‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 138 sur 273 · LE JOÜR DE L*EXALTATION DE LA SAINTE CROIX · texte numérisé non relu

LE JOÜR DE L*EXALTATION DE LA SAINTE CROIX

Combien II en a coûté à Jésus-Christ pour le contrat de son mariage avec lT.gli$e. Trois qunlUés de ci*t Époux des vierges chrelieoaes. Dans quel dessidii a t-it acquis les lioinmes. Pourquoi ne devons-nous rechercher dans ce nouveau Roi aucune morqtiee&térieure de grandeur royale. Condilioiis qu'il exige de celles qu’il prend pour ses épouses. Prérogative des vierges chréUennes : pureté qui leur est néa-ttsaire. Extrême jalousie de leur Epoux : comment elles doivent »« couduire , pour ne pas offenser ses regarda.

Venrrunt nuptiœ Agni , et usor ejus pTreparavU se. Les noces de l’Agneau sont venues, et son éjiouse s'i'st

préparée. Apoc. xix, 7.

Le mystère de notre salut nous est proposé dans les saintes Lettres sous des figures diverses, dont la plus fréquente , mes sœurs , c'est de nous représenter cet ouvrage comme l'effet de plusieurs actes publics , passés authentiquement par le Fils de Dieu en faveur de notre nature. Nous y voyons premièrement l'acte d'amnistie et d'abolition générale , par lequel il nous remet nos péchés : ensuite, nous y lisons le traité de paix, par lequel il pacifie le ciel et la terre , et le rachat qu'il a fait de nous pour nous retirer des mains de Satan. Nous y lisons aussi en plus d'un endroit le testament mystique et spirituel, par lequel il nous donne la vie éternelle , et nous fait ses cohéritiers dans le royaume de Dieu son père. Enfin il y a le sacré contrat par lequel il épouse sa sainte Église , et la fait entrer avec lui dans une bienheureuse communauté. De ces actes, et de quelques autres qu’il serait trop long de vous rapporter, découlent toutes les grâces de la nouvelle alliance : et ce que j’y trouve de plus remarquable , c'est que notre aimable et divin Sauveur les a tous ratifiés par son sang. Dans la rémission de nos crunes, il est notre propfttateur par son sang ;

• Dieu l’ayant proposé pour être la victime de ré- > conciliation par la foi que les hommes auraient « en son sang ; • Propiliationem per fdem in sanguine ipsius S’il apacifié le ciel et la terre , c’est par le sang de sa croix : Pacificans per snnguinem crucis ejus'. S’il nous a rachetés dis mains de Satan , comme un bien aliéné de son domaine, les vieillards lui chantent dans l’Apo. ealypse que son sang a fait cet ouvrage : . \ ors

• nous avez rachetés par votre sang, » lui di'en ils ; Kedemisti nos in sanguine luo' : et (>imc

• ni. as.

1 * .tfw. V . 9.

POUR UNK PROFESSION.

iH- (|ui ropirde son testament, c’c.st lui-mùmc qui Il prononcé dans sa sainte cène : « Buvez ; ceci est « mon sang , le sang dn nouveau testament versé

• pour la rémission des péchés •

Ne croyez pas , âmes chrétiennes, que le contrat de son mariage, par lequel il s'unit à l’Église, lui ait moins coûté que le reste. C'est à lui que convient proprement ce mot : * Vous m’étes un ■ époux de sang : » Sponsus sanguinum tu es miki ’ : et ce n'est pas sans sujet que, dans le passage de l'Apocalypse que j'ai choisi pour mon texte, il est épousé comme un Agneau, c’est-àdire , en qualité de victime : Yenerunl nuptiœ Àgni. Ainsi quoique la fête de sa croix, qui cornprend un mystère de douleurs, semble être fort éloignée de la solennité de son mariage , qui est une cérémonie de joie, il y a néanmoins beaucoup de rapport ; et nous pouvons aisément traiter l’une et l'autre dans la snitc de ce discours, après avoir imploré le secours d’en haut par l’Intercession de la sainte Vierge , Ave.

Dans cette cérémonie , vous parler d'autre chose, ma très-chère sonir, que de votre Époux, ce serait offenser votre amour. Parlons donc aujourd'hui du divin Jésns ; qu'il fasse tout le sujet de cet entretien. Considérons attentivement quel est cet Époux qu'on vous donne ; et , pour joindre votre fête particulière avec celle de toute l’Église, tâchons de connaître ses qualités par le mystère de cette journée. Vous y verrez premièrement qu’il est roi , et vous lirez le titre de sa royauté gravé en trois langues au haut de sa croix : • Jé-

• sus de Nazareth , roi des Juifs ’. • Vous y apprendrez en second lieu , que c'est un amant passionné; et son sang, que le seul amour tire de ses veines, en sera la marque évidente. Enfln vous découvrirez que c’est un amant jaloux ; et il me sera aisé de vous faire voir , par les Écritures divines, que ce grand ouvrage de notre salut, aecompli heureusement sur la croix , a été un effet de sa jalousie.

PBEUIEB POINT.

Quand je considère , mes sœurs , cette qualité de roi des Julft que Pilate donne à Jésus-Christ, et qu’it fait paraître au haut de sa croix , malgré les oppositions des pontifes , j'admire profondément la conduite de la Providence qui lui met cette pensée dans l’esprit , et je me demande à moi-même : D'où vient que notre Sauveur, qui a refusé si constamment le titre de roi durant les jours de sa gloire, c’est-à-dire, quand il se mon-

’ Matih. XITI.

» Exod. rv, îh.

» Jttan. . 19.

trait un Dieu tout-puissant par la grandeur de se miracles, commence à le recevoir dans le jour de scs abaissements, et lorsqu’il parait le dernier des liommes par la honte de son supplice. Où est l’éclat et la majesté qui doivent suivre ce grand nom de roi , et qu’a de commun la grandeur royale avec cet appareil d'ignominie? C’est ce qu'il faut vous expliquer en peu de paroles; et pour cela remarquez , mes sœurs , que Jésus- Christ a deux royautés , dont l’une lut convient comme Dieu , et l'autre lui appartient en qualité d’homme. Comme Dieu II est le roi et le souverain de toutes les créatures qui ont été faites par lui ; Omniaper ipsum facta suni ' ; et outre cela, en qualité d’homme , il est roi en particulier de tout le peuple qu'il a racheté, sur leqr<el il s’est acquis un droit absolu par le prix qu’il a donné pour sa délivrance. Voilà donc deux royautés dansleFIlsde Dieu; la première lui est naturelle, et lui appartient par sa naissance; la seconde est acquise, et il l’a méritée par ses travaux. La première de ces royautés qui lui appartient par la création , n’a rien que de grand et d'augus'e ; parce que c’est un apanage de sa grandeur naturelle, et qu'elle suit nécessairement son indépendance : mais il ne doit pas en être de même de celle qu’il s'est acquise par la rédemption ; et en voici la raison solide , que j’ai tirée de saint Augustin.

Puisque le Fils de Dieu était né avec une telle puissance, qu'il était de droit naturel maître absolu de tout l’univers ; lorsqu'il a voulu s’acquérir les hommes par un titre particulier, nous devons entendre, mes frères, qu’il ne le fait pas de la sorte dans le dessein de s’agrandir , mais dans celui de les obliger. En effet , dit saint Augustin, que sert-il au Boi des anges de se faire le roi des hommes; an Dieu de toute la nature, de vouloir s'en acquérir une partie , sur laquelle il a déjà un droit souverain? Il n’accrott point par là son empire , il n’étend pas plus loin sa puissance; puisqu’en s’acquérant les fidèles, il ne s’acquiert que son propre bien , et ne se donne que des sujets qui lui appartiennent déjà par le titre de la création. Tellement que s’il recherche cette royauté , il faut conclure , dit ce .saint évêque, que ce n’est pas dans un dessein d'élévation, mais par un sentiment de condescendance ; ni pour augmenter son pouvoir, mais pour exercer sa miséricorde : Dignatio est , non promotio; miserationis indicium, non potestatis augmeiitum

Ainsi , nous ne devons chercher en ce nouveau

' Jmm. I , .1.

* lu Jfittn. Tr. n . n" r., 1. m . part n , col. «36.

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POUR UNE PROFESSION

roi aucuoemarqueextérleurcde grandeur royale. | C est Ici une royauté extraordinaire. Jésua-Christ n’est pas roi pour s’agrandir ; c’est pourquoi il ne cherche rien de ce qui l’élève aux yeux des hommes : il est roi pour nous obliger; c’est ^urquoi U recherche ce qui noos oblige, c est-é-dire, des blessures qui nous guérissent, une honte qui toit notre gloire, et une mort qui nous sauve. Telles sont les marques de sa royauté : elles sont dignes d’un roi qui ne vient pas pour s’élever aud^us des hommes, par l’éclat d’une vatne pompe; mais plutôt pour fouler aux pieds les grandeurs humaines, et qui veut que les sceptres rejetés, l’honneur méprisé, la gloire du monde anéanUe, fassent tout l’ornement de son triom-

pbe. ^

Voilà le roi, ma très-chère sœur, que vous choisirez pour époux. S’il est pauvre, abandonné, desütué entièrement des honneurs du siècle et de tous les biens de la terre , au nom de Dieu n’en rougissez pas. Ce n’est point par impuissance , mais par dédain : ce n’est point par nécessité , mais par abondance. U ne méprise les avantages du monde qu’à cause de la plénitude des trésors célestes; et ce qui rend sa royauté plus auguste , c’est qu’elle ne veut rien de mortel. C’est pourquoi dans ce bienheureux mariage, dans lequel ce divin Époux vous associe à son trône, il demande pour dot votre pauvreté. Nouveau mariage, mes sœurs, où le premier article que l’Époux propose , c’est que l’épouse qu’il a choisie renonce à son héritage, où il l’oblige par son contrat à se dépouiller de tous ses droits; ou il appelle ses parents , non pour recevoir d’eux leurs biens temporels, mais pour leur quitter à ce qu elle peut espérer par sa succession. C’est à cette condition que ce Roi cruciflé vous épouse ; car si son royaume était de ce monde , il en pourrait peut-être demander les biens; mais son royaume n’étant pas du monde , Il a raison d’exiger celte condition nécessaire : c’est que vous renonciez tout à toit au monde par la sainte profession de la pauvreté volontaire, dont il vous a donné l’exemple.

Le contrat qu’il vous propose, ma sœur , les articles qu'il vous présente à signer sont compris en ces paroles do divin apôtre : Mihi mundus cnicifixu3 est, et ego mundo ■ : - Le monde « m’est crucifié, et je su’is cruciflé nu monde. » Où vous devez remarquer, avec le docte saint Jean Cbrysostôme * , que « oc n’est pas assez à l’apôtre - que le monde soit mort pour le chrétien ; mais . qu’U veut encore, dit ce saint évêcioe, que le

• chrétien soit mort pour le monde : • et cela pour nous faire entendre que le commerce est rompu des deux côtés, et qu'il n’y a plus aucune alliance.

• Car , poursuit ce docte interprète , l’apôtre con-

• sidérait que non-seulement les vivants ont quel -

• que sentiment les uns pour les autres ; mais qu i|

• leur reste encore quelque affection pour les . morts : ils en conservent le souvenir, ils leur

• rendent quelques honneurs , ne serait-ce que . ceux de la sépulture. C’est pourquoi l’apôtre

• saint Paul ayant entrepris de nous faire enten- . dre jusqu’à quelle extrémité le fidèle doit se

• dégager de l'amour du monde; ce n’est pas

• assez , nous dit-il , que le commerce soit rompu

• entre le monde et le chrétien , comme il l’est . entre les vivante et les morte; car il reste assez

• ordinairement quelque affection en ceux qui

• survivent, qui va chercher les morte dans le

• tombeau même : mais tel qu'est un mort à l'é-

• gard d’un mort , tels doivent être le monde et le

• chrétien. > Grande et admirable rupture! Mais donnons-en une idée plus particulière.

Ce qui nous fait vivre au monde, c’est l’inclination pour les biens du monde; ce qui fait vivre le monde pour nous, c’est un certain éclat qui noos éblouit. La mort éteint les inclinations; cette chaleur tempérée qui les entretient s’est entièrement exhalée : la mort ternit dans les plus beaux corps toute cette fleur de beauté, et toit évanouir cette bonne grâce. Ainsi le monde est mort pour le chrétien, en tant qu’il n’a plus d’attrait pour son cœur ; et le chrétien e.st mort pour le monde, en tant qu'il u’a plus d'amour pour les biens qu'il donne. C’est ce qui s’appelle dans l’Écriture être crucifié avec Jésus-Christ. C’est le traité qu’il nous fait signer en nous recevant au baptême ; c’est le même qu’il vous propose dans ces noces spirituelles , ainsi qu’un sacré contrat , pour être observé par vous dans la dernière rigueur, et dans la perfection la plus éminente : contrat digne de vous être lu dans la fêle de la sainte Croix , digne de vous être offert par un Roi crucifié, digne d’être accepté humblement dans une profession solennelle, où l’on voue, devant Dieu et devant ses anges , un renoncement éternel au monde.

Méditez ce sacré contrat, sous lequel Jésus - Christ vous prend pour épouse : dites hautement avec le divin apôtre : Mihi mxmdus cnicifixux est, et ego mundo. En effet , le monde ne vous est plus rien , et vousn’étes plus rien au monde. Le monde ne vous est plus rien, puisque vous renoncez à ses espérances ; et vous n’êtes plus rien nu monde, puisqu’il ne vous comptera plus parmi les vivante. Votre famille vous perd , vous allé;» entrer dans un autre monde, vous ne tenez plu»

• r.nl. *1,1*.

* LtO U, f(r n" 2, 1 I, p 12-

l’OUIl U.\E

par aucun lien à la société civile, et cette clôture vous est un tombeau, dans lequel vous allez être comme ensevelie. Que vos proches ne pleurent pas dans cette mort bienheureuse, qui vous fera vivre avec Jé-sus-Christ. Son affection vous est assurée; puisque l'ayant acquis par la pauvreté, vous avez le moyen de pa^cr son cœur par la pureté virginale : c’est ma seconde partie.

SECOND POINT

Pendant que Jésus-Christ cruciflé vous parle lui-même de son affection par autant de bouches qu’il a de blessures, et que son amour s'épanche sur vous avec tout son sang par ses veines cruellement déchirées, il me semble peu nécessaire de vous dire combien il vous aime; et vos yeux attaches sur la croix vous en apprendront plus que tous mes discours. Je remarquerai seulement , ma sœur, que cet ardent amour qu’il témoigne, n’est pas seulement l’amour d’un Sauveur, mais encore l’amour d’un époux ; et je l’ai appris de I apôtre, qui, voulant donner au.x chrétiens un modèle de l’amitié conjugale, leur propose l’amour inllni que Jésus-Christ montre à son Église , en se livrant pour elle à la croix. • Maris, dit " il, aimez vos femmes, comme Jésus-Christ a • aimé l’Église, et s’est donné lui-même pour - elle : ■ Yiri, ditigile uxons veslras, sicul et Christus dilexit Ecclesiam, et tradidit semetipsum pro ea Ainsi, dans cet amour du Sauveur, vous y trouverez l’amour d’un époux.

Il est hon de remarquer en passant, qu’ainsi le Fils de Dieu a aimé les hommes en toutes sortes de qualités qui peuvent donner de l’amour. Il les a aimés comme un père ; il les a aimés comme un sauveur, comme un ami, comme un frère, comme un époux : et il nous aime sons tous ces titres, alln que nous connaissions que l’amour, qui |è fait mourir pour nous en la croix , a toutes les qualités d’un amour parfait. Il est fort comme l’amour d’un père, tendre comme l’amour d’une mère , bienfaisant comme l’amour d’un sauveur cordial comme l’amour d’un bon frère, sincerè comme l’amour d’un fidele ami; mais ardent comme l’amour d’un époux. Mais cet amour de Jésus-Christ , dont parle l’apôtre , regarde généralement toute son Église : il faut montrer aux vierges sacrées leurs avantages particuliers , et les droite extraordinaires que leur donne leur chasteté sur le cœur de rÉ[)oux i-éleste.

Un mot de l’Apocalypse nous découvrira ce secret, et Je vous prie de le bien entendre, fli sunt, tpsi cum mulierilms non sunt coingninati ; virgines enim sunt : hi seguuntur Aynum yuo-

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