‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 129 sur 273 · A LA VÈTURE DE MADEMOISELLE DE BOUILLON, DE CHATEAU-TBIERRY · texte numérisé non relu

A LA VÈTURE DE MADEMOISELLE DE BOUILLON, DE CHATEAU-TBIERRY

Trois de notre naissance : leurs funestes effets. Ser> ritade dans laquelle tombent les pochenm.en contentant leurs pasaioiu criminelles. Dans quel péril se jettenteeux qui s’abandonnent sans réserve à toutes les choses qui leur sont permises. Lois et oonlrainles auxquelles se soumet la vie reliideuse, pour réprimer la liberlé pécher : sagesse des précautions quVlle prend. Combien la chasteté est délicate, et l’humilité, timide. Amour que 1rs vierges rhrétiennes doivent avoir pour la retraite, le silence et la vie cachée. Mépris qu’dks sont obligées de faire de la gloire.

Opntft ro.t nasci rfenwo.

Il faut que sons uai^ez encore une fois. Joan. ni, 7.

Ce qui doit imposer silence , et confondre éternellement ceux dont le cœur se laisse emporter à la gloire de leur extraction , c'est l'obligation de renaître ; et de quelque grandeur qu'ils se vantent, ils seront forcés d’avouer qu’il y a tou. jours beaucoup de bassesse dans leur première naissance, puisqu’il n'est rien de plus nécessaire que de se renouveler par une seconde. La véritable noblesse est celle que l’on reçoit en naissant de Dieu. Aussi l'Église ne célèbre pas la ^ativité

de Marie a cause qu'elle a tiré sou origine d'une longue suite de rois ; mais à cause qu'elle a apporté la grâce, en naissant en grâce , et qu'elle est née fille du Père céleste.

Mesdames, vous verrez aujourd'hui une de vos plus illustres sujettes , qui , touchée de ces sentiments, se dépouillera devant vous des honneurs que sa naissance lui donne. Ce spectacle est digne de Vos Majestés; et après ces cérémonies magnifiques, dans lesquelles on a étalé toutes les pompes du monde * , il est juste qu'elles assistent à celles où l’on apprend à les mépriser. Elles viennent ici dans cette pensée, dans laquelle je dois les entretenir pour ne pas frustrer leur attente. Que si la loi que m'impose eetle cérémonie particulière m'empêche de m'appliquer au sujet commun que l’Eglise traite en ce jour, qui est la Nativité de Marie , par la crainte d’envelopper des matières si vastes et si différentes; j'espère que Vos Majestés me le pardonneront facilement ; et je me promets que la sainte Vierge ne m’en accordera pas moins son secours, que je lui demande humblement par les paroles de l'ange, en lui disant : Ave , Maria.

Enfermer dans un lieu de captivité une jeune personne innocente ; soumettre à des pratiques austères , et à une vie rigoureuse , un corps tendre et délicat, cacher dons une nuit éternelle une lumière éclatante, que la cour aurait vue briller dans les plus hauts rangs, et dans les places les plus élevées ; ce sont trois choses extraordinaires, que l'Église va faire aujourd’hui ; et cette illustre compagnie est assemblée en ce lieu pour ce grand spectacle.

Qui vous oblige , ma sœur : car le ministère que j'exerce ne me permet pas de vous appeler autrement ; et je dois oublier, aussi bien que vous, toutes les autres qualités qui vous sont ducs : qui vous oblige donc à vous imposer un joug si )>esant, et â entreprendre contre vous-même, c’està-dire , contre votre liberté , en vous rendant captive dans celte clôture; contre le repos de votre vie, eu embrassant tant d’auslêritês ; contre votre propre grandeur, en vous jetant pour toujours dans cette retraite profonde , si éloignée de l'éclat du siècle et de toutes les pompes de la terre ? J'entends ce que répond votre cœur ; et il faut que je le dise à ces grandes reines et à toute cette audience. Vous voulez vous renouveler en Notre- Seigneur, dans cette bienheureuse journée de la naissance de la sainte Vierge; vous voulez renaître par la grâce , pour commencer une vie nou -

• Elle était l'aluiée d« deux Sfwir» du comte de Bouillon, ftaétè appelée, dani le cloître, »ow EiDilie de la Pasalon. ( tiiU. dt )

* La reine réjcnante avait fait son entrée dans Paris le as août de celle aimee, ce qui avait occaslonoé beaucoup d« fiHea et de rêjoulAsances. ( Hdit. de t^êjori». f

POUR UM5 VÊTURK.

velle, qui n'ait plus rien de commun avec la nature, et pour cela ces grands changements sont absolument nécessaires.

Ht en effet , ehrétiens , nous apportons au monde, en naissant, une liberté indocile qui affecte l'indépendance ; une molle délicatesse, qui noos fait soupirer après les plaisirs ; un vain désir de paraître , qui nous épanche au dehors et nous rend ennemis de toute retraite. Ce sont trois vices communs de notre naissance; et plus elle est illustre , plus ils sont enracinés dans le fond des cœurs. Car qui ne sait que la dignité entretient cette fantaisie d'indépendance; que ce tendre amour des plaisirs est flatté par une nourriture délicate; et enfin que cet esprit de grandeur fait que le désir de paraître s'emporte ordinairement aux plus grands excès 7

Il faut renaître, ma sœur, et réformer aujourd’hui ces inclinations dangereuses ; Oporiel vos nasci clenuo. Cet amour de l'indépendance, d’où naissent tous les désordres de notre vie , porte l'ime à ne suivre que ses volontés, et dans le mouvement elle s’égare. Cette délicatesse flatteuse la pousse à chercher le plaisir, et dans cette recherche elle se corrompt. Ce vain désir de paraître la Jette tout entière au dehors, et dans cet épanchement elie se dissipe. I.a vie religieuse, que vous embrassez , oppose à ces trois désordres des remèdes forts et inflüllibles. Il est vrai cpi’elle vous contraint; mais, en vous contraignant, elle vous règle : elle vous mortifle. Je le confesse; mais, en vous mortifiant, elle vous purifie : enlin elle vous retire et vous cache; mais, en vous cachant, elle vous recueille et vous renferme avec Jésus-Christ. O contrainte, A vie pénitente, A sainte et bienheureuse obscuritéi Je ne m’étonne plus si l’on vous aime, et si l’on quitte , pour l’amour de vous , toutes les espérances du monde. Mais J’espère qu’on vous aimera beaucoup davantage , quand J’aurai expliqué toutes vos beautés dans la suite de ce discours, par une doctrine solide et évangélique, avec le secours de la gréce.

rBEXIEB POINT.

J'entrerai d’abord en matière, pour abréger ce discours; et afin de vous faire voir, par des raisons évidentes , que pour régler notre liberté il est nécessaire de la contraindre. Je remarquerai, avant toutes choses , deux sortes de libertés déréglées ; l’une ne se prescrit aucunes limites , et transgresse hardiment la loi; l’antre reconnaît bien qu'il y a des bornes, et, quoiqu'elle ne veuille point aller au delà, elle prétend aller Jusqu'au bout , et user de tout son pouvoir. C’est-àdire, pour m'expliquer en termes plus clairs, que

l’une se propose pour son objet toutes les choses permises; l’autre s’étend encore plus loin, et s’emporte Jusqu’à celles qui sont défendues. Ces deux espèces de liberté sont fort usitées dans ie monde, et Je vois paraître dans l’une et dans l’autre un secret désir d’indépendance. Il se découvre visiblement dans celui qui passe par-dessus la loi , et méprise ses ordonnances. En effet il montre bien , ce superbe , qu’il ne peut souffrir aucun Joug ; et c’est pourquoi le Saint-Esprit lui parle en ces termes par la bouche de Jérémie : A sœculo confregisti jugum meum; rupisii «t'neu/a mea , et dixisti : Non semant ' : • Tu as

• brisé le Joug que je t’imposais ; tu as rompu mes

• liens , et tu as dit en ton cœur, d'un ton de ' mutin et d’opiniâtre : Non , Je ne servirai pas. » Qui ne voit que ce téméraire ne reconnaît plus aucun souverain, et qu'il prétend manifestement à l’indépendance ? Mais quoique l’autre , dont J’ai parlé, qui n’exerce sa liberté qu’en usant de tous ses droits , et en la promenant généralement, si Je puis parler de la sorte, dans toutes les choses permises, n’égale pas la rébellion de eelni-ci; néanmoins il est véritable qu’il le suit de près : car s’étendant aussi loin qu’il peut, s’il ne secoue pas le joug tout ouvertement, il montre qu’il le porte avec peine; et s’avançant ainsi à l'extrémité, où il semble ne s'arrêter qu'à regret , il donne sujet de penser, qu’il n’y a plus que la seule crainte qui l’empêche de passer outre. Telles sont les deux espèces de liberté, que J’avais à vous proposer; et il m’est aisé de vous faire voir, que l’une et l’autre sont fort déréglées.

Et premièrement, chrétiens, pour ce qui regarde ee pécheur superbe, qui méprise la loi de Dieu : son désordre, trop manifeste , ne doit pas être eonvaincu par un long discours; et Je n’ai aussi qu’un mot à lui dire , que J’ai appris de saint Augustin. Il avait aimé autrefois cette liberté des pécheurs; mais il sentit bientAt dans la suite qu’elle l’engageait à la servitude : parce que, nous dit-il lui-même, • en faisant ce que Je voulais,

• J'arrivais où Je ne voulais pas : > Volens, qno nollem perveneram Que veut dire ce saint évêque; et se peut -il faire, mes sœurs, qu’en se laissant aller où l'on veut, l’on arrive où l’on ne veut pas7 il n’est que trop véritable, et c’est le malheureux précipice où se perdent tous les pécheurs. Ils contentent leurs mauvais désirs et leurs passions criminelles; ils se réjouissent, ils font ce qu’ils veulent. Voilà une image de liberté qui les trompe ; mais la souveraine puissance de celui contre lequel ils se soulèvent, ne leur permet

* Jet. n , ».

’ ToV- lUi. TMI, cap. V, (. I, ool. 14*.

Diqilizc^j uy CjOO^Ic

POUR UNE VÉTURE.

pas de JoDir longtemps de leur liberté licencieuse : car en faisant ce qu'ils aiment, ils attirent nécessairement ce qu'ils fuient, la damnation, la peine étemelle , une dure néeessité qui les rend captifs du péché, et qui les dévoue à la vengeance divine. Voilà une véritable servitude que leur aveuglement leur cache. Cesse donc, ô sujet rebelle, de te glorifier de ta liberté, que tu ne peux pas soutenir contre le souverain que tu offenses, mais reconnais au contraire que tu forges toi-mème tes fers par l'usage de ta liberté dissolue; que tu mets un poids de fer sur ta tète, que tu ne peux plus secouer ; et que tu te Jettes tol-mème dans la servitude, pour avoir voulu étendre, sans mesure, la folle prétention de ta vaine et chimérique indépendance : telle est la condition malheureuse du pécheur.

Après avoir parlé au pécheur rebelle , qui ose &ire ce qu’on lui défend , maintenant adressonsnous à celui qui s’imagine être en sûreté , en faisant tout ce qui est permis ; et tâchons de lui hiire entendre , que s’il n’est pas encore engagé au mal, il est bien avant dans le péril. Car en s’abandonnant sans réserve à toutes les choses qui lui sont permises, qu’il est à craindre, mes sœurs, qu'il ne se laisse aisément tomber à celles qui sont défendues I Et en voici la raison en peu de paroles, que Je vous prie de méditer attentivement. C'est qu’encore que la vertu prise en elle-même, soit Inflnlment éloignée du vice ; néanmoins il faut confesser, à la honte de notre nature, que les limites s'en touchent de prés dans le penchant de nos affections , et que la chute en est bien aisée. C'est pourquoi II importe , pour notre salut, que notre àme ne jouisse pas de toute la liberté qui lui est permise; de peur qu’elle ne s’emporte jusqu’à la licence, et qu’elle ne passe facilement au delà des bornes, quand il ne lui restera plus qu’une si légère démarche. L’expérience nous le fait connaître : de là vient que nous lisons dans les saintes Lettres, que Job, voulant régler ses pensées , commence à traiter avec ses yeux : Pepigi fœdus eum oculis meis, ut ne cogitarem'. Il arrête des regards qui pourraient être innocents, pour empêcher des pensées qui apparemment seraient criminelles : si ses yeux n’y sont pas encore obligés assez clairement par la loi de Dieu , il les y engage par traité exprès : Pepigi feedus ; parce qu’en effet, chrétiens, celui qui prend sa course avec tant d’ardeur, dans cette vaste carrlèredes choses licites , doit craindre qu’étant sur le bord , il ne puisse plus retenir ses pas; qu’il ne soit emporté plus loin qu’il ne pense, ou par le penchant du chemin, ou par

' Jtitf X»\l , I

l’impétuosité de son mouvement; et qu’enfin II ne lui arrive ce qu’a dit de lui-même le grand saint Paulin : Quod non expediebat admisi, dum non tempero guod licebal ' : ■ Je m’emporte

• au delà de ce que je dois, pendant que je ne « prends aucun soin de me modérer en ce que je

• puis. >

Illustre épouse de Jésus-Christ, la viereligieusc, que vous embrassez, soit une conduite plus sûre: elle s’impose mille lois et mille contraintes dans le sentier de la loi de Dieu : elle se fait encore de nouvelles bornes, où elle prend plaisir de se resserrer. Vous perdrez, je le confesse, ma sœur, quelque partie de votre liberté , au milieu de tant d’observances de la discipline religieuse ; mais si vous savez bien entendre quelle liberté vous perdez , vous verrez que cette perte est avantageuse. En effet , nous sommes trop libres ; trop libres à nous porter au péché, trop libres à nous jeter dans la grande voie , qui mène les âmes à la perdition. Qui nous donnera que noos puissions perdre celte partie malheureuse de notre liberté, par laquelle nous nous dévoyons? O liberté dangereuse, que ne puis-je te retrancher de mon franc arbitre , qvie ne puis-je m’imposer moi-même eette heureuse nécessité de ne pécher pasi Mais il ne faut pas l’espérer durant cette vie. Cette liberté glorieuse de ne pouvoir plus servir au péché, c’est la récompense des saints, e'est la félicité des bienheureux. Tant que nous vivrons dans ee lieu d'exil , nous aurons toujours à combattre cette liberté de pécher. Que faites- vous, mes très-chères sœurs, et que fait la vie religieuse? Elle voudrait pouvoir s'arracher cette liberté de mal faire : mais comme elle voit qu’il est impossible , elle la bride du moins autant qu'il se peut; elle la serre de près por une discipline sévère : de peur quelle ne s’égare dans les choses qui sont défendues, elle entreprend de se les retrancher tontes, jusqu’à celles qui sont permises, et se réduit, autant qu'elle peut, à celles qui sont nécessaires. Telle est la vie des carmélites.

Que cette clôture est rigoureuse! que ces grilles sont inaccessibles, et qu’elles menacent étrangement tous ceux qui approchentl C’est une sage précaution de la vie régulière et religieuse, qui détourne bien loin les occasions , pour s’empêcher, s’il se peut , de pouvoir jamais servir au péché. Elle est bien aise d’être observée; elle cherche des supérieurs qui la veillent ; elle vent qu’on la conduise de l’œil , qu'on la mène , pour ainsi dire, toujours par la main, afin de se laisser moins de liberté de s’écarter de la droite voie; et elle a raison de ne craindre pas que ces salu-

• Ad Sever. Fp , n* 3.

POUR UNE VETURE.

tairas coDtraintes soient contrairas à la liberté véritable. Ce n’est pas s'opposer à un fleuve que de faire des levées , que d'élever des quais sur ses rives, pour empêcher qu'il ne se déborde, et ne perde ses eaux dans la campagne ; au contraire , c’est lui donner le moyen de couler plus doucement dans son Ut. Celui-là seulement s'oppose à son cours, qui bâtit une digue au milieu, pour rompre le 01 de son eau. Ainsi ce n’est pas perdre sa liberté, que de lui donner des bornes deçà et delà, pour empêcher qu’elle ne s’égare; c’est la dresser plus assurément à la vole qu’elle doit tenir. Par une telle précaution , on ne la gêne pas; mais on la conduit. Ceux-là la perdent, ceux-là la détruisent , qui la détournent de son cours naturel ; c’est-à-^ire , qui l’empêchent d’aller à son Dieu ; de sorte que la vie religieuse , qui travaille avec tant de soin à vous aplanir cette voie, travaille par conséquent à vous rendre libre. J’ai eu raison de vous dire , que ses contraintes ne doivent pas vous être importunes , puisqu’elle ne vous contraint que pour vous régler ; et la clôture, que vous embrassez , n’est pas une prison où votre liberté soit opprimée , mais un asile fortitié , où elle se défend avec vigueur contre les dérèglements du péché. Si ses contraintes sont si fructueuses, parce qu'elles dirigent votre liberté ; ses morlifleations ne le sont pas moins, parce qu'elles épurant vos affections : et c’est ma deuxième partie.

SECOND POINT

Je ne m’étonne pas , chrétiens , si les sages instituteurs de la vie religieuse et retirée ont trouvé nécessaire de l’accompagner de plusieurs pratiques sévères, pour mortifier les sens et les appétits : c’est qu’ils ont vu que nos passions , et ce tendre amour des plaisirs, tenaient notre âme captive par des douceurs pernicieuses , qu’ils ont voulu corriger par une amertume salutaire. Et afin que vous entendiez combien cette conduite est admirable, considérez avec moi une doctrine excellente de saint Augustin.

Il nous apprend qu’il y a en nous deux sortes de maux : il y a en nous des maux qui nous plaisent , et il y a des maux qui nous affligent. Qu’il y ait des maux qui nous affligent , ahl nous l’éprouvons tous les jours. Les maladies, la perte des biens, les douleurs d’esprit et de corps , tant d’autres misères qui nous environnent , ne .sontce pas des maux qui nous affligent? Mais il y en a aussi qui nous plaisent , et ce sont les plus dangereux. Par exemple, l'ambition déréglée, la douceur cruelle de la vengeance , l’amour désordonné des plaisirs ; ce sont des maux et de trèsgrands maux : mais ce sont des maux qui nous

plaisent, parce que ce sont des maux qui nous flattent. ■ Il y a donc des maux qui nous bles-

• sent, et ce sont ceux-là, dit saint Augustin ,

• qu’il faut que la patience supporte; et il y a des

• maux qui nous flattent , et ce sont ceux-là , dit « le même saint , qu’il faut que la tempérance mo- « dère : . Alia mata sunl quœ per patientiam sustinemus, alia quœ per continenliam refrœnatnus '.

Au milieu de ces maux divers, dont nous devons supporter les uns, dont nous devons réprimer les autres ; et que nous devons surmonter les uns et les autres, chrétiens, quelle misère est la nôtre I O Dieu , permettez-moi de m'en plaindre : (Jsquequo Domine , usquequo obliviseeris me infinem'l^ Jusqu’à quand, ô Seigneur, nous « oublierez-vous dans cet abîme de calamités? » jusqu'à quand détournerez-vous votre face de dessus les enfants d’Adam , pour n’avoir point pitié de leurs maladies? Avertis faciem tuam in/inem? « Jusqu’à quand, jusqu’à quand. Seigneur,

• me sentirai-je toujours accablé de maux , qui

• remplissent mon cœur de douleur, eVmon es- « prit de fâcheuses irrésolutions? » Quamdiu ponam consitia in anima mea, dolorem in corde meoperdiem‘1 Mais s’il ne vous plaît pas, ô mon Dieu , de me délivrer de ces maux , qui me blessent et qui m’affligent, exemptez-moi du moins de ces autres maux, je veux dire, des maux qui m’enchantent, des maux qui m’endorment, qui me contraignent de recourir à vous; de peur de m’endormir dans la mort ; Illumina oeutos meos, ne unguam obdormiam in mprle •*. N’est-ce pas assez, A Seigneur, que nous soyons accablés de tant de misères, qui font trembler nos sens, qui donnent de l'horreur à nos esprits? pourquoi faut-il qu’il y ait des maux qui nous trompent par une belle apparence , des maux que nous prenions pour des biens, qui nous plaisent et que nous aimions? Est-ce que ce n’est pas assez d'être misérables? faut-il , pour surcroît de malheur, que nous nous plaisions en notre misère , pour perdre à jamais l’envie d’en sortir? ■ Malheureux « homme que je suis I qui me délivrera de ce

• corps do mort? » Infelix homo! quis me tiberapit de corpore mortis hpjus ‘7 Écoute la réponse, homme misérable; ce sera «.la grâce de

• Dieu par Jésus-Christ Notre-Seigneur : • Gra- (ia Dei per Jesum Christum Dominum nostrum

Mais admire l'ordre qu’il tient pour ta gué-

* Cont. Jul. lib. V, cap. t, n* , t. z , ool. Mo.

* Ps. XII.

• Ibid. 2.

♦ Ibid. 4.

‘ Rom. TU . 24

• Ibid. 55.

POUR UNE VÊTURE

rison. Il est vrai que tu éprouves deux sortes de maux : les uns qui piquent, les autres qui flattent; mais Dieu a disposé, par sa providence, que les uns servissent de remède aux autres; je veux dire , que ics maux qui blessent servent pour modérer ceux qui piaisent; les douleurs, pour corriger ies passions ; les afflictions de la vie, pour nous dégoûter des vaines douceurs, et étourdir le sentiment des piaisirs mortels. C’est ainsi que Dieu se conduit envers ses enfants , pour purifier ieurs affections. Impinguatus est dilectus, et recalcitravit ' : « Son bien-aimé s'est engraissé,

« et ii a regimbé contre lut. • Dieu l'a frappé , dit l’Écriture , et ii s’est remis dans son devoir, et il l’a cherché dès le matin : Cum occident eos quarebant eum, et revcrtebanlur, et dituculo veniebant ad eum ’.

Telle est la conduite de Dieu ; c’est ainsi qu’il nous guérit de nos passions , et c’est sur cette sage conduite que la vie religieuse a réglé la sienne. Peut-elle suivre un plus grand exemple? peut-elle SC proposer un plus beau modèle? Elle entreprend de guérir les âmes, par la méthode infaillible de ce souverain médecin. Elle châtie le corps avec saint Paul’; elle réduit en servitude le corps par les saintes austérités de la pénitence , pour le rendre parfaitement soumis à l’esprit. Que cette méthode est salutaire! Car, ma sœur, je vous en conjure, jetez encore un peu les yeux sur le monde, pendant que vous y êtes encore ; voyez les dérèglements de ceux qui l’aiment; voyez les excès criminels où leurs passions les emportent. Ah ! je vois que le spectacle de tant de péchés fait horreur à votre innocence. Mais quelle est la cause de tous ces désordres? Cest sans doute qu’ils ne songent point à donner des bornes à leurs passions ; au contraire , il les traitent délicatement; ils attisent ce feu, et ses ardeurs s’accroissent jusqu’à l’inflni ; ils nourrissent ces bêtes farouches, et ils n’en peuvent plus dompter la fureur; ils flattent en eux-mêmes l’amour des plaisirs, et ils le rendent invincible par leurs complaisances.

Mes sœurs , que votre conduite est bien plus réglée. Bien loin de donner des armes à cet ennemi , vous l’affaiblissez tous les jours par les veilles, par l’abstinence et ;>ar l'oraison; vous tenez le corps sous le joug, comme un esclave rebelle et opiniâtre. J’avoue que In nature souffre beaucoup dans cette vie pénitente ; mais ne vous plaignez pas de cette conduite : cette peine est un remède ; cette rigueur, qu’on tient à votre é.gard, est un régime. C’est ainsi qu’il vous faut traiter,

■ DfUt. XXXII . is.

* P$. LVXXII, 10.

• I. Cor. IX, 17.

Bosserr. — T. iil.

6 enfants de Dieu, jusqu’à ce que votre santé soit parfaite. Cette convoitise, qui vous attire; ces maux trompeurs, dont je vous parlais, qui ne vous blessent qu’en vous flattant , demandent nécessairement cette médecine. Il importe que vous ayez des maux à souffrir, tant que vous en aurez à corriger : il importe que vous ayez des maux à souffrir, tant que vous serez au milieu des biens , où il est dangereux de se plaire trop. Si ces remèdes vous semblent durs, « ils s’excu- « sent, dit Tertullien, des maux qu’ils vous font,

• par l’utilité qu’ils vous apportent : > Emolumento curationis, offensam sut excusant Soumettez-vous, ma sœur, puisqu’il plaît à Dieu de vous appeler à ce salutaire régime. Commencezen aujourd’hui l’épreuve avec la bénédiction de l’Église; embrassez de tout votre cœur ces austérités fructueuses, qui, ôtant tout le goût aux plaisirs des sens, purifieront votre intelligence , pour sentir plus vivement les chastes voluptés de l’esprit. En combattant ainsi votre corps , vous épurerez vos affections, vous remporterez la victoire. Mais de peur que vous ne vous enfliez par ces grands succès, accoutumez-vous à l’humilité par l’amour de la vie cachée : c’est ma dernière partie.

TBOISIÈHE POINT.

Il ne sera pas dit, chrétiens, qu’en ce jour dédié à la sainte Vierge, elle soit passée sous silence ; et la cérémonie qui nous assemble en ce lieu, m’ayant fait porter ailleurs mes pensées dans le reste de ce discours, je me suis du moins réservé de vous la proposer dans ce dernier point comme le modèle de la vie cachée. Combien elle a vécu solitaire! combien elle a été soigneuse de se retirer! Vous le pouvez juger aisément par le peu que nous savons de sa sainte vie ; et les actions particulières de cette Vierge incomparable ne seraient pas , comme elles sont , si fort inconnues, si l’amour de la retraite ne les avait couvertes d’un voile sacré , et n’en avait fait un mystère. Qui vous a poussé, 6 divine Vierge, à vous cacher si profondément? qui vous a inspiré unsi grand amourdecetteobscuritémystérieuse, dans laquelle votre vie est enveloppée?Je pense, pour moi , chrétiens , que ç’a été sa pudeur. Et afln que vous entendiez quelle est cette pudeur merveilleuse, dont la sainte Vierge nous donne l’exemple , je remarquerai en peu de paroles qu’il y en a de deux sortes. Si la chasteté a sa pudeur, l’humilité a aussi la sienne. Ces deux vertus chrétiennes ont cela de commun entre elles, que toutes deux craignent les regards : elles croient

' l)t Pænil. n‘ 10.

POUR UNE VftTÜRF.

tontes deux perdre (luclqur chose de leur Intégrité et de leur force, quand elles s’abandonnent à la vue des hommes; et c'est pourquoi toutes deux aiment la retraite, et embrassent la vie cachée.

Pour ce qui regarde la chasteté; Je ne puis mieux vous exprimer combien elle y est délicate , que par ces beaux mots de Tertullien : Vent et Iota et pura virginitas, nil magis txmel quant temelipsam ; eliam feminarum oeulos poli non mit' : • La virginité, nous dit-il, quand elle « est entière et parfaite , Vera et tota et pura , ne

• craint rien tant qu’elle-mème; telle est sadé-

• licatesse qu’elle appréhende même les yeux des

• femmes : • etiam feminarum oeulos non vult. C’est pourquoi elle se cache avec soin; se réservant tout entière aux regards de Dieu , qui sont les seuls qu’elle ne craint pas ; voilà le portrait au naturel de la pudeur virginale. Mais celle de rbumilité n’est ni moins tendre ni moins délicate : au contraire , elle semble encore plus timide , elle ferme la porte sur soi pour n’étre point vue , selon le précepte de l’Évangile ■ : elle ne craint pas seulement les regards des antres; mais encore elle appréhende les siens : elle cache à la gauche ce que fait la droite ^ ; et elle su retire tellement en Dieu, qu’elle ne se voit pas elle-même. C’est pourquoi saint Paul nous lu représente dans une posture admirable, « oubliant, dit-il, ce qui est

• derrière, et s’étendant au devant de toute sa « force:* Qws quidem rétro sunt obliviscens, ad ea vero quœ sunt priora extendens meipsum ‘. C’est la vraie posture de l’humilité , qui porte ses regards bien loin devant soi, par la crainte qu’elle a de se. voir soi-même ; et qui considère toujours ce qui reste à faire pour n’êtrc jamais flattée de ce qu'elle a fait. Puisqu’elle se cache à sa propre vue, jugez de là, chrétiens, combien les regards des autres peuvent offenser sa modestie.

Ces vérités étant supposées, venons maintenant à la sainte Vierge. Si vous la voyez retirée, aimant le secret et la solitude; si peu accoutumée à la vue des hommes, qu’elle est même troublée à l’abord d’un ange : c’est la pudeur de la chasteté, qui lui donne cette retenue. Caries vierges, dit saint Bernard, qui sont vraiment vierges, ne sont jamais sans inquiétude, sachant qu’elles portent un trésor céleste dans un fragile vaisseau de terre; ou si les corps des vierges, purifiés et ennoblis par la chasteté , méritent un nom plus noble, mettons que ce suit un cristal ,

• f)f f'irtj. vctantl. «♦ ift.

* MttÜh. Tl , fl.

» Ihffl. 3.

♦ Phitipp. lu, 13.

il est toujours une matière fragile, Thesaurum in rosis fictilibus C’est pourquoi elles se tiennent sur leurs gardes , pour éviter ce qui est à craindre; toujours elles craignent où toutes clioses sont en sûreté ; Vt timenda caveant, etiam tuta pertimescunt • ; et appréhendant partout dis embûches, elles se font un rempart du silence, du recueillement et de la retraite. Belle et admirable leçon pour toutes les rdleschrétiennis ; nutis leçon peu pratiquée dans nos jours , où, bien loin d’aimer la retraite , elles ont peine à trouver des places assez éminentes pour se mettre en vue. Qui pourrait raconter tous les artiQccs dont elles SC servent, pour attirer les regards? et encore, quels sont ces regards? et puis-je en parler dans cette chaire? Non; c’est assez devons dire, que les regards qui leur plaisent ne sont pas des regards indifférents : ce sont de ces regards ardents et avides qui boivent à longs traits, sur leurs visages , tout le poison qu’elles ont préparé pour les cœurs ;cc sont ces regards qu’elles aiment

Mais n’entrons pas plus avant dans cette matière , et contentons-nous de leur dire ce que Tcrtullien pense d’elles. Elles rougiront peut-être d’apprendre ce que ce grand homme ne craint pas de nous assurer ; et je leur dirai apres lui , que de s'attirer de tels regards, ou même s’y exposer avec dessein : si ce n’est pas s’abandonner tout à fait , c’est du moins prostituer son visage : Totam faciem prostituere Je leur laisse à méditer cette parole, que la modestie delà chaire ne me permet pas d'exprimer dans toutesa force: aussi bien ne touche-t-elle pascelleà qui je parle. Grâce à la miséricorde divine , la vocation qu’elle embrasse la met à couvert de cette bonté ; elle se jette dans un monastère où, pour exclure les regards trop hardis, on bannit éternellement les plus modestes. Courage, ma chère sœur, fortifiezr vous dons cette pensée ; et entrez avec joie dans un monastère, où vous trouverez le plus haut degré de la pudeur virginale, selon cette belle sentence, qui semble être prononcée pour les carmélites, et qu’un historien ecclésiastique a recueillie de la bouche du grand saint Martin: « queletriomphcde la modestieet ladernicre per-

• fection de l'honnêteté dans votre sexe, c’est de

• ne SC laisser jamais voir : • Prima virtuset consummata Victoria est non videri*.

Si la pudeur de la chasteté doit vous faire aimer la retraite, celle de l’humilité vous y ohlige beaucoup davantage : c’est ce qu’il faut encore

’ II. Cor. IV , 1.

* 5. Bfrn. mp. MImus rsl , fhm itl , n* 9, t. I, cul. 747.

* De f'irg. vrt. n* 17.

* Sulp. Sn\ Dittl. Il . 13.

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POUR UNE VETU RE

montrer, en un mot, par l'exemple de In sainte Vierge. Lorsque toute la Judée accourt àson Fils, étomiée de scs prédications et de ses miracles, elle ne se mêle pas dans ses actions éclatantes , elle demeure enfermée dans sa maison ; et depuis le temps bienheureux de In manifestation de Jésus-Christ, à peine parait-elle une ou deux fois dons tout l’Évangile. Au reste, durant trente années qu’elle le possède toute seule, elle ne se vante pas d'un si grand bonheur; elle garde partout le silence ; et nous voyons bien dans l’histoire sainte, qu’elle écoute attentivenaent ce qui se disait de son Fils, qu’elle l’admire en ellemême , qu’elle le médite en son cœur; mais nous ne lisons pas qu’elle en parle, si ce n’est à sa cousine sainte Élisabeth, à laquelle elle ne pouvait se cacher; pareequ’ila pluau Saint-Esprit de lui révéler le mystère.

Ne voyez- vous pas, chrétiens, cette pudeur de l’humilité, qui se sent comme violée par les regards et par les louanges des hommes? Imitez un si grand exemple; et croyez que, pour plaire a i’Époux céleste, vous ne pouvez Jamais êtretrop cachés : que si vous en demandez la raison , je vous dirai , en peu de paroles , qu’il est un amant jaloux. Il est ordinaire aux jaloux de cacher soigneusement ce qu’ils aiment , afln de le réserver tout entier à leur cœur avide, que ie moindre soupçon de partage offense à l’extrémité. Jésus, votre amant, est jaloux d'une jalousie extraordinaire : car il n'est pas seulement jaloux, si vous avez pour les autres quelque complaisance; mais il est si sévere et si délicat , qu’il se pique si vous en avez pour vous-même. « Si la droite fait ' quelque bien , que la gauche , dit-il , ne le sache « pas > Il demande tout votre amour pour lui seul ; et tellement pour lui seul , que vous-même , tant il est jaloux , ne devez point entrer dans ce partage. Pour satisfaire à sa jalousie, vous ne sauriez vous chercher, n» sœur, une trop profonde retraite. Cachez- vous avec Jésus-Christ, dans la sainte obscurité de cette clôture; et pour être entièrement selon ion cœur, arrachez du vôtre, jusqu’à la racine, tout le désir de paraître et de plaire au monde.

Unanteur profane a écrit, au rapport de saint Augustin, que les grands et les puissants de la terre, et, pour user de son mot, les princes, c’est-à-dire , les personnes de votre naissance et de votre rang, devaient être nourries par lagloire: principem civilatis alendum esse gloria >. Et moi au contraire , je vous dis, ma sœur, que le mépris de la gloire doit être votre nourriture ; que vous devez effacer de votre mémoire toutes les

• Matih. VI, 3.

* /> VivU. Dei, Ub v, cap. xin, t. vu, ooJ. l3o.

marques de grandeur ; et afln que vous commenciez a les oublier, je ne vous parlerai plus ni des titres illustres qui sont si bien dus à la grandeur de votre maison, ni des avantages glorieux de votre naissance. Je n’ignore pas néanmoins, que j’en pourrais parler plus librement à une pi-rsonne qui les quitte et qui les foule aux pieds; et qu’on peut en discourir de la sorte, pour en in.spirer le mépris. Mais cette manière détournée d’en parler eu les rabaissant, ne me semble pas encore assez pure pour la prise d’habit d’une carmélite. Il est des passions délicates que l’on réveille , non-seulement quand on les chatouille, mais encore quand on les pique et quand on les choque ; il vaut mieux les laisser dormir éternellement, et qu'il ne s’en parle jamais , parce qu’on ne |)eut les rabaisser de la sorte, sans en rappeler les idées. Ainsi l’on imprime insensiblement ce que l’on voulait effacer, et l’on réveille quelquefois la vanité qu’on pensait détruire.

Aussi ai-je remarqué dans les saintes Lettres, que l’Esprit de Dieu , qui les a dictées, parle aux épouses de Jéstis-Christ des avantages de la naissance, avec une précaution admirable. Il ne les avertit pas seulement de les mépriser, il veut qu’elles eu perdent jusqu’au souvenir : • Écou- * tez , ma fille , et voyez , et oubliez votre peuple ■ et la maison de votre père ‘ ; • nous montrant , par cette parole, que le remède le plus efficace contre ces douces pensées qui flattent l’ambition et la vanité, dons la partie la plus délicate et la plus sensible , c’est de n’y faire plus de réflexion , et de les ensevelir, s’il se peut, dans un oubli éternel.

Pratiquez cette leçon salutaire ;etsi vous jetez les yeux sur ceux dont vous tenez la naissance , que ce soit pour contempler leurs vertus; que ce soit pour considérer cette conversion admirable où tous les intérêts politiques cédèrent à la force de la vérité, et furent sacrifiés si visiblement à la gloire de la religion ; que ce soit pour vous fortifier dans la piété par l’exemple de cette héroïne chrétienne qui vous a donné plus que la naissance, et qui n’aurait rien désiré avec tant d’ardeur sur la terre que de vous voir aujourd’hui renaître , s’il avait plu à la Providence qu’elle eût été présente à cette action. Mais que dis-je? elle la voit du plus haut des deux ; et si la félicité dont elle y jouit est capable de recevoir de l’accroissement, vous la comblez d'une joie nouvelle. Suivez sa dévotion exemplaire; et comme Dieu l’a choisie pour remettre la vraie foi dans votre maison , tâchez d’achever un si grand ouvrage. Vous savez, ma sœur, cc que Je veux dire; et

' Pi VLIV, II.

POUR UNE Vf-TURE.

qtiel((UP illustre que soit cette asscmblcc, on ne s'aperçoit que trop de ce qui lui manque. Dieu veuille que l’année prochaine ta compagnie soit complète, que ce grand et invincible courage se laisse vaincre une fois; et qu'après avoir tant servi, il travaille enfin pour lui-même*! Votre exemple lui peut faire voir que leSaint-EsprItagit dans l'Église avec une efficace extraordinaire; et du moins sera-t-il forcé d’avouer que dans le Heu où il est, il ne se verra Jamais un tel sacrifice.

Mais il est temps , ma sœur, de vous la laisser accomplir; votre piété s'ennuie de porter si longtemps les livrées du monde et les marques de sa vanité. J'entends que vous soupirez après cet heureux habit que l'Église va bénir pour vous. Vous aurez cet honneur extraordinaire, de le recevoir par les mains de cet illnstre prélat qui représente ici, par sa charge, la majesté du siège apostolique, et qui en soutient si bien la grandeur par ses vertus éminentes. J'ose dire qu’il vous devait oet office ; il fallait que Rome , où vous êtes née, s'intéressAt parce moyen à l’exemple de piété que vous donnez à Paris. Entrez donc dans cette cléture avec la sainte bénédiction de ce très-digne archevêque : mais souvenez-vous éternellement que , dès le premier pas que vous y ferez, vous devez renoncer de tout votre cœur jusqu'au moindre désir de paraître , et prendre pour votre partage la sainte et mystérieuse obscurité en laquelle il a plu à Notre-Seigneur que sa divine mère fût enveloppée.

Madame ** , la grandeur qui vous environne empêche sans doute Votre Majesléde goûter cette vie cachée qui est si agréable aux yeux de Dieu , et qui nous unit si saintement au Sauveur des Ames. Votre gloire, déjA élevée si haut, a reçu encore un nouvel éclat, ou nos expressions ne peuvent atteindre. Car qui pourrait dire, ma- <lame, combien il est glorieux d’avoir contribué, avec tant de force, à pacifier éternellement ces deux puissantes maisons qui semblent ne se pouvoir quitter , tant elles se sont souvent embrassées ; qui semblaient ne se pouvoir joindre, tant elles se sont souventdésunies, et que nous voyons maintenant réconciliées par cet admirable traité qui nous promet enfin la paix immuable,' parce que jamais il ne s’en est fait, où le présent ait été réglé par des décisions plus tranchantes, ni où l’avenir ait été prévu avec des précautions plus sages : tant a été pénétrant ce noble génie, que V otre Majesté nous a conservé, par une si constante

* 1.4^ pour lequel Porateur forme ici dos vrrux

est le marédial de Turonpe , dont oo espérait U ooDversioo , mais qui ne fit son obturation qu'en imm.

( Èûit. de renaUles. )

et si charitable prévoyance, comme l'instrument nécessaire pour achever un si grand ouvrage?

Mais , madame ’ , que dirai-je maintenant de vous? et que trouverai-je dans cet univers qui égale votre majesté? Que peut-on s’imaginer de plus grand que d'être l'épouse chérie du premier monarque du monde, qui s'est arrêté pour l’amour de vous au milieu de ses vietoires, et qui, vous ayant préférée à tant de conquêtes infaillibles , ne laisse pas de confesser, qu'encore ne vous a-t-il pas assez achetée?

Parmi tant de gloire , mesdames , ce que j’appréhende pour Vos Majestés, c'est que vous n’ayez point assez de part A l’humiliation de Jésus-Christ. C’est ce qui vous doit obliger de vous retirer souvent avec Dieu , de vous dépouiller A ses pieds de toute cette magnificence royale, qui aussi bien ne parait rien A ses yeux , et IA de vous couvrir humblement la face de la sainte confusion de la pénitence. C’est trop Oatter les grands , que de leur persuader qu’ils sont impeccables : au contraire H faut qu’ils entendent que leur condition relevée leur apporte ce mal nécessaire , que leurs fautes ne peuvent être presque médiocres. Dans la vue de tant de périls , Vos Majestés, mesdames , doivent s’humilier profondément. Tous les peuples vous admireront, tous les peuples loueront vos vertus dans toute l’étendue de leurs cœurs. Vous seules vous vous accuserez, vous seules vous vous coufondrez devant Dieu , et vous participerez, par ce moyen, aux opprobres de Jésus-Christ, pour participer A sa gloire , que je vous souhaite éternelle. Amen.

SERMON

POUR UNE VÊTURE

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