‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 120 sur 273 · E.N L’HONSEUR DE LA SAINTE VIERGE · texte numérisé non relu

E.N L’HONSEUR DE LA SAINTE VIERGE

Marie aasociée S la double fécondité du Père , pour devenir mère de léaus-ChrUI et de toux ses membres. Les |iécbeuTs enfantés par cette mère charitable, au milieu des tourmenta et des cris ; pourquoi. Circonstanoes remarquables dans leaquelles Jésus-Ghrist lui communique sa fécondité hienhruréuse. Souvenir que nous devons avoir des gémissesiieots de notre mère. Les tldèles consacrés h la péultence, par la manière dont Jésus et Marie les engendrenL

Didt Jésus matri suæ : Mulier, ecoe fiKus tuus; deinde

dicit discipiilo : Eoce mater tua.

Jènu dit à sa mère : Femme , voilà votre /ils : après II

dit à son disciple: yoità votre mère. Joan. xii,26, 27.

L’antiquité païenne a fort remarqué l’action d’un certain philosophe* , qui , ne laissant pas en mourant de quoi entretenir sa famille, s’avisa de léguer, par son testament , le soin de sa femme et de scs enfants au plus intime de ses amis : il se persuada , nous dit-on * , qu’il ne pouvait faire plus d'honneur à la générosité de celui auquel il donnait, en mourant, ce témoignage de sa confiance. A la vérité, chrétiens, il parait quelque chose de beau dans cette action , si elle a été faite de bonne foi, et si l’affection a été mutuelle: mais nous savons que les sages du monde ont ordinairement bien plus travaillé pour l’ostentation , que pour la vertu ; et que la plupart de leurs belles sentences ne sont dites que par parade et

> 5. Brrn. Hom, iii, sup. Miuut tst, d* 0, 1. 1. cul. 747.

* Eudomidas d<> Coriolhe.

* Z,uct<in. Viftlog. Toxnr Ktt Amicii.

DE nOSAIUE. J, J

a perdus, et Eve, qui est la source de notre mi-

par une gravité ufrectée. Laissons done les lilstoires proranrs, étalions à l’Évangile de Jésus- (Jirist. i’ardonnrz-moi, messieurs, si je ilis que, ce que la nécessité a fait inventer à ce pbitosophe , une charité infinie i'a fait faire , en quelque sorte, à notre Sauveur, d’une manière toute divine. Il regarde du haut de sa croix et Marie, et son cher disciple ; c’est-à-dire, ce qu’il a de plus cher au monde : et comme il leur veut laisser, en mourant, quelque marque de sa tendresse, il donne premièrement saint Jean à sa mère ; après il donne sa mère à son bien-aimé, et il établit, par ce testament, la dévotion pour la sainte Vierge. C’est, mes frères, pour cette raison qu’on lit cet évangile en l’Église dans la sainte solennité du Rosaire* , pour laquelle nous sommes ici assemblés. C'est pourquoi , pour édifier votre piété, j’espère vous faire voir aqjnurd’hui que, par ces divines paroles, Marie est la mère de tous les fidèles ; après que je lui aurai adressé celles par lesquelles on lui annonça qu’elle serait la mère de Jésus-Christ même ; Ave, Maria.

C’est un trait merveilleux de miséricorde, que la promesse de notre salut se trouve presque aussi ancienne, que la sentence de notre mort, et qu’un même jour ait été témoin de la chute de notre nature, et du rétablissement de notre espérance. Nous voyons en la Genèse', que Dieu nous condamnant à 1a servitude , nous promet en même temps le Libérateur; en prononçant la malédiction contre nous, il prédit au serpent , qui nous a trompés , que sa tête sera brisée , c'està-dire , que son empire sera renversé , et que nous serons délivrés de sa tyannie. Les menaces et les promesses se touchent : la lumière de la faveur nous parait , dans le feu même de la colère; afin que nous entendions , chrétiens, que Dieu se fâche contre nous , ainsi qu’un bon père , qui , dans les sentiments les plus vifs d’une juste indignation, ne peut oublier scs miséricordes, ni retenir lès effets de sa tendresse. Mais ce qui me parait le plus admirable dans cette conduite de la Providence , c’est qu'Adam même , qui nous

utnt pape Pie V. en Eaemolre de la victoire remportée k l.épaole par la chréUeoa aor la Tura, le 7 octobre I&7I, InrUtoa une fête anouclle , aoua le Utre de joia/e Varie de la yieloire. H en lixa la célébration an premier dimanche d'octobre. En IS73. Grégoire XIII changea ce Utre en celui du Rotairt. Saint Dominique fut le premier Instituteur de ortie pretlque de piété qu’on a appelée Rœaire , et qui cou- State à réciter quinze dltaina d*.tee avec un Pater au commoKement de chaque dizaine, en l'honneur du mystère de rincamation. Elle nt connue aussi sousle'nom de Chapelet, ou Couronne, qui al le Urn du Rosaire. Les papa ont approuvé cette dévoUon.ety ont attache de grnndalndnlftences. Voyez Godeacard, Fie» de» S>tinta, I. ix, au 1" octolire.

( Rdit. de Fersaille». }

' Cene». III , 15.

serc , nous sont représentés, dans les Écritures , comme des images vivantes des mystères qui nous saneUfient. Jésus-Christ ne dédaigne pas de s'appeler le nouvel Adam : Marie, sa divine mère, est ta nouvetle Ève ; et, par unsccret merveitteux , notre réparation nous est figurée , même dans les auteurs de notre ruine.

C’est sans doute dans cette vue, que saint Épiphane a considéré un passage de la Genèse ' où Ève est nommée mère des vivants : it a doctement remarqué, que c’est après sa condamnation qu’ette est appelée de la sorte; et voyant qu’etlc n'avait pas ce beau nom, lorsqu’elle était encore dans le paradis , il s’étonne , avec raison , que l’on commence à l’appeler mère des vivants , seulement après qu’elle est condamnée à n’engendrer plus que des morts. En effet, ne jugezvous pas que ce procédé extraordinaire nous fait voir assez clairement qu’il y a ici du mystère? et c est ce qui fait dire à ce grand évêque qu’elle est nommée ainsi en énigme , et comme figure de la sainte Vierge, qui, étant associée, avec Jesus- Cbrist , à la chaste génération des enfants de la nouvelle alliance est devenue, par cette union, la vraie mère de tous les vivants, c’est-à-dire, de tous les fidèles. Voilà une belle figure de la sainte maternité de l’incomparable Marie, que j’ai à vous prêcher aujourd’hui ; et j’en reconnais l’accomplissement à la croix de notre Sauveur, et dans l'évangile de cette fête.

Car que voyous-nous au Calvaire, et qu 'est-ce que notre Évangile nous y représente ? Nous y voyons JésuaChrist souffrant , et Marie pereée de douleurs , et le disciple bien-aimé du Sauveur des âmes, qui,remisde ses premières terreurs, vient recueillir les derniers soupirs de son maître mourant pour l’amour des hommes. O saint et admirable spectacle! Toutefois ce n’est pas là , chrétiens, ce qui doit aqjourd’hui arrêter vos yeux. Mais considérez attentivement , que c’est en cet état de souffrance que Jésus engendre le peuple nouveau ; et admirez que dans les douleurs de cet enfantement du Sauveur, dans le temps que nous naissons de ses piales , et qu’il nous donne la vie par sa mort , il veut aussi que sa mère engendre, et il lui donne saint Jean pour son fils :

• Femme, lui dit-il , voilà votre fils. • Et ne vous persuadez pas qu’il regarde saint Jean, en ce lieu, comme un homme particulier. Tous ses disciples l’ont abandonné , et son Père ne conduit au pied de sa croix que le bien-aimé de son CŒur : tellement que, dans ce débris de son Église presque dissipée , saint Jean , qui est le

‘ UJ). III. Uttrt». LXXVIII, L I, U IH, p. 106.

la.

POUR I.A FÊTK

seul <pii lui reste, lui représente Ions ses llilèles, et toute l'uuiversalité des enfiints de Dieu. C'est donc tout le peuple nouveau , c’est toute la société de l’Église, que Jésus recommande à la sainte V ierge , en la personne de ce cher disciple ; et par cette divine parole elle devient non-seulement mère de saint Jean , mais encore de tous les fideles. Et par là ne voyez-vous pas, selon la pensée de saint Épiphane , que la bienheureuse Marie est l'Ève de la nouvelle alliance , et la mere de tous les vivants, unie spirituellement au nouvel Adam, pour être la mère de tous les élus?

C’est , (idèles , sur cette doctrine tout évangélique , que j’établirai aujourd’hui la dévotion à la Vierge, pour laquelle nous sommes ici assemblés : et pour expliquer clairement, et par une méthode facile, cette vérité importante, je réduis tout ce discours à deux points, que je vous prie d'imprimer en votre mémoire. Deux grandes choses étaient nécessaires, pour faire naître le peuple nouveau, et nous rendre enfants de Dieu par la grâce. Il fallait que nous fussions adoptés; il’ fallait que nous fussions rachetés : car, puisque nous sommes étrangers à Dieu , comment deviendrions-nous ses enfants, si sa bonté ne nous adoptait? et puisque le crime du premier homme nous avait vendus à Satan , comment serions-nous rendus au Père éternel , si le sang de son Fils ne nous rachetait? Et donc, pour nous faire les enfants de Dieu, il faut nécessairement qu’un Dieu nous adopte, et il faut aussi qu’un Dieu nous rachète. Comment sommes-nous adoptés? par l’amour du Père éternel. Comment sommes-nous rachetés? par la mort et les souffrances du Fils. Le principe de notre adoption , c’est l’amour du Père éternel ; et la raison en est évidente ; car puisque ce n'est pas la nature qui nous donne A Dieu comme enfants, il s’ensuit manifestement que c’est son amour qui nous a choisis. Mais si nous avons besoin de l’amour du Père, pour devenir enfants d’adoption ; les souffrances du Fils nous sont nécessaires , parce que nous sommes enfants de rédemption : et ainsi nous sommes nés tout ensemble, de l’amour infini de l’un, et des cruelles souffrances de l'autre.

Nouvelle Ève , divine Marie , quelle part avezvous en ce grand ouvrage , et comment contribuez-vous à la chaste génération des enfants de Dieu? Chrétiens, voici le mystère, et afin que vous l’entendiez, il faut vous prouver, par les saintes Lettres , que le Père et le Fils l’ont associée, le premier, à la fécondité de son amour; le second , à celle de ses souffrances : tellement qu'elle est notre mère , premièrement , par un amour maternel ; secondement, par ces souffrances

fécondesqui déchirent son âme au Calvaire. C’est le partage de ce discours; et sans sortir de mon évangile j’espère vous faire voir ces deux vérités accomplies au pied de la croix , et établir, sur ce fondement , une dévotion fructueuse pour la bienheureuse Marie.

PBEUIEB POINT.

Jésus-Christ, notre rédempteur, n’avait rien qui le touchât davantage , que le désir miséricordieux de s’unir à notre nature , et d’entrer en société avec nous. C’est pourquoi il est né d’une race humaine , afin que nous devenions , par la grâce , une race divine et spirituelle : il se joint à nous par un double nœud , lorsqu'en se faisant fds d’Adam , il nous rend en même temps les enfants de Dieu; et par cette alliance troublée, pendant que notre Père devient le sien il veut que le sien devienne le nôtre. C’est ce qui lui fait dire dans son Évangile : Ascendo ad Palrem meum et Pairem vestrum ■ : « Je retourne à • mon Père et au vôtre; » afin que nous comprenions , par cette parole , qu’il veut que tout lui soit commua avec nous, puisqu’il ne nous envie pas cet honneur d’étre les enfants de son Père.

Or, messieurs, cette même libéralité, qui fait qu’il nous donne son Père céleste , fait qu’il nous donne aussi sa divine mère : il veut qu’elle nous engendre selon l’esprit, comme elle l’a engendré selon la chair; et qu’elle soit en même temps sa mère et la nôtre , pour être notre frère en toutes façons. C’est dans cette pieuse pensée , que vous recourez aujourd’hui à la sainte protection de Marie; et vous êtes persuadés que les véritables enfants de Dieu se reconnaissent aussi les enfants de la 'Vierge. Si bien que je me sens obligé , afin d’échauffer en vos cœurs la dévotion de Marie , de rechercher, par les saintes Lettres, de quelle sorte elle est unie au Père étemel , pour être mère de tous les fidèles. Toutefois, je n’ose pas entreprendre de résoudre cette question de moi-même; mais il me semble que saint Augustin nous donne une admirable ouverture, pour connaître parfaitement cette vérité. Écoutez les paroles de ce grand évêque , dans le livre qu’il a composé de la sainte Vteginité : c’est là que parlant admirablement de la très-heureuse Marie , il nous enseigne que , « selon la chair, elle est la mère de Jé- « sus-Christ ; • et aussi , que , • selon l’esprit, elle ■ est la mère de tous ses membres : » Came mater capilis nostri, spitilu mater membrorum p/mx;- parce que, poursuit ce grand homme, elle - a coopéré , par sa charité , à faire naître dans « l’Église les enfants de Dieu ; • quia cooperata est

• /oan-xx» 17.

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