‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 125 sur 273 · SUR L · texte numérisé non relu

SUR L

■ saint Pierre, • auctoritate episcopis per beatuin l’etrum collata, • comme vicaires de saint

• Pierre, ■ vicarü Pétri, et l’ont dit lors mi'mo qu'ils agissaient par leur autorité ordinaire et su- ^rdonnée ; parce que tout a été mis premièrement dans saint Pierre , et que la correspondance est telle dans tout le corps de l'Église, que ce que fait chaque évêque , selon la règle et dans l'esprit de l’unité catholique , toute l'Église , tout l'épiscopat , et le chef de l'épiscopat le fait avec lui.

S’il est ainsi , chrétiens : si les évêques n'ont tous ensemhie qu'une même chaire , par le rapport essentiel qu'ils ont tous avec la chaire unique où saint Pierre et ses successeurs sont assis; si , en conséquence de cette doctrine, ils doivent tous agir dans l'esprit de l’unité catholique, en sorte que chaque évêque ne dise rien , ne fasse rien, ne pense rien que l'église universelle ne puisse avouer : que doit attendre l'univers d'une assemblée de tant d’évêques? M'est-il permis, roesseigneurs, de vous adresser la parole, à vous de qui je la tiens aqjourd'hui ; mais à vous qui êtes mes juges et les interprètes de la volonté divine? AhI sans doute, puisque c'est vous qui m'ouvrez la bouche , quand je vous parle , messeigneurs , ce n’est pas moi qui vous parle, c'est vous-mêmes qui vous parlez à vous-mêmes. Songeons que nous devons agir par l’esprit de toute l'Église; ne soyons pas des hommes vulgaires que les vues particulières détournent du vrai esprit de l'unité catholique : nous agissons dans un corps , dans le corps de l'épiscopat et de l'Église catholiqne , où tout ce qui est contraire à la règle ne manque jamais d’être détesté , car l’esprit de vérité y prévaut toujours. Puissent nos résolutions être telles, qu’elles soient dignes de nos pères , et dignes d’être adoptées par nos descendants ; dignes enfin d'être comptées parmi les actes authentiques de l’Église, et insérées avec honneur dans ces registres immortels où sont compris les décrets qui regardent non-seulement la vie présente, mais encore la vie future et l’éternité tout entière I

La comprenez- vous maintenant, cette immortelle beauté de l'Église catholique; où se ramasse ce que tous les lieux, ce que tous les siècles présents, passés et futurs ont de beau et de glorieux ? Que vous êtes belle daiu cette union , 6 Église catholique; mais en même temps que vous êtes forte I « Belle, dit le saint Cantique', et agréa-

• ble comme Jérusalem; > et en même temps,

• terrible comme une armée rangée en bataille : > Ih-IIc comme Jérusalem où l'on voit une sainte

■ Cml. n , 3,

Ü.MTÉ

uniformité, et une police admirable sous nn même chef : belle assurément dans votre paix , lorsque recueillie dans vos murailles vous louez celui qui vous a choisie, annonçant ses vérités ù ses fldeles. Mais si les scandales s’élèvent, si les ennemis de Dieu osent l’attaquer par leurs blasphèmes , vous sortez de vos murailles, ê Jérusalem, et vous vous formez en armée pour les combattre : toujours belle en cet état , car votre beauté ne vous quitte pas; mais tout à coup devenue terrible : car une armée qui parait si belle dans une revue, combien est-elle terrible quand on voit tous les arcs bandés et toutes les piques hérissées contre soi I Que vous êtes donc terrible, ô Église sainte, lorsque vous marchez Pierre à votre tête , et la chaire de l'unité vous unissant toute; abattant les têtes superbes et toute hauteur qui s’élève contre la science de Dieu ; pressant ses ennemis de tout le poids de vos bataillons serrés; les accablant tout ensemble et de toute l’autorité des siècles passés, et de toute l'exécration des siècles futurs; dissipant les hérésies, et les étouffant quelquefois dans leur naissance; prenant les petits de Babylone et les hérésies naissantes, et les brisant contre votre Pierre ; Jésus-Christ votre chef vous mouvant d’en haut et vous unissant , mais vous mouvant et vous unissant par des instruments proportionnés , par des moyens convenables , par un chef qui le représente, qui vous fasse en tout agir tout entière , et rassemble toutes vos forces dans une seule action!

Je ne m’étonne donc plus de la force de l’Église, ni de ce puissant attrait de son unité. Pleine de l’esprit de celui qui dit ; > Je tirerai a tout è moi' , a tout vient à elle , Juib et Gentils, Grecs et Barbares. I-es Juifs devaient venir les premiers; et malgré la réprobation de ce peuple ingrat, il y a ce précieux reste et ces bienheureux réservés tant célébrés par les prophètes. Prêchez, Pierre; tendez vos filets, divin pêcheur. Cinq mille , trois mille entreront d'abord, bientêt suivis d’un plus grand nombre. Mais a Jésus-Christ a d'autres brebis qui ne sont a pas de ce bercail *. a Cest par vous , ô Pierre , qu'il veut commencer à les rassembler. Voy ez ces serpents, voyez ces reptiles et ces antres animaux immondes qui vous sont présentés du ciel. C’est les Gentils, peuple immonde, et peuple qui n’est pas peuple : et que vous dit la voix céleste ? a Tue et mange a unis, incorpore, fais mourir la gentilité dans ces peuples ; et voilà en même temps à la porte les envoyés de Cornélius; et

' Joan. xiif 33.

* Ibid. 1, 10.

* jlci. Xf 12, 13.

DE L ÉGLISE

Pierre, qui a reçu les bienlieureux restes des Juifs, va consacrer les prémices des Gentils.

Après les prémices viendra le tout; après l’nfficicr romain, Rome viendra elle-même; après Rome , viendront les peuples l’un sur l'autre. Quelle Église a enfanté tant d'autres Églises? D’abord tout i’Occident est venu par elle, et nous sommes venus des premiers; vous le verrez bientôt. Mais Rome n’est pas épuisée dans sa vieillesse, et sa voix n’est pas éteinte; nuit et ]our elle ne cesse de crier aux peuples les plus éloignés , afin de les appeler au banquet où tout est fait un : et voilà qu’à cette voix maternelle les extrémités de l'Orient s'ébranlent, et semblent vouloir enfanter une nouvelle chrétienté pour réparer les ravages des dernières hérésies , c’est le destinde l’Église. Movcbocandelabrumtuum :

• Je remuerai votre chandelier, » dit Jésus-Christ à l’Église d’Éphése ' ; je vous ôterai ia foi : ■ Je « le remuerai; > il n’éteint pas ia iumière, il la transporte : elle passe à des climats plus heureux. Malheur, malheur encore une fois à qui la perd ; mais la lumière va son train, et le soleil achève sa course.

Mais quoi , je ne vols pas encore les rois et les empereurs! où sont-ils, ces illustres nourriciers tant de fois promis à l'Église par les prophètes? Ils viendront, mais en leur temps. - Ne voyez-

> vous pas dans un seul psaume’ le temps où les . nations entrent en fureur, où les rois et les prin-

• ces font de vains complots contre le Seigneur < et contre son Clirist ? > Mais je vois tout à coup un autre temps: Etminc, etnunc, > Etmainte-

• nant, > c’est un autre temps qui va paraître. Et nunc, reges, inieWgile. : • Et maintenant, ô rois, ■ entendez : • durant le temps de votre ignorance vous avez combattu l’Église, et vous l’avez vue triompher malgré vous; maintenant vous allez aider à son triomphe. • Et maintenant, ô rois,

> entendez; instruisez-vous, arbitres du monde, . servez le Seigneur en crainte : . et le reste que vous savez.

Durant ces jours de tempête, où l’Église, comme un rocher, devait voir les efforts des rois se briser contre elle, demandez aux chrétiens si les césars pouvaient être de leur corps : Tcrtullien vous répondra hardiment que non. • Les cé- « sars, dit-il^, seMlcnt chrétiens, s’ils pouvaient « être tout enseiÉble chrétiens et césars. • Quoi, les césars ne peuvent pas être chrétiens I ce n’est pas de ces excès de Tertullicn; il parlait au nom de toute l’Église dans cet admirable Apologétique, et ce qu’il dit est vrai à la lettre. Mais il faut

' /Ipor. Il , S.

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