourne en une vapeur subtile qui s’élèvecomme d’elle-même. C’est ainsi que l’âme de la sainte Vierge a été séparée du corps ; on n’en a pas ébranlé tous les fondements par une secousse violente ; une divine chaleur l’a détachée doucement do corps, et l’a élovée à son bien-almé sur une nuée de saints désirs. Cest son chariot de triomphe ; c’est l’amour, comme vous voyez , qui l’a lui-même construit de ses propres mains.
Apprenons de là, chrétiens, à désirer Jésus- Christ , puisqu’il est inAniment désirable. Mais qui vous désire , ô Jésus I pourrai-je bien trouver dans cette .audience un cceurqni sonpire après vous , et àqui ce corps soit àchatge? Mes sœurs, ces chastes désirs se trouvent rarement dans le monde; et une marque bien évidente qn’on désire peu Jésus-Christ , c’est le repos que l’on sent dans la Jouissance des biens de la terre. Lorsque la fortune vous rit, et que vous avez tout ensemble les richesses pour fournir aux plaisirs, et la santé pour les goûter à votre aise; en vérité, chrétiens , souhaitez- vous un autre paradis? vous imaginez-vous un autre bonheur? Si vous laissez
' Cii/ii lit , G
DE LA SAINTE VIERGE
parler votre cœur, il vous dira qa'il se trouve bien , et qu'il se cootente d'une telle vie. Dans cette disposition, je ne crains pas de vous assurer que vous n'ètes pas chrétiens : et si vous voulez mériter ce titre, savez- vous ce qu'il vous fout faire? Il faut que vouscroyiez que tout vous manque, lorsque lemondecroitquetoutvousobonde; il faut que vous gémissiez parmi tout ce qui plaît à la nature, et que vous n’espériez Jamais de repos que lorsque vous serez avec Jésus-Christ Autrement, voici un beau mot de saint Augustin* : • Si vous ne gémissez pas comme voya- • geurs, vous ne vous réjouirez pas comme ci- « toyens ; > Qui non gémit peregrinut, non gaudebit eivit; c'est-à-dire, que vonsne serez jamais habitants du ciel , parce que vous avez voulu l'être de la terre ; refusant le travail du voyage, vous n’aurez pas le repos de la patrie; et vous arrêtant ou il faut marcher, vous n’arriverez pas où il faut parvenir. C’est pourquoi Marie a toujours gémi en se souvenant de Sion; son CŒur n'avait point de paix, éloigné de son bien-aimé. Enfin ses désirs l’ont conduite à lui , en lui donnant une heureuse mort. Mais elle ne demeurera pas longtemps dans son ombre , et la sainte virginité attirera bientôt sur son corps une influence de vie; c’est le deuxième point de ce discours.
SECoan poisT.
Le corps sacré de Marie , le trône de la chasteté, le temple de la sagesse incartrée, l’organe du ^nt-Esprit et le siège de la vertu du Très- Haut, n’a pas dû demeurer dans le tombeau; et le triomphe de Marie serait imparfait, s’il s'accomplissait dans sa sainte chair qui a été comme la source de sa gloire. Venez donc, vierges de Jésus-Christ, chastes épouses du Sauveur des âmes, venez admirer les beautés de cette chair virginale , et contempler trois merveilles que la sainte virginité opère sur elle. La sainte virginité la préserve de corruption; et ainsi elle lui conserve l'être : la sainte virginité lui attire une influence céleste , qui la fèit ressusciter avant le temps ; ainsi elle lui rend la vie : la sainte virginité répand sur elle de toutes parts une lumière divine; et ainsi elle loi donne la gloire. C'est ce qu'il nous faut expliquer par ordre.
Je dis donc , avant toutes choses , que la sainte virginité est comme un baume divin , qui préserve de corruption le corps de Marie ; et vous en serez convaincues, si vous méditez attentivement quelle a été la perfection de sa pureté virginale. Pour nous en former quelque idée, po-
in Ptdt. CXI-IIII, n"* I , I. IV, CW. (674.
sons d'abord ce principe : que Jésus-Christ notre Sauveur, étant uni si étroitement , selon la chair, à la sainte Vierge, cette union si particulière a dû nécessairement être accompagnée d’une entière conformité. Jésus a cherché son semblable; et c'est pourquoi cet Epoux des vierges a voulu avoir une mère vierge : afin d'établir cette ressemblance coname le fondement de cette nnion. Cette vérité étant supposée, vous Jugez bien, âmes chrétiennes , qu'il ne faut rien penser de commun de lapuretéde Marie. Non , janutis vous ne voua eu formerez une Juste idée; Jamais vous n'en comprendrez la perfection , jusqu'à ce que vous ayez entendu qu’elle a opéré dans cette vierge-mère une parfaite intégrité d’esprit et de corps. Et c'est ce qui a fait dire au grand saint Thomas ' qu’une grâce extraordinaire a répandu sur elle, avec abondance, une céleste rosée, qui a non-seulement tempéré , comme dans les autres élus , nuis étetnt tout le feu de la convoitise, c’est-à-dire, non-seulement les mauvaises œuvres, qui sont comme l’embrasement quelle excite, non-seulement les mauvais désirs, qui sont comme la flamme qu’elle pousse, et les mauvaises inclinations, qui sont comme l'ardeur quelle entretient , mais encore le brasier et le foyer même , comme parle la théologie , fomes peccati : c’està-dire, selon son langage, la racine la plus profonde et la cause la plus intime du mal. Après cela, chrétiens, comment la chair de la sainte Vierge aurait-elle été corrompue, à laquelle la virginité d’esprit et de cor|», et cette parfaite conformité avec Jésus-Christ, a été, avec le foyer de la convoitise, tout le principe de Corruption?
Car ne vous persuadez pas que nous devions considérer la corruption , selon les raisonnements de la médecine, comme une suite naturelle de la composition et du mélange. Il faut élever plus haut nos pensées; et croire, selon les principes du christianisme, que ce qui engage la chair à la nécessité d'être corrompue, c'est qu'elle est un attrait au mal , une source de mauvais désirs , enfin > une chair de péché , » comme parle l’apôtre saint Paul*, caro peccati. Une telle chair doit être détruite, je dis même dans les élus ; parce qu’en cet état de chair de péché elle ne mérite pas d'être réunie à une âme bienheureuse ni d’entrer dans le royaume de Dieu , • que . la chair et le sang ne sauraient posséder ; > Caro et sanguis regnum Dei non poseide.bunt Il faut donc qu’olle change sa première forme , afin d’étre renouvelée , et qu’elle perde tout son
* in. pari. Qmnt. xvvii , Art. 3.
1 /foin. \ III . 3.
* I. /or. XV, SC.
uy xjOOgle
SUR L’ASSOMPTION
premier être, pour en recevoir un second de ia main de Dieu. Comme un vieux bâtiment irrégulier qu'on laisse tomber pièce à pièce ; afin de le dresser de nouveau dans un plus bel ordre d’architecture ; il en est de même de cette chair toute déréglée par la convoitise. Dieu la laisse tomber en mine, afin de la refaire à mode, et selon le premier .plan de sa création. C’est ainsi qu'il faut raisonner de la corraption de la chair, selon les principes de l’Évangile : c’est de là que noos apprenons qu'il faut que notre chair soit réduite en poudre, parce qu’elle a servi au péché; et de lâ aussi nons devons entendre que celle de Marie étant toute pore , elle doit par conséquent être incoimptible.
C’est aussi pour la même cause qu’elle a dû recevoir l'immortalité , par une résurrection anticipée : car encore que Dieu ait marqué un terme commun â ia résurrection de tous les morts; il y a des raisons particulières, qui peuvent l’obliger d’avancer le temps en faveur de la sainte Vierge. Le soleil ne produit les fmits que dans leur saison : mais nous voyons des terres si bien cul tivées , qu'el les attirent une action plus efücace et plus prompte. Il y a aussi des arbres bâtifs dans le jardin de notre Époux ; et la sainte cbair de Marie est une matière trop bien préparée pour attendre ie terme ordinaire à produire des fruits d’immortalité. Sa pureté virginale lui attire une Influence particulière : sa conformité avec Jésus- Christ ia dispose à recevoir un effet plus prompt de sa vertu vivifiante. Et certainement, chrétiens , elle peut bien attirer sa vertu , puisqu’elle l’a attiré lui-même. Il est venu en cette chair , charmé par sa pureté; il a aimé cette chair jusqu’à s’y renfermer durant neuf mois , jusqu’à s’incorporer avec elle , « jusqu’à prendre racine en • elle, • comme parle Tertullien : In utero radicem egil'. Il ne laissera donc pas dans le tombeau cette chair qu’il a tant aimée ; mais il la transportera dans le ciel , ornée d’une gloire immortelle.
La sainte virginité servira encore à Marie , pour lui donner cet habit de gloire; et en voici la raison : Jésus-Christ nous représente dans son Évangile, la gloire des corps ressuscités par celte belle parole : - Ils seront comme les anges de Dieu : • Erunt aient angeli Dei'. Et c’est pour cela que Tertullien parlant de la cliair ressuscitée, l’appelle « une chair angélisée, • angelificata caro Or, de toutes les vertus chrétiennes, celle qui peut le mieux produire un si bel effet, c’est la sainte virginité ; c’est celle qui fait des anges sur
* Dt Came Christi. n*2l.
* fiatth. JO.
* t)e Kt$ur. cnm. o* 28.
la terre; c’est elle dont saint Augustin a dit ce beau mot : Habet aliqmd jam. non camis in came ' : • Elle a au milieu de la cbair quelque « chose qui n’est pas de la chair , > et qui Uent de l’ange plutôt que de l’homme. Celle qui fait des anges dés cette vie , en pourra bien faire en la vie fliture ; et ainsi j’ai eu raison de vous assurer qu'elle a une vertu particulière , pour contribuer dans les derniers temps à la gloire des corps ressuscités. Jugez par là, chrétiens, de quel éclat, de quelle lumière sera environné celui de Marie, qui surpMse par sa pureté les séraphins mêmes. Aussi l’Écriture sainte cberche-t-elle des expressions extraordinaires , afin de nons représenter un si grand éclat. Pour nous en tracer quelque image, à peine trouve-t-elle dans le monde assez de rayons ; il a fallu ramasser tout ce qu’il y a de lumineux dans la nature. Elle a mis la lune à ses pieds, les étoiles autour de sa tête. An reste, le soleil la pénètre toute et l’environne deses rayons : Mulier amicta sole‘ : tant il a fallu de gloire et d’éclat, pour orner ce corps virginal.
Vierges de Jésus-Christ, réjouissez-vous à ce beau spectacle ; songez à quels honneurs la sainte virginité prépare vos corps : elle les purifie, elle les consacre; elle y éteint la concupiscence, elle y mortifie les mauvais désirs : et par tant de saintes préparations, elle dispose cette chair mortelle à une lumière incorruptible. Apprenez donc, mes très-chères soeurs, à estimer ce sacré trésor que vous portez dans des vaisseaux de terre : Habemtta autem thesaurum istum in vaais fietilibua Renouvelez-vous tous les jours par l’amour de la pureté, ne]souffrez pas qu’elle soit souillée par la moindre attache do corps; et si vous êtes jalouses de la pureté de la chair, soyezles encore beaucoup davantage de la pureté de l’esprit Par ce moyen, vous serez les dignes compagnes de la bienheureuse Marie; et portant ses glorieuses livrées vous suivrez de plus près son char de triomphe, dans lequel elle va monter à son trûne. Avancez-vous donc pour la suivre; elle se prépare à marcher et elle va monter an ciel qui l’attend. Les préparatifs sont achevés : l’amour divin a fait son office , et lui a 6té sa robe mortelle; la sainte virginité lui a mis son habit royal : je voisl'humilité qui lui tend la main , et qui s'avance pour la placer dans son trône. C’est ce qui doit fluir la cérémonie, et faire le dernier poipt de ce discours.
TBOISIÉME POIXT.
Puisque c’est l'humilité seule qui a fait le
■ Deunem hrgintl. n' 13,1. VI, «il. 3IS.
* .4pttc. XII, 2.
» II. Cvr. IT.7.
DE LA SAINTE VIERGE
triomphe de JésosChrist, il faut qu'elle faioe atmi celui de Marie; et sa gloire ne lui plairait pas , si elle y entrait par une autre voie qne par celle qne son fils a vouIn choisir. Elle s'élève donc par rhomliité, et voici en quelle manière : vous n'ignorez pas , chrétiens , que le propre de l'humilité, c'est de s'appauvrir elle-même, si je puis parler de la sorte , et de se dépouiller de ses avantages; mais aussi, par un retour merveilleux, elle s'enrichit en se dépouillant ; parce qu'elle s'assure tout ce qu'elle s'Ate; et rien ne lui convient mieux que cette belle parole de saint Paul , ianguam nihil habentes eC omnia possidentet ’ , qu’elle n'a rien et possède tout. Je pourrais établir cette vérité sur une doctrine solide et évangéiique ; mais il est plus convenable à cette journée et à l’ordre de mon discours , de vous en montrer la pratique par l’exemple de la sainte Vierge.
Elle possédait trois biens précieux : une haute dignité, une pureté admirable de corps et d'esprit , et, ce qui est au-dessus de tous les trésors, elle possédât Jésus-Christ ; eile avait un fils hienaimé, • dans lequel, dit ie saint apétre, habitait
• tonte plénitude : > In ipso placuUomnem pieniludinem inhabitare'. Voilà une créature distinguée excellemment de toutes les autres ; mais son humilité très-profonde ia dépouillera, en quelque façon , de ces merveilleux avantages. Elle qui est élevée au-dessus de tous par la dignité de mère de Dieu , se range dans le commun par la qualité de servante ; elle qui est séparée de tous, par sa pureté immaculé, se mêle parmi les pécheurs, en se purifiant avec les autres. Voyez qu’elle se dépouille, en s'humiliant, de l'honneur de sa qualité, et de la prérogative de son innocence. Mais voici quelque chose de plus; elle perd jusqu'à son fils sur le Cal vaire : et je ne dis pas seulement quelle perd son fils, parce qu'elle le voit mourir d'une mort cruelle; mais elle le perd ce fils bien-aimé , parce qu’il cesse en quelque sorte d'être son fils , et qu’il lui en substitue un antre en sa place : « Femme, lui dit-il, ■ voilà votre fils •
Méditez ceci, chrétiens; et encore que cette pensée semble peut-être un peu extraordinaire , vous verrez néanmoins qu’elle est bien fondée. Il semble que le Sauveur ne la connaît plus pour sa mère ; il l'appelle femme , et non pas sa mère :
• Femme, lui dit-il , voilà votre fils. > Il ne parle pas ainsi sans mystère : il est dans on état d'humiliation ; et il font que sa sainte mère y soit avec loi. Jésus a un Dieu pour son père , et Marie un Dieu pour son fils. Ce divin Sauveur a perdu son
' II. Cor. VI . 10.
> fotot*. 1,10.
* Joan. UX , 96.
père, et il ne l’appelle plus que son Dieu. H faut que Marie perde aussi son fils : Il ne l'appelle qne do nom de femme, et il ne lui donne point le nom de sa mère. Mais ce qui est le plus humiliant pour la sainte Vierge, c’rst qu’il lui donne un autre fils; comme si désormais il cessait de l’être , et comme s'il rompait le nœud d’une si sainte alliance : • Voilà , dit-il , votre fils : • Ecce fitius htu.%. Et en voici la raison : durant lesjours de sa chair, c’est-à-dire , pendant le temps de sa vie mortelle, il rendait à sa sainte mère les devoirs et les services d’un fils ; il était sa consolation et l'unique appui de sa vieillesse : maintenant , qu’il va entrer dans sa gloire , il prendra des sentiments plus dignes d’un Dieu ; et c’est pourquoi il laisse à un autre les devoirs de la piété naturelle. Je ne le dis pas de moi-même, et j’al appris ce mystère du grand saint Paulin ; Jam SalmtoT ab Humana fragililate, qua erat nalus ex/emina, per crucis mortem demigrans in mlemitalem Dei, delegat Homini Jura pietatis Humana ' : • Jésus étant près de « passer de la fragilité humaine, par laquelle il
• était né d’une femme, à la gloire et à l’kemité « de son Père ; que fait-il? Delegat; il donne
• saint Jean pour fils à Marie, et il laisse à un
• homme mortel l« sentiments de la piété hu-
• maine. >
Voilà donc Marie qui n’a plus son fils; Jésus, son fils bien-aimé , a cédé ses droits à saint Jean ; et elle passe en ce triste état une longue suite d’années. Elle se plaint au divin Sauveur : O Jésus ma consolation , pourquoi me laissez-vous si longtemps? Jésus ne l'écoute pas, et la laisse entre les mains de saint Jean. Qu'elle vive avec saint Jean, qu’elle se console avec saint Jean; c’est le fils que Jésus lui doune. C’est votre fils , lui dit-il; consolez- vous avec lui. Chrétiens, quel est cet échange? O commutationem! s’écrie saint Bernard ’; on lui donne Jean pour Jésus , le serviteur pour le maître , le fils de Zébédée pour le Fils de Dieu. Il plaît à son fils de l’humilier; saint Jean prend la liberté de la reconnaître pour mère : elle accepte humblement l’échange; et cel amour maternel accoutumé à un Dieu , ne refuse pas de se rabaisser jusqu’à se terminer à un homme. Oui, dit-elle, je veux bien cet homme, et je ne méritais pas d’étre la mère d’un Dieu : tant son humilité est profonde , tant sa soumission est admirable.
Reprenons tout ceci, messieurs, et rassemblons maintenant en un tous ces actes d'humilité de la sainte Vierge. Sa dignité ne parait plus; elle la
' .rrf. .iugtul. Ep. i, n* 17.
i Sfrm. Dom. iof. Oct. ÀHompl. D« 16, 1 l , rot- lulî.
ICG
SUR L’ASSOMPTION
couvre sous l'ombre de la servitude : sa pureté se retire , cachée sous les marques du péché ; elle quitte jusqu'à son fils , et elle consent par humilité d'en avoir un autre. Ainsi vous voyez qu'elle a tout perdu, et que son humilité l'a en- i tièrement dépouillée, lanquam nihil habentes. Mais voyons la suite , mes sœurs , et vous verrez que cette humilité, qui la dépouille, lui rend tout avec avantange , et omnia possidenles.
O mère de Jésus-Christ I parce que vous vous êtes appelée servante , aujourd'hui l'humilité vous prépare un trône ; montez en cette place éminente, et recevez l’empire absolu sur toutes les créatures. O Vierge toute sainte et tout innocente, plus pure que les rayons du soleil I vous avez voulu vous purifier et vous mêler parmi les pécheurs; votre humilité vous va relever : vous serez l'avocate de tous les pécheurs; vous serez leur second refbge, et leur principale espérance apres Jésus-Christ, refugium peccatonm. Enfin vous aviez perdu votre flis; il semblait qu’il vous eût quittée, vous laissant gémir si longtemps dans cette terre étrangère : parce que vous avez subi avec patience une telle humiliation, ce fils veut rentrer dans ses droits qu’il n'avait cédés à Jean que pour peu de temps. Je le vois, il vous tend les bras ; et tonte la cour céleste vous admire, A heureuse Vierge , montant au ciel pleine de délices et appuyée sur ce bien-aimé , innixa super dilectum suum '.
Certes, divine Vierge, vous êtes véritablement appuyée sur ce bien-aimé : c’est de lui que vous tirez tonte votre gloire; sa miséricorde est le fondement de tons vos mérites. Cienz, s’il est vrai que, par vos immuables accords, vous entreteniez l’harmonie de cet univers , entonnez sur un chant nouveau un cantique de louanges : les vertus célestes, qui règlent vos mouvements, vous invitent à donner quelque marque de réjouissance. Pour moi , s’il est permis de mêler nos conceptions à des secrets si augustes, je m'imagine que Moïse ne put s'empêcher, voyant cette Reine , de répéter cette belle prophétie qu’il nous a laissée dans ses Livres : • Il sortira une étoile - de Jacob , et une branche s'élèvera d'Israël ’. » Isaïe , enivré de l'Esprit de Dieu , chanta dans un ravissement incompréhensible : • Voici cette • Vierge qui devait concevoir etenfanter un fils > Ezéchiel reconnut cette porte close * , par laquelle personne n'est jamais entré ni sorti , parce que c’est par elle que le Seigneur des batailles a fait son entrée. Et au milieu d’eux le prophète royal
‘ Cnnt. VIII, R.
* yum. XTUT, 17.
* /j. VII, M.
‘ Eirch. »u' , 2.
David animait une lyre céleste par cet admirable cantique ' : « Je vois à votre droite , 6 mon Prince, > uno Reine en habillement d'or enrichi d'une
• merveilleuse variété. Toute la gloire de cette fille « de roi est intérieure; elfe est néanmoins parée « d'une broderie toute divine. Les vierges apres
• elle se présenteront à mon Roi ; on les hii amè-
• neradansson tempieavecune sainte allégresse. > Cependant la Vierge elle-même tenait les esprits bienheureux dans un respectueux silence, tirant encore une fois du fond de son cœur oes excellentes paroles : « Mon âme exalte le Seigneur de
• tout son pouvoir, et mon esprit est saisi d'une « joie infinie en Dieu mon Sauveur, parce qu'il a . regardé le néant de sa servante : et voici que
• toutes les générations m’estimeront blenheu-
• reuse ■. « Voilé , mes très-chères sœnrs, quelle est l'entrée de la sainte Vierge ; la cérémonie est conclue; toute cette][poffipe sacrée est finie. Marie est piaote dans son trône, entre les Inès de son fils, dans ce midi étemel , comme parle le grand saint Bernard ; et la sainte bumllité a fait cet ouvrage.
Que reste-t-U maintenant, sinon que nous rendions nos respects à cette auguste Souveraine , et que , la voyant si près de son fils , nous la prions de nous assister par ses intercessions toutes-puissantes? C'est à elle, dit le dévot saint Bernard, qu'il appartient véritablement de parler au cœur de Jésus : Quis tant idoneus ut loquatur ad cor Domini nostri Jésus- Chrisli, ut lu felix Mariait Elle y a une fidèle correspondance , je veux dire, l’amour filial , qui viendra recevoir l’amour maternel, et accomplira ses désirs. Qu'elle parle donc pour nous à ce cœur, et qu’elle nous obtienne par ses prières le don de rhumilitél
O sainte, ô bienheureuse Marie! puisque vous êtes avec Jésus-Christ, jouissant dans ce midi étemel, avec une pleine allégresse, de sa sainte et bienheureuse familiarité , pariez pour nous à son cœur ; parlez , car votre fils vous écoute. Nous ne vous demandons pas les grandeurs humaines : impétrez-nous seulement cette humilité par laquelle vous avez été couronnée ; impétrez-la à ces saintes filles, et à toute cette audience; et faites, ô Vierge sacrée, que tons cens qui ont célébré votre assomption glorieuse entrent profondément dans cette pensée, qu'il n'y n aucune grandeur qui ne soit appuyé sur l'humilité; que c'est elle seule qni fait les triomphes et qui distribue les couronnes ; et qu’enfln il n’est rien de plus véritable que cette parole de l'Evangile , que
' Pi. xi.it'. 10, 14, IS, K.
’ L$tf. I, 40.
* /#(/. Bea/. Scrm. Panetj\jr. d* 7, tnt. Optr. S.
Hiiirt. l. Il . col. «iKi.
DE LA SAINTE VIERGE
• celui qui s'abaisse durant sa vie , sera exalté à - jamais dans la félicité éternelle , • où nous oon (luise le Père, le Fils, et le Saint-Esprit. Amen.
DEUXIÈME SERMON
PO cm LA pCtb
DE L’ASSOMPTIO.N DE LA SAINTE VIERGE, ratcaS dstist u uim.
Elfeb de ruMor divin en Marie. Pounilioi i'amonr nVei-ll dû qa'à Dien lenl. D'ou rst ne l'amour de le uiote Virrse : cel amour capable de lui donner la mort a chaque lueUnt. Quel aoulieo ciwrehail (oo amour lanipiinanl. Marie laiMTe au monde pour oooeoler l'Esllee. Point d'autre cauae de la mort de Marie que ton amour, (^el rat le principe de aon Momphe, et quels en lonl les caractères
Oileclut meus tnihi , et ego QU.
UoH Meaqsimé est d moi, et moi je suis d lui. CanL
n, iS.
En cette sainte journée et durant toute cette octave on n’entendra résonner dans toute l'Église ({ne les paroles du sacré Cantique. Tout retentira des douceurs et des caresses récipro<{ues de l'Époux et de l'Épouse : on verra celle-ci parcourir tous les jardins et tous les parterres , et ramasser toutes les fleurs et tous les fruits pour faire des bouquets et des présents à son bienaimé; et le bien-aimé, réciproquement, chercher tout ce qu’il y a de plus riche et de plus agréable dans la nature pour représenter les beautés et les cbonues de sa bien-aimée. En un mot, on n’entendra pendant ces jours que la céleste mélodie du Cantique des cantiques ; et par là l'Église veut que nous concevions que le mystère de cette journée est le mystère du saint amour. Suivons ses intentions; parions aqjourd'hui, mes frères , des délices , des chastes impatiences et des doiMseurs ravissantes de l'amour divin, et contemplons-en les effets en la divine Marie.
Trois choses considérables me paraissent principalement devoir nous occuper dans ce discours ; la vie de la sainte Vierge , la mort de la sainte Vierge, le triomphe de la sainte Vierge : et j'ai dessein de vous faire voir, et que c’est l’amour qui la faisait vivre, et que c’est l’amour qui l’a fiût mourir, et que c’est aussi l’amour qui a fait la gloire de son triomphe. Comment peut-on comprendre que l’amour seul opère de si grands effets, et des effets si contraires? si c'est l’amour qui donne la vie, peut-il après cela donner la mort? L’amour a une force qui fait vivre ; l’amour a des langueurs ({ui font défaillir. Regardez (%ttc force que l’amour Inspire , qui excite , qui anime , qui soutient le cœur; vous verrez facilement que l’amour fait vivre. Regardez les faiblesses ,
les défaillances et les langueurs de l’amour ; et vous n'aurez pas de peine è comprendre , que l'amour peut faire mourir. Mais comment peut-il ensuite faire triompher? C’est qu’outre sa force qui anime , et sa faiblesse (]ui tue , il a ses grandeurs, ses sublimités , ses élévations, ses magniflcences; et tout cela ne sufflt-il pas pour la pompe d'un triomphe? Entrons donc maintenant en notre sujet ; et faisons voir, par ordre , la force du saint amour, qui a donné la vie à la sainte Vierge; les impatiences défaillantes du saint amour, qui lui ont donné la mort ; les suhlimités du saint amour, ({ui ont fait la majesté de S(hi triomphe. C’est le sujet de ce discours.
PBSMIXB POINT.
Comme je ne ferai antre chose dans cet entretien que de vous parler des mystères de l’amour, Je me sens obligé d’abord de vous avertir que vous devez soigneusement éloigner de vos esprits toutes les idées de l’amour profane. Et pour contribuer ce que je puis, à les bannir de mon auditoire , Je vous prie , au nom de celle qui n'eût pas voulu être mère si elle n’eût pu en même temps être vierge, de ne penser ({u’à l’amour chaste, par lequel l’ême s’efforce de se réunir à son auteur. Pour cela, imprimez dans vos cœurs cette vérité fondamentale : que l’amour, dans son origine, n’est dû qu’à Dien seul , et ({ue c’est un vol sacrilège de le consacrer h un autre ({u’à lui.
Et nous en serons convaincus , si peu que nous voulions considérer ce que nous entendons par le nom d'amour. Car ({u’est-cc que nous entendons par le nom d’amour, sinon une puissance souveraine , une force impérieuse ({ui est en nous, pour nous tirer hors de nous ; un je ne sais quoi qui dompte et captive nos cœurs sous la puissance d'un autre , qui nous fait dépendre d'autrui , et nous fait aimer notre dépendance ? Et n’est-ce pas par une telle inclination que nous devons honorer celui à qui appartient naturellement tout empire, et tout droit de souveraineté sur les cœurs? C'est pourcpioi lui-même voulant nous prescrire le culte que nous lui devons, il ne nous demande qu’un amour sans bornes : • Tu aimeras, dit-il , • le Seigneur ton Dieu de toute ta force ‘ ; > afin c(ue nous entendions que l’amour seul est la source de l’adoration légitime c(nc doit la eréature A soit Créateur, et le véritable tribut par le({ucl elle le doit reconnoitre.
En effet , il est très-certain que tout amour véritable tcDii à adorer. S’il est quelquefois Impérieux , c'est pour se rejeter plus avant dans la sujétion ; il ne sc satisfait pas lui-même , s’il ne
' Z), ni VI . 5.
SUR L ASSOMPTION
vit dans une dépendance absolue. C’est la nature de l'amour ; et le profane même ne parle que d'adoration , que d’hommages , que de dépendance : par où nous devrions entendre, si nous étions encore capables de nous entendre nousmêmes , que pour mériter d’être aimé parfaitement il faut être quelque chose de plus qu’une créature. Cette sainte doctrine, si nécessaire, étant supposée, pour servir et de fondement et d’éclaircissement à tout ce discours, parlons maintenant, sans crainte et à bouche ouverte, de la force et des effets de l’amour ; et voyons avant toutes choses, quel était celui de la sainte Vierge.
11 est né do l’admirable concours de la grâce et de la nature, et il a emprunté de l’une et de l’autre, ce que l’une et l’autre ont de plus pressant. Ainsi, il y avait une liaison tout à fait singulière entre Jésus et Marie : Dilectus meus mi Ai, et ego illi : ■ Mon blen-aimé est à moi , et
• je suis à lui. • Us sont l’un à l’autre d’une façon incommunicable : il est à elle comme Sauveur ; cela est commun : mais il est à elle comme fils ; à elle , comme il est au Père céleste. C’est un mystère incommunicable : Dilectus meus mihi : Il est fds unique ; et ego illi ; il n’a que moi sur la terre ; il n’a point de père.
Cet amour étant donc si fort, et faisant une liaison si intime entre ces deux cœurs , Marie devait mourir quand elle vit expirer son fils ; elle devait mourir autant de fois qu’elle vivait de moments ; car elle le voyait toujours mourant , toujours expirant, toujours lui disant le dernier adieu , toujours dans les mystères de sa mort et de sa sépulture. • Son bicn-aimé était ainsi pour elle
• comme un bouquet de myrrhe : • Fasciculus myrrhee, dilectus meus mi Ai ' ; et la douleur que lui causait son amour devait à chaque instant lui donner la mort. C’est pourquoi l’Écriture , toujours forte dans la simplicité de ses expressions, compare cette douleur à un glaive tranchant et pénétrant : Tuam animam gladius pertransibit' : • Votre âme sera percée comme par une
• épée. » D’où vient donc qu’elle n’est pas morte étant percée de ce glaive ? C’est que l’amour la faisait vivre.
C’est la propriété de l’amour de donner au cœur une vie nouvelle, qui est toute pour l’objet aimé : naturellement le cœur vit pour soi. Est-il frappé de l’amour, il commence une vie nouvelle pour l’objet qu’il aime. Voyez la divine Épouse , elle ne pense qu’à son Époux ; elle n’est occupée que de son Époux. Nuit et jour il lui est présent -, et même pendant le sommeil , elle veille
■ fVm/. 1,1».
* J.ftr. Il , 16.
à lui : Ego dormio, et cor meum vigilat'. Si bien qu’ayant , même pendant son sommeil , une certaine attention sur lui; toujours vivante et toujours veillante, au premier bruit de son approche, au premier son de sa voix elle s’écrie aussitét toute transportée : « J’entends la voix • de mon bien-aimé : > Vox dilecti mei ’ I Elle s’était mise en son lit pour y goûter du repos , la vie de l’amour ne le permet pas. Elle cherche en son lit; et ne trouvant pas son bien-aimé, elle n’y peut plus demeurer : elle se lève , elle court , elle se fatigue; elle tourne de tous cûtés, troublée, inquiète , incapable de s’arrêter jusqu’à ce qu’elle le rencontre. Elle vent que tontes les créatures lui en parlent; elle veut que toutes les créatures se taisent. Elle veut en parler ; elle ne peut souffrir ce qui s’en dit, ni ce qu’elle en dit ellemême; et l’amour, qui la fait parler, lui rend insupportable tout ce qu’elle dit , comme indigne de son bien-aimé.
C’est ainsi que vivait la divine Vierge par la force et le transport de son amour. Son état était une douleur mortelle , une douleur tuante et crucifiante ; et au milieu de cette douleur, je ne sais quoi de vivifiant par le moyen de l’amour. Elle avait toujours devant les yeux Jésus-Christ crucifié. Car si l’efficace de la foi est telle , que saint Paul a bien pu écrire aux Galates^ que Jésus- Christ avait été crucifié à leurs yeux ; combien plus la divine Vierge voyait-elle toujours présent son fils meurtri et ensanglanté, et cruellement déchiré par tant de plaies ! Étant donc toujours pénétrée de la croix et des souffrances de Jésus- Christ , elle menait une vie et de doulenr et de mort, et pouvait dire avec l’apûtre ; • Je meurs « tous les jours*. > Mais l’amour venait au secours, et soutenait sa vie languissante. Un désir vigoureux de se conformer aux volontés de son bien-aimé, soutenait ses langueurs et ses défaillances; et Jésus-Christ seul vivait en elle , parce qu’elle ne vivait que de son amour.
Les martyrs étaient animés par l’avidité de souffrir, qui, excitant leur courage, soutenait leurs forces, et en même temps prolongeait leur vie. Pour être conforme à la vie crucifiée de Jésus-Christ, Marie ayant toujours Jésus-Christ crucifié devant les yeux , elle ne vivait que d’une vie de douleur; et l’amour soutenait cette douleur, par l’avidité de se conformer à Jésus-Christ, d’étre percée de ses clous , d’être attachée à sa croix. Marie ne vivait que pour souffrir : Eulcite me floribus, stipate me malis; quia amore la»-
» Cont. r, 2.
» Ihid.
^ Gat. III, 1.
‘1 ff»r. XV, 2|.
DE LA SAINTE VIERGE
gueo ' : • Soutenez-mol avec des fleurs, furtiflez-
• moi avec des fruits. > Son amour languissant, et défaillant toujours par la douleur, cherchait dn sontien. Quel soutien ? des fleurs et des fruits. Mais c'étaient des fleurs du Calvaire , mais c’étaient des fruits de la croix. Les fleurs du Calvaire, ce sont des épines ; les fruits de la croix, ce sont des peines. C’est le soutien que cherche l’amour languissant de Marie : Fulcilrme florttms, slipale me ma/is' L’amour d’un Jésus crucifié la fait vivre de cette vie : toujours elle voyait Jésus^hrist dans les agonies de sa croix ; toujours elle avait non tant les oreilles, que le fond de l’Ame percé de ce dernier cri de son bien-almé expirant : cri vraiment terrible , et capable d’arracher le cœur.
Une autre vie de cet amour, c’est de nous faire vivre pour les Ames. Marie consommait, par ses souffrances intimes, ce qui manquait à la passion de son fils. 11 semble qu’il avait voulu la laisser au monde après lui pour consoler son Église , son Épouse veuve et désolée , durant les premiers efforts de son affliction récente. Vax turturU audita est f» terra nostra ; Revertere, revertere ’ : « La voix de la tourterelle s’est fait « entendre dans notre terre : Revenez , revenez,
• mon bien-aimé. • C’est le gémissement de l’Église, qui rappelle son cher Époux, qu’elle n’a possédéqu’un moment. • La nouvelle Épouse, dit
• saint Bernard se voyantabandonnée et privée « de son unique espérance, autant elle était af-
• fligée de l’absence de son Époux , autant devalt- « elle avoir d’empressements pour solliciter son
• retour. Son amour et son besoin étaient pour « elle deux raisons pressantes d’avertir son bien-
• aimé, qu’elle n’avait pu empêcher d’aller où il < était d’abord , de bAter au moins l’avénement
■ qu’il lui avait promisen seséparant d’elle. Si elle
• désire et demande qu’il imite , dans son retour,
• les bétes les plus a^les dans leur course, c’est
■ U ne marque de l’ardeur de ses désirs qui ne trou-
• vent rien d’assez prompt, et qui ne peuvent
• souffrir le moindre retardement. ■
O le cruel, s’écrie-t-elle, A l’impitoyable I combien de siècles s’est-il fait attendre, combien désirer! venez, venez. La Synagogue ne l’avait pas vu : mais l’Église l’a vu , l’a ouï , l’a touché ; et il s’en est allé tout A coup. O la cruauté I Elle avait tout quitté pour lui dire , avec l’apétre saint Pierre : • J’ai tout quitté pour vous sui-
• vre ^ • et il l’avait épousée, prenant sa pauvreté et son dépouillement pour sa dot. AussitAt après
• Cant. n, B.
■ Ibid. U, 17.
> 5. Bernard, in CaaUc. Serm. LXXlll , a* 3. t. I , col. 1534.
• SSatth. >11 , 37.
l'avoir épousée, il meurt ; et s’il ressuscite , c’est pour retourner d’où il est venu : et ii laisse sa chaste Épouse sur la terre, jeune, veuve, désolée, qui demeure sans soutien I
Marie [ lui fut ] donnée , pour [ être son appui et ] .'unique eonsolation de tous les fidèles sur la terre. Elle voyait son fils dans tous ses membres : sa compassion était une prière pour tous ceux qui souffraient ; son cœur [ s’insinuait ] dans le cœur de tous ceux qui gémissaient, pour leur aider à crier miséricorde : [elle entrait] dans les plaies de tous les blessés, pour leur aider A crier soulagement; dans tous les eœurs charita-, bles, pour les presser de courir au soulagement,' au soutien , à la consolation des nécessiteux et des affligés. [Eile a^ssait] dans tous les apAtres, pour annoncer l’Evangile ; dans tous les martyrs, pour le sceller de leur sang ; enfin généralement dans tous les fidèles , pour en observer les préeeptes, en écouter les conseils, en imiter les exemples.
Le soutien [ de l’Ame ] dans cet état [ de détresse que lui cause l’éloignement de son bien-aimé, c’est ] la communion : car ne pouvant l’embrasser en sa vérité tonte nue , elle l’embrasse dans la vérité de son sacrement. Sub umbra illius guem desideraveram sedi, etfructus dulcis guUuri meo : " Je me suis reposée sons l’ombre
• de celui que j’avais tant désiré ; et son fruit est
■ doux A ma bouche. • * Son ombre, dit saint
• Bernard ' , c’est sa chair ; son ombre , c’est la « foi. Marie a été mise A couvert sous l’ombre de
• la chair de son propre fils ; et moi je le suis A « l’ombre de la foi du Seigneur. Et comment
• sa chair ne me couvrirait-elle pas aussi, puis-
• que je le mange dans les saints mystères? l’É-
• pouse désire , avec raison , d’être couverte de
• l’ombre de celui dont elle doit recevoir, en « même temps, le rafraîchissement et la nour-
■ riture. Les autres arbres des forêts , quoiqu’ils
• consolent par leur ombre, ne donnent cepen-
• dont point la nonrritnre, qui fait le soutien de « la vie, et ne produisent point ces fruits perpé- « tuels de salut. Un seul, auteur de la vie, peut dire « A l’Épouse : Je suis ton salut. Aussi désirc-t- < elle spécialement d’être A couvert sous l’ombre
• du Christ; parce qne lui seul , non-seulement « rafralcliit de l’ardeur des vices, mais remplit
• encore le cœur de l’amour des vertus. > Puisque nous pouvons jouir de la lumière,
reposons-nous A l’ombre ; mais cherchons quelque arbre qui puisse nous donner non-seulement de l’ombre, mais du fruit; non-seulement du rafraîchissement, mais de la nourriture. Il n’y a que
* S. Bernard, in Cantic. Serm. iltiii , d* 3, t. r, cul. 1433
SUR L’ASSOMPTION
Jésas-Christ goûté dans la communion. Reposons . estétonnéc.Ecoutezvous-mérae parler votre cœor: donc sous son ombre notre amour languissant, quand on lui dit qu’il ne faut plus désormais
et fatigué de ne voir .pas encore la lumière, de n'embrasser pas encore la vérité même : c’est lû notre unique soutien. Mais, A soutien accablant! la communion irrite l’amour plutût qu’elle ne l'assouvit. O Marie, il faut mourir; votre amour est venu à un point, qu’il n’y a plus que l’immensité du sein de Dieu qui le puisse contenir.
SF.C0ND POIST.
L’amour profane est toujours plaintif ; il dit toujours qu’il languit et qu'il se meurt. Mais ce n'est pas sur ce fondement que j’ai à vous faire voir que l'amour peut donner la mort : je veux établir cette vérité sur une propriété de l’amour divin. Je dis donc que l’amour divin emporte avec sol un dépouillement et une solitude effroyable, que la nature n’est pas capable de porter ; une si horrible destruction de l'bomme tout entier, et un anéantissement si profond de tout le créé en nous-mêmes, que tous les sens en sont accablés. Car II faut se dénner tellement de tout pour aller à Dieu , qu’il n’y ait plus rien qui retienne : et la racine profonde d’une telle séparation , c'est cette effroyable jalousie d’un Dieu qui veut être seul dans une ême, et ne peut souffrir que lui-même dans un cœur qu’il veut aimer; tant il est exact et incompatible.
Vous pouvez voir, chères êmes , la délicatesse de sa jalousie dans l’évangile de ce jour. Si Marthe s'occupe , et s’empresse , c’est pour lui et pour son service ; cependant il en est jaloux ; parce qu’elle s’occupe de ce qui est pour lui , an lieu de s’occuper totalement et uniquement de lui comme faisait Madelaine. •< Marthe , Marthe , dit-il , tu es • empressée, et tu te troubles dans la multitude ; « et il n’y a qu’une seule chose qui soit néces- « saire'. > De là donc nous pouvons comprendre cette solitude effroyable que demande un Dieu Jaloux. Il veut qu’on détruise, qu’on ravage, qu'on anéantisse tout ce qui n’est pas lui ; et pour ce qui est de lui-même. Il se cache cependant, et ne donne presque point de prise sur lui-même : tellement que l'âme , d’un cAté détachée de tout , et de l'autre ne trouvant pasde moyen de posséder Dieu effectivement , tombe dans des faiblesses , dansdes langueurs, dans des défaillances inconcevables; et lorsque l’amour est dans sa perfection , la défaillance va jusqu’à la mort, et la rigueur jusqu’à perdre l’être. Cet esprit de destruction et d’anéantissement est un effet de la croix.
Il réduit tout à une unité si simple, si souveraine, si Imperceptible, que tonte la nature en
‘ Luc. X, 41, 4-J.
désirer que Dieu , il se sent comme jeté tout à coup dans une solitude affreuse , dans un désert effroyable, comme arraché de tout ce qu’il aime. Car n’avoir plus que Dieu seul , [ quel dépouiUementl] Que ferons-nous donc? que penserons nous? Quel objet , quel plaisir, quelle occupation? Cette unité si simple nous semble une mort ; parce que nous n'y voyons plus ces délices , cette variété qui charme les sens, ces égarements agréables où ib semblent se promener avec liberté, ni enfin toutes ces autres choses sans lesquelles on ne trouve pas la vie supportable.
Mab voici ce qui donne le coup de la mort ; c’est que le cœur, étant ainsi dépouillé de tout amour superflu, est attiré au seul nécessaire , avec une force incroyable; et ne le trouvant pas, il se meurt d’ennui. « L’homme insensé n’entend pas X ceschoses , et le sensuel ne les conçoit pas : mais
• anssl parlons-nous de la sagesse entre les par-
• faits, et nous expliquonsaux spirituels les mys- « tères de l’esprit'. > Je db donc que l’âme, étant dégagée des empressements superflus, est poussée et tirée à Dieu avec une force infinie; et c’est ce qui lui donne le coup de la mort ; car d’un cAté elle est arrachée à tous les objets sensibles; et d’ailleurs l’objet qu’elle cherche est tellement simple et inaccessible , qu’elle n’en peut aborder. Elle ne le voit que par la foi , c’est-à-dire, qu'elle ne le volt pas ; elle ne l’embrasse qu'au milieu des ombreset à travers des nuages, c’est-à-dire, qu'elle ne trouve aucune prise. C’est là que l’amour frustré se tourne contre soi-même, et se devient luimême insupportable. Le corps l’empêche; l'âme l’empêche: ils’empêcheets’embarrasse lui-même; il ne sait ni que faire ni que devenir.
O union de deux cœurs, qui ne veulent plus être qu’un! A cœurs soupirants après l'unité! ce n'est pas en vous-mêmes que vous ta pouvez trouver. Venez, A centre des cœurs, A source d’unité, A unité même; mais venez, A unité, avec votre simplicité, plus souveraine et plus détruisante que tous les foudres et tous les tourments dont votre paissance s’arme. Venez et ravagez tout , en rappelant tout à vous , en anéantbsant tout en vous; alln que vous seule soyez , et viviez, et régniez sur ks cœurs unis, dont i’unité est votre trAne, votre temple, votre autel, et comme le corps que vous animez.
Que faites- vous , A Jésus-Christ , Dieu anéanti 7 à quoi vous servent vos clous , vos épines et votre croix? à quoi votre mort et votre sépulture? N’estcc pas pour détruire, pour crucifier, pour ensevelir en vous et avec vous toutes choses? Vous n’avez
' 1. Cor. it, e, 13 , 14.
nE LA SAINTE VIERGE.
plus que faire pour vous de tout cet appareil de votre supplice, ni de tout cet attirail de mort. Votre Église et vos épouses, les Ames que vous avez rachetées, vous demandent ces instruments funestes et salutaires : salutaires, parce qu'ils sont funestes; et funestes, parce qu'ils doivent être salutaires : elles ont, dis-je, besoin de ces instruments qui ne vous servent plus de rien , et dont vous n'avez plus besoin que pour les membres de votre corps mystique.
Donnez , Epoux de sang , donnez à vos épouses, les Ames baptisées , qui ne font toutes enæmble qu'une seule épouse dons l'unité de votre Église; donnez-leur ces armes ravageantes et détruisantes, afin qu'elles vous épousent par le mystère de votre croix , et que leur pauvreté, leur dépouillement, leur anéantissement total , soient la dot qu’elles vous apportent : car vous êtes riche en vous-mémc; et votre richesse dans la créature, c’est la pauvreté et le néant de la créature, üh! détruisez donc, anéantissez les Ames que vous avez rachetées I anéantissez-les par le mystère de votre eroix; afin de les rendre dignes d'étre anéanties par le mystère de votre gloire , lorsque Dien , qui est maintenant en vous se réconciliant tontes choses , sera en vous , consommant très-parfaitement en un tontes choses.
Voilà le mystère d’unité après leqnel soupirent toutes les Ames exilées , qui s'affligent démerarément sur les fleuves de Baby lone , en se souvenant de Sion. Mystère d’nntté, qui s'opère et s'avance de Jour en jour par un martyre inexplicnble , et qui se coosommera par nne paix qui sera fflen même. O quel renversement! 6 quelle violence I d que le travail de cet enfantement est horrible I Car Dieu ne délie pas ; il arrache : il ne plie pas ; mais il rompt ; il ne sépare pas tant, qu'il brise et ravage tout. Quand scra-ce, ô Jésus-Christ, que vous détruirez tout à fait ce qui nous détruit? Ah ) que VOU.S êtes cruel I
Mais que dis-jc ici, chrétiens? que ceux-là vous représentent quels sont ces efforts, qui les ont expérimentés. Pour mol, je n'oserais en parler ni les approfondir davantage ; et j’en ai dit seulement ce mot pour vous donner quelque idée de l'amour de la sainte Vierge durant les jours de son exH , et la captivité de sa vio mortelle. Non*, non, les séraphins mêmes ne peuvent entendre, ni dignement expliquer, avec quelle rapidité Marie était attirée à son bien-aimé , ni quelle violence endurait son cœur dans cette séparation. Si jamais il y a eu une Ame pénétrée de la croix , et ensuite de cet esprit de destruction chrétienne, c’est la divine Marie. Elle était donc toujours défaillante et toujours mourante , appelant toujours son bicn-aimé avec une angoisse mortelle , et lui
disant comme l’Épouse : • Retournez, mon bien- « aimé, et soyez semblable à un chevreuil et à un " faon de cerf : ■ Revtrtere ; ximitù esio, dUecte mi, capreœ, hinnuloque ceruorum’. C'est en vain que son flls lui dit : « Encore un peu , encore • un peu ; un peu , et vous ne me verrez plus ; un « peu , et vous me verrez ‘. • Car que dites- vous , 6 Jésus-Christ ? songez- vous que vous parlez à un eœur qui aime? Et vous comptez pour peu tant d'années d'une privation si horrible? Et lorsqu'on vous aime bien , les moments sont autant d’éternités : car vous êtes l’éternité même ; et on ne compte plus les moments, quand on sait qu’à chaque moment on perd l'ctemité tout entière. Et cependant vous dites : • Encore un peu. • Ce n’est pas là consoler, c’est plutôt outrager l'amour; c’est Insulter à ses douleurs, c’est se rire de ses impatiences et de ses excès intolérables.
Si vous m’en croyez, saintes Ames, vous ne chercherez point d'autres causes de la mort de la sainte Vierge : son amour étant si ardent , si fort et si enflammé , il ne poussait pas un soupir, qui ne dût rompre tous les liens de ce corps mortel ; il ne formait pas un regret , qui n’en dût dissoudre toute l'harmonie; Il n’envoyait pas un désir au ciel , qui ne dût tirer après soi l’Ame tout entière. Je vous ai dit, chrétiens, que sa mort est miraculeuse; je suis contraint de changer d’avis : la mort n’est pas le miracle ; c’en est plutôt la cessation. Le miracle continuel, c’était que Marie pût vivre séparée de son bien-aimé. Elle vivait néanmoins ; parce que tel était le conseil de Dieu , qu’el le fût conforme à Jésus-Christ crucifié ; par le martyre insupportable d'une longue vie, autant pénible pour elle que nécessaire à l'Église. Mais comme le divin amour régnait en son cŒur, sans aucun obstacle, il allait de jour en jour s'augmentant sans cesse par son exercice, et s’accroissant par lui-même ; de sorte qu'il vint enfin s'étendant toujours aune telle perfection, que la terre n'était pas capable de lecontenir. Ainsi point d’autre cause de la mort de Marie, que la vivacité de son amour.
Sauveur Jésus , allumez votre amour dans nos cœurs par une semblable impat ienee; et puisqu elle naissait en Marie de cette union intime que vous aviez avec elle, rassasicz-nous telletnent de vos saints mystères, soyez tellement en nous par la participation de votrechair et de votre sang, que , vivants plus en vous qu'en nous -mêmes, nous ne respirions autre chose que d'être consommés avec vous dans la gloire que vous nous avez préparée.
' Caiil. Il , 17.
’ JiMin. \vi , IC
SUR L’ASSOMPTION
Cette Ame sainte et bienheureuse attire après elle son corps par une résurrection anticipée. Cal encore que Dieu ait marqué un terme commun à la résurrection de tous les morts ; il y a des raisons particulières, qui l’obligent d’avancer le terme en faveur de ia sainte Vierge. Le soleil ne produit les fruits que dans leur saison ; mais noos voyons des terres si bien cultivées , qu’elles attirent une influence et plus efficace et plus prompte. Il y a aussi des arbres hâtifs dans le jardin de l'Époux ; et la sainte chair de Marie est une terre trop bien préparée , pour attendre le terme ordinaire à produire des fruits d'immortalité.
Deux choses font partie de son triomphe ; la gloire de son Ame par l'amour, la gloire de son corps par le rejaillissement de celle de l'Ame. Aussi l'Écriture sainte cherche-t-elle des expressions extraordinaires, pour nous représenter un si grand éclat, pour nous en tracer quelque image. A peine trouve-t-elle dans le monde assez de lumières, et il a fallu ramasser tout ce qu'il y a de lumineux dans la nature. • Elle a mis la lune
- à ses pieds, les étoiles autour de sa tête; le so- « ieil la pénètre toute , et l'environne dé ses
- rayons ' : ■■ tant il a fallu de gloire et d’éclat pour orner ce corps virginal.
Après cela , chères Ames , je ne dois pas m’étendre en un long discours, pour vous décrire la magnificence du triomphe de la sainte Vierge. L’amour qui l'a fait mourir, la fera aussi triompher. Je m'ouvrirais en ce lieu une trop vaste carrière , si j'entreprenais de vous raconter les grandeurs, les magnificences, les sublimités de l’amour. Je vous dirai seulement ce mot, que c’est à lui qu’il appartient d'élever les cœurs ; car c'est lui qui nous fait dire : Sursum corda : • Le cœur • en haut , le cœur en haut. > C’est une doctrine du grand saint Thomas ’ , que ceux-là seront les plus élevés dans l'ordre de la gloire , qui auront eu sur la terre de plus violents désirs de posséder Dieu. La flèche qui part d'un arc bandé avec plus de force, prenant son vol au milieu de l’air avec plus grande vitesse , entre aussi plus profondément au but où elle est adressée. De même l’Ame fidèle pénétrera plus avant, si je pois parler de la sorte , dans l’essence même de Dieu , qui est le seul terme de ses espérances , quand elle s’y sera élancée par une plus grande impétuosité de désirs.
Mais si l'amour de Marie a été si vif et si impétueux , combien a-t-elle dû s’unir intimement à ceini qui faisait l’unique objet de son cœur et de tous ses désirs? Qui peut exprimer la gloire dont elle a été revêtue , en entrant dans la Joie
• Àpoc. »II , I .
> 1. Part. Qutnt. 6.
de son bien-aimé? Son triomphe n’est pas une vaine pompe : la puissance qui lui est donnée [répond a la dignité de sa personne, à l’excellence de son amour et à la sublimité de son élévation. Plus elle est proche du trûne de son fils , plus elle a de crédit , pour y faire recevoir favorablement nos prières, et nous procurer les secours que nous réclamons. Que ponrrait refuser un fils à sa mère, et à une mère si tendrement aimée? que n'obtiendrait pas l'amour si puissant dont elle est embrasée? Combien ne se sent-elle pas vivement sollicitée de s’intéresser pour des enfants qui ont tant eoûté à son fils , et que ses propres douleurs lui rendent à elle-même si chers I Mais pour nous assurer l'effet deson intercession, elle nous dit encore, comme autrefois : • Faites • tout ce qu’il vous dira ' . » C’est l’unique moyen de trouver Jésus-Christ propice , et Marie disposée à prier pour nous. ]
Qu’elle se. rende l'avocate, auprès de Dieu, de l'Église qui la réclame , et qu'elle détourne les malheurs qui menacent la chrétienté. Qu’elle protège du plus haut des deux ce royaume trèschrétien , qu’un roi juste et pieux * lui e consacré ; et qu'elle veille en ses bontés sur le roi son fils, qui renouvelle tous les ans ce don solennel. Qu'elle conserve ce grand monarque et dans la paix et dans les hasards ; qu’elle inspire la justice à ceux qui l’ont irrité ; et à loi , la bonté , et la clémence. Qu'il fasse la paix par inclination , et la guerre par nécessité : qu'il ne soit terrible que pour protéger la justice, assurer la paix et la tranquillité publique. Qu'elle lui obtienne la grâce d’être toujours juste, toujours pacifique, père charitable de ses peuples , humble enfant de la sainte Église , protecteur de son autorité , zélé défenseur de ses droits. Qu’elle bénisse la piété exemplaire de la reine son épouse , et qu’elle fasse croître et mnltiplier leur royale postérité sous l'ombre de sa protection. Qu’elle mette bientôt le comble à la joie de touteja France, par le parfait rétablissement de cette reine auguste et pieuse qui nous honore de son audience , et qu’elle ne prolonge sa vie que pour augmenter ses mérites. Qu'elle soit toujours aimée, toujours respectée, cette sage et pieuse princesse, pour inspirer continuellement des conseils de paix, des sentiments de bonté, des pensées de condescendance. Qu'elle vive sur la terre , n’ayant de goût que pour le del ;
> Joan. Il, 6.
* LouU Xltl, en etécuUon d'un toq qu'il avait fait pour obtenir U groaaeiae de Jareloc, donna, le lo février i63R,on édit par lequel II mit sa peraonoe et son royaume tous la protecüoD de la sainte Vierge , et ordonna que tous les am U se ferait une proceseion soleondle à Notre-Dame deParto pour reuottveler celte oonsécratloD. Telle est Torigine de U prooeaaioo qui se fait annoelieroeot , dans toutes les égUsea du royaume le Jour <fe FAssomptloa. ( Bdit. dt >
DE LA SAINTE VIERGE
qu'elle dédaigne ce qui passe , et qu'elle s'attaebc immuablement à ce qui demeure. Qu'au milieu de tant de grandeurs elle soit jetée devant Dieu dans une véritable humiliation : qu'elle méprise autant sa grandeur royale , que nous sommes obligés de la révérer ; et qu'elle fasse sa principale occupation du soin de mériter devant Dieu une couronne immortelle. Voilà, madame, les vœux que je fais ; puisse Votre Mqjesté les faire avec moi dans toute l'étendue d'un cœur chrétien , et recevoir pour sa récompense la sainte bénédiction du Père, du Fils, et du Saint-Esprit I
ABRÉGÉ D’UN SERMON
PRÊCHÉ LE MÊME JOUR
AfanU^ que nous retiroos de resalUlion de Marie. I^e culte que nous lui rendons, nécessairement rapportiî & Dieu. Moyens que nous devons prendre pour noua unir à lui , en Itoooraot Marie.
Fecit milû nuqçoa qui poteos est.
U Tout-PH'mant a fait pour moi de grandfî eftosee.
Luc. I, 49.
Si Notre-Selgneur Jésus-Christ, après avoir aecoropU l'œuvre que son Père céleste lui avait commise sur la terre , est retourné au ciel , d'ou il est sorti , pour y occuper éternellement la place qui était due à sa divine naissance ; l’apétre nous a enseigné qu'il ne te fait pas seulement pour sa propre gloire, mais encore pour l’utilité de sa sainte Église. En effet, il nous est très-avantageux qu'un ambassadeur si agréable soit auprès de Dieu pour y traiter nos affaires; un avocat si pressant , pour y défendre notre cause ; un si puissant mMiateur, pour terminer nos différends. Ainsi quand il s’est assis à la droite de son Père , il ne l'a pas fait seulement pour se mettre en possession de son trdne; mais encore pour procurer nos intérêts, et pour paraître pour nous devant la face de Dieu : ut appareat vuUui Dei pro nobis Ce que Jésus-Christ notre chef a accompli une fois en sa personne, il ne cesse de l'accomplir tous les jours dans les membres de son corps mystique , selon la mesure convenable et selon la proportion de la créature. Autant de fidèles serviteurs de Dieu , qui entrent avec Jésus-Christ dans son paradis de délices , autant de pieux intercesseurs, qui ne cessent de prier pour leurs frères , et pour cette partie de l'Église , qui voyage et qui combat sur la terre , au milieu des tentations de la fragilité humaine.
Vous devez entendre, mes frères, par cette
> Htbr. n.M.
SOSeCET. — T. 111.
doctrine très-sainte et très -véritable, que si la mère de Dieu est aujourd'hui élevée au-dessus de tous les esprits célestes, une si liaule exaltation ne regarde pas seulement sa gloire, mais encore notre avantage. Car si elle est aujourd'hui reçue dans le; embrassements de son fils, dans la participation de son trêne, dans la plénitude de sa gloire , elle est il’autant plus puissante pour nous obtenir ses grâces; et sa charité consommée rendra son intercession plus utile et plus fructueuse à tous les enfants de Dieu , auxquels elle a enfanté leur salut et leur rédemption en Jésus-Chrbt Notre-Seigneur. Ce n’est donc pas sans raison , qu'en célébrant son triomphe nous implorons son secours : ce n'est pas sans raison, que l'Église catholique inspire à tous [ les fidèles de se mettre sous sa protection. ]
Tous les actes religieux doivent se terminer à Dieu; et le propre de la religion, c'est de nous réunir à ce premier être. Saint Augustin nous enseigne, que c'est de cette origine que cette vertu a pris son nom : Religio dicilur eo quud not nliget omnipotenti Deo' : > Elle nous lie, « elle nous attache , elle nous unit à Dieu ; et ■ c’est par cette union qu’elle est défliiie. > L’honneur que nous rendons à la sainte Vierge appartienttrès-certainementàla religion; puisque nous ne le lui rendons dans les lieux consacrés à Dieu , dans l'assemblée de sa sainte Église, et dans la célébration des divins mystères. Il faut donc nécessairement que ce culte , que cet honneur, que cette dévotion se rapporte à Dieu , et le regarde comme sa fin.
Quelle est donc l'inconsidératlon de nos adversaires , qui nous objectent que nous rendons à la créature un culte religieux? L'objection porte sa réponse dans ses propres termes : si ce culte est religieux, donc II se termine enfin à Dieu seul ; et quel inconvénient d'bonorer la créature pour l'amour de Dieu , une créature si excellente?
Mais laissons la dispute et la controverse, et revenons, chrétiens, à notre instruction. Par conséquent vous devez entendre que toute votre dévotion pour la sainte mère de Dieu ne mérite pas le nom de dévotion, et n’a que l'apparence de religion et la montre de la piété véritable, si elle ne vous conduit à Dieu , et ne sert à vous y unir immuablement, selon les lois du christianisme et de l’Évangile. [Dans le culte que nous rendons à Marie, nous avons] deux moyens pour [ parvenir à ] cette union ; ses prières et l'imitation de ses vertus. Vous vous adressez à elle comme à une créature excellente , qui est
Dt vtr. Relig. o** III 1 113, t l, col. 7R7, 7W.