DU ROSAIRE
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ckaritate, ut fitii Dei naseerentur i« Ecclesia Vous voyez la question décidée; et saint Augustin nous dit clairement que Marie est mère de tous les fldcles , parce qu'elle les engendre par la charité. Suivons donc les traces que nous a marquées cet incomparable docteur, et expliquons, par les Écritures, cette fécondité bienheureuse, par laquelle nous sommes nés de la charité de Marie.
Pour cela , il nous faut entendre qu'il y a deux fécondités ; la première, dans la nature; la seconde, dans la charité. Il est inutile de vous expliquer quelle est la fécondité naturelle qui se montre assez tous les jours, par cette éternelle multiplication qui perpétue toutes les espèces par la bénédiction de leur Créateur. Mais, après avoir supposé la fécondité naturelle, faisons voir, par les saintes Lettres , que non-seuiemcnt la nature , mais encore que la charité est féconde. Et qui peut ne voir pas cette vérité , entendant le divin apdtre lorsqu'il dit si tendrement aux Calâtes : « Mes petits enfants, que j'enfante encore,
• pour lesquels je ressens encore les douleurs de
• l'enfantement, jusqu'à ce que JésusUhrist soit
• formé en vous : Filioli met, quos iterum parturio, donec formetur Christus in uoiis *7 Ne voyez-vous pas, chrétiens, ia fécondité merveilleuse de la charité de saint Paul ? car quels sont ces petits enfants, que cet apôtre reconnott pour siens , sinon ceux que la charité lui donne 7 et que signillent ces douleurs de l’enfantement de saint Paul , sinon les empressements de sa charité , et la sainte inquiétude qui la travaille , pour engendrer les fidèles en Notre-Seigneur 7 Et par conséquent, concluons que la charité est féconde. C'est pourquoi ia même Écriture , qui nous enseigne qu'elle a des enfants, lui attribue aussi , en divers endroits, toutes les qualités des mères.
Oui , cette charité maternelle qui sc fait des enfants par sa tendresse, elle a des entrailles où elle les porte; elle a des mamelles qu'elle leur présente , elle a un lait qu’elle leur donne ; et c'est ce qui fait dire à saint Augustin que * la
• charité est une mère , • et que « la même cha-
• rité est une nourrice ; • Charitas mater est charitas nutrix est *. La charité est une mère qui porte tous ses enfants dans le cœur, et qui a pour eux ces entrailles tendres , ces entrailles de compassion', que nous voyons si souvent dons les Écritures : Charitas mater est. Cette même charité est une nourrice, qui leur présente les chastes mamelles d'où distille ce lait sans fraude de la sainte mansuétude et de la sincérité chre-
> Dt Sanct. yirginit. a* 6, t. vi , ool. SU.
» Csiit. If, 19.
i Pf C^lrcktz. ruttib. c.ip. , n’2-1, t. VI, r*»l. 'JTB.
* .4tt. Miiml. A/». CAXM» ,n' .3, t. Il, col. Ul.
tienne : Sine dolo lac, comme parle l'apôtre saint Pierre '. Tellement qu’il est véritable qu’il y a deux fticondités : la première , dans la nature ; la seconde , dans la charité. Or, cette vérité étant supposée, il me sera maintenant facile de vous faire voir clairement de quelle sorte la Vierge sacrée est unie au Père éternel , dans la cliostu génération Jes enfants du Nouveau Testament.
Et premièrement remarquez que ces deux fécondités différentes , que nous avons vues dans les créatures , se trouvent en Dieu , comme dans leur source. La nature de Dieu est féconde; son amour et sa charité l'est aussi. Je dis que sa nature est féconde ; et c'est elle qui lui donne ce Fils étemel, qui est son image vivante. Mais si sa fécondité naturelle a lait naître ce divin Fils dans l'éternité, son amour lui en donne d'autres qu'il adopte tous les jours dans le temps. C'est do là que nous sommes nés; et c'est à cause de cet amour que nous l’appelons notre Père ; par conséquent, le Pere céleste nous paraît doublement fécond. Il l'est, premièrement par nature; et par là il engendre son Fils naturel ; il l'est, secondement par amour; et c'est ce qui fait naître les adoptifs. Mois après que nous avons vu que ces deux fécondités différentes sont en Dieu comme dans leur source; voyons si nous pouvons découvrir qu'eligp soient communiquées à Marie : je vous prie, renouvelez vos attentions.
Et déjà il semble qu'elle participe, en quelque manière , à la fécondité naturelle , par laquelle Dieu engendre son Fiis. Car d'où vient, ô très-sainte Vierge , que vous êtes mère du Fils de Dieu même? est-ce votre fécondité propre, qui vous donne cette vertu? Non, dit-elle, c'est Dieu qui i'a fait, et c'est l'ouvrage de sa puissance : Fecit mihi magna qui polens est '. Elle n'est donc pas mère de ce Fils par sa propre fécondité. Au contraire ne voyons-nous pas, fidèles, qu'elle sc condamne elle-même à une stérilité bienheureuse , par cette ferme résolution de garder sa pureté virginale : Quomodo fiet istud't • Comment cela se pourra-t-il faire? • Puis-je bien concevoir un fils, moi qui ai résolu de demeurer vierge? Si donc elle confesse sa stérilité, de quelle sorte devient-elle mère , et encore mère du Fils du Très-Haut? Écoutez ce que lui dit l'ange ; Virtus Allissimi obumbrabit tibi * : • l.a ■ vertu du Très-Haut vous couvrira toute. » Pénétrons le sens de cette parole. Sans doute le Saint-Esprit nous veut faire entendre que la fécondité du Pèrccéicstesccommuniquantà Mario
• I. PeIr.u.S.
• t.HC. 49.
i IhiH. 1 , 31-
• lOid. 46.
rOLR LA FÊTE
elle sera mère du Fils de Dieu même; et c'est pourquoi l'ange, après avoir dit que la vertu du Très-Haut l'environnera , il ajoute, aussitôt après, ces beaux mots : Ideoque et quodnascetur ex te sanctum, vocabitur Fitius Dei; comme s'il avait dessein de loi dire ; O sainte et divine Marie, le fruit de vos bénites entrailles sera appelé le Fils du Très-Haut, parce que vous l’engendrerez, non par votre fécondité naturelle, mais l>ar une bienheureuse participation de la fécondité du Père étemel , qui sera répandue sur vous.
N’admirez- vous pas, chrétiens, cette dignité de Marie? toutefois encore ce n’est pas assez qu'elle soit associée au Père éternel , comme mère de son Fils unique : celui qui lui donne son propre Fils, qu’il engendre par sa nature, lui. refusera-t-tl les enfants qu'il adopte par sa charité? et s'il veut bien lui communiquer sa fécondité naturelle, afin qu’elle soit mère de Jésus-Christ, ne doit-il pas, pour achever son ouvrage, lui donner libéralement la fécondité de son amour, pour être mère de tous ses membres ? F.t c’est pour cela, chrétiens, que mon évangile m'appelle au Calvaire : c’est là que je vois la très-sainte Vierge s'unissant, devant son cher flis , à l’amour fécond du Père étemel. Ah I qui pourrait ne s'attendrir I>as à la vue d'un si beau spectacle?
Il est vrai qu'on ne peut assez admirer cette Immense charité, par laquelle il nous choisit pour enfants : car, comme remarque admirablement l'incomparable saint Augustin ' , nous voyons que, parmi les hommes, l'adoption n’a jamais lieu, que lorsqu'on ne peut plus espérer d’avoir de véritables enfants. Alors , quand la nature n'en peut plus donner, les hommes ont trouvé le secret de s’en faire par leur amour : tellement que cet amour, qui adopte , n'est établi que pour venir an secours, et pour suppléer au défaut de la nature qui manque. Mais il n'est pas ainsi de notre grand Dieu ; il a engendré dans l’élernité un Fils qui est égal à lui-méme, qui fait les délices de son coeur, qui rassasie parfaitement son amour, comme il épuise sa fécondité. D'où vient donc , qu'ayant un Fils si parfait, il ne laisse pas de nous adopter? Ce n'est pas l’indigence qui l'y oblige ; mais les richesses immenses de sa charité. C'est la fécondité infinie d'un amour inépuisable et surabondant, qui fait qu'il donne des frères à ce premier-né , des compagnons à cet unique , et enlin des cohéritiers à ce bien-aimé de son cœur. O amour! A miséricorde I Mais il passe encore plus loin.
Non-seulement il joint à son propre Fils des enfants, qu'il adopte par miséricorde ; mais ii
• t>f OmfHn. tû'ttmj lih. II. c.np. lll, t. Ill, par( il, püI.
livre son propre Fils à la mort , pour faire naître les adoptifs : c'est ainsi quesacharitéest féeonde. Nouvelle sorte de fécondité : pour produire , il faut qu’il détruise ; pour engendrer les adoptifs , il faut qu’il donne le véritable. Et ce n’est pns moi qui le dis; e’est Jésus qui me l’enseignedans son Evangile : > Dieu a tant aimé le monde , dit-
• il', qu'il a donné son Fils unique; afin que
• eenx qui croient ne périssent pas , mais qu'ils
• aient la vie étemelle. • Ne voyez-vous pas , chrétiens, qu'il donne son propre Fils à la mort, pour faire vivre les enfants d’adoption , et que cette même charité du Père , qui le livre , qui l'abandonne, qui le sacrifie, nous adopte, nous vivifie et nous régénère?
Mais après avoir contemplé la charité Infinie de Dieu , jetez maintenant les yeux sur Marie ; et voyez comme elle se joint à l’amour fécond du Père étemel. Car pourquoi son fils l'a-t-il appelée à ce spectacle d'inhumanité? Est-ce pour lui percer le cœur, et lui déchirer les entrailles? Faut-il que ses yeux maternels soient frappés de ce triste objet , et qu'elle voie couler devant elle , par tant decraelles blessures, un sang qui lui est si cher? n’y a-t-il pas de la dureté dene lui epargnerpascette peine? chrétiens, ne le croyez pas; etcomprenezun si grand mystère. Il fallait qu'elle sejoignlt à l’amour du Père étemel; et que, pour sauver les pécheurs , ils livrassent leur commun Fils, d'un commun accord, au supplice. Si bien qu’il me semble que j'entends Marie, qui parle ainsi au Père étemel d’un cœur tout ensemble ouvert et serré : serré par une extrême douleur; mais ouvert en même temps an salut des hommes, par la sainte dilatation de la charité : Puisque vous le voulez, 6 mon Dieu, dit-elle, je consens à cette mort ignominieuse, à laquelle vous abandonnez le Sauveur; vous le condamnez, j'y souscris : vous voulez sauver les pécheurs , par la mort de notre Fils innocent ; qu'il meure , afin que les hommes vivent. Voyez, mes frères, comme elle s’unit à l’amour fécond dn Père éternel ; mais admirez , qu’en ce même temps elle reçoit aussi sa fécondité : « Femme , dit Jésus , voilà votre « fils. > Son amour lui été un fils bien-aimé, son amour lui en rend un autre; et en la personne de ce seul disciple elle devient , par la charité , l’Eve de la nouvelle alliance, et la mère féconde de tons les fidèles : car qui ne voit ici un amour de mère? donnerait-elle pour nous son cher III» si elle ne nous aimaitcomme sesenfants? Que rcstct-il donc maintenant , sinon que nous lui rendions amour pour amour; et qu'au lien du fils qu'elle perd , elle en rrowe un en chacun de nous?
* in . K,
Dü ROSAIRE.
Mais it me semble que vous me dites ; Quel ' échange nous conseillez-vous , et que rendronsnous à Marie? quoi , des hommes mortels pour un Dieul des pécheurs pour un Jésus-Christ! est-ce ainsi qu’il nous faut réparer sa perte? Non, ce n’est pas là ma pensée. C’est un Jésus-Christ qu'elle donne , renduns-Iui un Jésus-Christ en nous-mêmes; et faisons revivre en nos âmes ce flis qu'ello perd pour l’amour de nous. Je sids bien que Dieu le lui a rendu glorieux , ressuscité, immortel : mais encore qu’elle le possède en sa gloire, elle ne laisse pas , chrétiens, de le chercher encore dans tous les fidèles. Soyons donc chastes et pudiques , et Marie reconnaîtra Jésus- Christ en nous. Soyons humbles et obéissants , comme Jésus l’a été Jusqu’à la mort ; ayons des coeurs tendres et des mains ouvertes pour les pauvres et les misérables; oublions toutes les injures , comme Jésus les a oubliées : Jusqu’à laver dans son propre sang, même le crime de ses bourreaux. Quelle sera la Joie de Marie, quand elle verra vivre Jésus-Christ en nous : dans nos âmes par la charité , dans nos corps par la continence; sur les yeux même et sur les visages, par la retenue, par la modestie et par la simplicité chrétienne I C’est alors que reconnaissant en nous Jésus-Christ, par la pratique exacte de son itvangile, ses entrailles seront émues de cette vive représentation de son hien-aimé; et touchée. Jusque dans le cœur, de cette sainte conformité, elle croira aimer Jésus-Christ en nous, et elle répandra sur nous toutes les douceurs de son affection maternelle. En est-ce assez pour nous faire voir qu’elle est notre mère par la charité, et pour nous donner un amour de fils? Que si nous ne sommes pas encore attendris , si le lait de son amour maternel ne suffit pas pour nous amollir, et qu'il faille du sang et des souffrances pour briser la duretC de nos cœurs : en voici. Je vous en prépare; et c'est ma seconde partie , où vous verrez les douleurs amères et les tristes gémissements parmi lesquels elle nous engendre.
SECOND POINT
Saint Jean nous représente I a très-sainte Vierge, au cluipitre douzième de l'Apocalypse >, par une excellente ligure. «Il parut , dit-il , un grand « signe aux deux, nne femme environnée du • soIeH , qui avait la lune à ses pieds, et la tête « couronnée d'étoiles, et qui allait enfanter un « fils. > Saint Augustin nous assure , dans le livre du Symbole aux Catéchumènes’, que cette femme de l’Apocalypse, c’est la hienhcurcuse
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* ^rm. If de S’jtHh. orf Crt/ttA. cap. l, t. fl, col
Marie, eton le pourrait aitéraent prouver par plusieurs raisons convaincantes. Mais une parole du texte sacré semble s’opposer à cette pensée : car cette femme mystérieuse nous est représentée en ce lieu dans les douleurs de l'enfantement. • Elle « criait, dit saint Jean; et jellc était tourmentée « pourenfanter :« Clamabat parturiens, ut cruciabalur vt pareret Que dirons-nous ici, chrétiens? cette femme ainsi tourmentée peut-elle être la très-sainte Vierge ? Avouerons-nous à nus hérétiques , que Marie a été sujette à la malédiction de toutes les mères, qui mettent leurs enfants au monde au milieu des' gémissements et des cris? Au contraire ne savons-nous pas qu’elle a enfanté sans douleur, comme elle a conçu sans corruption? Quel est donc le sens de saint Jean , dans cet enfantement douloureux qu'il attribue à la sainte Vierge? et comment démélerons-Uons ces contrariétés apparentes?
C’est le mystère que Je vous prêche , c'est la vérité que Je vous annonce. Nous devons entendre, mes frères, qu’il y a deux enfantements en Marie. Elle a enfanté Jésus-Christ, elle a enfanté les fidèles, c’est-à-dire , elle a enfanté l’Innocent, elle a enfanté les pécheurs. Elle enfante l’Innocent sans peine; mais il fallait qu’elle enfantât les pécheurs parmi les tourments et les cris : c’est pourquoi Je vois dans mon évangile qu'elle les enfante A la croix , ayant le cœur rempli d'amertume et saisi de douleur, le visage noyé de ses larmes. Et voici la raison de tout ce mystère, que Je vous prie de bien pénétrer pour l'édification de vos âmes.
Puisque, ainsi que nous l'avons dit, les fidèles devaient renaître de l'amour du Père éternel , et des souffrances de son cher Fils; afin que la divine Marie fût la mère du peuple nouveau , il fallait qu'elle fût unie non-seulement à l'amour fécond par lequel le Père uous a adoptés , mais encore aux cruels supplices par lesquels le Fils nous engendre. Car n’était-il pas nécessaire que l'Éve de la nouvelle alliance fût associée au nouvel Adam? Et de là vient que vous lu voyez affiigée au pied de la croix ; afin que de même que la première Eve a goûté autrefois sous l’arbre, avec son époux désobéissant, la douceur empoisonnée du fruit défendu; ainsi l’Êve de mon Évangile s’approchât de la croix de Jésus, pour goûter avec lui toute l’amertume de cet arbre mystérieux. Mais mettons ce raisonnement dans un plus grand Jour ; et posons pour premier principe : que c'était la volonté du Sauveur des âmes, que toute sa fécondité fût dans ses souffrances. C’ist lui-même qui niel
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