PROFESSION
cumque ierit ■ ; . Ceux-là , dit-il , sont les vierges • qui suivent l’Agneau partout où il va. . Telle est la prérogative des vierges, dont le grand et admirable saint Augustin nous expliquera le mystère. Pour cela, il remarque avant toutes choses que suivre Jésus-Christ , c’est l’imiter autant qu’ii est permis à des hommes : Uunc in eo quisque sequitur, in quo imitatur> ; tellement que le suivre partout où il va, c’est l’imiter en tout ce qu’il fait Ce fondement étant supposé, il est bien aisé de conclure que suivre l’Agneau partout où il va, c’est le privilège des vierges. Car si Jésus est doux et humble de cœur, si Jésus est simple et pauvre d’esprit, si Jésus est soumis et obéissant , s’il est miséricordieux et charitable; et les vierges et les mariés peuvent le suivre dans toutes ces voies. Quoiqu’ils ne puissent pas y marcher de la même force, ils peuvent néanmoins, dit
saint Augmstiuî, s’attacher diligemment à tous ses
pas , et insister fidèlement à tous ses vestiges : ils ne peuvent pas les remplir, mais Us peuvent y mettre le pied ; ils peuvent même le suivre jusqu’à cette noble épreuve de la charité , de laquelle lui-même a dit qu’il n’y en a point de plus grande c est -à-dire, jusqu’à mourir pour si-
gnaler son amour.
Jusqu’ici, ô divin Sauveur! vous pouvez être suivi de tous vos fidèles : mais après il se présente un nouveau sentier , où tous ne peuvent pas vous accompagner. Car, mes frères, • cet Agneau " sans tache marche par un chemin virginal ; . ce sont les mots de saint Augustin ‘ : Ecce itte Aynus yraditur itinere viryinali. Ce Fils de vierge est demeuré vierge ; et trouvant au-dessous de lui-même la sainteté nuptiale, il ne lui a voulu donner aucun rang , ni dans sa naissance, ni dans sa vie. Que de sainte ne le peuvent suivre dans cette route sacrée I Pion omnes capiunt vevbum istud^ ; toutefois il ne veut pas y demeurer seul.
Accourez ! ô troupe des vierges ! et suivez par-
toutee grand conducteur. Que lesautresie suivent
partout où ils peuvent, vous seules le pouvez suivre partout où il va , et entrer par ce mnven avec loi dans la plus intime familiarité. C’est la belle et heureuse suite de ce privilège incomparable : ces âmes pures et virginales s’étant constamment attachées à suivre Jésus-Christ partout, cette preuve inviolable de leur amitié fait que Jésus s’attache réciproquement à les avoir
’ .4pOt. XIT, ♦.
» De ianeta yirginU. n” 87, t . vi. cuî. 3'4
* Ibiti. n*
* Joiin. XV, 13.
* Vbi aupra , n’
* \u. II.
' F.phef V, 25.
POUR UNE PROFESSION
toujours dans sa compagnie. Il fait toujours écla- i ter sur elles un rayon de faveur particulière : il se met en leurs mains dans sa naissance , il les pose sur sa poitrine dans sa sainte cène, il ne les oublie pas à sa croix ; et les ayant tendrement aimées, il les aime jusqu'à la fin : /n finem dilexit eos '. Une mère vierge, un disciple vierge y reçoivent les dernières preuves de son amitié ; et ne voulant pas sorlir de ce monde sans les honorer de quelque présent, comme il ne voit rien de plus grand que ce que consacre la virginité , il les laisse mutuellement l'un à l’autre ; • Femme, «lui dit-il, voilà votre fils ;■ et : «Fils, voilà votre > mère*. • Il n’est pas jusqu’à son sépulcre qu’il veut trouver vierge ; tant il a d’amour pour la virginité!
Recherchons encore, mes sœurs, pour épuiser cette matière importante , d’ou vient que le Fils de Dieu fait scs plus chères délicc-s d’un cœur virginal , et ne trouve rien de plus digne de ses chastes embrassements. C’est à cause qu’un cœur virginal se donne à lui sans aucun partage, qu’il ne brûle point d’autres flammes, et qu’il n’est point occupé par d’autres affections. Qui pourrait assez exprimer quelle grande place y tient un époux , et combien il attire d’amour après sol? Ensuite naissent les enfants, dont chacun emporte sa part, qui lui est mieux due et plus assurée que celle de son héritage. Parmi tant de désirs divers, à combien de sortes d’objets le cœur estil contraint de s’ouvrir ? L’esprit , dit l’apûtre , en est divisé : Sollicilus et divisus est et dans ce fâcheux partage, nous pouvons dire avec le Psalmiste : Sicut aqua effusus sum * : « Je suis ré- ■ pandu comme de l’eau; • et cette vive source d'amour, qui devait tendre tout entière au ciel, multipliée et divisée en tant de ruisseaux , se va perdre deçà et delà dans la terre. Pour empêcher ce partage, la sainte virginité vient fermer le cœur : VI signaculum super cor tuum * ; elle y appose comme un sceau sacré qui empêche d'en ouvrir l’entrée , si bien que Ji-sus-Clirist y règne tout seul : et c’est pourquoi il aime ce cœur virginal , parce qu’il [wssède en repos , sans distraction , toute l’intégrité de son amour.
C’est ainsi , 6 pudique épou.se ! que vous devez aimer Jésus-Christ : tout l’amour que vous auriez pour un cher époux , vous le devez , dit saint Augustin , au Sauveur des âmes. Mais que dis-je? vous lui en devez beaucoup davantage : car cette femme que vous voyez , qui chérit si tendrement son mari , ordinairement ne le cliolsit pas ; mais
' Jnan. ini. I.
» Ibid. XIX « S6, 27.
» 1. Cor. TU, M.