‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 13 sur 273 · IM. I · texte numérisé non relu

IM. I

DE LA PENTECOTE.

le monde à changer les lois qui les condamnaient ; puisque je vois que dès ta naissance tu confonds tous les magistrats et toutes les puissances de Jérusalem par la seule fermeté de cette parole : fVon possumus : • Nous ne pouvons pas. • Arguet mundum de peeeato : il a donc convaincu le monde de n'avoir pas cru en Jésus-Christ; mois ce même Esprit nous va convaincre d'infldélité.

Car, mes frères, Je vous en prie, pensez un peu A vous-mêmes ; mais pensons-y tous ensemble , et rougissons devant les autels de notre délicatesse : s’il est nécessaire d’avoir de In force pour avoir l’esprit du christianisme, quand mériterons-nous d’étre appelés chrétiens ; nous qui, bien loin de rien endurer pour le Fils de Dieu qui a tant endu ré pour nous , nous piquons au contraire de n’ètre pas endurants? Nous nous faisons un honneur d’étre délicats, et nous mettons une partie de cet esprit de grandeur mondaine dans cette délicatesse : sensibles au moindre mot, et offensés a l’extrémité si on ne nous ménage avee précaution non-seulement dans nos intérêts, mais encore dans nos fantaisies et dans nos humeurs ; et comme si la nature même était obligée de nous épargner, nous nous regardons, ce semble, comme des personnes privilégiées que les maux n’osent approcher ; tant nous paraissons étonnés d’en souffrir les moindres atteintes, n’osant presque nous avouer A nous-mêmes que nous sommes des créatures mortelles; et ce qui est plus indigne encore, oubliant que nous sommes chrétiens, c’est-A-dire , des hommes qui ont professé dans le saint baptême d’embrasser la croix de Jésus-Christ, d’éteindre en eux-mêmes l’âmour des plaisirs par la mortification de leurs sens et l’étude de la pénitence.

Venez, venez, chrétiens qui avez oublié le christianisme ; remontez A votre origine : contemplez , dans rétablissement de l’Église , quel est l’esprit du christianisme et de l’Évangile ; approchez-vous des apAtres, et souffrez que le Saint- Esprit vouscon vainque d'infldélité par leur exemple : je dis d’infldélité ; car qu’eussions-nons fait. Je vous prie, faibles et délicates créatures, si nous eussions vécu dans ces premiers temps , • où

• Il fallait, ditTertnlIieo', acheter au prix de son

• sang la liberté de professer le christianisme ? » Que de chutes! que de faiblesses I que d’apostasies!

Mois quoique ces sanglantes persécutions soient cessées, une antre persécution s’est élevée dans l’Église même : persécution du monde [dans] ses maximes , ses lois tyranniques, l’autorité qu’il se donne; ses armes dans ses traits piquants, dans

’ Dtfuÿ. in perte, n* IX ,4d Scapul. n* t.

ses railleries. [L’une de ses maximes est] qu’il faut s’avancer nécessairement , s’il se pAt par les bonnes voles, sinon s’avancer par quelque façon : s’il le faut, par des complaisances honteuses ; s’il est besoin , même par lecrime : et que c’est manquer de courage, que de modérer son ambition. Au reste, A qui veut fortement les choses, nul obstacle n’est invincible ; un génie appliqué perce tout , se fait faire place , arrive enfln à son but. Ainsi , mon Sauveur, on s’applique tant aux espérances du monde , qu’on oublie et son devoir et votre Évangile.

C’est encore une maxime du monde , que qui pardonne une injure en attire une autre ; qu’il se faut venger pour se faire eraindre , dissimuler quelquefois par nécessité, mais éclater quand on peut par quelque coup d’impoitance : bon ami , bon ennemi ; servir les autres dans leurs passious , pour les engager dans les nôtres ; et quand achevèrais-je ce discours, [si je voulais ici tout détailler?]

Il est vrai , ces dangereuses maximes ont leur principe caché dans nos inclinations corrompues , mais c’est l’usage du monde qui I es érige en lois souveraines , qu’on n’ose pas contredire ; car, pour abattre ceux qui lui résistent, le monde est armé de traits piquants, je veux dire, de railleries, tantôt fines, tantôt grossières; les unes plus accablantes par leur insolence outrageuse, les autres plus insinuantes par leur apparente douceur. Voyez jusqu’A quel point le monde veut triompher de Jésus-Christ; il pousse sa victoire jusqu’A l’insulte ; tantôt il la croit pleine et entière, et il se moque hautement de ceux qui résistent; comme s’il avait tellement raison , qu’on ne pût lui résister sans extravagance. Que ia foi lui parait simple et mal habile, que la sincérité lui parait grossière I que la piété chrétienne lui semble être de l’autre monde I que la vertu est faible Ases yeux avec son impuissante médiocrité , avec ses mesures réglées, avec ses lois contraignantes! Qui l’eût cru, qui l’eût pensé, qu’au milieu du christianisme on eût honte de la piété? Le monde ne menace point de nous bannir; mais l’abandon est quelque espèce d’exil : il ne fait pas mourir ; mais il ôte les plaisirs et les honneurs , sans lesquels la vie nous serait A charge : ses traits piquants [percent jusqu’au cœur, et lui font une blessure mortelle;] la vertu, accablée par les moqueries , [ succombe sous la violence des coups qui lui sont portés. ]. Ainsi une Ame bien née , qui peut-être entrait dans le monde avec de bonnes inclinations , est entraînée par nécessité , ou dans la fausse galanterie sons laquelle on n’a point d’esprit, ou dans des pensées ambitieuses, s.vns lesquelles on n’est pas du monde.

POUR LE JOUR

Dans cette dépravation générale , on ne sait qui corrompt les autres; nous nous corrompons mutuellement, et chacun est étourdi en particulier parle bruit que nous faisons tous ensemble :ainsi nous sommes de tous les crimes, de toutes les médisances , de toutes les railleries contre Dieu , contre le prochain, moins par inclination que par complaisance.' Faibles créatures que nous sonames, quand dirons-nous avec les apdtres ce généreux ■ Nous ne pouvons pas? • biais cette vigueur chrétienne ne se trouve plus parmi noos : il n’est rien que nous ne puissions pour satisfaire notre ambition et nos passions déKglées. Ne fautil que trahir notre conscience , ne faut-il que violer les plus saints devoirs que la religion nous impose , ne faut-il qu'abandonner nos omis , Possumus, possumus; nous le pouvons : l'honneur du monde y résiste un peu ; mais enfin on nous trouvera des expédients : on tendra de loin des pièges subtils à sa simplicité innocente; il périra, et il aura tort. C'en est fait : Possumus; nous le pouvons; nous pouvons tout pour notre | fortune, nous pouvons tout pour notre plaisir : mais s'il faut e.xpier nos crimes par les saintes pratiques de la pénitence, s’il faut briser ces liens trop doux, et abandonner ces occasions dans lesquelles notre intégrité a tant de fois fait naufrage ; tout nous devient impossible , nous ne pouvons ; s’il faut surmonter ce désir de plaire qui nous rend esclaves volontaires des erreurs d'autrui, malgré les nobles sentiments do la liberté chrétienne, et contre le précepte de l’apAtre, qui nous crie si hautement : ■ Vous avez été achetés - d'un grand prix, ne vous rendez pas esclaves

• des hommes ' ; ■ tout nous devient impossible. Le Saint-Esprit nous convainc de péché ; les apAtres et les premiers chrétiens, dont nous nous glorifions en vain d'étre les enfants , si nous n'en sommes les imitatenrs, confondent notre lâcheté et notre mollesse. Il n'y a point d'excuse contre Jésus-Christ, il n’y a point de raison contre l'Évangile. Ne dites plus désormais : Le monde le vent ainsi : la foi ne reconnaît point de pareilles nécessités. Y allât-il de la fortune, y allât-il de la vie, y allât-ll do l’honneur, que vous vous vantez faussement peut-être de préférer à la vio; dût le ciel se mêler avec la terre, et toute la nature se confondre : il ne peut jamais y avoir

• aucune nécessité de pécher ; puisqu'il n'y a parmi » les fidèles qu'une seule nécessité , qui est celle

• de ne pécher pas : • !\ulla est nécessitas de- Hftqvendi, qttibus una est necessi/as non delin tfuendi

' I. frtr VI, -a»; VII, 23

» Dt CorvH. n* Il

second point.

Vous craignez peut-être, messieurs, que ces hommes intrépides aient quelque chose de rude pour les autres ; et il est assez ordinaire que ces âmes fortes , que ni leurs périls n'alnrment , ni les maux qu'on leur fait sentir n'abattent, aient quelque chose d’insensible, et soient peu disposas à plaindre les autres. Au contraire le ebréticn , cet homme spirituel que Je vous représente^ que le Saint-Esprit a rempli, • est uni aux forts " comme aux faibles par le lien de la charité; « compage eharitatis summis simul et infinis junctus. [ Telle est ] la nature de la charité : unie â Dieu [elle s'étend à tous ceux qui loi appartiennent] : par son union. Insensible pour elle-même ; par sa dilatation, mêlée avec tous les autres. Saint Paul [ nous en fournit un bel ] exemple ■ :

• Que faites- vous, dit-il aux fidèles, pleurant

• et me liri-sant le cœur? car, pour moi , je suis

• préparé non-seulement à être lié', mais encore

• à souffrir la mort en Jérusalem. » Quelle fermeté, et quelle tendresse ! la mort ne l'étonne pas , et il ne peut voir pleurer ses frères : [ il veut voir] couler son sang, et non couler leurs larmes. Le même Paul : « Je sais avoir faim, jo « sais avoir soif; je sais vivre pauvrement, jo " sais vivre dans l’abondance; ayant éprouvé de

• tout , je suis fait à tout *. Qui est faible, sans

• que je m'affaiblisse avec lui? . Quis infirmatiir, et ego non infimnor ’? Et il recommande aux fidèles de • pleurer avec ceux qui pleurent : • flere cum fienlibus*.

Raison profonde : ce qui nous rend insensibles aux maux des autres , c'est d'être pleins de nousmêmes, enchanté de scs plaisirs, enivré du bon succès de ses espérances : Tout va bien ; c'est assez, je suis â mon aise. Or on s'aime toujours soi-même, et on n'aime que soi-même, jusqu’à ce qu'on ait aimé quelque chose de plus qUe solmême; et ce ne peut-être que Dieu. Voulez-vous donc être capables d’olmcr sincèrement.... Mais, messieurs, qu'on ne me mêle point dans ce discours des pensées profanes, ni des idées de cet amour qui ne doit pas même être nommé dans cette chaire : car appel lcrai-jc aimer, ce transport d'une âme emportée qui cherche à sc satisfaire , et qui, de quelque [nom] qu’il s'appelle, et de quelqvic couleur qu’il se déguise, a toujours In sensualité pour son fond? Je veux vous apprendre un amour chaste, un amour sincère , >in amour tendre par la charité. Mais il faut un objet attdessus de nous , qui uous attire hors de nous ; ce

» ^Cl.xu IS.

» Phitipp. i>, li.

* If. (or. XI, |D.

* Hofn. XII, I&.

DE LA PENTECOTE.

n'cst pas asses, il faut une force intérieure qui nous pou.sse hors de nous-mêmes; qui, ébranlant jusqu 'an.\ fondements cet amour-propre, nous arrache à nous-mêmes : alors aimant Dieu plus que nous-mêmes , nous pourrons devenir capables d’aimer le prochain comme nous-mêmes. Cest pourquoi ce divin Esprit ayant rempli les apAtres , les ayant transportés hors d'eux-mêmes en les arrachant à Dieu par JésusChrist , ou plutôt à Dieu en Jésus-Christ : car qu’cst-cc que Jésus- Christ, sinon Dieu en nous , Dieu su donnant à nous? la ligne de séparation étant ôtée, la paroi mitoyenne étant renversé-e, il a fait cette bienheureuse unité de cœur par laquelle ■ toute la

• multitude de ceux qui croyaient n'était qu'un

- ceeur et qu'une Ame, » multiludinis cor uiium et anima una. Et parce que Dieu est peu aimé, de là vieut aussi que la charité fraternelle ne parait point sur la terre : Aryuet mundum de pcccato. lo! monde n'aime rien : Hubilatio tua in medio duli; vir fratrem suum dvridebil ' :

• Votre demeure est au milieu d'un peuple tout « rempli de fourberie ; chacun d’i-ux se rit de s<jn

- frère. - Esprit de moquerie sccrcle répandu dans le monde, etc. Je ne parle ici ni des vengeances implacables, ni des inimitiés déclarées, ni des aigreurs invincibles; je represente seulement les choses dont on ne fait ptis meme scrupule, et (jui font voir toutefois que ni l'amour de Dieu n'cst en nous, ni la eliaritc fratcrmdle, ni enfin la moindre étincelle du Suint-Esprit, ni la première teinture du cliristianisinc.

Mais il y a deux péchés princi|iau.\ que le Saint-Esprit reprend : l'envie, cl resprit d'intérêt ctd’avaricc. C'est convainere l'infidélilédesJuifs, que de l'attaquer ainsi par In rneine ; car la cause secrete et profonde qui a empêché les pharisiens [de croire], c'est l’envie cl l'intérêt : mais il reprend aussi les cli rétiens.

• L’envie, le poison de tous les etriirs, [dit]

• sainVCréguire de INozianzc' , la plus juste et

• la plus injuste de tontes les passions : > la plus injuste sans doute , car elle attaque les inncK'cnts ; mais la plus juste tout ensemble, cor elle punit le coupable , et fait le juste et insupportable supplice de celui qui la nourrit dans son isrur. l’eulcllc subsister dans celle unité , si nous nous regardons comme on en Jésus-Christ ? Si la main avait sou sentiment propre, envierait-elle à l'oHI de ce ipi'il éclaire ; puisqu'il éclaire pour tout le coriœ ? et l'œil cuvicrait-ii à la main et sa force et son .’idrcsse,qui l'n lui-même tant de foi$sauvé?Quid est lesujet du votre envie? Elle pUdt , elle est plus

• Jrrrm. I\ . Su

’ Ont X&Vll . U' , 1. 1 . p. «0<» , .

chérie. O Dieu , si vous songiez ce que c'est que de plaire de cette sorte , et quel est le fond de ces agrémentai mais venons à quelque chose que le monde estime plus important. Vous enviez à cet homme son élévation : s'il ne s'acquitte dignement d'un si grand emploi , n’est-il pas plus digne de pitié que d’envie 7 et pouvez-vous lui envier une élévation qui découvre à tout l’univers scs faiblesses déplorables, ou ses emportements furieux, ou ses ignorances grossières? Que s’il fait bien dans un grand emploi , pourquoi portez-vous envie au soleil de ce qu’il vous éclaire avec tous les autres? Venez plutôt profiter du bien qu’il fait à tout l'univers; profitez de cette belle fontaine qui arrose vos terres , aussi bien que celle de vus voisins , nu lieu de songer à en faire tarir la source. Les apôtres auparavant disputaient de la primauté ; aujourd’hui ils parlent tous par la bouche de saint Pierre, ils croient pré-sider avec lui ; si son ombre guérit, toute l’Eglise s'eu glorifie en Noire-Seigneur.

Esprit d'intérêt et d’avarice, [combien contraire à] cette unité [de tous les fldeles que le Saint- Esprit avait formé-e au commencement.] « Alors ■ nul ne considérait ce qu'il possédait comme

• étant à lui en particulier; mais toutes choses

• étaient communes entre eux : > Nec quisquam rorum quæ possidc.bat aliquid suum esse dicebal; sederunt illis omnia communia •. Si nos cœurs étaient aussi étroitement unis que ceux dis premiers fidèles , pourrions-nous douter que tous les biens dussent être communs entre nous? «Pour eux, ils n’hésitaient pas à se les com- « muniquer; parce que leur esprit et leurs cœurs

• étaient comme fondus les uns dans les autres ’ par un saint mélange : > Qui anima anima que miscemur, nihil de rti communicatione dubitamus Misérables aumônes, que les prédicateurs nous arrachent à force de crier contre la dureté de cœiirl faible et misérable secours d'une extrême nécessité, que nous laissons tomber d'une main avare comme une goutte d'eau dans un grand brasier ! Quiconque est plein de la charité ressent les maux du prochain, souffre avec lui, et le soulage comme se soulageant soimême. On n’entend point celte unité ; et cependant c’est la le fond du christianisme. .Membres du même corps par le Saint-Esprit , [c’est pour nous un devoir essentiel de nous cnlrc-sccourir avec tout le zèle de la charité : ] et quand est-ce que nous serons capables de le pratiquer, si nous ne sommis pas même capables de l'entendre? Le monde répond qu'on ne jicut pas, on a tant de ehargis. La réponse de suint Pierre A Aiianias

• Sl l. IV,

' l'crl. Jp'jO'S u*.39-

POUR LE JOUR

• Vous mentez au Saint-Esprit > Il voulait avoir l'honneur d’une bonne action qu'il ne faisait pas ; vous en savez le châtiment. Vous voulez avoir l'honneur de la charité sans l'exercer, en vous excusant sur votre impuissance ; et moi , Je vous déeouvrirai un fond inépuisable pour la charité ; le fond du Dieu créateur; argent, terre, pierreries : • Tout est à vous, » [lui dit] David : Tua sunt omnia; et ensuite : Qwe de manu tua accepimus, dedimus libi *. • Nous ne vous avons

• présenté que ce que nous avons reçu de votre « main. » Sed adhuc exceUentiorem viam vobis demonstro * ; • Mais je vous montre encore une «voie plus excellente;* le fond du Dieu sauveur, du Dieu crucifié, du Dieu dépouillé, qui vous apprend à vous dépouiller devant lui. [Il faut vous faire un] fond pour la charité , sur le retranchement de la vanité , [en réprimant ces] pauvres intérieurs , [les] passions insatiables, [qui ne disent] Jamais : C'est assez , [et ne labsent] rien pour les pauvres. [Pour y parvenir, soyez exacts à faire en vous une continuelle] circoncision. [Mais] quelle règle [y faut II suivre]? Je ne puis la proposer en cette chaire; car elle n'est peut-être pas la même pour tous t mais que chacun s'applique à considérer le néant du monde , et sa figure qui passe. ^ Nous sommes comme ■ des étrangers et des voyageurs ; nos Jours pas-

• sent comme l’ombre sur la terre, et nous n'y

• demeurons qu'un moment : • Peregrini sumus roram te et advenœ; dies nostri guasi umbra super terram, et nulla est mora*. Voyez quelle est cette pauvreté qui fait qu’on n’est riche que par le dehors. Quand vous vous appliquez quelque ornement, songez qu'il ne durera guère , et que peut-être il restera après vous. Telle est la nature des choses que vous dites vôtres : les véritables richesses , vous n’avez aucun soin de les amasser. [Connaissez -en le prix, désirez -les, rechercbez-les avec un vif empressement : ] de là naîtra un dégoût de ces richesses emprunté, qui tiennent si peu à votre personne : de là cette circoncision du cœur plus grande de Jour en Jour. L’esprit du monde [porte à] toujours augmenter et accroître ses folles dépenses : l’esprit du christianisme [au contraire pousse à] toujours diminuer ses besoins. [Suivez ses impressions; il vous en reviendra une] double utilité; vous vous enrichirez au dedans , et vous serez en état d'exercer la charité fraternelle. Tel est l’esprit du christianisme , messieurs ; » n’éteignez pas cet

• esprit : • Spirilum notile extinguere*.

' AcLt.S.

• I. Par. XXIX, M.

> I. Car. XII, M.

• I. Par. xm, IS.

> I. nm. I. I».

Madame, Votre Majesté est née avec un éclat qui lui fhit voir tout l’univers au-dessous d'elle ; vous êtes la digne épouse d’un roi , qui , par la sagesse de ses conseils , par la hauteur de ses entreprises, par la grandeur de sa puissance, pourrait être l'effroi de l'Europe, si , par sa générosité , il n’aimait mieux en être l'appui. Mais , madame, la moindre pensée du christianisme, le moindre sentiment de piété , la moindre étincelle du Saint-Esprit, vaut mieux, sans comparaison , que ce grand royaume que le roi a mis entre vos mains avec une confiance si absolue. Laissez-vous donc posséder à cet esprit du christianisme : remplissez-vous de l’esprit de force pour combattre en vous-même sans relâche tous ces restes de faiblesse humaine dont les fortunes les plus relevées ne sont pas exemptes : remplissezvous de l’esprit de charité fraternelle, et n’usez de votre pouvoir que pour soulager les pauvres et les misérables. Ainsi puissions-nous bientôt changer en actions de grâces les vœux continuels que nous faisons pour votre heureux accouchement I Puisse ce Jeune prince , le digne objet de votre tendresse, croître visiblement sous votre conduite : puisse-t-il apprendre de vous cet abrégé des sciences, la soumission entersDieu, et la bonté envers les peuples I Mais puissions-nous tous ensemble pratiquer les saintes maximes de l’Évangile, et vivre selon l'esprUduchristianisme; afin que nous puissions aussi tous ensemble, maîtres et serviteurs, princes et sujets. Jouir de la félicité éternelle ; au nom du Père , et du Fils , et du Saint-Esprit! Amen.

ABRÉGÉ D’UN SERMON

POUR LE MÊME JOUR

rsSenS Dun uv cx-raSostLS os iiexvi .

Profondeor de h maUoe du ooxir humain : combiro nous avons besoin que l'Esprit saint crée en nous un couir pur.

Ce sermon sera une prière, au peuple de la part de Dieu , à Dieu de la part du peuple.

Le Saint-Esprit en ce Jour appelé. Creator Spiritus, • Esprit créateur, * par rapport à cette nouvelle création : non qu’il ne soit créateur [ dans la première création , conjointement avec le Père et le Fils ] ; mais la création nouvelle [ lui est donnée] par une attribution particulière. Pour en fonder la demande, et nous faire dire : O

Cor mundum cr<* in me , Deus.

O bien, crési nimoi un cawr pw. PS. i , H.

DE LA PENTECOTE.

Dieu , créez en moi ce cœur nouveau ; U faut conaidérer avant toutes choses quel cœur nous avons. Pesez toutes les paroles de Notre-Selgneur au chapitre septième de saint Marc. De corde hominum malœ cogilationes procetUml, adulteria, fomieationes , homicidia Jurta , avaritias, nequilice, dolus, impudicUiœ, ocvlus tnaius , blatphemia , svperàia, stultilia' : « Du cœur de l’homme

• sortent les mauvaises pensées, les adultères, « les fornications, les ^micides, les larcins,

• l'avarice , les méchancetés , la fourberie , la dis-

• solution , l'œil malin et envieux , les médisan-

• ces, l’orgueil, la folle et le dér^lemcnt d'es-

• prit. > Appuyez beaucoup sur celui-là ; B<mtu Homo de ùono tAesauro cordii sut profert bonum, et malus homode malo thesauro profert malum; ex abundantia enim cordis os loquifvr * : • L’homme de bien tire de bonnes choses du

• bon trésor de son cœur, et le méchant en tire

• de mauvaises du mauvais trésor de son cœur;

• car la bouche parle de la plénitude du cœur. « Non potest arbor bona malos fructus facere, neque arbor mala bonos fructus facere ^ • Un

■ bon arbre ne peut produirede mauvais fruits, et

• un mauvais arbre n’en peu produire de bons. • Jugez du fond de votre cœur par vos pensées.

Peser beaucoup sur chaque crime : adulteria,

• les adultères. > On ne le conçoit pas. David , coupable de ce crime, ne pense pas que ce soit à lui que s’adresse le discours du prophète : il est attendri sur le récit que Nathan lui fait dans sa parabole ; et entrant dons une grande indignation contre le coupable, il proooncequ’il est digne de

■ mort : • Filius mortis est vir qui fecit hoc; et il déclare qu’il • rendra au quadruple la brebis

■ qu'ilaenlevée : » Ooem reddetinquadruplum *. Voua ne sauriez la rendre; son innocence, sa foi [ que vous lui avez enlevées ]. Appuyer sur les autres ; homicidia, « les homicides : • • Qui hait -son frère, c’est un meurtrier*. • Superbia;

• l’orgueil: > stultilia;’ la folie: > expliquer bien cette folie, cet égarement d’esprit. Nequltiœ;

• méchancetés : > le cœur humain sensuel et voluptueux; injuste, violent et vindicatif; malin et trompeur, superbe jusqu’à en devenir insensé. Si guis existimat se aliquid esse, cum nihil sit, ipse se sedueit ‘ • Si quelqu’un s'estime être

• quelque chose, il se trompe lui-méme; parce - qu’il n’est rien. > Folie naturelle à l’orgueil.

[ Il y a une ] distance infinie entre être quelque chose et n’être rien ; et néanmoins [ l’orgueil est ]

• Worc. vn, li.si.

• Zur. VI, 4S.

> Mattk. VII, IS.

• II. III, s. (1.

• I. Joan. III , I&-

• Co/a/, ri , 3-

si grossier, si aveugle, qu’il confond ce qui [est séparé par une ] distance infinie : tant là folle le domine I

Ne dites pas : Je n’al pas tant [ de vices : vous avez en vous-même ] le principe de tous; le plaisir nous mène à tout , à la mollesse , à la paresse , à tout : nulle résistance; il ne manquera que l’oecasion. Ah I quel cœur je porte donc dans mon sein ; tout ce qui y entre , s’y corrompt ; corrompt le bien qui est en moi , qui est dans les autres : Dieu même, sa parole, sa miséricorde; il abuse de tout. Ah I je ne veux plus de ce cœur ; il empoisonne tout, les paroles les plus innocentes du prochain. Quoi I dans mon sein un tel venin , un tel poison, un tel serpent I AhI je le veux arracher.

Mais je ne puis, il tient trop avant. Venez, Esprit créateur : Cor mundum, spiritum rectum... m Créez en moi un cœur pur, un esprit ■ droit. - Peser ces deux choses ; pureté , droiture. O mon Dieu ! je vous le demande pour tout ce peuple partagé entre ceux qui ont déjà fait leur jubilé, leur mission, et ceux qui demeurent encore endurcis. Silence d'une heure dans le ciel ' : ce silence délibère si l'on doit punir, s'il faut attendre encore; et plus après. ^ taire durant quelque temps , comme en attente de ce qui se sera décidé. Un angequi parait; le soleil, l'iris*. Je reconnais la prédication de l'Evangile, à cette lumière plus grande que celle qui | parut] sur la face de Moïse : point de voile; l’iris, signe de paix, de miséricorde, d’alliance. [L’ange met] un pied sur la mer, un sur la terre; sur ceux qui sont affermis, [sur] ceux qui [sont] encore agités ; il lève la main au ciel ; plus de temps. Quoi donci cette mission , pourquoi le dernier temps? Vous me laissez une faible espérance , si avec ce secours extraordinaire , le jubilé , la PentecAte ; tout ensemble tant d’exemples, tant de prières , tant de changements , nous ne gagnons rien : quelle espérance de mieux réussir? Ah I venez , Esprit créateur, etc.

Les larcins, en saint Marc. A cette occasion, parler des restitutions : on ne peut pas prendre sur ses plaisirs , sur son nécessaire [ pou r les fai re ]. Quelle différence! cette pauvre veuve [de l’Évangile] était pauvre, plus digne de recevoir l’auméne, qu’oÛigée à la donner; et néanmoins elle trouve de quoi donner : Omnem victum suum, quem habuit, misit^:» Elle a donné • tout ce qui lui restait pour vivre. - Elle, pour l’aumAne ; et voua ne voulez pas trouver poui :a restitution.

' ^poe. nu. I.

* Apoe. \ , I et «Miq.

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