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distinguer les temps. Il y avait le premier temps, où l’on devait voir l’empire ennemi de l’Église , et tout ensemble vaincu par l’Église ; et le second temps, où l’on devait voir l’empire réconcilié avec l’Église , et tout ensemble le rempart et la défense de l’Église.
L’Église n’est pas moins féconde que la Synagogue : elle doit, comme elle , avoir ses David, scs Salomon, .scs Ézéchias, scs Josias, dont la main royale lui serve d’appui : comme elle, il faut qu’elle voie la concorde de l’empire et du sacerdoce; on Josué partager la terre aux enfants de Dieu avec un Éléazar ; un Josaplutt établir l’observance de la lui avec un Amarias ; un Joas réparer le temple avec un Jolada ; un Zorubabel en relever les ruines avec un Jésus (ils de Josédec ; un Néhémias réformer le peuple avec un Esdras. Mais la Synagogue , dont les promesses sont terrestres, commence par la puisanee et par les armes ; l’Église commence par la croix et par les martyres ; liile du ciel , il faut qu’il paraisse qu'elle est née libre et indépendante dans son état essentiel , et ne doit son origine qu’au Père céleste. Quand après trois cents ans de persécution, parfaitement établie et parfaitement gouvernée durant tant de siècles , sans aucun secours humain , il paraîtra clairement qu’elle ne tient rien de l’homme : Venez maintenant , ô césars , il est temps -.Etnunc intelligite. Tu vaincras , ô Constantin, et Rome te sera soumise; mais tu vaincras par la croix : Rome verra la première ce grand spectacle ; un empereur victorieux prosterné devant le tombeau d’un pêcheur , et devenu son disciple.
Depuis ce temps-là, chrétiens, l’Église a appris d’en haut à se servir des rois et des empereurs pour faire mieux servir Dieu ; • pour élar- « gir , disait saint Grégoire ■ , les voies du ciel ; » pour donner un cours plus libre à l’Évangile, une force plus présente a ses canons , et un soutien plus sensible à sa discipline. Que l’Église demeure seule, ne craignez rien; Dieu est avec elle , et la soutient au dedans : mais les princes religieux lui élèvent par leur protection ces Invincibles dehors qui la font jouir, disait un grand pape ’ , d’une douce tranquillité , à l’abri de leur autorité sacrée.
Mais parlons toujours comme il faut de l’Épouse de Jésus-Christ ; l’Église se doit à ellemême et à ses services toutes les grâces qu’elle a reçues des rois de la terre. Quel ordre , quelle compagnie , quelle armée , quelque forte , quel-
* 5. Greg. Epitt. Ub. iii , EpUt. Liv, ad Mauric. Aug. t. il , co). 676.
» Innoc. Il , Ep. Il ; 1. 1 Conc. col. 916. Conc. Aquis. it , l. il CoHC. Gntî. p. &76.
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SUR L’UNITÉ
que fldclc et quelque a;;lssflnte qu'elle soit , les a mieux servis que l’Ë(;lise a fait par sa patience? Dans ces cruelles persécutions qu'elle endure sans murmurer durant tant de siècles , en combattant pour Jésus-Christ, j’oserai le dire, elle ne combat guère moins pour l’autorité des princes qui la persécutent : ce combat n'est pas indigne d’elle, puisque c’est encore combattre pour l’ordre de Dieu. En effet n’est-ce pas combattre pour l’autorité légitime, que d’en souffrir tout sans murmurer? Ce n’était point par faiblesse; qui peut mourir n’est jamais faible : mais c’est que l’Église savait jusques où il lui était permis d’étendre sa résistance. Nondum usque ad sanguinem reslitistis : • Vous n’avez pas encore résisté ■ jusques au sang, • disait l’apétre ' ; jusques au sang; c’est-à-dire , jusqu’à donner le sien , et non pas jusqu'à répandre celui des autres. Quand on la vent forcer de désavouer ou de taire les vérités de l'Évangile , elle ne peut que dire avec les apétres : Non postumus , non possumus’ : Que prétendez-vous? • Nous ne pouvons pas; > et en même temps découvrir le sein où l’on veut frapl>er : de sorte que le même sang qui rend témoignage à l’Évangile , le même sang le rend aussi à cette vérité ; que nul prétexte ni nulle raison ne peut autoriser les révoltes; qu’il faut révérer l’ordre du ciel, et le caractère du Tout-Puissant dans tous les princes , quels qu’ils soient ; puisque les plus beaux temps de l’Église nous le font voir sacré et inviolable , même dans les princes persécuteurs de l’Évangile. Ainsi leur couronne est hors d’atteinte : l’Église leur a érigé un trêne dans le lieu le plus sùr de tous et le plus inaccessible, dans la conscience même où Dieu a le sien ; et c’est là le fondement le plus assuré de la tranquillité publique.
Nous leur dirons donc sans crainte , même en publiant leurs bienfaits , qu'il y a plus de justice que de grâce dans les privilèges qu’ils accordent à l’Église ; et qu’ils ne pouvaient refuser de lui faire part de quelques honneurs de leur royaume , qu’elle prend tant de soin de leur conserver. Mais confessons en même temps qu’au milieu de tant d’ennemis, de tant d'hérétiques, de tant d’impies, de tant de rebelles qui nous environnent, nous devons beaucoup aux princes qui nous mettent à couvert de leurs insultes ; et que nos mains désarmées , que nous ne pouvons que tendre au ciel , sont heureusement soutenues par leur puissance.
Il le faut avouer, messieurs, notre ministère est pénible : s’opposer aux scandales , au torrent des mauvaises moeurs, et au cours violent des
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passions qu’on trouve toujours d’autant plus hautaines qu’elles sont plus déraisonnables; c’est un terrible ministère, et on ne peut l’exercer sans rigueur. C’est ce que nos prédécesseurs , assemblés dans les conciles de Thionville et de Meaux, appellent - la rigueur du salut des hommes, • rigorem salutis humanœ'. L’Église assemblée dans ces conciles demande l’assistance des rois pour exercer plus facilement cette rigueur salutidre au genre humain ; et convaincue par expérience du besoin qu’elle a de leur protection pour aider les âmes infirmes, c’est-à-dire, le plus grand nombre de ses enfants, elle ne se prive qu’avec peine de ce secours : de sorte que la concorde du sacerdoce et de l’empire , dans le cours ordinaire des choses humaines, est un des soutiens de l'Église , et fait partie de cette unité qui la rend si belle.
Car qu’y a-t-il de plus beau que d’entendre un saint empereur dire à un saint pape : ■ Je « ne vous puis rien refuser, puisque je vous dois
• tout en Jésus-Christ ; » Nihil tibi negare possum, cui per Deum omnia debeo'. • Tout ce
• que votre autorité paternelle a réglé dans son ^ concile pour le rétablissement de l’Église , je le
• loue , je l’opprouve , je le confirme comme vo- '< tre fils; je veux qu’il soit inséré parmi les lois,
• qu’il fasse partie du droit public, et qu’il vive t autant que l’Église ,> et in œtemum mansura, et humanis solcmnilcr legibus inscribenda, et inter publica jura srmpcr recipienda hoc ouctoritate, vivente Ecclesia, victura ; ou d’entendre un roi pieux dans un concile; c’était un roi d’.\ngletcrre : ah ! nos entrailles s’émeuvent à ce nom , et l’Église toujours mère ne peut s’empêcher dans ce souvenir de renouveler ses gémissements et ses vœux ; passons et écoutons ce saint roi , ce nouveau David dire au clergé assemblé : Ego Constantini, vos Pétri gladium habelis in manibus ; jungamus dexteras , gladium gladio copulemus^ :« J’ai le glaive de
• Constantin à la main , et vous y avez celui de
• Pierre ; donnotis-nous la main , et joignons le
• glaive au glaive : > que ceux qui n’ont pas la foi assez vive pour craindre les coups invisibles de votre glaive spirituel tremblent à la vue dn glaive royal : ne craignez rien, saints évêques; si les hommes sont assez rebelles pournepascroire à vos paroles , qui sont celles de Jésus-Christ , des châtiments rigoureux leur en feront , malgré qu’ils en aient , sentir la force , • et la puissance - royale ne vous manquera jamais ? •
* Conc. ad Theoâon. vil. ean. Tl, Conc. Cal. t. Itl, p. roJic. Metd. can. XII , p. ^
> tlenric. Il ad Brard. Vil, 1. IX Conc. col. Ml-
» Bndg. Oral, ad BUr. l. u Cvnc. col. «97-
UE L'EGLISE