SUR LA VIRGINITE
Sainte jëpnrallon et chaite union , deux clK»ei dam leiqoH^ consUle la sainte virelnlté : comhien elle est mile « Kénémiae. De quelle en établissant son siéee
dans l àme, rejalllit.ellc sur le corps. AvrequrI soin l«t virrftp* doivent «arder tous leurs sens. D*uu \ lent la sainte vir«i- nllé a-t-clle tant d’altrailspourle Sauveur. Saint ravU.semrnt ü^vlerg», et leurs privilèges. PrecautioM qui leur sont nécessaires, pour être saintenienl unies a leur Epoux. Son amour et M Jalomie : aesdeua renard» sur ellea, Qu\it-ce qui muae >a relmlle. ruuexlen ellelj de furBuell : n»aiil.i|!e> de I liluniUté. “
Æmttlor COJ Del œmulaHone : despondi enlm ivs uni viro , virginem castam eitnbere VhrUlo.
J ai pour vous un amour de jalousie , cl d'uoe Jnlnusie de Dieu ; jiarce que je vous ai liancCe A cet unique Époux , qui est jesus Clitist , |K>ur vous préseuter A lui comme une vierge toute pure. //. Cor. xi, 1.
Puisque la sainte cérémonie par laquelle vous vous consacrez au Sauveur avec la bénédiction de l'Église, vous met au nombre des vierges sacrées , et vous joint à la troupe innocente de ces Allés choisies et bien aimées, qui doivent être conduites au Roi, scion la prophétie du Psalmiste' ; pour vous faire connaître avec évidence quelle est la profession que vous faites, il est nécessaire que vous pénétriez ce que c'est que la virginité chrétienne , dont les anciens docteurs nous ont fait de si grands éloges. C’est aussi ce que vous enseigne le divin apAtre, en vous assurant qu’il vous a unie, comme une vierge chaste et pudique, à un seul homme, qui est Jésus- Christ; et il vous moQtre, par ces paroles, que la
’ MaUh. XTII, 12 * /*». , 15.
POUR UNE PROFESSION
sainte viri'inité consiste principalement en clenx choses. Mais pour entendre un si ^rand mystère , remontons jusqu'au principe, et supposons avant toutes choses que cet Epoux immortel , que votre virginité vous prépare, a deux qualités admirables. Il est infiniment séparé de tout par la pureté de son être : il est inniiiment communicatif par un effet de sa bonté.
Quand j'entends le Seigneur Jésus qui enseigne à Marthe empressée , qu'il n'y a qu'une chose qui soit nécessaire ' ; je remarque en cette parole laeoudamnation infaillible de lavanitédesenfants des hommes. Oirsi le Fils de Dieu nous apprend que nous n'avons tous qu'une même affaire, ne s'ensuit-il pas clairement que nous nous consumons de soins superflus , que nous ne concevons que de vains desseins, et que nous ne repaissons nos esprits que de ereuscs imaginations, nous qui sommes si étrangement partagés parmi tant d'occupations différentes? tellement que ee divin Maître, nous rappelant à l'unité seule, condamne la folie et l'illusion de nos désirs inconsidérés, et de nos prétentions infinies : d'ou il est aisé de conclure que la solitude que les hommes fuient , et les cloîtres qu'ils estiment autant de prisons, sont les écoles de la véritable sagesse; puisque tous les soins du monde en étant exclus avec leur empressante multiplicité , on n'y cherche que l'unité nécessaire, qui seule est enpabled'établir les cccurs dans une tranquillité immuable.
Cest, madame, à cette unité que vous invite le divin apAtre, quand il vous assure aujourd'hui qu'il vous a unie pour toujours, comme une vierge chaste et pudique , à un seul homme qui est Jésus-Christ, Uni viro. C'est en effet & cet unique Epoux que votre profession vous consacre; et la sainte virginité, que vous lui offrez en ce jour , vous sépare de toutes choses pour vous attacher à lui seul. Mais avant que de traiter un si grand mystère , recourons tous d'une même voix , à la mère et au modèle des vierges , et implorons sa bienheureuse assistance, en la saluant avec l'ange , et disant , Ave , Maria.
Il importe infiniment au salut des âmes de considérer sérieusement un endroit admirable du divin apAtre ’ ,où cet excellent maître des Gentils nous représente l’économie de l’Eglise dans la diversité des opérations qui font l'harmonie de ce corps mystique. Il se fait, dit-il, en f Eglise une certaine distribution de grâces ; et comme nous voyons que le corps humain se conserve par les fonctions différentes de chacun des membres qui le composent, ainsi en est-il du corps
' /.ne. 1 , 45.
* Jlom. \ii , 4 (-/ tcq.
de l'Église, dont tous les membres ont des dons divers, selon que f Esprit de Dieu les anime. C'est de là que nous apprenons cette belle et importante leçon, que la perfection du christianisme consiste à nous acquitter de la fonction à laquelle le Saint-Esprit nous destine. Car comme le corps humain est parfait lorsque l’œil discerne bien les objets , et l'ouïe, 1a différence des sons;Iorsque l'estomac prépare nu reste du corps la nourriture qui lui est propre, que le poumon rafraîchit le cœur, et que le cœur fomente le corps par cette chaleur douce et vivifiante qui réside en lui comme dans sa source ; et enlin lorsque les organes exécutent (idclement ce que la nature leur a commis : ainsi la perfection du corps de l'^^glisc , c'est que tous les membres de Jésus-Christ exercent constamment faction qui leur est particulièrement dcslint-c , et que chacun rapporte son opération à la lin du divin Esprit qui nous meut et qui nous gouverne. C’est sans doute pour cette raison , mes très-chères sœurs , que vous avez désiré de moi que je vous entretinsse aujourd'hui de la sainte profession à laquelle le Saint- Esprit vous a appelées; et pour contenter ce pieux désir, consiilérons, avant toutes choses, pourquoi vous vous êtes retirées du monde à quoi vous avez été destinées ; quel est votre nom , quel est votre titre, quelle est votre fonction dans l'Eglise.
Vous êtes, mes sœurs, ces lillcs chosics qui devez être conduites au Roi, selon la prophétie du Psalmiste; vous êtes les vierges de Jesus- Christ et les cliastes épouses du Sauveur des âmes : de sorte ([uc, pour connaifre avec évidence quelle est la profession que vous faites, il est nécessaire que vous pénétriez ce que c’est que la virginité chrétienne à laquelle vous avez été eonsacré'cs. Cest aussi ce que vous enseignera le divin apAtre, en vous assurant qu'il vous a unies , comme une vierge chaste et pudique , à un seul homme , qui est Jésus-Chri.st. Mais pour entendre le sens de ce beau passage , disons que la virginité chrétienne consiste en une sainte séparation et en une chaste union. Cette séparation fait sa pureté, cette chaste et divine union est la cau.se des délices spirituelles que la grâce fait abonder dans les âmes vraiment virginales.
Que le principe de la pureté soit une séparation salutaire, vous le comprendrez aisément, si vous remarquez que nous appelons impur ce qui est mêlé , et que nous estimons pur et net ce qui, étant uni en soi-même , n’est gâté ni corrompu par aucun mélange. Par exemple, tant qu’une fontaine se conserve dans son canal , telle qu’elle est sortie de la roche qui lui a donné sa naissance , elle est nette, elle est pure; elle ne parait point corrompue. Que si par l'impétuosité de sou cuui'S
POUR I.NE PROFESSION
dic agile trop \ iolemmci)t la terre sur laquelle elle passe , et quelle en détaehe quelque partie qu'elle entraîne avec elle parmi ses eaux; aussltiit vous lui voyez perdre toute sa netteté naturelle; elle cesse visiblement d'étre pure, sitôt qu'elle commence d'étre mêlée.
Mais élevons plus haut nos pensées, et considérons en Dieu même la preuve de la vérité que j'avance. La théologie nous enseigne que Dieu est un être infiniment pur : elle dit qu'il est la pnreté même. En quoi est-ce que nous remarquons cette pureté incompréhensible de l'Étre divin , sinon en ce que Dieu est d'une nature entièrement dégagée, libre de toute altération étrangère, sans mélange, sans changement, sons corruption? et s'il nous est permis de parler, en bégayant , de si grands mystères , nous pouvons dire que son essence n'est qu'une indivisible unité, qui ne reçoit rien de dehors; parce qu'elle est infiniment riche, et qu’elle enferme toutes choses en elle-même, dans sa vaste et immense simplicité. C'est pour cette raison, mes très-chères soeurs, autant que notre faiblesse le peut comprendre, que l'être de notre Dieu est si pur ; parce qu'il est infiniment séparé, et qu'il ne souffre rien en lui-même que ses propres perfections, qui ne sont autre chose que son es.sence. Cette première pureté, de laquelle toute pureté prend son origine, se répandant par degrés sur les créatures, ne trouve rien de plus proche d'elle que les intelligences célestes, qui sans doute sont d'autant plus pures qu'elles sont plus éloignéesdu mélange, étant séparées de toute matière; et de là vient que nous les appelons esprits purs.
Selon ces principes, mes tr^-chères soeurs. Il faut que vous soyez séparées; et quoique vos Ames se trouvent liées à un corps mortel , par leur condition naturelle , il faut nécessairement vous en détacher en purifiant vos affections. C'est pourquoi le prophète Isaïe , voulant e.xhorter à la pureté les enfants de la nouvelle alliance, il les invite à une sainte séparation : • Retirez-vous ,
■ retirez-vous , leur dit-il , sortez de là , ne touchez
■ point aux choses souillées, soyez purs *. > Par ou vous voyez , sans difficulté , que c'est le détachement qui nous purifie ; de sorte que, la virginité chrétienne étant la perfection de la pureté, il s'ensuit que pour être vierge, selon la discipline de l'Évangile , il faut une séparation très-entière , et un détachement sans réserve.
Mais faudra-t-il donc, direz- vous, que les vierges, pour être pures, demeurent éternellement séparées, sans attacher leur affection à aucun objet? Nullement, ce n'est pas là ma pensée.
■ II. ui.
.SI nous étions faits pour nous mêmes, nous pour rions ne vivre aussi qu'en nous-mêmes ; mais puisqu'il n'y a que notre grand Dieu qui puisse être lui-même sa félicité, il faut que nos mouvements tendent hors de nous, si nous voulons jouir de quelque repos. Donc la vierge vraiment chrétienne, crainteque sa pureté perde son éclat, s'attache uniquemement à cel ui dans lequel nous vous avons dit que la pureté prend son origine. Regardez , mes très-chères sœurs , regardez le Verbe divin votre époux ; c'est à lui que vous devez vous unir , après vous être purifiées par le mépris général des biens de la terre : si bien que J'ai eu raison de vous dire que la virginité chrétienne , c'est une sainte séparation et une bienheureuse union. De là vient que l’apêtre saint Jean voulant décrire la gloire des vierges, les représente sur une montagne avec l'Agneau ' . D'où vient qu 'elles sont sur une montagne élevée bien haut au-dessus du monde, si ce n'est que la virginité les sépare? et d’où vient qu'elles sont avec l’Agneau , si ce n'est que la virginité les unit? C'est aussi ce que nous enseigne l'apôtre , dans le passage que nous expliquons : • Je vous ai promises , dit- il , à un
• seul. > Qui ne voit la séparation dans cette unité, puisque le propre de l'unité est d'exclure? Mais, ajoute le même saint Paul , • Je vous ai promises
• à un seul mari. » Qui ne voit , dans ce mariage divin et spirituel , la chaste union que Je vous propose? Parlons donc de cette séparation salutaire qui établit votre pnreté, et de cette mystérieuse union qui vous fera goûter les plaisirs célestes dans les chastes embrassements du Sauveur. Chères soeurs, c'est en ces deux choses que consiste la virginité chrétienne, et ce sont aussi ces deux choses que Je traiterai aujourd'hui , avec le secours de la grâce.
PBEHiaa POINT.
Si nous entendons bien ce que c’est que l'homme , nous trouverons que nous sommes comme suspendus entre le ciel et la terre, sans qu'on puisse bien décider auquel des deux nous appartenons. Il n'y a point au monde une si étrange composition que la nôtre ; une partie de nous est tellement brute, qu'elle n'a rien au-dessus dm bêtes; l'autre est si haute et si relevée, qu'elle semble nous égaler aux intelligences. Qui pourrait lire, sans s'étonner, de quelle sorte Dieu forme l'homme? Premièrement il prend de la boue; est-il une matière plus vile? après il y inspire un sonfOe de vie, il y grave son image et sa ressemblaucc; est-il rien de plus admirable? C'est pourquoi je vous disais, chrétiens, que nous sommes entre le ciel et la terre, et qu'il semble
' J^poc. liv, I et frq.
POUR U NK
que l'un et l'autre puissent disputer à qui nous appartenons à plus juste titre. Notre mortalité nous donne à la terre, l'image de Dieu nous adjuge eu ciel ; et nous sommes tellement partagés , qu'il'semble qu'on ne puisse faire justice snr ce différend , sans nous ruiner et saas nous détruire par une distraction violente : toutefois il n'en est pas de la sorte. La sage providence de Dieu ne laisse pas notre condition si fort incertaine, que cette importante difficulté ne puisse être facilement terminée.
Mais qui jugera donc un si grand procès? Qui décidera cette question , qui met toute la nature en dispute? Chrétien, n'en doute pas, ce sera toi-méme. L'homme est la matière de tout le procès , et il en est lui-même le juge. Oui , nous pouvons prononcer souverainement si nous sommes de la terre ou du ciel : selon que nous tournerons nos inclinations, ou nous serons des animaux hruts , ou nous serons des anges célestes. C'est pourquoi, dit saint Augustin, > Dieu a formé
• l'homme avec l'usage de son libre arbitre ; ani-
• mal terrestre, mais digne du ciel, s’il sait s’at-
• tacher à son Créateur : • Terrenum animal, sed calo dignum, ai suo coharerct Auctori '. Ne nous plaignons pas , chrétiens , si cet esprit , d'une nature immortelle , est lié à une chair corruptible. Dieu , qui par un très-sage conseil a trouvé bon de le mêler à cette matière , lui a inspiré une secrète vertu, par laquelle il s'en peut aussi détacher avec le secours de sa grâce ; et si bous conservons à l'image de Dieu , c'est-à-dire, à la raison qu’il nous a donnée, la prééminenee qui lui est due, ce corps même (qui n'en serait étonné?), oui, ce corps, tout pesant, tout mortel qu'il est, passera au rang des choses célestes; parce que l'âme, qui est la partie principale, à laquelle appartient le domaine, attirera son corps avec elle, non -seulement comme un serviteur très-obéissant, mais encore comme un compagnon très-fldèle.
Ainsi je vous exhorte , mes frères , par les paroles d’un saint apêtre*, que vous vous dépouilliex de l'homme animal. Défaites-vous de l’homme terrestre, qui n’a que des désirs corrompus’ ; déclarez-vous , par une juste sentence , venus du ciel , et faits pour te ciel en rejetant les affections corporelles qui vous tiennent attachés à la terre.
« Retirez-vous, retirez-vous; soyez purs, ne tou-
• chez point aux choses immondes , et je vous re- I cevral , dit le Seigneur *. » Mais c’est à voua , 6 vierges sacrées, chastes épouses du Sauveur des
' De Civit Dci, IU>. XXII , cap. I , t. vn , col. SM.
’ Ep. IV, 22.
^ I. Cor. XV, 4».
* II. Car. VI , 17.