‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 123 sur 273 · L’UNITÉ DE L’ÉGLISE · texte numérisé non relu

L’UNITÉ DE L’ÉGLISE

Quant pulclini labemacuU Ina , Jacob , et tenloria tua , Israël!

Que rrjs tentes sont belles, 6 enfants de Jacob! que vos pavillons, d Israélites, sont merveilleux I Cealra que dit Balaaoi , inspiré de Dieu , i la vue du camp d'Israrl dans le désert. Au livre des Nombres, xxiv, l , i , 3, S.

Messeignedbs ,

C’est sans doute un grand spectacle de voir l’Église chrétienne figurée dans les anciens Israélites, la voir, dis-je, sortie de l’Égypte et des ténèbres de l’idolâtrie, cherchant la terre promise à travers d’un désert immense , où elle no trouve que d’affreux rochers et des sables brûlants; nulle terre, nulle culture, nul fmit; une sécheresse effroyable; nul pain qu’il ne lui faille envoyer du ciel ; nul rafraîchissement qu'il ne lui faille tirer par miracle du sein d’une roche; toute la nature stérile pour elle, et aucun bien que par grâce ; mais ce n’est pas ce qu’elle a de plus surprenant. Dans l’horreur de cette vaste solitude, on la voit environnée d’ennemis; ne marchant jamais qu’en bataille; ne logeant que sons des tentes; toujours prête à déloger et à combattre : étrangère que rien n’attache , que rien ne contente ; qui regarde tout en passant , sans vouloir jamais s’arrêter ; heureuse néanmoins dans cet état; tant à cause des consolations qu’elle reçoit durant le voyage , qu’à cause du glorieux et immuable repos qui sera la fin do sa course. Voilà l’image de l’Église pendant qu’elle voyage sur la terre.

Balaam la voit dans le désert : son ordre, sa discipline, ses douze tribus rangées sous leurs étendards : Dieu, son chef invisible, an milieu d’elle ; Aaron, prince des prêtres et de tout le peuple de Dieu, chef visible de l’Église sous l’autorité de Moïse, souverain législateur et figure de Jésus-Christ : le sacerdoce étroitement uni avec la magistrature ; tout en paix par le concours de ces deux puissances : Coré et scs sectateurs , ennemis de l’ordre et de la poix , engloutis à la vue de tout le peuple , dans la terre

• O &rrmon fut préchf h l’ouverture de raMcmblt^r; raie du rlrr^é de Kr.ince |r u uoveiubrc lOHI , â U cnesM? «i- UTiiietli'ilu S tint i:5pnl, daus IV^Iùc dcaUroi^ AugusUu»

SUn L’UNITE

soudnlnrment ciilr'ouvertp sous leurs pieds, et ensevelis tout vivants dans les enfers. Quel spcctaelel quelle assemblée! quelle Ixautc de l’Eglibc I Du haut d’une montagne , Balaam la voit tout entière; et au lieu de la maudire comme ou l’y voulait contraindre , il la bénit. On le détourne , on espère lui en cacher la beauté , en lui montrant ce grand corps par un coin d’où il ne puisse en découv rir qu'une partie ; et il n'est pas moins transporté : parce qu'il voit cette partie dans le tout, avec toute la convenance et toute la proportion qui les assortit l’un avec l’autre. Ainsi , de quelque cAté qu’il la considère , il est hors de lui; et ravi en admiration ii s’écrie : Çuam pulrhra tabemacula tua, Jacob, et tenloria tua, Israël! • Que vous êtes admirables ■ sous vos tentes , enfants de Jacob ! « quel ordre dans votre camp! quelle merveilleuse beauté parait dans ces pavillons si sagement arrangés ; et si vous causez tant d'admiration sous vos tentes et dans votre marche, que sera-ce quand vous serez établis dans votre patrie!

Il n'est pas possible, mes frères, qu'à la vue de cette auguste assemblée vous n'entriez dans de pareils sentiments. Une des plus belles parties de l’Église universelle se présente à vous. C'est l’Église gallicane qui vous a tous engendrés en Jésus-Christ : Église renommée dans tous les siècles , aujourd’hui représentée par tant de prélats que vous voyez assistés de l’élite de leur clergé , et tous ensemble prêts à vous bénir, prêts à vous instruire selon l’ordre qu'ils en ont reçu du ciel. C’est en leur nom que Je vous parle; c'est par leur autorité que je vous prêche. Qu’elle est belle , cette Église gallicane, pleine de science et de vertul mais qu’elle est belle dans son tout, qui est l'Église catholique ; et qu'elle est belle saintement et inviolablement unie à son chef, c’est-à-dire, au successeur de saint Pierre! Oh! que cette union ne soit point troublée! que rien n'altère cette paix et cette unité où Dieu habite !

Esprit saint , Esprit paciflque qui faites habiter les frères unanimement dans votre maison , affermissez-y la paix. La poix est l’objet de cette assemblée ; au moindre bruit de division nous accourons effrayés, pour unir parfaitement le corps de l'Église , le ^re et les enfants, le chef et les membres, le sacerdoce et l'empire. MaLs puisqu’il s’agit d'unité, commençons à nous unir par des vœux communs, et demandons tous ensemble la grâce du Saint-Esprit par l'intercession de la sainte Vierge. Ave.

MkSSEIG>'E118S,

• Regarde , et fais selon le modelé qui t'a été " montre sur la montiigne. « C'est cc qui fut dit

à Moïse, lorsqu’il eut ordre de construire le tabernacle'. Mais saint Paul nous avertit’ que ce n’est point cc tabernacle bâti de main d'homme qui doit être travaillé avec tant de soin, et formé sur cc beau modèle : c’est le vrai tabernacle de Dieu et des hommes; c'est l'Église catholique , où Dieu habite , et dont le plan est fait dans le ciel. C'est aussi pour cette raison que saint Jean voyait'dans l’.àpocalypsc la • sainte cité de Jé-

• rusalemi, > et l'Église qui commençait à s'établir par toute la terre ; il la voyait, dis-je, descendre du ciel. C’est là que les desseins en ont été pris : « Regarde , et fais selon le modèle qui

• t'a été montré sur ^cette montagne. »

Mais pourquoi parler de saint Jean et de Moïse? écoutons Jésus-Christ lui-même. Il nous dira qu'il ne fait « rien que ce qu'il voit faire ■ à son Père*. ■ Qu'a-t-il donc vu, chrétiens, quand il a formé son Église? qu'a-t-il vu dans la lumière étemelle et dans les splendeurs des saints où il a été engendré devant l’aurore? C’est le secret de l'Époux, et nul autre que l'Époux ne le peut dire.

* Père saint , je vous recommande ceux que « vous m’avez donnés; • je vous recommande mon Église : « gardez-les en votre nom, aliii

• qu'ils soient un comme nous*; et encore : « Comme vous êtes en moi , et moi en vous, A « mon Père , ainsi qu’ils soient un en nous. Qu'ils

• soient un comme nous; qu'ils soient un en

• nous* : • je vous entends, 4 Sauveur; vous voulez faire voire Église belle, vous commencez par la faire parfaitement une : car qu’est-ce que la beauté, sinon un rapport, une convenance , et enfin une espèce d’unité 7 Rien n'est plus beau que la nature divine, où le nombre même, qui ne subsiste que dans les rapports mutuels de trois Personnes égales , se termine en une parfaite unité. Après la Divinité, rien n’est plus beau que l’Eglise où l’unité divine est représentée. • Un comme nous, un en nous : regardez,

• et faites suivant ce modèle. >

Une si grande lumière nous éblouirait ; descendons, et considérons i’unité iwvec la beauté dans les chœurs des anges, ha lumière s’y distribue sans se diviser : elle passe d’un ordre à un autre , d'un chœur à un autre avec une parfaite corres|X)udance, porcs qu’il y a une parfaite suhurdination. Les anges ne dédaignent pas de sc soumettre aux archanges, ni ies archanges de reconnaftre les puissances supérieures. C'est une

* Exod.XXJ, 40.

* Hebr. VIII, 9.

» Jpitr. XXI, 10.

* JtHtH. V . 10.

» !bid. XVII, II.

* tbitJ. il , 21

DE L'EGLISE

nrméc ou tout marche avec ordre; et comme disait ce patriarche : • C’est ici ie camp de Dieu'..> C'est pourquoi, dans ce combat donné dans le ciel , on nous représente ■> Michel et ses anges « contre Satan et ses anges*. • Il y a un chef dans chaque parti ; mais ceux qui disent avec saint Michel : • Qui égale Dieu? > triomphent des orgueilleux, qui disent : Qui nous égale? et les anges victorieux demeurent unis à leur Créateur sous le chef qu'il leur a donné. O Jésus, qui n'étes pas moins le chef des anges que celui des hommes : • Regardez, et faites selon ce mo-

• dèle; • que la sainte hiérarchie de votre Église soit formée sur celle des esprits célestes. Car, comme dit saint Grégoire^, • si la seule beauté > de l’ordre fait qu'il se trojve tant d’obéissance

• où il n’y a point de péché ; combien plus doit- « il y avoir de subordination et de dépendance ’ parmi nous , où le péché mettrait tout en con-

• ftision sans ce secoursl >

Selon cet ordre admirable , toute la nature angélique a ensemble une immortelle beauté; et chaque troupe, chaque chœur des anges a sa beauté particulière, inséparable de celle du tout. Cet ordre a passé du ciel à la terre; et Je vous ai dit d'abord qu'outre la beauté de l’Église universelle, qui consiste dans l'assemblage du tout, chaque Église placée dans un si beau tout avec une Justesse parfaite , a sa grice particulière. Jusqu’ici tout nous est commun avec les saints anges : nuis saint Grégoire nous a fait remarquer que le péché n'est point parmi eux ; c’est pourquoi la paix y règne éternellement. Cette cité bienheureuse, d'ou les superbes et les factieux ont été bannis, où il n'est resté que les humbles et les pacifiques, ne craint plusd’étre divisée. Le péché est parmi nous ; malgré notre Infirmité, l’orgueil y règne ; et tirant tout à soi , il nous arme les uns contre les autres. L'Église donc, qui porte en son sein, dans ce secret principe d'oigueil qu'elle no cesse de réformer dans ses enfants, une étemelle semence de division, n’aurait point de beauté durable , ni de véritable unité , si elle ne trouvait dans son unité des moyens de s'y affermir, quand elle est menacée de division.

Écoutez : voici le mystère de l'unité catholique, et le principe immortel de la beauté de l'Église. Elle est belle et une dans son tout; c'est ma première partie , où nous verrons la beauté de tout le corps de l'Église ; belle et une en chaque membre; c’est ma seconde partie, où nous verrons la beauté particulière de l'Église gallicane dans ce beau tout de l'Église universelle :

* Gfiua. xxvit. s.

* s4pOC. XII, 7.

5 S. Orrfj. Épist lib. Epht. U»', t. ii.irol 7M-

l>elle et une d'une beauté et d’une unité durable; c’est ma dernière partie , ou nous verrons dans le sein de l'unité catholique des remèdes pour prévenir les moindres commencements de division et de trouble. Que de grandeur et que de beauté! mais que de force, que de majesté, que de vigueur dans l’Église! Cor ne croyez pas que Je parle d’une beauté superficielle qui trompe les yeux. La vraie beauté vient de la santé : ce qui rend l'Église forte, la rend belle; son unité la rend belle, son unité la rend forte. Voyons donc dans son unité , et sa beauté et sa force : heureux si l’ayant vue belle premièrement dans son tout, et ensuite dans la partie à laquelle nous nous trouvons immédiatement attachés , noos travaillons it finir Jusqu'aux moindres dissensions qui pourraient défigurer une beauté si parfaite. Ce sera le fruit de ce discours, et c’estsans doute le plus digne objet qu'on puisse proposer à un si grand auditoire.

PBEMIEB POIIXT.

J’ai , messieurs , A vous prêcher un grand mystère; c'est le mystère de l’unité de l’Église. Unie au dedans par le Saint-Esprit , elle a encore un lien commun de sa communion extérieure, et doit demeurer unie par un gouvernement ou l'autorité de Jésus-Christ soit représentée. Ainsi l'unité garde l’unité ; et sous le sceau du gouvernement ecclésiastique l’unité de l’esprit est conservée. Quel est ce gouvernement ? quelle en est la forme? Ne disons rien de nous-mêmes : ouvrons l’Évangile; l’Agneau a levé les sceaux de ce sacré livre, et la tradition de l’Eglise a tout expliqué.

Nous trouverons dans l’Évangile que Jésus- Christ voulant commencer le mystère de l'unité dans son Église , parmi tous scs disciples en choisit douze; mais que voulant consommer le mystère de l'unité dans la même Église, parmi les douze il en choisit un. « Il appela ses disciples, • dit l'Évangile ' ; les voilà tous; • et parmi eux il > en choisit douze. • Voilà une première séparation , et les apêtres choisis. « Et voici les noms

• des douze apêtres : le premier est Simon qu’on

• appelle Pierre *. ■ Voilà , dans une seconde séparation , saint Pierre mis à la tête , et appelé pour cette raison du nom de Pierre , • que Jésus-Christ ,

• dit saint Marc^, lui avait donné; > pour préparer, comme vous verrez, l’ouvrage qu’il méditait d'élever tout son édifice sur cette pierre.

Tout ceci n'est encore qu'un commencement du mystère de l'unité. Jésus-Christ , eu le com-

‘ hur. VI, 13.

» MuUh. *,2.

* .Vurc. III, 10

uy vjOOgIc

SUR L’UNITÉ

mençant, parlait encore à plusieurs ; • Allez, ■ prÂ:hez, je vous envoie : •> Ite, pradicale, mitto vos • : mais quand il veut mettre la dernière main au mystère de l'unité, il ne parle plus à plusieurs; il désigne Pierre personnellement et par 1e nouveau nom qu’il lui a donné : c’est un seul qui parle à un seul : Jésus-Christ Fils de Dieu à Simon fllsde Jonas : Jésus-Christ qui est la vraie pierre, et fort par lui-même, à Simon qui n’est Pierre que par la force que Jésus-Christ lui communique : c'est à celui-là que J ésus-Christ parle ; et en lui parlant ilagitenlui,etyimprimelecaractère de sa fermeté : • Et moi , dit-il ‘ , Je te dis • à toi : Tu es Pierre, et, pjoute-t-ll , sur cette . pierre j’établirai mon Église, et, conclut-il , les « portes de l’enfer ne prévaudront point contre « elle. • Pour le préparer à cet honneur, Jésus- Christ, qui sait que la foi qu'on a en lui est le fondement de son Église , inspire à Pierre une foi digne d’être le fondement de cet admirable édifice : ■ Vous êtes le Christ Fils du Dieu vivant • Par cette haute prédication de la foi , il s’attire i’inviolable promesse qui le fait le fondement de l’Eglise. La parole de Jésus-Christ, qui de rien fait ce qu'il lui plaît , donne cette force à un mortel. Qu’on ne dise point , qu’on ne pense point que ce ministère de saint Pierre finisse avec lui : ce qui doit servir desoutien à une Église éternelle ne peut jamais avoir de fin. Pierre vivra dans ses successeurs; Pierre parlera toujours daus sa chaire : c’est ce que disent les Pères ; c'est ce que confirment six cent trente évêques au concile de Chalcédoine *.

Jésus-Christ ne parle pas sans effet. Pierre portera partout avec lui , dans cette haute prédication de la foi , le fondement des Églises ; et voici le chemin qu’il lui faut faire. Par Jérusalem la cité sainte où Jésus-Christ a paru, où « l’Église « devait commencer ^ » pour continuer la succession du peuple de Dieu , où Pierre par conséquent devait être longtemps le chef de la parole et de la conduite, d’où il allait visitant les Églises persécutées et les confirmant dans la foi; où il fallait que le grand Paul , Paul revenu du troisième ciel , le vint voir ’ : non pas Jacques , quoiqu’il y fût; un si grand apûtrc, « frère du Sei- -< gneur ' , > évêcpie de Jérusalem , appelé le Juste, et également respecté par les chrétiens et par les Juifs ; ce n’était pas lui que Paul devait venir

* Ibid. XVI, IH.

> Ibid. IS.

* Cane. Cbalc. .4ft. Il, III , /.nb. L IV , Cul. 125. /îtVdf. tld tjeim. ibid. oui. S-Xl.

V /.wr.txxiv, 17.

* .drl. IX , 32.

Uni. I. 11.

' tbid. I».

voir ; mais'il est venu voir Pierre , et le voir selon la force de l’original, comme on vient voir une chose pleine de merveilles , et digne d’être recherchée, « le contempler, l’étudier, dit saint Jean-

• Chrysostôme ■ , et le voir comme plus grand

• aussi bien que comme plus ancien que lui , • dit le même Père : le voir néanmoins, non pour être instruit, iui que Jésus-Christ instruisait luimême par une révélation si expresse; mais afin de donner la forme anx siècles futurs , et qu'il demeurât établi à jamais que quelque docte, quelque saint qu’on soit , fût-on un autre saint Paul , il faut voir Pierre : par cette sainte cité et encore par Antioche , la métropolitaine de l’Orient ; mais ce n’est rien, la plus illustre Église du monde, puisque c’est là que le nom de chrétien a pris naissance ; vous l’avez lu dans les Actes * ; Église fondée par saint Bamabé et par saint Paul , mais que la dignité de Pierre oblige à le reconnaître pour son premier pasteur, l'histoire ecclésiastique en fait foi ; où il fallait que Pierre vint, quand elle se fut distinguée des autres par une si éclatante profession du christizmisme, et que sa chaire à Antioche fit une solennité dans les Églises : par ces deux villes , illustres dans l'Église chrétienne par des caractères si marqués , il fallait qu'il vint à Rome plus illustre encore : Rome le chef de l'idolâtrie aussi bien que de l’empire; mais Rome , qui , pour signaler le triomphe de Jésus-Christ, est prédestinée à être le chef de la religion et de l'Église, doit devenir par cette raison la propre Église de stdnt Pierre; et voilà où il faut qu’il vienne, par Jérusalem, et par Antioche.

Mais pourquoi voyons-nous ici l’apûtre saint Paul? le mystère en serait long à déduire. Souvenez-vousseulementdu grand partage où l'univers fut comme divisé entre Pierre et Paul; où Pierre chargé du tout en général par sa primauté, et par un ordre exprès chargé des Gentils qu'il avait reçus en la personne de Cornélius le Centurion ne laisse pas, pour faciliter la prédication, de se charger du soin spécial des Juifs, comme Paul SC chargea du soin spécial des Gentils Puisqu’il fallait partager, il fallait que le premier eût les aillés; que le chef, à qui tout se devait unir, eût le peuple sur lequel le reste devait être enté , et que le vicaire de Jésus-Christ eût le partage de Jésus-Christ même. Mais ce n’est pas encore assez ; et il faut que Rome revienne au partage de saint Pierre : car encore que , comme chef de la gentilité, elle fût plus que toutes les autres villes comprise dons le partage de l’apûtre des Gentils -.

■ In Bpàl. (là Cul. cap. I , n" 1 1 . t X , p. S77.

• Jri. XI , 36.

» Jri. X.

• tri/. 11, 7,5, 9.

gic

DE I/ÉGLISE

rommechef de la chrétienté, il foulque Pierre y fonde l'Église : ce n'est pas tout ; il fout que la conunission extraordinaire de Paul expire avec lui à Rome, et que réunie à janinis, pour ainsi parler, à la chaire suprême de Pierre à laquelle elle était suhordonnée , elle élève l'Église romaine an comble de l'autorité et de la gloire. Disons encore ; quoique ces deux frères, saint Pierre et saint Paul , nouveaux fondateurs de Rome, plus heureux, comme plus unis, que ses deux premiers fondateurs, doivent consacrer ensemble l'Église romaine; quelque grand que soit saint Paul, en science, en dons spirituels, en charité, en courage, encore qu'il ait ■ travaillé plus que tous les autres

• apôtres' ;>et qu'il paraisse étonné lui-mémedc ses grandes révélations ' et de l'excès de ses lumières, il faut que la parole de Jésus-Christ prévale : Rome ne sera pas la chaire de saint Paul , mais la chaire de saint Pierre ; c'est sous ce titre qu'elle sera 'plus assurément que jamais le chef du monde : et qui ne sait ce qu'a chanté le grand saint Prospcr il y a plus de douze cents ans^ :

• Rome le siège de Pierre , devenue sous ce titre

< le chef de l'ordre pastoral dans tout l'univers,

• s'assujettit par la religion ce qu'elle n'a pu sub- ■ juguer par les armes? • Que volontiers nous répétons ce sacré cantique d'un Père de l’Église gallicane ! c'est le cantique de la paix , où , dans la grandeur de Rome , l'unité de toute l’Église est célébrée.

Ainsi fut établie et fixée è Rome la chaire éternelle. C’est cette Église romaine qui, enseignée par saint Pierre et ses successeurs , ne connaît point d'hérésie. Les Donatistes affectèrent d’y avoir un siège < , et crurent se sauver par ce moyen du reproche qti'on leur faisait que la chaire d’unité leur manquait : mais la chaire de pestilence ne put subsister, ni avoir de succession auprès de la chaire de vérité. Les Manichéens se cachèrent quelque temps dans cette Église ‘ : les y découvrir seulement, a été les en bannir pour Jamais. Ainsi les hérésies ont pu y passer, mais non pas y prendre racine. Que contre la coutume de tous leurs prédécesseurs, un on deux souverains pontifes , ou par violence , on par surprise , n'aient pas assez constamment soutenu ou assez pleinement expliqué la doctrine de la foi ; consultés de toute la terre , et répondant durant tant de siècles à toutes sortes de questions de doctrine , de discipline , de cérémonies , qu’une seule de leurs réponses se trouve notée par la souveraine rigueur d'un concile écuménique : ces fautes par-

• I. Cor. XV, 10.

’ II. Cor. 11,7.

> S. Pnup. Carm. dé Ingr. cap. il.

< S. OpL Mil. Ill>. Il, D’ 4, p. 19; «m. 1700.

' S. Léo, Serm. xu , cap. T.

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