‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 127 sur 273 · JI · texte numérisé non relu

JI

A rct admirable spectacle , qui ne s'écrierait encore une fois avec Balaam : Quant pulchra tabe macula tua, Jacob? O Eglise catholique, que vous êtes belle ! le Saint-Esprit vous anime, le saint-siège unit tous vos pasteurs, les rois font la garde autour de vous : qui ne respecterait votre puissance?

SECOND POINT

Paraissez maintenant, sainte Eglise gallicane, avec vos évêques orthodoxes et avec vos rolstrèsdirétiens, et venez servir d'ornement à l'Eglise noiverselle. Et vous. Seigneur tout-puissant, qui avez comblé cette Eglise de tant de bienfaits , animez-moi de ce même esprit dont vous remplîtes David, lorsqu'il chanta si noblement les grâces de l'ancien peuple; afin qu'à son exemple je puisse aujourd'hui, avec tant d'évêques et dans une si grande assemblée, célébrer vos miséricordes éternelles : Quoniam bonus, quoniam in œtemum misericordia ejus ■ . C'est vous , Seigneur , qui excitâtes saint Pierre et ses successeurs à nous envoyer dès les premiers temps les évêques qui ont fondé nos Eiglises. C'était le conseil de Dieu que la fol nous fàt annoncée par le saint-siège; aAn qu'éternellemcnt unis par des liens particuliers à ce centre commun de toute l'unité catholique, nous pussions dire avec un grand archevêque de Reims : « La sainte Église

• romaine , In mère , la nourrice et la maîtresse de

• toutes les Églises , doit être consultée dans tous

• les doutes qui regardent la foi et les mœurs, « principalement par ceux qui, comme nous,

• ont été engendrés en Jésus-Christ par son mi- < nistère , et nourris par eile du lait de la doc-

• trine catholique’. »

Il est vrai qu'il nous est venu d'Orient , et par le ministère de saint Polycarpe , une autre mission qui ne nous a pas été moins fructueuse. C'est de là que nous avons eu le vénérable vieillard saint Pothin , fondateur de la célèbre Eglise de Lyon; et encore le grand saint Irénéc , successeur de son martyre aussi bien que de son siège : I rénée digne de son nom, et véritablement pacifique , cpii fut envoyé à Rome et au pape saint Éleutbère de la part de l'Église gallicane^; ambassadeur de la poix , qui depuis la procura aux saintes Églises d'Asie d'où il nous avait été envoyé ; qui retint le pape saint Victor , lorsqu'il les voulait retrancher de la communion ; et qui présidant au concile des saints évêques des Gaules, dont il était réputé le père, fit connaître à ce saint pape qu'il ne fallait pas pousser toutes

• P9. cxxxv, I.

’ Uittem. de divor. Lath. et Teutb. 1. 1 , p. Ml.

• Hi*1. Revt. lib. V, cap. 111 , p. lU- tdit. rat.

les affaires à l'extrémité , ni toujours user d'un droit rigoureux'. Mais comme l’Eglise est une partout l'univers, cette mission orientale n’a pas été moins favorable à l’autorité du saint-siège, que ceux que le saint-siège avait immédiatement envoyés; et le même saint In-née a prononcé cet oracle révéré de tous les siècles’ : " Quand nous exposons la tradition que la très- « grande, très-ancienne et très-cèièbre Egli.se " romaine , fondée par les apôtres saint Pierre et

• saint Paul , a reçue des apôtres, et qu’elle a

• conservée Jusqu’à nous par la succession de ses

• évêques , noos confondons tous les hérétiques ; « parce que c’est avec cette Église que toutes les

• Eglises et tous les fidèles qui sont par toute la

• terre doivent s’accorder , à cause de sa priiici- « pale et excellente principauté, et que c'est en

• elle que ces mêmes fidèles , répandus par toute

• la terre , ont conservé In tradition qui vient des

• apôtres. •

Appuyée sur ces solides fondcmmls, l’Église gallicane a été forte comme la tour de David. Quand le perfide Arius voulut renverser, avec la divinité du Fils de Dieu, le fondement de la foi prêchéc par saint Pierre , et changer en création et en adoption la génération éternelle de ce Fils unique; cette superbe hérésie, soutenue par un empereur, ne trouva point de pins grand obstacle à ses progrès, que la constance et la foi de saint Athanose d'Alexandrie et de saint Hilaire de Poitiers; et malgré l’inégalité de ces deux sièges, les deux évêques fürent égaux en gloire comme Ils l’étaient en courage.

Pourperpétuer cettegloircde l'Eglise gallicane, le célèbre saint Martin fut élevé sous la discipline de saint Hilaire; et cette Eglise, renouvelée par les c.xcmples et par les miracles de cet homme incomparable, crut revoir lu temps des apôtres : tant la Prov idence divine fut soigneuse de réveiller parmi nous l’ancien esprit , et d'y faire revivre les premières grâces.

Quand le temps fut arrivé que l’empire romain devait tomber en Décident , et que la Gaule devait devenir France, Dieu ne laissa pas longtemps sous des princes idolâtres une si noble partie de la chrétienté ; et voulant transmettre aux rois des Français la garde de son Église , qu’il avait conflce aux empereurs, il donna non-seulement à la France , mais encore à tout i’Occident , un nouveau Constantin en la personne de Clovis. lai victoire miraculeuse qu’il envoya du ciel à ces deux princes guerriers , fut le gage de son amour, et le glorieux attrait qui leur fit embrasser le christianisme. La foi fut victorieu.se , et la belliqueuse

' Eustb. nitt. fret. llb. T. cap. XXIII, xviv, p. ICI |93,

* s. trrn. lib. iii contr. //#rr«. c«p. tii , p. I7&.

SUR L'IîMTÉ

nation des Francs mnn\it que le Dieu'de Clulilde était le vrai Uieu des armées.

Alors saint Remi vit en esprit qu'en engendrant en Jcsus-Cliri.st les rois de France avec leur peuple, il donnait à l'Église d'iuvinciblcsprotccleurs. Ce grand saint et ce nouveau Samuel , appelé pour sacrer les rois, sacra ceux-ci, comme H dit luiraême , pour être •> les perpétuels défenseurs de

• l'Église et des pauvres ■ ; • digne objet de la royauté. Apris leur avoir enseigne à faire fleurir les Églises et à rendre les peuples heureux (croyez que c'est lui-méme qui vous parle, puisque je ne fais ici que réciter les paroles paternelles de cet npAtre des Français), il priait Dieu nuit et Jour qu'ils persévérassent dans la foi , et qu'ils régnassent scion les règles qu'il leur avait données , leur prédisant en même temps qu'en dilatant leur royaume, ils dilateraient celui de Jésus-Cbrist; et que, s'ils étaient fldèles à garder les lois qu'il leur prescrivait de la part de Dieu’ , l'empire romain leur serait donné : en sorte que des rois de F'rance sortiraient des empereurs dignes de ce nom, qui feraient régner Jésus-Christ.

Telles furent les bénédictions que versa mille et mille fois le grand saint Remi sur les Français et sur les rois , qu'il appelait toujours ses chers enfants \ louant sans cesse la bonté divine de ce que, pour affermir la fol naissante de ce peuple béni de Dieu , elle avait daigné , par le ministère de SB main pé-cheresse, c'est ainsi qu'il parle, renouveler, à la vue de tous les Français et de leur roi , les miracles qu'on avait vus éclater dans la première fondation des Églises chrétiennes. Tous les saints qui étaient alors, furent réjouis; et dans le déclin de l'empire romain ils crurent voir paraître dans les rois de France • une nou-

• velle lumière pour tout l'Occident : • fn occiduis partibus novi jubaris lumen e/fulgural > ; et uon-seulement pour tout l’Occident, mais encore pour toute l'Église, à laquelle ce nouveau royaume promettait de nouveaux progrès. C'est ce que disait saint Avite, ce docte et ce saint évêque de Vienne, ce grave et éloquent défenseur de l'Eglise romaine, qui fut chargé par tous scs collègues, les saints évéques des Gaules, de recommander aux Romains , dans la cause du pape Symmaque , la cause commune de tout l'épiscopat ; « parce que,

• disait ce grand homme < , quand le pape et le chef

• de tous les évêques est attaqué, ce n'est pas un

• seul évêque, mais t'éptscopat tout entier qui est

• en péril. ■

Tous les conciles de ces temps font voir qu'en

‘ Testnm. 5. Bm. ap. Ftod. Iil>. I, cap. XTiii.

* Ibid. Pt cap. &IU.

* 5. Àvtt. l'ien. «pisc. ad Cb*d. t. f Conr. (inll. p. is».

* Kptxt. nd Fnu*t. I. i C'onc. p. i&êt.

ce qui touchait la fui et la discipline , nos saints prédécesseurs regardaient toujours l'Église romaine, et se gouvernaient parsestraditions'. Tel était le sentiment de l’Église gallicane, qui, en recevant , par le ministère de saint Remi , Clovis et les Français dans son sein , leur imprimait dans le fond du cœur ce respect pour le saint-siège, dont iis devaient être les plus zélés aussi bien que les plus puissants protecteurs. Les papes connurent d'abord la protection qui leurétait envoyée du ciel; et ressentant dans nos rois je ne sais quoi de plus filial que dans les autres, que ne dirent-ils point alors, comme par un secret pressentiment, à la louange de leurs protecteurs futurs! Anastase 11 , du temps de Clovis, croit voir dans le royaume de France nouvellement converti ■ une colonne

• de fer que Dieu élevait pour le soutien de sa sainte

• Église, pendant que la charité se refroidissait

• partout ailleurs’. » Pélage II se promet des descendants de Clovis, comme de voisins charitables de l'Italie et de Rome, la même protection poulie saint-siège qu'il avait toujours reçue des empereurs ’ : et saint Grégoire , le plus saint de tous , enchérit aussi sur scs saints prédécesseurs, lorsque, touché de la foi et du zèle de ces rois, il les met ■ autant au-dessus des autres souverains , que ■ les souverains sont au-dessus des particuliers*. •

Leur foi croussait en effet avec leur empire ; et , selon la prédiction de tant de saints, l'Église s'étendait par les rois de France. L'Angleterre le sait, et le moine saint Augustin son premier apêlre. Saint Boniface, l'apôtre de la Germanie, et les autres apôtres du Nord ne reçurent pas un moindre secours de la France; et Dieu montrait dès lors, par des signes manifestes , ce que les siècles suivants ont confirmé , qu'il voulait que les conquêtes des Français étendissent celles de l'Église.

Les enfants de Clovis ne marchèrent pas dans les voies que saint Remi leur avait marquées : Dieu les rejeta de devant sa face ; mais il ne relira pas ses miséricordes de dessus le royaume de France. L'nc seconde race fut élevée sur le trône ; Dieu s'en mêla, et le zèle de la religion s'accrut parce changement : témoin tant de papes réfugiés, protégés , rétablis , et comblés de biens sous relie race. Les papes et tonte l'Église bénirent Pépin, qui en était le chef*; les bénédictions de saint Remi passèrent t lui : de lui sortit cet empereur,

’ Bp. Syn. Epiâc. Galf. apud. Lêon. Conc. Àrtui. n. Prtff. t. I i'OHC. Gat. p. 216. Boni/, il, Bp. ad .Ircf.

ib. p. T13. Conc. fat. Il, can. iii, i?, v ibtd. p. SiM, SS7. Corne. Aurrl. lii, can. Ul, xivi p. SSS.

* Aaast. Il, Bp. Il, ad Cio<^. t. I?, Conc. roi. IÎ3<2.

* Pet. u,Bpist. ad Aunach. Amtitt. ton. l Cvne. Galt p. .17«.

* S. Grrj. .V. Episf. Hb. ri,Epitt. Vt, I. Il, col

‘ Paul. 1, Bpist ï, nd Fr. t. U Galt. p, !»9.

DE L’EGLISE

père d'empereurs, que ce saint évêque semble avoir vu; et Charlemagne régna pour le bien de toute l’Église. Vaillant , savant, modéré , guerrier sans ambition, et exemplaire dans sa vie, je le veux bien dire en passant, malgré les reproches des siècles ignorants, ses conquêtes prodigieuses furent la dilatation du règne de Dieu , et il se montra très-chrétien dans toutes scs œuvres. 11 fit revivre les anciens canons ; les conciles longtemps négligés furent rétablis', et la discipline revint avec eux. Si ce grand prince rétablit les lettres, ce fut pour mieux faire entendre les saintes Écritures et l’ancienne tradition par ce secours. L’Église romaine fut consultée dans les affaires douteuses, et ses réponses reçues avec révérence furent des lois inviolables*. 11 eut tant d’amour pour elle , que le principal article de son testament fut de recommander ù ses successeurs la défense de l’Église de saint Pierre, comme le précieux héritage de sa maison, qu’il avait reçu de son père et de son aïeul , et qu’il voulait laisser à scs enfants. Ce même amour lui fit dire ce qui fut répété depuis par tout un concile sous l’un de ses descendants, que « quand cette Eglise impo- < serait un Joug à peine supportable, il le faudrait • souffrir ’ • plutôt que de rompre la communion avec elle. Elle n'imposnit point de tel Joug; mais ce sage prince voulait tout prévoir, pour affermir l’union dans tous les cas. Au reste les canons que lui envoyason sage et intime ami, le pape Adrien, n’étaient qu’un abrégé de l’ancienne discipline, que l’Église de France regarde toujours comme la source et le soutien de ses libertés : nous demandonsencorcd’êtrcjugésparlescanonsenvoyés à ce grand prince; et, sous un nouveau Charlemagne, nous souhaitons d’avoir toujours à vivre sous une semblable discipline.

Jamais règne n’a été ni si fort ni si éclairé; jamais prince n’a été moins guidé par un faux zèle; jamais on n’a mieux su distinguer les bornes des deux puissances. On voit parler dans les décrets du concile de Francfort, tantôt les évéques seuls , tantôt le prince seul , et tantôt les deux puissances ensemble A Je ne veux pas m’étendre sur les diverses matières qui donnèrent lieu à cette diversité ; je remarquerai seulement que les évêques ayant prononcé seuls la condamnation de la nouvelle hérésie qu'on vit

* I)« ickol. itutU. CapU, Baluz. 1. 1, p-

* Cône. Frnnco/. cnn. vill , t. Il Conc. QaH. p. 196. Cttpil. jiquit. an. /mf.iii,Câp. iv, Baluz. 1. 1, p. ibu^ïHf. Cuptl. de divi$. Heyni, cap. xv, ibid. p. 444.

* Capit. Car. .V. de hon. wd. Apotl. an. lmp. i, B'iluz. t. I, p. 357. Couc. Tribur. sub. Am. lmp. cun. xxx» t. IX Cône. cul. 456. Capit. Anyilr. data. l. h Conc. Gall. p. Kiu. £pH. can. ab Adr. Car. M. oblai. Conc. t. VI, coi. Ihuo.

* Conc. Franc*}/, can. i, ii; enn. m, v; can. IV. v, vi, VI, t- If, Conc. Uaü. p. 193 el

alors s’élever en Espagne* , ce grand roi sut bien trouver sa place dans une occasion si importante. Comme son savoir éclatait dans toute l’Églisu autant que son équité , les nouveaux hérétique-i le prièrent de se rendre l’arbitre de la cause’. Charlemagne, pourlesconfondrepar eux-mêmes, accepta l’offre ; mais il savait comment un prince peut être arbitre en ces matières. Il consulta le saint-siège avant toutes choses; il écouta aus.si les autres évêques, qu’il trouva conformes a leur chef. C’est sur quoi se régla ce religieux prince; c’est par ce canal qu’il reçut la doctrine de l’Évangile et l’ancienne tradition de l’Église catholique ; c’est de là qu’il apprit ce qu’il fallait croire; et sans discuter davantage la matière, dans la lettre qu’il écrit aux nouveaux docteurs ’ il leurcnvole. les lettres, lesdécislons , « et les décrets formés par l’autorité ccclésiasti-

• que, ies exhortant à s’y soumettre avec lui , et

• à ne SC croire pas pius savants que l’Église uni-

■ verselle : parce que , ajoutait ce grand prince,

> après ce concours de l'autorité apostoiique, et

■ de l’unanimité synodale, vous ne pouvez plus « éviter d’être tenus pour hérétiques , et nous - n’osons plus avoir de communion avec vous. •

Qu’on n’impute point à la France des sentiments nouveaux ; voilà tous scs sentiments du temps de Charlemagne : mais Charlemagne les avait reçus de plus haut, et ils étaient venus des anciens Pères, et dès l’origine du christianisme. Le saint-siège principalement, et le corps de l'épiscopat uni à sou chef , c’est ou il faut trouver le dépôt de la doctrine ecclésiastique conüéc aux évêques par les apôtres : car c’est au.ssià cette unité qu’ilest dit : • Qui vous écoute,

• m’écoute ■' ; • et encore ; « Les portes de l’enfer

• ne prévaudront point contre elle ‘ ; • et encore : « Vous êtes la lumière du monde®; • et encore : " Ditcs-le à l’Église; et s’il n’écoute pas l’Église,

> qu’il vous soit comme un Gentil et un publi- " cain ’ ; • et encore, pour me servir du mémo passage qui est ici allégué par Charlenoague ; . Je serai toujours avec vous jusqu’à la consom-

• mationdes siècles*. • Ce grand prince, soumis le premier à cette règle, ne craint plus après cela

' de condamner les hérétiques, comme déjà condamnés par l’autorité de l’Église; et le jugement du saint-siégeet du concile de Francfort devint le I sien.

Est-il besoin de raconter ce que Charlemagne

' Conc. Franco/, can. i, p. 193.

* Ibid. Eput. Car. .V. p. 158.

* Ibid. p. IK8, I9ü.

* Luc. X, 16.

* Malth. XVl, 18.

* Ihid. V , 14- ’ Ibid, xviii, 17.

* Ibid. Xiviii , W.

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SUR L’UMTÉ

à l'exemple du rui üuii père, fit puur la grandeur temporelle du saint-siège et de l'Église romaine? qui ne sait qu'elle doitù ces deux princes et à leur maison tout ce qu'elle possède de pays? Dieu , qui voulait que cette Église, la mere commune de tous les royaumes, dans la suite ne fut dépendante d'aucun royaume dans le temporel , et que le siège où tous les fidèles devaient garder l'unité , à la fin fût mis au-dessus des partialités que les divers intérêts et les jalousies d'État pourraient causer, jeta les fondements de ce grand dessein par Pépin et par (iharlemagne. C'est par une heureuse suite de leur libéralité que l'Église, indépendante dans son chef de toutes les puissances temporelles, se voit en état d'exercer plus librement, pour le bien commun et sous la commune protection des rois chrétiens, cette puissance céleste de régir les âmes ; et que , tenant en main la balance droite au milieu de tant d'empires souvent ennemis, elle entretient l'unité dans tout le corps, tantôt par d'inflexibles décrets, et tantôt par de sages tempéraments.

L'empire sortit trop tôt d'une maison et d'une nation si bienfaisante envers l'Église. Rome eut des maîtres fâcheux , et les papes avaient tout à craindre tant des empereurs que d'un peuple séditieux ; mais ils trouvèrent toiqours en nos rois ces charitables voisins que le papePélage II avait espérés. La France , plus favorable â leur puissance sacrée, que l'Italie et que Borne môme, leur devint comme un second siège où ils tenaient leurs conciles , et d'où ils faisaient entendre leurs oracles par toute l’Église. Troyes, et Clermont, et Toulouse, et Tours, et Reims plusieurs fois, et les autres villes le peuvent dire; pour ne point parler Ici de deux conciles universels tenus à Lyon , et d'un autre concile universel tenu à Vienne : tant les papes ont pris plaisir à faire les actes les plus importants et les plus authentiques de l'Église, dans le sein et avec la fidèle ' coopération de l’Église gallicane.

Cependant la troisième race était montée sur le trône : race encore plus pieuse que les deux autres, qui aussi a toujours vu augmenter sa gloire ; qui seule dans tout l'univers , et depuis le commencement do monde , se voit sans interruption depuis sept cents ans toujours couronnée et toqjonrs régnante ; race enfin qui devait donner saint Lonisau monde; en laquelle le monde étonné voit encore aujourd'hui de si grandes choses, et en attend de plus grandes. Vous diraije combien de fois et en quels termes elle a été bénite par le saint-siège? Sous cette race la France est • un royaume chéri et béni de Dieu , • un royaume dont l'exaltation est insé|>arable

• de celle du saint-siège', > un royaume; mais si j'entreprenais de tout raconter, le jour n’y suffirait pas.

Aussi faut-ii avouer qu’il y a eu dans ces rois , avec beaucoup de religion, une noblesse qui les a fait révérer de toute la terre , et qui les a mis au-dessus des autres rois. Quand les empereurs se vantaient de combattre pour tes intérêts communs des rois, les nôtres ont su trouver dans une plus noble constitution de leur État , et dans une plus grande hauteur de leur couronne , une plus sûre défense ; puisque , sans qu’ils eussent besoin de se remuer, leur majesté ne fut pas môme attaquée dans ces premiers temps , et que jamais ils n’ont été obligés ni a soutenir des guerres , ni , ce qui est bien plus horrible , à faire des schismes pour la défendre.

Ces rois , aussi bienfaisants que religieux , loin de profiter do la faiblesse des papes toujours réfugiés dons leur royaume, se relâchaient volontairement de quelques-uns de leurs droits , plu tôt que de troubler la paix de l’Église; et pendant que saint Thomas de Cantorbéri était banni d’Angleterre, comme ennemi des droits de la royauté, la F'rance, plus équitable, le recevait dans son sein comme le martyr des libertés ecclésiastiques. Nos rois donnèrent cet exemple à tout l'univers. L’Église, qu'ils honoraient, les honorait â son tour ; et l’égalité , tant recommandée par l'apôtre , s’entretenait par de mutuelles reconnaissanees.

La piété se ralentissait, et les désordres se multipliaient dans toute la terre. Dieu n’oublia pas la France ; au milieu de la barbarie et de l’ignorance elle produisit saint Bernard, apôtre , prophète, ange terrestre, par sa doctrine, par sa prédication, par ses miracles étonnants , et par une vie encore plus étonnante que ses miracles. C’est lui qui réveilla dans ce royaume et qui répandit dans tout l'univers l’esprit de piété et de pénitence. Jamais sujet ne fut plus sélé pour son prince; jamais prêtre ne Bit plus soumis à l’épiscopat ; jamais enfant de l'Église ne défendit mieux l'autorité apostolique de sa mère l'Église romaine. Il regardait dans le pape seul tout ce qu'il y avait de plus grand dan» |’un et l'autre 'Testament; un Abraham, un Melchisédcch , im Moisc, un Aaron, un saint Pierre, en un mot Jésus-Christ même*. Mais afin qu’nne autorité sur laquelle l’Église est fondée, fût plus sainte et plus vénérable â tons les peuples ; il ne cessa d'en séparer, autant qu’il pouvait , ce qui semblait plutôt la déshonorer que l’agrandir.

■ Jltx. in . Epul. IXI , t x Copie, col. ISIS. Inmce. ni, Grfg. IX I. XI Ctmc. part l, col. 87, 307.

I S. Brrn. dr CtMtid. lib. Il, cap. Tui ; et üb. IT,etp. vu, 1. I,CU|. «33, 411.

DE L’EGLISE

Tout est à vous , disait-il ' , tout dépend du chef; mais c'est avec un certain ordre. On ferait un monstre du corps humain , si on attachait immédiatement tous les membres à la tête ; c’est par les évêques et les arclievêques qu’on doit venir au saint-siège : ne troublez point cette hiérarchie , qui est l’image de celle des anges. Vous pouvez tout, il est vrai; mais un de vos ancêtres disait : • Tout m’est permis, mais tout ■ n'est pas convenable > Vous avez la plénitude de la paissance, mais rien ne convient roieoz à la puissance que la règle. Eufln l’Église romaine est la mère des Églises^ , mais non une maltresse impérieuse ; et vous êtes non pas le seigneur des évêques , mais l’uu d’eux ; paroles que ce saint homme n’a pas proférées pour affaiblir une autorité qu’il a fait révérer û toute la terre ; mais afin de rappeler en la mémoire du successeur de saint Pierre cette excellente doctrine, que Jésus-Christ, qui l'a élevé è une si grande puissance , n'a pas voulu néanmoins lui donner un caractère supérieur à celui de l’épiscopat ; afin que , dans cette haute élévation , il prit soin de conserver dans tous les évêques la dignité d’un caractère qui lui est commun avec eux; et qu’il songeât qu’il y a toujours avec une grande autorité , quelque chose de doux et de fraternel dans le gouvernement ecclésiustique : puisque si le pape doit gouverner les évêques , il les doit aussi gouverner par les lois communes que le saint-siége a faites siennes en les conflrmont. C’est ce que disent tous les papes; et encore qu’ils paissent dispenser des lois pour l’utilité publique le plus naturel exercice de leur puissance est de les faire observer en les observant les premiers, comme ils en ont toujours fait profession dès l’origine du christianisme. Voilà ce que disait saint Bernard et tous les saints de ce temps; voilà ce qu’ont toujours dit ceux qui ont été parmi nous les plus pieux. Cest aussi ce qui obligea le roi le plus saint qui ait jamais porté la couronne, le plus soumis au saint-siége et le plus ardent défenseur de la foi romaine (vous reconnaisez saint Louis) , à persévérer dans ces maximes , et à publier une Pragmatique pour maintenir dans son royaume « le « droit commun et la puissance des ordinaires,

• selon les conciles généraux et les institutions

• des saints Pères ^ ■

Ne demandez plus ce que c’est que les libertés de l’Église gallicane. Les voilà toutes dans ces précieuses paroles de l’ordonnance de saint

> 5. Bem. d* Consid. Ub. iii« eap. iv.eol. 433.

» /. Cor. X , n.

^ S Brrn. dt Conaià. Mb. it, CJip. vu, col. U4.

'* Ibid. Ilb. m, CBp. IT, col. 433.

* Proy. S. Lud.

Ix)iii8; nous n’en voulons jamais connaître d'autres. Nous mettons notre liberté à être sujets aux canons; et plût à Dieu que l’exécution en fiit aussi effective dans la pratique, que cette profession est magniilque dans nos livresi Quoi qu’il en soit , c’est notre loi : nous faisons consister notre liberté à marcher, autant qu’ii se peut, • dans le ■ droit commun ■ qui est le principe ou plutôt le fond de tout le bon ordre de l’Église; ■ sous la

• puissance canonique des ordinaires , selon les « conciles généraux et les institutions des saints

• Pères : » état bien différent de celui où la dureté de nos cœurs, plutôt que l’indulgence des souverains dispensateurs , nous a jetés ; ou les privilèges accablent les lois ; où les grâces semblent vouloir prendre la place du droit commun , tant elles se multiplient; où tant de règles ne subsistent plus que dans la formalité qu’il faut observer d’en demander la dispense : et plût à Dieu que ces formules conservent du moins , avec le souvenir des canons, l’espérance de les rétablir! C’est l’intention du saint-siége; c’en est l’esprit. Il est certain. Mais s’il faut, autant qu’il se peut, tendre au renouvellement des anciens canons , combien religieusement faut-il conserver ce qui en reste, et surtout ce qui est le fondement de la discipline! Si vous voyez donc vos évêques demander humblement au pape l’inviolable conservation de ces canons et de la puissance ordinaire dans tous ses degrés , souvenez-vous qu’ils ne font que marcher sur les pas de saint Louis et de Charlemagne, et imiter les saints dont ils remplissent les chaires. Ce n’est pas nous diviser d’avec le saintsiége, à Dieu ne plaise I c’est au contraire conserver avec soin jusqu’aux moindres fibres, qui tiennent les membres unis avec le chef. Ce n’est pas diminuer la plénitude de la puissance apostolique : l’Océan même a ses bornes dans sa plénitude ; et s’il les outrepassait sans mesure aucune, sa plénitude serait un déluge qui ravagerait tout l’univers.

Au reste , la puissance qu’il fàut reconnaître dans le saint-siége est si haute et si éminente , si chère et si vénérable à tous les fidèles, qu’il n’y a rien au-dessus que toute l'Église catholique ensemble : encore faut-il savoir connaître les besoins extraordinaires et les extrêmes périls ou il faut que tout s’assemble et se réunisse. Ces maximes sont de tous les siècles; mais dans l’un des derniers siècles un besoin pressant de l’Église, un grand mal, un schisme effroyable, obligea toute l’Église à les expliquer, et à les mettre en pratique d’une façon plus expresse dans le saint concile de Plse, et dans le saint concile de Constance. La France fut la plus r.élée à Ip!> soutenir: mais la France fut suivie de toute IT.-

SUR L'UNITÉ

2tl0

glise. Ces maximes supposées comme indubitablcsdu commun consentement des papes , de tous les évéques et de tous les lldéles , rétablirent l'autorité du saint-siège affaiblie par les divisions. Ces maximes mirent fln au schisme, extirpèrent les hérésies que le schisme fortifiait , et firent espérer au monde malgré la dépravation des mœurs, la réforme universelle de la discipline dans toute la chrétienté , sans rien excepter.

Ces maximes demeureront toujours en dépdt dans l'Église catholique. Les esprits inquiets et turbulents voudront s’en servir pour brouiller; mais les humbles , les pacifiques , les vrais enfants de l’Église s'en serviront toujours selon la règle, dans les vrais besoins et pour des biens effectifs. Les cas où on le doit faire seront aisés à marquer, puisqu'ils sont si clairement expliqués dans les décrets du concile de Constance'; mais il vaut mieux espérer que la déplorable nécessité de réfléchir sur ces cas n'arrivera pas, et que nos Jours ne seront pas assez malheureux pour avoir besoin de tels remèdes. Ah I si le nom de concile écuménlquc, nom si saint et si vénérable , doit être employé , que ce ne soit pas en matière contentieuse et pour faire durer de funestes divisions; mais plutôt pour réunir la chrétienté déchirée par tant de schismes, et pour travailler à l’œuvre de réformation , qui Jamais n'est achevée durant cette vie 1 Cependant conservons ces fortes maximes de nos pères, que l’Église gallicane a trouvées dans la tradition de l'Église universelle ; que lesuniversitésdu royaume , et principalement celle de Paris , ont apprises des saints évéques et des saints docteurs qui ont toujours éclairé l'Église de France , sansque le saint-siège ait diminué les éloges qu'il a donnés à ces fameuses universités’. Au contraire c’est en sortant du concile de Bâle , où ces maximes avaient été renouvelées avec l'applaudissement de tout le royaume , que Pie II qui le savait, puisqu'il avait autrefois prêté sa plume à ce concile , s'adressant à un évêque de Paris, dans l'assemblée générale de tous les princes chrétiens , lui parla ainsi de la France ‘ :

La France a beaucoup d'universités , parmi les-

• quelles la vôtre , mon vénérable frère , est la plus " Illustre, parce qu'on y enseigne si bien la théo-

■ logie, et que c’est un si grand honneur d'y pou-

• voir mériter le titre de docteur; de sorte que

■ le florissant royaume de France , avec tous les

• avantages de In nature et de la fortune, a en-

■ core ceux de la doctrine et de la pure religion. ■ Voilà ce que dit un savant pape qui n’ignorait pas nos sentiments , puisqu'ils étaient alors dans leur

' Seu. T.

* l'rban. Fpi»t. il. I. xi Tonc. ool. 20IR.

• Piu4 n, in ('•'ttf. V'ittf. I. xiii Tonc col. |77I.

plus grande vigueur; et Je puis dire qu'il en approuve le fond dans la bulle ' où, en révoquant ce qu'il avait dit avant son e.xaltation en faveur du concile de Bâle, il déclare qu’il n’en révère pas moins le concile de Constance dont il embrasse les décrets, et nommément ceux où l’autorité et la puissance des conciles est expliquée.

Il savait bien que la France n'abusait point de ces maximes, puisque même elle venait de donner un exemple incomparable de modération dans la célèbre assemblée de Bourges ; où louant les Pères de Bâle qui soutenaient ces maximes, elle rejeta l’application outrée qu’ils en firent contre le pape Eugène IV. Nos libertés furent défendues ; le pape fut reconnu; te schisme fut éteint dans sa naissance; tout fut pacifié : qui fit un si grand ouvrage? un grand roi fidèlement assisté par le plus docte clergé qui fût au monde.

Jamais il ne fut tant parlé des libertés de l’Église, et Jamais il n’en fut posé un plus solide fondement que dans ces paroles immortelles de Charles Vil : « Comme c’est, dit-il’, le devoir ■ des prélats d’annoncer avec liberté la vérité

• qu'ils ont apprise de Jésus-Christ, c'est aussi le

• devoir du prince et de la recevoir de leur bou- « chc , prouvée par les Écritures , et de l'exécuter

• avec efficace. » Voilà en effet le vrai fondement des libertés de l'Église : alors elle est vraiment libre quand elle dit la vérité, quand elle la dit aux rois qui l'aiment naturellement et qu'ils l’écoutent de leur bouche ; car alors s'accomplit cet oracle du Fils de Dieu : • Vous connaîtrez la vé- « rité, et la vérité vous délivrera, et vous serez

• vraiment libres’. »

Nous sommes accoutumés à voir agir nos rois très-chrétiens dans cet esprit. Depuis le temps qu'ils se sont rangés sous la discipline de saint Remi , ils n’ont Jamais manqué d'écouter leurs évc(}ucs orthodoxes. L'empire romain vit succéder au premier empereur chrétien un empereur hérétique. La succession des empereurs a souvent été déshonorée par de semhlables désordres. Mais pour ne point reprocher aux autres royaumes leur malheureux sort , contentons-nous de dire, avec humilité et actions de grâces, que la France est le seul royaume qui Jamais, depuis tant de siècles , n’a vu changer la fui de ses rois ; elle n’en a Jamais eu, depuis plus de douze cents ans, qui n’ait été enfant de l’Église catholique : le trône royal est sans tache et toujours uni au saintsiège; il semble avoir participé à la fermeté de cette pierre : Gralias Deo super inenarrabili

* Bullit. rrtract. Pit II, t. xiil Camr. çol. UU7.

* Prng. Car. vil.

* yortff. vm, 33 3*.

DE L ÉGLISE

âono ejus : ’ Grâces & Dieu sur ce don inexpli- I aux comtes, aux Juges, à ceux qui ont en maiu

« cable de sa bonté >

En écoutant leurs évêques dans la prédication de la vraie foi, c'était une suite naturelle que ces rois les écoutassent dans ce qui regarde la discipline ecclésiastique. Loin de vouloir faire en ce point la loi à l'Eglise , un empereur, roi de France , disait aux évêques • ; « Je veux qu'ap-

• puyés de notre secours et secondés de notre

• puissance , comme le bon ordre le prescrit , » famulanle, ul decet, polestale nostra (peser ces paroles; et remarquez que la puissance royale, qui partout ailleurs veut dominer, et avec raison , ici ne veut que servir], • Je veux donc,, dit cet

• empereur, que , secondés et servis par notre

■ puissance, vous puissiez exécuter ce que votre

• autorité demande : • paroles dignes des maîtres du monde; qui ne sont jamais plus dignes de l'être, ni plus assurés sur leur trône, que lorsqu'ils font respecter l’ordre que Dieu a établi.

Ce langage était ordinaire aux rois très-chrétiens ; et ce que faisaient ces pieux princes , ils ne cessaient de l’inspirer à leurs ofliciers. Malheur, malheur à l’Église , quand les deux juridictions ont commencé à se regarder d’un œil jaloux I A plaie du christianisme! Ministres de l’Eglise, ministres des rois , et ministres du Roi des rois les uns et les autres , quoique établis d’une manière différente, ahi pourquoi vous divisez-vous? l’ordre de Dieu est-il opposé à l’ordre de Dieu? hé, pourquoi ne songez-vous pas que vos fonctions sont unies; que servir Dieu c’est servir l’État, que servir l’État c’est servir Dieu? Mais l’autorité est aveugle: l’autorité veuttoujours monter, toujours s’étendre ; l’autorité se croit dégradée quand on lui montre ses bornes. Pourquoi accuser l’autorité? accusons l’orgueil ; et disons comme l’apôtre disait de la loi : » L’autorité est sainte et juste

■ et bonne’; ■ sainte, clic vient de Dieu; juste, elle conserve le bien à un chacun ; bonne, elle assure le repos public : * mais l’iniquité, afin de

• paraître iniquité, se sert » de l’autorité pour mal faire; en sorte que l’iniquité est souverainement inique, quand elle pèche par l’autorité que Dieu a établie pour le bien des hommes.

Nos rois n’ont rien oublié pour empêcher ce désordre. Leurs capitulaires ne parlent pas moins fortement pour les évêques que les conciles. C'est dans les capitulaires des rois qu'il est ordonné aux deux puissances, au lieu d’entreprendre l’une sur l’autre , de • s’aider mutuellement dans leurs

• fonctions, • et ou’il est ordonné en particulier

> II. Cor. n , IB.

* Lud. Piun. Cfipit. an. ssa. Batuz. I. I , p. B.1I. Ep. Penit, Snt. tld ,4mul. Luyd. Conc, Gatl. I. III, p. 67.

* Kom. TU, 13.

l'autorité royale, d’être ■> obéissants aux évê- « ques : - c’est ce que portait l’ordonnance de Charlemagne ; et ce grand prince ajoutait qu’il ■ no

• pouvait tenir pour de fldèles sujets ceux qui n’é-

• talent pas fidèles à Dieu; ni en espérer une sin- « cère obéissance, lorsqu’ils ne la rendaient pas “ aux ministres de Jésus-Christ, dans ce qui rc-

• gardait les causes de Dieu et les intérêts de l’É-

• glise’ . • C'était parler en prince habile, qui sait en quoi l’obéissance est due aux évêques, et ne confond point les bornes des deux puissances ; il mérite d’autant plus d’en être cru. Selon ses ordonnances , on laisse aux évêques l’autorité tout entière dans les causes de Dieu et dans les intérêts de l’Église; et avec raison, puisqu’eo cela l'ordre de Dieu , la grâce attacliée â leur caractère , l’Écriture , la tradition , les canons et les lois parlent pour eux.

Qu’cst-il besoin d’alléguer les autres rois? que ne doivent point les évêques au grand Louis ! que ne fait pointée religieux prince pour les intérêts de l’Église ! pour qui a-t-il triomphé , si ce n’est pour elle? quand tout en un moment ploya sous sa main , et que les provinces se soumirent comme à l'envi, n'ouvrit-il pas autant de temples â l'Église qu’il força de places ? mais l'Iiérésic de Calvin fut la seule confondue en ce temps. Aujourd’hui le luthéranisme , la source du mal et la tête de riiércslc , est entamé : heureux présage pour l'Église ! Il commence à rendre les temples usurpés. L’un des plus grands de ces temples, celui qui de dessus les bords du Rhin élève le plus haut et fait révérer de plus loiu son sacré sommet, par la piété de Louis est sauctilié de nouveau. Que ne doit espérer la France, lorsque fermée de tous côtés par d’invincibles barrières, à couvert de la jalousie, et assurant la paix de l'Europe par celle dont son roi la fera jouir, clic verra ee grand prince tourner plus que jamais tous ses soins au bonheur des peuples, et aux intérêts de l'Eglise dont il fait les siens ! Nous , mes frères , nous qui vous parlons, nous avons oui de lu bouche de ce prince incomparable , à la veille de ee départ glorieux qui tenait toute l'Europe en suspens, qu'il allait travailler pour l'Église et pour l'État, deux choses qu’on verrait toujours inséparables dans tous ses desseins. France, tu vivras par ces maxirni-s; et rien ne sera plus inébranlable qu'un royaume uni si étroitement à l'Eglise que Dieu soutient ! Combien devons-nous chérir

’ Cfip. IV Car. M. ftftC, ffaluz .* !. I, p. 450. Capit. cap. Th4ttd. de hon. Ephr. etret. Saterd. ibtd. p. 4M. ColL AHtetj. lib. VI , cap. œXLlx , il/id. p. ©05. Conc. yirel. vi , sub. Car. V. f««. xm, t. Il Conc. Galt. p. 271. CupU. Car. Af. an BI5» BiiIhz 1. 1, p

SUR L ÜNITÉ

UD prince , qui unit tous scs intérêts à oeux^de l'Église! n'esl-il pas notre consolation et notre Joie , lui qui réjouit tous les jours le ciel et la terre par tant de conversions ? pouvons-nous n'être pas touchés , pendant que par son secours nous ramenons tous les jours un si grand nombre de nos enfants dévoyés I et qui ressent plus de joie de leur changement que l'Église romaine leur mère commune, qui dilate son sein pour les recevoir? La main de Louis était réservée pour achever de guérir les plaies de l'Église. Déjà celles de l'épiscopat ne nous paraissent plus irrémédiahles. Outre cent arrêts favorables ; sous les auspices d'un prince qui ne veut que voir la raison pour s'y soumettre, on ouvre les yeux : on ne Ut plus les canons et les décrets des saints Pères par pièces et par lambeaux , pour nous y tendre des pièges ; on prend la suite des antiquités ecclésiastiques : et si on entre dans cet esprit ; que verra-t-on à toutes les pages, que des monuments étemels de notre autorité sacrée?

■ Nous ne nous prêchons pas nous-mêmes « quand nous parlons de cette sorte ; mais nous

• prêchons Jésus-Christ qui nous a établis ses mi-

• nistres, et nous prêchons tout ensemble que - nous sommes en Jésus-Christ dévoués à votre ■ service • Car qu'est-ce que l'épiscopat, si ce n'est une servitude que la charité nous impose pour sauver les âmes? et qu'est-ce que soutenir l'épiscopat, que soutenir la foi et la discipline? Il ne faut donc pas s'étonner si Louis, qui aime et honore l’Église, aime et honore notre ministère apostolique. Que tarde un si saint pape à s’unir intimement au plus religieux de tous les rois? Un pontifleatsi saint et si désintéressé ne doit être mémorable que par la paix , et par les fruits de la paix, qui seront, j'ose le prédire, l'humiliation des Infidèles, la conversion des hérétiques, et le rétablissement de la discipline. Voilà l'objet de nos voeux ; et s'il fallait sacrifier quelque chose à un si grand bien, craindrait-on d'en être blâmé?

TBOISIÈME POINT.

Ç'a toujours été dans l'Église un commencement de paix , que d’assembler les évêques orthodoxes. Jésus-Christ est l'auteur de lu paix, Jésus-Christ est la paix lui-même : nous ne sommes Jamais plus assurés d'être assemblés en son nom, ni par conséquent de l'avoir, selon sa promesse, au milieu de nous , que lorsque nous sommes assemblés pour la paix ; et nous pouvons dire avec un ancien pape’ , • que nous sommes vérita-

• blementambassàdeurspour Jésus-Christ,quand

• II. Car. III, «; IT. h.

* Joan. vm, EptsI. nxi, 1. 1\ Conr. co!. B«.

• nous travaillons à la paix de l'Église : > Pn Chrisio legationefungimur, eumpaci Scelesia studium impmdere pneuramus. L’épiscopat, qui est un , aime à s’unir : c’est en s’unissant qu’il se purifie , c’est en s’unissant qu’il se règle , c'est en s’unissant qu’il se réforme, mais surtout c’est en s’unissant qu’il attire dans son unité le Dien de la paix, et • les apêtres étaient assemblés, > dit l'évangéliste ■, quand Jésus-Christ leur vint dire, ce qu'ils disent ensuite à tout le peuple : Pax vo&is.: « La paix soit avec vous. •

Saint Bernard, l’ange de paix, voyant un commencement de division entre l'Église et l’État , écrivit à Louis VII : • Il n’y a rien de plus néces- « saire que d’assemblerles évêques en ce temps ; > et une des raisons qu’il en apporte, c’est, dit-il a ce sage prince ’ , que • s'il est sorti de la rigueur

• de l’autorité apostolique quelque chose dont Vo-

• tre Majesté se trouve offensé, vos fidèles su-

• jets travailleront à faire qu’il soit révoqué ou «adouci, autant qu’il le faut pour votre hon- « neur. •

Ét pour ce qui est de la discipline, quand nous la voyons blessée, nous nous assemblons pour proposer les canous , bornes naturelles de la puissance ecclésiastique, qu'elle se fait elle-même par son exercice. Le saint-siège aime cette voie; le langage des canons est son langage naturel, et, à la louange immortelle de cette Église, il n’y a rien de plus répété dans ses Décrétales, ni rien de mieux établi dans sa pratique, que la loi qu’elle se fait d'observer et de foire observer les saints canons.

Les exemples nous feront mieux voir le succès de ces saintes assemblées. On rapporta dans un concile de la province de Lyon un privilège de Rome , qu’on crut contre l'ordre. Nos pères dirent aussitêt , selon leur coutume : • Relisant

• le saint concile de Chalcédoine , et les senten-

• ces de plusieurs autres Pères authentiques, le

• saint concile a résolu que ce privilège ne pou- « voit subsister , puisqu'il n'était pas conforme « mais contraireaux constitutions canoniques *. ■

Vous reconnaissez dans ces paroles l'ancien style de l’Église ; ce concile est pourtant de l'onzième siècle ; afin que vous voyiez dans tous les temps la suite de nos traditions , et la conduite toujours uniforme de l’Église gallicane. Elle ne s'élève pas contre le saint-siège; puisqu'elle sait au contraire qu’un siège qui doit régler tout l'univers, n'a jamais intention d'affaiblir la règle : mais comme dans un si grand siège, ou un seul doit répondre à toute la terre , il peut écbnp|ier

* Juan. XX. I».

* S. Rrrn. Epitt. OC.I.V, 1. i, C<>1. •2^7.

* Conc. An»nn. an. MttS, t. i\ Cnne. cx>l. 8&9.

Digiiizüu uy vjvjvj

DE L'EGLISE

quelque chose même à la plus grande vigilance , on y doit d'autant plus prendre garde , que ce qui vient d'une autorité si éminente pourrait à la tin passer pour loi , ou devenir un exemple pour la postérité.

Cest pourquoi dans ces occasions toutes les Églises, mais principalement celle de Fronce, ont toujours représenté nu saint-siège , avec un profond respect , ce qu'ont réglé les canons. Nous en avons un bel exemple dans le second ouncile de Limoges, qui est encore de l’onzième siècle. On s'y plaignit d'une sentence donnée par surprise, et contre l’ordre canonique, par le pape Jean XVlll'. Nos prédécesseurs assemblés proposèrent d'abord la règle • qu'ils avaient reçue, disaient-ils, des

• pontifes apostoliques et des autres Pères. «Ils ajoutèrent ensuite, comme un fondement incontestable , « que le jugement de toute l'Église pa-

• raissait principalement dans le saint-siège apos-

• tollque’. > Ce ne fut pas sans remarquer i'ordre canonique avec lequel les affaires y devaient être portées, afln que ce jugement eût toute sa force; et la conclusion fut que • les pontifes apostoliques

• ne devaient pas révoquer les sentences des évé- ■ ques, > contre cet ordre canonique : • parce que

• comme les membres sont obligés à suivre leur

• chef, il ne faut pas aussi que le chef afOige ses

• membres. >

Comme ç'a toujours été la coutume de l'Église de France de proposer les canons , ç'a toujours étélacoutume du saint-siège d'écouter volontiers de tels discours , et le même concile nous en fournit on exemple mémorable. Un éréque* s'était plaint au même pape Jean XYIII , d'une absolution que ce pape avait mal donnée au préjudice de la sentence de oet évêque. Le pape lui iit cette réponse vraiment paternelle, qui fut lue avec une incroyable consolation de tout le concile ’ :

• C’est votre faute, mon très-cher frère, de ne > m’avoir pas instruit: j’aurais confirmé votre

• sentence , et ceux qui m’ont surpris n’auraient

• remporté que des anathèmes. A Dieu ne plaise ,

« poursuit-il , qu’il y ait schisme entre moi et mes

• coévêques ! je déclare à tous mes frères les

• évêques , que je veux les consoler et les secourir;

• et non pas les troubler ni les contredire dans

• l’exercicede leur ministère. > Aces mots,* tous

• les évêques se dirent les uns aux autres ; C'est à

• tort que nous osons murmurer contre notre

• chef; nous n’avons à nous plaindre que de

• nous -mêmes, et du peu de soin que nous pre- ■ nous de l’avertir. >

' Conc. Itmnv. Il , SfM. il , I. ix Cour.

* Ihid. ooJ. 000.

* Rtkune, éréqtie de Clermont.

^ Cqhc. Lem^v. if. Scu. ii, I. tx Conc. cot. (K«.

'Vous le voyez, chrétiens : les puissances suprêmes veulent être instruites, et veulent toujours agir avec connaissance. Vous voyez aussi qu’il y a toujours quelque chose de paternel dans le saint-.siége et toujours un fond de corre-spondanco entre le chef et les membres, qui rend la paix assurée pourvu qu’en proposant la règle on ne manque jamais au respect que la même règle prescrit. L'Eglise de France aime d'autant plus sa mère l’Église romaine, et ressent pour elle un respect d’autant plus sincère, qu’elle y regarde plus purement l'institution primitive et l’ordre de Jésus-Christ. La marque la plus évidente de l'assistance que le Saint-Esprit donne à cette mere des Églises c'est de la rendre si juste et si modérée, que jamais elle n’ait mis Ire excès parmi les dogmes. Qu’elle est grande, l’Église romaine , soutenant toutes les Églises , • portant ,

• dit un ancien pape ■ , le fardeau de tous ceux qui « souffrent, • entretenant l'unité, confirmant la fui, liant et déliant les pécheurs, ouvrant et fermant le ciel ! Qu’elle est grande , encore une fois , lorsque pleine de l'autorité de saint Pierre , de tous lesapûtres , de tous les conciles , elle en exécuté, avec autant de force que de discrétion , les salutaires décrets I Quelle a été sa puissance lorsqu’elle l’a fait consister principalement à tenir toute créature abaissée sous l’autorité des canons , sans jamais s'éloigner de ceux qui sont les fondements de la discipline; et qu'heureuse de dispenser les trésors du ciel, elle ne songeait pas à disposer des choses inférieures que Dieu n’avait pas mises en sa main I

Dans cet état glorieux où vous parait l’Église romaine, et les rois et les royaumes sont trop heureux d’avoir à lui obéir. Quel aveuglement quand des royaumes chrétiens ont cru s’affranehir en secouant, disaient-ils, le joug de Rome, qu’ils appelaient un joug étranger I comme si l’Église avait cessé d’être universelle ; ou que le lien commun qui fait de tant de royaumes un seul royaume de Jésus-Christ, pût devenir étranger a des chrétiens. Quelle erreur, quand des rois ont cru se rendre plus indépendants en se rendant maîtres de la religion! au lieu que la religion, dont l’autorité rend leur majesté inviolable, ne peut être pour leur propre bien trop indépendante, et que la grandeur des rois est d'être si grands qu’ils ne puissent , non plus que Dieu dont ils sont l'image , se nuire è eux-mêmes, ni par conséquent à la religion qui est l'appui de leur trûne. Dieu préserve nos rois très-chrétiens de prétendre à l’empire des choses sacrées, et qu’il ne leur vienne jamais une si détestable envie de régner! Ils n’y ont

' VIII, Jtjiû/. LXVI , t. IX Cotte. OOl. M.

suo SUR L’UNITÉ

jamais pensé. Invincibles envei-s toute autre puissance, et toujours humbles devant le saint-siège, ils savent en quoi consiste la véritable hauteur. Os princes , également religieux et magnanimes, n'ont pas moins méprisé que détesté les extrémités auxquelles on ne se laisse emporter que par désespoir et par faiblesse.

L'Eglise de France est zélée pour ses libertés • : elle a raison; puisque le grand concile d’Éphése nous apprend’ que ces libertés particulières des Églises sont un des fruits de la rédemption , par laquelle Jésus-Cbrist nous a affranchis : et il est certain qu'en matière de religion et de conscience , des libertés modérées entretiennent l'ordre de l'Église , et y affermissent la paix. Mais nos pères nous ont appris à soutenir ces libertés sans manquer au respect; et loin d’en vouloir manquer, nous croyons au contraire que le respect inviolable qtie nous conserverons pour le saint-siège nous sauvera des blessures qu’on voudrait nous faire sous un nom qui nous est si cher et si vé nérabic.

Sainte Église romaine, mère des Églises et mère de tous les fidèles , Église choisie de Dieu pour unir ses enfants dans la même foi et dans la même charité, nons tiendrons toujours à ton unité par le fond de nos entrailles! • Si je t'oublie , " Église romaine , puissé-je m’oublier moi-méme !

• que ma langue se sèche et demeure immobile " dans ma bouche, si tu n’es pas toujours la pre- « mière dans mon souvenir, si je ne te mets pas

• au commencement de tous mes cantiques de

• réjouissance : • Adhœreal lingua mea faucibus meis, SI non meminero lui, si non proposuero Jérusalem in principio tœtiliœ meœ^l

Mais vous, qui nous écoutez; puisque vous nous voyez marcher sur les pas de nos ancêtres , que reste-t-il, chrétiens, sinon qu’unis t notre assemblée avec une fidele correspondance , vous nous aidiez de vos vœux ? > Souvent , dit un ancien « Père*, les lumières de ceux qui enseignent vien- « nent des prières de ceux qui écoutent ; • Hoc accipit doctor quod meretur audilur. Tout ce qui se fait de bien dans l’Église, et même par les pasteurs , se fait , dit saint Augustin *, par les secrets gémissements de ces colombes innocentes qui sont répandues par toute la terre.

Ames simples, âmes cachées aux yeux des hommes , et cachées prineipalemeiit a vos propres yeux , mais qui connaissez Dieu et que Dieu connaît; où êtes-vous dans cet auditoire, alin que

• roneil. miur. cap. de SIerl. I. \l Conril. col. loi».

• Coneil. Ephet. yict. VU, l. III Coscit. col. »«l.

’ Pe. CVXXTI, 8.

• .V Pet. Chryut. Serm. I.»VVI.

' Ke Uupt. amt. UonaL llb. ill , il' 52. 53, 1. u.col. 115.

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