‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 124 sur 273 · RS · texte numérisé non relu

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ticulières n’ont pu foire aucune Impression dans la chaire de saint Pierre. Un vaisseau qui fend les eaux n'y laisse pas moins de vestiges de son passage. C’est Pierre quia failli, mais qu’un regard de Jésus ramène aussitét'; et qui, avant que le Fils de Dieu lui déclare sa faute future, assuré de sa conversion, reçoit l’ordre de • coniir- ■ mer ses frères' : • et quels frères? les apôtres; les colonnes mêmes : combien plus les siècles suivants t Qu’a servi à l’hérésie des Monothélites d’avoir pu surprendre un pape? l'anathème qui lui a donné le premier coup n’en est pas moins parti de cette chaire, qu’elle tenta vainement d'occuper; et le concile sixième ne s’en est pas écrié avec moins de force : • Pierre a parlé par

• Agathon’. » Toutes les autres hérésies ont reçu du même endroit le coup mortel. Ainsi l'Église romaine est toujours vierge ; la foi romaine est toujours la fol de l’Église; on croit toujours ce qu’on a cru; la même voix retentit partout; et Pierre demeure dans ses successeurs le fondement des fidèles. C’est Jcsus-Christqui l'a dit ; et le ciel et la terre passeront , plutôt que sa parole.

Mais voyons encore en un mot la suite de cette parole. Jésus-Christ poursuit son dessein ; et après avoir dît à Pierre, éternel prédicateur de la foi : « Tu es Pierre , et sur cette pierre je bâtirai mon > Église ^, > il ajoute : <i et je te donnerai les clefs

• du royaume des deux. » Toi qui as la prérogative de la prédication de la foi , tu auras aussi tes clefs qui désignent l'autorité du gouvernement : < ce que tu lieras sur la terre, sera lié

• dans le ciel ; et ce que tu délieras sur la terre ,

• sera délié dans le ciel. • Tout est soumis à ces clefs; tout, mes frères, rois et peuples, pasteurs et troupeaux ; nous le publions avec joie ; car nous aimons l'unité, et nous tenons à gloire notre obéissance. C’est à Pierre qu'il est ordonné premièrement « d’aimer plus que tous les autres apô-

• très , » et ensuite • de paître ■ et gouverner tout ,

• et les agneaux et les brebis % > et les petits et les mères, et les pasteurs mêmes : pasteurs à l'égard des peuples, et brebis â l’égard de Pierre, ils honorent en lui Jésus-Christ, confessant anssi qu’avec raison on lui demande un plus grand amour, puisqu'il a plus de dignité avec plus de charge; et que parmi nous, sous la discipline d’un maître tel que le nôtre, il faut, selon sa parole, « que le premier soit comme lui, par In

• charité, le serviteur de tous les autres*^. »

I Luc. vxil» 61.

> Ibid. 3a.

> Conc. Const. lit, gm. n, Sm». aectam. ad Im/' .dcf. XTIII, t. Tl Conc. OOl. I06J.

• Matih. xri, in, I0.

» Joan. XXI, l&s 16, 17.

• Varr x, i*.

SUR L'UNITK

Ainsi saint Pierre parait le premier en toutes inniiiéres : le premier à cunresser ia fui ie premier dans l’obiigation d'exercer l’amour’; le premier de tous les apôtres qui vit Jésus-Christ ressuscité des morts’, comme il en devait être ie pi-emier témoin devant tout le peuple’; le premier quand il fallut remplir le nombre des apôtres le premier qui confirma la foi par un miracle®; le premier à convertir ies Juifs’ , le premier à recevoir les gentils* : le premier partout: mais je ne puis pas tout dire. Tout concourt à établir sa primauté ; oui , mes frères , tout , jusqu'à ses fautes , qui apprennent à ses successeurs à exercer une si grande puissance avec humilité et condescendance. Car Jésus-Christ est le seul pontife qui, au-dessus, dit saint Pauls, du péché et de l'ignorance , n’a pu ressentir la faiblesse humaine que dans la mortalité , ni apprendre la compassion (pie par ses souffrances. Mais les pontifes ses vicaires, qui tous les jours disent avec nous, • Par-

• donnez-nous nos fautes , > apprennent à compatir d'une autre manière , et ne sc glorifient pas du trésor qu'ils portent dans un vaisseau si fragile.

Mois une autre faute de Pierre donne une autre leçon à toute l’Église. Il en avait déjà pris'Ie gouvernement en main quand saint Paul lui dit en face, qu'il ■> ne marchait pas droitement selon

• l'Évangile > parce qu’en s'éloignant trop des (i entils convertis , il mettait quelcpie espèce de division dans l’Église. Il ne manquait pas dans la fui ; mais dans la conduite : je le sais ; les anciens l'ont dit, et il est certain. Mais enfin saint Paul faisait voir à un si grand apôtre (pi’il manquait dans la conduite " : et encore (pie cette faute lui fût commune avec Jactpies, il ne s’en prend pas à Jac(pies ; mois a Pierre qui était chargé du gouvernement, et il écrit la faute de Pierre dans une épitre qu’on devait lire éternellement dans toutes les Églisesavec le respect (pi'on doit à l’autorité divine : et Pierre, <pii le volt, ne s’en fâcfie pas ; et Paul , qui l’écrit , ne craint pas qu’on l’accuse d’étre vain. Ames célestes , (pii ne sont touchées que du bien commun ; (pii écrivent , qui laissent écrire, aux dépens de tout, ce (pi’ils croient utile à la conversion des Gentils et à l’instruction de la postéritéi il fallait que dans un pontife aussi éminent que saint Pierre les pontifes

■ Hatlh. in. is.

• Jour. xi(, 15 etseqq.

• !. Cor. XV , i.

• Àct. Il, U.

» !bid. I, 16.

• Ibid. 111, 8, 7.

^ Thid. Il, (4.

• H«br. Il, 17, 18; IV , 15; TH, 2C.

•• GaL II. Il, 14.

>• ihid 11.

scs successeurs apprissent à prêter rorelllc à leurs inferieurs, lorsque beaucoup moindres que saint Paul, et dans de moindres sujets, ils leur parleraient avec moins de force , mais toujours avec le même dessein de pacifier l’Église. Voilà ce que saint Cyprien', saint Augustin' et les autres Pères ont remaïqué dans cet exemple de saint Pierre. Admirons, après ces grands hommes, dans l'humilité, l’ornement le plus nécessaire des grandes places ; et quelque chose de plus vénéra ble dans la modestie , que dans tous les autres dons; et le monde plus disposé à l’obéissance, quand celui à qui on la doit obéit le premier à la raison ; et Pierre, qui se corrige , plus grand , s’il se peut, c[ue Paul qui le reprend.

Suivons; ne vous lassez point d’entendre le grand mystère qu’une raison nécessaire nous oblige aujourd’hui de vous prêcher. On veut de la morale dans les sermons ; et on a raison , pourvu ({u’on entende que la morale chrétienne est fondée sur les mystères du christianisme. Ce que je vous prêche, • je vous le dis, est un grand mystère

• en Jésus-Christ et en son Église’; • et ce mystère est le fondement de cette belle morale qui unit tous les chrétiens dans la paix , dans l’obéissance , et dans l’unité catholique.

Vous avez vu cette unité dans le saint-siège : la voulez-vous voir dans tout l’ordre et dans tout le collège épiscopal 7 Mais c’est encore en saint Pierre qu’elle doit paraître, et encore dans ces paroles : « Tout ce ({ue tu lieras , sera lié ; tout ce

• (pie tu délieras , sera délié *. > Tous les papes et tous les saints Pères l’ont enseigné d’un commun accord. Oui, mes frères, ces grandes paroles, où vous avez vu si clairement la primauté de saint Pierre, ont érigé les évêques, puisque la force de leur ministère consiste à lier ou à délier ceux qui croient ou ne croient pas à leur parole. Ainsi cette divine puissance de lier et de délier est une annexe nécessaire, et comme le dernier sceau, de la prédication que Jésus-Christ leur a confiée ; et vous voyez en passant tout l’ordre de la juridiction ecclésiastique. C’est pourquoi le même qui a dit à saint Pierre : • Tout ce que tu « lieras sera lié, tout ce (jue tu délieras sera dé-

• lié,’, > a dit la même chose à tous les apôtres; et leur a dit encore : • Tous ceux dont vous re-

• mettrez les péchés, ils leur seront remis; et

• tous ceux dont vous retiendrez les péchés, ils

• leur seront retenus®. • Qu’est-ccque lier, sinon retenir; et qu’est -ce que délier, sinon remettre?

• s. Cypr. epist, uni , J). tJ7.

’ s. Ang. Bpitl. LUilll, n* U. I. Il, ool. IM.

’ Bpht$. T , SI.

* MaUh. XTI, 19.

* Ibtd. XVIII, 18.

• Joitti. XI,

DE L'EGLISE

<t le même (iiii donne A Pierre celte puissance , | la donne aussi de sa propre bouche à tous les himV très. ■ Comme mon Père m’a envoyé, ainsi dit- « il, Je vous envoie'. > On ne peut voir ni une puissance mieux ctabiie, ni une mission pius immédiate : aussi souflle-t-il égaicment sur tous; il répand sur tous le même esprit avec ce souffle , eu leur disant : ■ Recevez le Saint-Esprit; ceux

■ dont vous remettrez les pécbés, ils seront re-

• mis’ : • et le reste que nous avons récité.

C'était donc manifestement le dessein de Jésns-

Cbrist de mettre premièrement dans un seul ce que dans la suite il voulait mettre dans plusieurs : mais la suite ne renverse pas le commencement , et le premier ne perd pas sa place. Cette première parole , < Tout ce que tu lieras , • dite à un seul , a déjà rangé sous sa puissance chacun de ceux ü <|ui on dira ; • Tout ce que vous remettrez : • car les promesses de Jésus-Christ , aussi bien que ses dons, sont sans repentance; et ce qui est une fois donné indéilnlment et universellement, est irrévocable : outre que la puissance donnée à piuBieurs, porte sa restriction dans son partage; au lieu que la puissance donnée à un seul, et sur tous , et sans exception , emporte la plénitude ; et n'ayant à se partager avec aucun autre , elle n’a de bornes que celles que donne la règle. C'est pourquoi nos anciens docteurs de Paris, que je pourrais ici nommer avec honneur , ont tous reconnu d’une même voix , dans la chaire de saint Pierre , la plénitude de la puissance apostolique : c’est un point décidé et résolu; mais ils demandent seulement qu’elle soit réglée dans son exercice par les canons , c’est-à-dire , par les lois communes de toute l'Église : de peur que, s'élevant au-dessus de tout, elle ne détruise elle-même ses propres décrets.

Ainsi le mystère est entendu : tous reçoivent la même pui^nce, et tous de la même source; mais non pas tous en même degré, ni avec la même étendue : car Jésus-Christ se communique en telle mesure qu’il lui plaît, et toujours de la manière la plus convenable à établir l’unité de son Kgl ise. C’est pourquoi il commence par le premier, et dans ce premier il forme le tout; et lui-même il développe avec ordre ce qu’il a mis dans un seul.

• Et Pierre , dit saint Augustin qui , dans l’hon-

• neur de sa primauté , représentait toute l’Église,

■ reçoit aussi le premier et le seul d’abord les « clefs qui dans la suite devaient être commun!-

• quées à tous les autres^, • afin que nous apprenions, selon la doctrine d’un saint évêque de

* Joan. XX, 31.

» Ibid. 32 , M.

> 5. j4ug. in Joan. Trnel. rxxiT, t. lil, part, il, col. 8»2.

* S. OpL MH. Ub. VII, 11* 3, p. lot.

l’Église gallicane ', que l’autiirité ecclesiastique, premièrement établie en In personne d’un seul, ne s’est répandue qu’à condition d’être toujours ramenée au principe de son unité; et que tous ceux qui auront à l’exercer, sc doivent tenir inséparablement unis à la même chaire.

Cest cette chaire romaine tant célébrée par les Pères, où ils ont exalté, comme à l’envl , > la

■ principauté de la chaire apostolique, la prin-

• clpauté principale, la source del’unité, et dans > la place de Pierre l’éminent degré de la chaire

• sacerdotale ; l’Église mère qui tient en sa main

• la conduite de toutes les autres Églises ; le chef « de l’épiscopat d’où part le rayon du gouverne-

■ ment; la chaire principale, la chaire unique « en laquelle seule tous gardent l’unité. > Vous entendez dans ces mots saint Optât , saint Augustin , saint Cyprien, saint Irénée , saint Prosper, saint Avite, saint Théodoret, le concile de Chalcédoine, et les autres ; l’Affrique, les Gaules, la Grèce, l’Asie; l’Orient et l’Océident unis ensemble’ ; et voilà, sans préjudice des lumières divines extraordinaires et surabondantes, et de la puissance proportionnée à de si grandes lumières, qui était pour les premiers temps dans les apétres , premiers fondateurs de toutes les Églises chrétiennes; voilà, dis-je , ce qui doit res ter, selon la parole de Jteus-Cbrist et la constante tradition de nos Pères , dans l’ordre commun de l’Église ; et puisque c’était le conseil de Dieu de permettre, pour éprouver ses ildèles, qu’il s’élevât des schismes et des hérésies, il n’y avait point de constitution ni plus ferme pour sc soutenir, ni plus forte pour les abattre. Par cette constitution tout est fort dans l’Église ; parce que tout y est divin, et que tout y est uni : et comme chaque partie est divine , le lien aussi est divin ; et l’assemblage est tel que chaque partie agit aVec la force du tout. C’est pourquoi nos prédécesseurs, qui ont dit si souvent, dans leurs conciles^, qu’ils agissaient dans leurs Églises comme vicaires de Jésus-Christ et successeurs des apAtres qu’il a immédiatement envoyés, ont dit aussi dans d’antres conciles*, comme ont fàit les papes à Châlons , à Vienne et ailleurs, qu’ils agissaient

• au nom de Pierre , > vice Pétri , • par l’autorité « donnée à tous les évêques en la personne de

* 5. C(t$ar Arrl. Epist. ad Symnt. t. I Conc. Gatl. p. 184.

* S. d*g. Epiit. XLitf, t. fl , eol. 01. 5. Iren. lib. lit,

111, p. 17&. S. Cypr. Bput. lv, p. 86. Tktod. Bp. ad Ren. cxvt, t ni, p. 989. 5. AviK Bp. ad Fau$L 1 1 Cône. Gai. p. 168. & Pra»p. Carm. de Ingr. cap. ii. Cône. Chalc. Relat. ad Leon. lab. t. IT, col. 837. Libell. Joan. Conêt. ib. oi>l. I486. S. Opt. Mil. lib. Il, D* 3, p. 28.

* Conc. Meld. Prt^f. (. iil Cône. Gatl. p. 27.

* Synod. Rem. t. Viii Cône. ool. 601. Cotte. Fien. I. ix Conc. col. 433. Conc. Cahit. t6. col. 375. Corne. Rem. ï6. roi. 4SI. Crmr. Cicent. (. X Conc. col. 1183. ivo. Carn. de Caih. Pelr. .Jnt.

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