‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 128 sur 273 · II · texte numérisé non relu

II

DE L’ÉGLISE

je vous adresse ma parole? Mais sans qu'il soit besoin que je vous connaisse, ce Dieu qui vous connaît, qui habite en vous, saura bien porter mes paroles, qui sont les siennes, dans votre cœur. Je vous parle donc sans vous connaître, âmes dégoûtées du siècle. Ah ! comment avezvous pu en éviter la contagion? comment est-ce que cette face extérieure du monde ne vous a pas éblouies ? quelle grâce vous a préservées de la vanité que nous voyons si universellement régner? Personne ne se connaît , on ne connaît plus personne : les marques des conditions sont confondues , on se détruit pour se parer ; on s’épuise a dorer un édifice dont les fondements sont écroulés , et on appelle se soutenir que d’achever de se perdre. Ames humbles, âmes innocentes, que la grâce a désabusées de cette erreur et de toutes les illusions du siècle, c’est vous dont je demande les prières ; en reconnaissance du don de Dieu dont le sceau est en vous, priez sans relâche pour son Église ; priez , fondez en larmes devant le Seigneur. Priez, Justes ; mais priez, pécheurs ; prions tous ensemble; car si Dieu exauce les uns pour leur mérite , il exauce aussi les autres pour leur pénitence : c'est un commencement de conversion que de prier pour l'Église.

Priez donc tous ensemble, encore une fois, que ce qui doit finir finisse bientôt. Tremblez a l’ombre même de la division ; songez au malheur des peuples qui ayant rompu l’unité se rompent en tant de morceaux , et ne voient plus dans leur religion qne la confusion de l’enfer et l’horreur de la mort. Ah ! prenons garde que ce mal ne gagne. Déjà nous ne voyons que trop parmi nous de ces esprits libertins, qui sans savoir ni la religion ni ses fondements, ni ses origines, ni sa suite,

• blasphèment ce qu’ils ignorent , et sc corrom-

• pent dans ce qu'ils savent : nuées sans eau , • poursuit l’apôtre saint Jude ' , docteurs sans doctrine, qui pour toute autorité ont leur hardiesse, et pour toute science leur» décisions précipitées :

• arbres deux fois morts et déracinés, » morts premièrement parce qu'ils ont perdu la charité, mais doublement morts parce qu'ils ont encore perdu la foi ; et entièrement déracinés , puisque , déchus de l’une et de l'autre, ils ne tiennent à l'Église par aucune fibre : • astres errants • qui se glorifient dans leurs routes nouvelles et écartées, sans soncer qu’il leur faudra bientôt disparaitre. Opposons à ces esprits légers , et à ce charme trompeur de la nouveauté, la pierre sur laquelle nous sommes fondés, et l’autorité de nos traditions où tous les siècles passés sont renfermés, et l’antiquité qui nous réunit à l’origino

Di.-'-

' Jmt. 10, 15.

POUR UNE VÈTURE.

des choses. Marchons dans les sentiers de nos pères ; mais marclions dans les anciennes mœurs , comme nous voulons marcher dans l'ancienne foi.

Allez, chrétiens, dans cette voie d’un pas ferme : allons à la tête de tout le troupeau , M e.ssei- GsauRS, plus humbles et plus soumis que tout le reste : zélés défenseurs des canons, autant de ceux qui ordonnent la régularité de nos mœurs, que de ceux (|ui ont maintenu l'autorité sainte de notre caractère; et soigneux de les faire paraître dans notre vie, plus encore que dans nos discours, afln que quand le Prince des pasteurs et le Pontife éternel apparaîtra , nous puissions lui rendre un compte lidcle et de nous et du troupeau qu'il nous a commis , et recevoir tous ensemble l'éternelle bénédiction du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

SERMONS

POUR UES VÉTURES

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