PROFESSION
âmes , c’est à vous que cette séparation salutaire est particulièrement commandée ; cars’il est vrai que la pureté n’est autre chose qu’un détachement, comme nous l’avons très-bien établi , considérez sérieusement en vous-mêmes combien vous devez être détachées , puisque la profession que vous faites de la sainte virginité vous oblige à la pureté la plus éminente.
L'Ange de l’école m’apprend une belle et solide doctrine , qui confirme bien cette vérité. Nous voyons que , parmi les vertus morales , il y en a , si je le puis dire, de moins vigoureuses , qui se contiennent en certaines bornes : mais il y a des vertus généreuses, qui ne sont jamais satisfaites, jusqu'à ce qu’elles soient parvenues à ce qu’il y a de plus relevé. Par exemple , le courageux est assuré contre les périls dans les entreprises considérables; mais le magnanime va plus loin encore ; car à peine peut-ll trouver ni d« entreprises assez hardies, ni aucun péril assez grand qui mérite d’exercer tonte sa vertu. Le libéral use de ses biens , et sait les employer honorablement , selon que la droite raison l’ordonne ; mais Il y a une certaine libéralité plus étendue et plus généreuse, qui affecte, ce semble, la profusion; et c’est ce que nous appelons la magnificence. Le grand saint Thomas nous enseigne ' que cette telle et admirable vertu que la philosophie n’a jamais connue, je veux dire la virginité chrétienne , est à l’égard de la tempérance ce qu’est la magnificence à l’^ard des libéralités ordinaires. La tempérance modère les plaisirs du corps, la virginité les méprise; la tempérance , en les goûtant, se met au-dessusà la vérité ; mais la vir^nité, plus mâle et plus forte, ne daigne pas même y tourner les yeux : la tempérance porte ses liens d’un courage ferme; la virginité tes rompt d’une main hardie : la tempérance se contente de la liberté ; la virginité veut l’empire et la souveraineté absolue : ou plutét , la tempérance gouverne le corps; vous diriez que la virginité s’en sépare ; elle s'élève Jusqu’au ciel presque entièrement dégagée; et bien qu’elle soit dans un corps mortel , elle ne laisse pas de pren dre sa place parmi les esprits bienheureux , parce qu’elle ne se nourrit, non plus qu’eux, quede délices spirituelles. De là vient que saint Augustin parle ainsi des vierges ; Habent ali ,vidjam non camis in came' : ■ Elles ont, dit-ll, en lachair « quelque chose qui n’est point de la chair, qucl- • que chose qui tient do l’ange plutét que de « l’homme. » Et c'est encore ce qui fait dire au grand saint Basile’, que la virginité n’est pas
■ 3. S. ÇuMt. OUI, art. 3.
* /J€ Mancta f'trgim'i. n* IS, t. Tl, col. 340.
1 I Lib. de /'irgiNît. Q" 3 , l iil , p. MV.
lUU^lc
POUR UNE PROFESSION
(Inns le corps; mais ({u'clle établit son siège dans m me.
Mais d'autant que cette vérité importante doit servir de fondement à votre conduite, il faut que je vous la fasse comprendre par une raison évidente. Et certes nous ne vous prêchons pas , mes très-chcrej soeurs, une virginité de vestale; nous ne regardons pas la virginité, comme ferait un snédecin ou un philosophe, qui s’arrêterait simplement au corps. Nous parlons de la virginité chrétienne et religieuse; et il est clair que tout ce qui est chrétien doit être entendu en esprit , parce que, par la grâce du christianisme, nous sommes en In nouvelle allianec , où les vrais adorateurs adorent le Père en esprit et en vérité'. En effet , nous avons fait voir que la sainte virginité est un détachement général de toutes les affections corporelles, autant que la faiblesse humaine le peut souffrir ; parce que c'est une pureté éminente , qui se retire , qui se sépare, qui , selon le précepte du saint apôtre , ne regarde que l'unité , Uni vira, et exclut toute multitude. Or, ce détachement général , cette généreuse séparation doit être nécessairement un effort de l’âme: car une action si divine ne peut naître que d’une raison très-bien affermie; et par conséquent il est clair que la virginité est dans l'âme. Ce n’est rien de garder seulement le corps ; c'est l'âme que vous devez tenir séparée , si vous désirez la conserver pure. Si (juelque bien mortel se présente à vous, s'il voua Halle, s’il vous attire, s’il tâche de gagner votre cœur; retirez-vous, nevous mêlez pas ; votre pureté en serait ternie, et ensuite votre virginité, corrompue : car la vraie virginité est dans l'âme, et ce n’est autre chose cpi'un détachement, une affection épurée, un cœur cutièrement dégoûté des plaisirs du siècle.
Mais, mes sœurs, cette belle lumière de virginité établit tellement son siège dans l'âme, qu’elle rejaillit aussi sur le corps, et le sanctifie. Et de quelle sorte? C’est, dit l'admirable saint Basile, que cette virginité spirituelle et intérieure se peint elle-même sur le corps comme le soleil dans une nuée ; et par cette chaste peinture elle consacre celte chair mortelle. De là vient qu’elle se doit répandre par tout le corps , parce qu'elle remplit tout le cœur : et c'est ce qui fait dire au même saint, que « tous les sens d'une vierge • doivent être vierges ; » Virffines esse sensus virginie oportet'. En effet, ne voyez-vous pas qu’il se fait comme un mariage entre les objets et les sens? Notre vue, notre ouïe, tous nos sens s'unissent, en qneh|ue sorte, avec les objets; ils contractent une certaine alliance : de sorte que,
' nr, M.
* Ltli. de D'^ 7, 15, t. Ht, p. Wl, Wl.
si les objets ne sont purs, la virginité de nos sens se gâte. Les exemples feront mieux entendre ce que je veux dire. Notre vue n'est pas vierge si elle ne se repaît que de vaniti's ; les discours immodestes et les inutiles corrompent la virginité de l'ouïe; notre bouche, pour être vierge, doit être fermée par la modestie du silence.
Donc, ô vierges de Jésus-Christ! gardez soigneusement tous vos sens , si vous désirez être vraiment vierges. Songez que ce vieil homme qui est en nous, avec lequel nous devons combattre durant tout le cours de la vie, ne cesse de faire effort pour supplanter l'homme nouveau : cette convoitise indocile et Impatiente, quoiqu'on lâche de la retenir par la discipline, elle frappe, elle s’avance de toutes parts, csjmme un prisonnier inquiet qui tâche de sortir; elle se présente par tous les sens, pour se jeter sur les objets qui lui plaisent. Elle fait la modeste au commencement, il semble qu'elle se contente de peu, ce n’est qu’un désir imparfait, ce n’est qu'une curiosité, ce n’est presque rien ; mais si vous satisfaites ce premier désir, bientôt vous verrez qu’il en attirera beaucoup d’autres; et enfin toute l'âme sera ébranlée. Comme si vous jetez une pierre dans un étang, vous ne touchez qu'une partie de scs eaux; mais celle-là, en poussant les autres, les agite en rond , et enfin toute l’eau en est remuée. Ainsi les passions de notre âme s’excitent peu à peu les unes les autres par un mouvement enchaîné. Si donc vous êtes détachée du monde, craignez d’y rengager vos affections : si vous êtes unie à un seul époux, craignez de partager votre cœur; démêlez-vous de la multitude, puisque vous êtes vouée à un seul. Préparez au Fils de Dieu un cœur net, par un détachement général , et il le remplira de lui-même , par ses chastes embrassements : c’est par où je m’en vais conclure en peu de paroles.
SECOND POINT
Il n'est rien de plus assuré (]ue Jésus ne s’unit jamais aux âmes qui sont remplies de l’amour du monde, et qui sont captives des plaisirs des sen.s. Je vols dans la Genèse que nos premiers pères se présentaient au commencement devant Dieu , avec une sainte familiarité : mais sitôt qu'ils eurent suivi les dangereuses persuasions du serpent trompeur, aussitôt ils fuient, nous dit i'Écriture ' , et se cachent devant la face de Dieu. Ce serpent , si nous l'entendons, c’est l'amour des plaisirs du monde, qui rampe perpétuellement sur la terre , et qui se glisse insensiblement dans nos cœurs par un mouvement tortueux pour les
Grnri. iii, 9.
POUR UNE PROFESSluN.
rmpoisonner d’un venin mortel. Et e’est snn.s doute pour cette raison qu'Ève confesse tout simplement, que ce ruse serpent l'a déçue; ce qui convient merveillensement à l'amour du monde. Car demandez aux insensés amateurs du siècle, si leurs folles et téméraires amours leur ont jamais donné la félicité qu'elles leur avaient tant de fois promise? Sans doute, s’ils ne veulent trahir les secrets reproches de leurs consciences , ils vous répondront franchement que ce serpent les a toujours abusés ; Serperis decepit me' : d'où je conclus que l’amour du monde est semblable au serpent artificieux, qui trompa dans le paradis la trop grande crédulité de nos premiers pères. Et comme, après l’avoir entendu, Ils sont contraints de fuir devant Dieu, vous devez apprendre, fidèles, que Dieu ne fera pas sa demeure en vous , jusqu’à ce que vous vous dépouilliez de l'amour du monde.
D’où passant plus outre, je dis que ce qui attire plus fortement Jésus en nos âmes, c’est la pureté virginale. Car si les âmes les plus détachées des choses mortelles sont les plus dignes des embrassements de la chaste et immortelle beauté , qui ne se montre qu’aux esprits purs ; si d’ailleurs la virginité chrétienne , comme nous l’avons déjà dit , est tellement dégoûtée des plaisirs du siècle, qu'il n’y a aucune des joies mondaines qui n’offense sa pudeur et sa modestie : n’est-il pas plus clair que le jour, que c’est à la pureté virginale qu’appartient la bienheureuse union de l’Epoux infiniment désirable?
En effet, quelle éloquence pourrait exprimer quel est l’amour du sauveur Jésus pour la sainte virginité? C’est lui qui a été engendré dans l’éternité par une génération virginale : c’est lui qui, naissant dans 1e temps, ne veut point de mère qui ne soit vierge : c’est lui qui , célébrant la dernière pâque, met sursapoitrineun disciple vierge, et l’enivre de plaisirs célestes : c’est lui qui, mourant à la croix , n’honore de ses derniers discours que les vierges : c’est lui qui, régnant en sa gloire, veut avoir les vierges en sa compagnie. « Ce sont les vierges, dit saint Jean dans l’Apo-
• calypse*, qui suivent l’Agneau partout ou il
• va , > accompagnant ses pas de pieux cantiques. Jésus n’a point de temples plus beaux que ceux que la virginité lui eonsacre, c’est là qu’il se plaît A se reposer. Il y avait dans le tabernacle, dont Dieu prescrivit la forme à Moise, un lieu dont l’accès était libre au peuple , un autre où les sacrificateurs exerçaient les fonctions de leur sacerdoce : mais II y avait outre cela , chrétiens , la
• Gtn. 13.
* Apoc. XIT, 4.
BOMrCT. — TUMF. III-
partie secrète et inaccessible, que l’on appelait le sanctuaire et le Saint des saints. L’entri-e de ce lieu était interdite, nul n’en approchait que le grand pontife ; et c’était là que Dieu reposait assis sur les chérubins, selon la phrase des Lettres sacrées. C’est lu sainte virginité qui nous est représentée par cette ligure : c’est elle qui se démêle de la multitude des objets sensibles qui nous euvironneut, et ne donne d’accès qu’au seul grand pontife. Voulez-vous entendre comment ? écoutez le divin apûtre ; ■ Celles , dit-il , qui sont « mariées, sont contraintes de s'occuper dans les
• soins du monde ; > Sollicita est quœ sunt mundi Voyez que la multitude y aborde : mais la sainte virginité, que fait-elle? Ab! vous dit l’apûtre saint Paul, elle songe à plaire à Dieu seul : Quomodo placeat Deo’. C’est là que la multitude est exclue, c’est là qu’on ne vaque qu’à l’unique nécessaire , c’est là que l’un n’a d’epoux que Jésus tout seul : de sorte qu'on n’ouvre la porte qu’au seul grand pontife, c’est-à-dire, si nous l’entendons, à l’amour de Dieu, qui est la seule des affections de nos coeurs qui est capable de les consacrer , et qui a droit d’offrir devant Dieu des victimes spirituelles , agréables par Jésus-Christ , comme parle l’api^tre saint Pierre ’. Aussi cst-ce là le lieu du repus : c’est là que Jésus se plait -d’habiter, parce que rien n’y entre que son saint amour, parce qu’il aime d’autant plus à remplir les âmes , qu’il les trouve plus vides de l’amour du monde.
Mais, mes soeurs, voulez-vous entendre les ravissements des vierges sacrées dans les chastes embrassements du Seigneur Jésus? FÀ-outez par- I lcr la pudique épouse, dés le commencement du divin cantique : Osculetur me osculo oris sui ' : « Qu’il me baise du baiser de sa bouche. > O amour impétueux de l’épouse ! - Elle ne demande
• ni l'héritage, ni la recompense ; elle ne demande
• pas même la doctrine , nous dit le dévot saint
• Bernard ‘ ; elle ne demande que le baiser du
• divin Jésus , à la façon d'une chaste amante qui
• respire un amour sacré , et qui ne veut pas dis-
• simuler l'ardeur qui la presse. » Ah I ne soupçonnons rien ici de mortel ; tout est divin et spirituel. Elle court après lesauveur Jésus; elle veut aller recueillir toutes ses paroles, et alors elle croira baiser sa di vine bouche. Elle veut l’embrasser par la charité, et clie croit que cct embrassement la rendra heureuse; c’est pourquoi elle le demande avec tant d’ardeur. Mois quel autre peut
' I. Cor. Tii, 33.
* Ibitl. 32.
13 1. Prfr. Il, 6 ' (ont. 1, I.
» fn f anf. Srrm. TM , ii* 2, l î, cul. 1380.
POUR U>E PUOI ESSION.
demanJcr, à plus juste titre, les saints embrassements de l'Épuux des vierges que la pureté virginale? C’est à elle qu’il appartient d'embrasser •léstis, parce qu’elle n’a point d'autre époux que lui ; et c’est ce qui fait dire à ra; ôtre , que ce sont les vierges chastes et pudiques qu’il destine à l’unique Époux, qui est le Sauveur, Uni vira.
(Jnelle doit être votre joie, 6 vierges sacrées, dans cette mystérieuse union! C’est là, dit le pieux saint Bernard ', que les amertumes contentent , parce que la charité les change en douceur. I-e monde ne comprend pas ces délices ; la sainte pureté les entend , parce qu’elle les goûte dans la source même. Expliquez-les-nous , 6 disciple vierge : disciple bien-aimé du Sauveur , ditesnous les chastes délices des vierges en la compagnie de r.\gneau. Écoutez comme il parle dans l’Apocalypse : ' J’ai entendu , dit-il * , une voix
• du ciel , comme le bruit de plusieurs eaux, et
• comme le bruit d’un grand tonnerre , et eomme
• le bruit d’instruments de musique ; et ils chan- « talent un nouveau cantique devant le trône,
• et nul autre qu’eux ne pouvait l’apprendre. ■ (jnel est donc ce nouveau cantique , qui se chante avec tant de bruit, qu’il est semblable à un grand tonnerre, et avec une si juste harmonie, c|u’on le compare à une musique? Cantique éclatant qui éclate ainsi qu'un tonnerre , qui est si secret néanmoins et si rare , que personne ne l’entend ni ne le sait que ceux qui le chantent. Qui nous développera ces mystères? Ce sera le disei- ])le bien-aimé lui-méme. • Ce sont ceux-ci, dit-il
• qui sont vierges, et ils suivent l’Agneau partout
- où il va. • Si les vierges suivent l’Agneau , je ne m’étonne plus de leur chant , parce que je vois le (irincipe de leur joie. C’est aux vierges qu’appartient le nouveau cantique, puisque la virginité est une vertu qui est propre à la nouvelle alliance ; aucun n’apprend ce cantique que ceux (|ui le chantent, parce que c'est de la virginité que le Sauveur dit ; • Tout le monde n’entend pas
• cette parole; mais ceux à qui appartient ce
- don *. • Au reste , si le cantique des vierges éclaté avec bruit, c’est qu’il vientd’une joie abondante ; s’il résonne avec justesse , c’est qu’il naît d’une joie réglée , qui n’a rien du débordement ni de la dissolution de la joie mondaine.
Courage donc , mes très-chères sœurs , joignezvous à oette trœipe innocente , apprenez ce nourenu cantique. Voyez cette sainte compagnie qui vous tend les bras : Venez , disent-elies , venez avec nous, pour chanter les louanges de i’.àgneau
» /Je div. Serm. xcv. n’ 2. l. l, col. 1217.
• Jpoe. XIV, 5, S.
• /Ud. 4.
• Villk Jlv, II.
sans tache , qui a purgé par son sang les |>échéi du monde : la les Agnès, li's Agathes, les Ociles, les UrsuleSjles Luccs , vous montrent déjà la place qui vous est marquée, si vous gardez la foi àl’Époux céleste, auquel l’apôtre vous a promise-. Ah I souvenez- vous , chères soeurs , que vous êtes fiancées à ce seul Époux , et ainsi que vous devez être généreusement séparées. Si vous voulez lui être saintement unies, réglez les passions de votre àme , et apprenez de saint Augustin , • qu’il e vous est plus aisé de les modérer, qu’aux ama- " teurs du monde de les contenter : • FuciUus resecantur l’n eis qui Üeum diligunt eupirlilaiea ist(p, quam in eis qui mundum diligunt aliquando satiantur'. Conservez votre ouïe; c’est par là qu’Ève a été séduite : gardez soigneusement votre vue ; car ce n’est pas en vain qu’on vous donne un voile , comme un rempart de votre pudeur, dit le grave Tcrtullien , qui retient vos yeux et exclut ceux des autres ; Valium verecundiœ, quod nrctuos emillal ocutos , nec admillat aliénas ’. Que votre éme ne s’épanche pas en des discours inconsidérés, parce que si vous ne demeurez unies en vous-mêmes, vos forces aussitôt seront dissipées. Ne dédaignez pas les petits désordres, parce que c’est par là que les grands eomroenecnt : craignez où il n’y a rien à appréhender , et vous trouverez la sûreté dans le péril même. Vous devez croire qu’il est bieriséant à des vierges d’étre timides , puisque vous voyez la très-sainte Vierge être même troublée à l’aspect d’un ange ’ : et ce qui doit vous obliger a craindre toujours, c’est que l’Époux , que vous donne le saint apôtre , n’a pas moins de jalousie que d’amour pour vous.
Voulez-vous voir qu’il a de l’amour.» écoutez le divin Psalmiste : > Le roi , dit-ii , désirera votre « beauté».- Voulez-vousvoirqu’il a de la jalousie?
• Je suis jaloux de vous , dit l’ai>ôtre, de la jalon-
• siedeUieu. -Voyezquecet excellent maltredcs Gentils, vous montrant l’amour de Jésus, pour exciter votre confiance, vous parle en même temps de sa jalousie, pour vous retenir toujours dons la crainte. De là vient qu'en lisant le sacré cantique , nous remarquons deux regards du divin Époux ; il y a un regard qui admire, et c’est le regard de l’amont ; il y a un regard qui observe, et c’est celui de la jalousie. Que vous êtes belle , ô fille du prince , dit l’Époux à la chaste épouse»! Cette ardente exclamation ne vientelle pas d’un regard qui admire? c’est ce que
• e4d Boni/. ^P- ociK . fl* e , i- Il . col. 81;».
» /V f'irg. vtiand. n* 16
» iMt. I . ».
• /*<. XUT, 13.
» Cidit TU, 1,6.
POUR UNE PROFESSION
j'a(ipclle le regard de l'amant. Vouicz-vous voir le regard du jaloux? « Mon bien-aimé est venu ,
• dit l'épouse, regardant par les fenêtres, guet-
• tant par les treillis ‘. • Ne voycz-\ous pas le regard qui observe? c'est le regard de la jalousie. Aimez le regard de l'amant; craignez le regard de la jalousie, qui vous veille et qui vous observe.
Chères sœurs, votre bien-aimé est jaloux de la jalousie la plus délicate : s'il voit que votre coeur se partage, il se pique et il se relire; il vous veut po.ssédcr tout seul. C'est pourquoi, en le choisissant pour époux , vous vous êtes entièrement dépouillées : vous avez joint à la sainte virginité une pauvreté désintéressée , qui ne laisse rien sur la terre que vous puissiez justement estimer à vous. Vous abandonnez même votre volonté; et quittant ce qui est le plus en votre pouvoir, ne déclarez-vous pas devant Dieu , que vous ne vous retenez aucun bien au monde? Vous confirmez , par la religion de vos vœux , ces généreuses rfeolutions ; et ces vœux , ne sontce pas des contrats sacrés , par lesquels vous cédez à Dieu, et lui transportez en fonds tout ce que vous êtes? Votre profession est un sacrifice ; et les vœux que vous prononcez sont un glaive spirituel, qui vous immole au Sauveur des êmes.
Vivez donc, mes très-chères sœurs, comme des victimes volontairement consacrées : humiliez-vous sous la main de Dieu, et ne souffrez pas que l'orgueil prostitue votre virginité à Satan, qui est le prince des esprits superbes. Ahl sans doute vous n'ignorez pas jusqu'à quel point l'orgueil est à craindre, et que c'est le plus dangereux de nos ennemis. C’est celui qui lâche le dernier prise, et qui sait même profiter de la dt*route de tous les autres. Que dis-je, de la déroute de tous les autres? il profite de sa propre défaite. C’est le seul de nos ennemis de la défaite duquel il est dangereux de se réjouir, parce qu’en se réjouissant de l'avoir vaincu, on le rétablit dans ses droits, et souvent même on lui augmente ses forces. Lorsque nous pensons quelquefois avoir si bien réglé notre vie, que nous avons surmonté jusqu'à l'orgueil même, c’est là, dit saint Augustin , qu'il lève la tête ; • Et de quoi - triomphes-tu, nous dit-il? je vis encore, et
• c'est ton triomphe qui me donne la vie : ■ Ecce eyo vivo, quid triumphcLS? et ideo vivo, quia triumphas ‘ ; ou plutôt ton triomphe, c’est moi-même.
Munissez- vous . mes sœurs , contre ce poison qui a gâté les plus grandes âmes, l't ruiné les vertus les plus éminentes. Étudiez la science de
■ CaiK. Il, ».
• De Nat. et Cral. n" JS, I I , Oïl. I*S.
riuimilité, qui est la vraie science des enfants de Dieu. C'est elle qui vous ouvrira les secrets célestes ; c'est par elle que les grandeurs de Jésus vous sont accessibles; c'est elle qui mérite d’obtenir de Dieu ce qu'elle ne peut jamais exprimer assez : c'est elle qui vous bâtira sur la terre un édifice spirituel , dont le faite s’élèvera jusqu'aux deux; ou les vierges saintement soumises, étant associées avec les saints anges, chanteront avec eux aux sid-les des siècles, devant le trône de l'.Agncau sans tache, la gloire éternelle et indisisibledu Père, du Filsetdu Saint-Esprit. Amea.
SERMON
POUR UNE PROFESSION
Qupl rBt le momie auquel II nous faut renoncer. Cumlilea ce renoncement iloil être Ctendu ilans une relitllettse. Asec quel soin elle doit persévérer d.lns In querre (|u'elle déclare au momie, et ésller les niuindn'S relAclienients. Oldiqallon que sa UKation lui Impose, d'avancer toujours, et de n-udre sans cesse k la perfection.
SI fuis vutt/iost me renire, (ibnegel srmelipsiim, rl lotlal enteem suam quolidie, elseqiialur me.
Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à siuniènie, qu'il porte sa aois tous les jouis, et qu’il me suive, lue. IX, 33.
Vous avez désiré , ma très-chère sœur, d’entendre de mol , en ce jour , une exhortation chrétienne, espérant peut-être que ce grand prédicateur des cœurs donnerait par sa vertu quelque prix à mes pensées , parce qu’il les verrait naître d'une charité fraternelle. 11 faut, s'il se peut , satisfaire ce pieux désir; et pour faire de mon côté ce qui sera nécessaire , je tirerai des paroles de notre Sauveur, (jue je vous ai récitées, trois instructions importantes qui vous pourront servir, avec la grâce de Dieu , pour tout le reste de votre vie. Seulement je vous conjure de joindre vos prières aux miennes , afin qu'il plaise à cet Esprit qui souffie où il veut ■ , de répandre sur mes lèvres ces deux lieaux ornements de l’éloquence chrétienne ;je veux dire la simplieité et la vérité. Après quoi, pour une plus claire intelligence de cet entretien , je vais tâcher de vous expliquer l’intention de notre bon Maître dans le lieu que je viens d’alléguer.
Comme un sage capitaine, se préparant à une expédition difficile, déclare à ceux qui viennent servir sous ses ordres, à quelles conditions il les reçoit dans ses troupes ; de même le sauveur Jésus étant descendu du ciel pour faire la guerre à
< I. Jonn. IM . H.
POUR U,\F, PROFESSION
Snlan, i)our inviter tous les liommes A cette en- i treprise , il propose en peu de mots les qualités nécessaires pour pouvoir être rangés sous ses étendards. ■ Quiconque, dit-il, désire venir après moi,
• c'est-à-dire, quiconque me veut reconnaître
• pour son capitaine, il faut, poursult-il, qu'il ' renonce à soi-même; • Abnegei semetipsum ;
• puis, qu'ii prenne une généreuse résolution de - porter sa croix tous les jours , • et lollat cructm suant quolidie; • et qu’il me suive cnfln par
• mille embarras de périls , de supplices et d’i-
• gnominies, > et sequatur me. C’est en abrégé ce qu’il faut quitter, et ce qu’il faut faire à sa suite ; voilà les lois et les ordonnances de cette milice. C'est pourquoi je me suis résolu d’appliquer à l’état que vous allez embrasser les ordres généraux de Jésus-Christ notre chef, et de vous faire voir dans le sens littéral de mon texte , selon le dessein que je vous ai déjà proposé; premièrement , jusqu’à quel point votre condition vous oblige de renoncer au monde, en second lieu , comment il vous faut persévérer dans cette sainte résolution , et cnOn , comment , non contente de persévérer , vous devez toujours croître , et toiqours enchérir par-dessus les actions passées. Ce seront les trois avertissements que comprendra ce discours , que je prie Dieu de graver pour jamais au fond de votre âme.
PREXIEB POI.VT.
Lorsqu'on vous prêche si souvent , ma trèschère seeur, qu’il faut renoncer, il est nécessaire que vous entendiez que ce monde, auquel il faut renoncer, réside en vous-même. Le disciple bienaimé vous le montre fort à propos , quand il dit : /Volite diligere mundum, neque eu quœ in mundo sunl : « Gardez-vous bien d’aimer le « monde, ni ce qui est dans le monde; • d'autant, ajoute-t-il peu après, • qu’il n’y a dans le
• monde que concupiscence de la chair , et con-
• cupiscence des yeux , et superbe de vie : > Omne quod est in mundo, concupiscentia camis est, et concupiscentia oculorum , et superbia vitœ '. Cet orgueil et cette double concupiscence, que peut-ce être autre chose que le trouble de nos passions? Et ce trouble, n’estee pas le fruit maudit de l’amour aveugle que nous avons pour nousmêmes? Par conséquent, ce monde qu’il nous faut quitter, c’est nous-mêmes : Abneget semetipsum.
Que si vous me demandez d’où nous vient cette dure nécessité , que notre adversaire nous soit si proche , et que nous soyons , pour ainsi dire, si fort amis de notre ennemi , qu’il vous sou-
> I. Jtinn. Il , 1;>.
I vienne de ce bienheureux état d'innocence , où la partie supérieure conduisait si paisiblement les mouvements inférieurs , où le corps se trouvait si bien du gouvernement de l’esprit; parce que l'homme tout entier conspirait à la même fln. En ce temps-là, on n’entendait point parler de ces fâcheux termes de renoncer à soi-même. Mais la vanité, fille et mère du désordre , pervertit bientôt cette douce disposition , et ayant fait révolter l’esprit contre Dieu , souleva par un même coup la chair contre la raison. La désobéissance est vengée par la désobéissance : l’homme , ainsi que l’enseigne saint Paul ' , veut en même temps ce qu’il ne veut pas , et sentant en soi deux volontés discordantes, il ne saurait plus reconnaître laquelle est la sienne ; si bien que , dans cette incertitude et cette impuissance , il faut nécessairement qu'il se perde pour se sauver ’. On ne lui dit plus, comme auparavant, qu’il commande à toutes les créatures mais on l’avertit de se délier de toutes les créatures. Pour le punir d'avoir voulu se satisfaire contre la loi de son Dieu , il est ordonné à jamais qu’il renoncera à ses propres inclinations , s’il se veut bien remettre en ses bonnes grâces. Et lui qui croyait se pouvoir faire plus de bien qu’il n’en avait reçu de la main de son Créateur, sera condamné, par une juste vengeance, à être lui-même son plus cruel et irréconciliable ennemi.
C’est pourquoi je vous en conjure, ma trèschère sœur , par ce Dieu que vous servez ; après avoir compris combien ii est nécessaire de quitter le monde , considérez attentivement la hauteur de cette entreprise. Le monde qu’il faut mépriser, ce n’est ni le ciel , ni la terre ; ce ne sont ni les compagnies , ni cette vaine pompe , ni les folles intrigues des hommes ; certes, il ne serait pas d’une si prodigieuse difficulté de s'en séparer. Mais quand il s'agit de se diviser de soi-même, de quitter, dit saint Grégoire non ce que nous possédons , mais ce que nous sommes , où trouverons-nous une main assez industrieuse ou assez puissante, pour délier ou pour rompre un nœud si étroit? Quelles chaînes assez fortes pourront jamais contraindre cet homme animal , qui règne en nos membres , à subir le joug de l’homme spirituel ? Sans doute il retournera toujours à scs inclinations corrompues. Comme une personne que l’on attache contre son gré à quelque sorte d’emploi , dans le temps que vous l’y croyez la plus occupée, s'entretient souvent dans des concep-
■ Rom. TU, 19.
1 Luc. U , 2t.
> Ccnct. 1 , 2S.
* lu Evang. Ub.' Il , Hmn. 22VII , n* I , rt MUq. , t. I , ool. l&Sfl el MOU'
POUR U.\K PROFESSION
tk>us creuses et extravagautes : du même ce vieil Adam , quand vous lui aurez arraché ce qu’il poursuit avec plus d'ardeur, quand vous aurez tenté toutes sortes de voies pour lui faire suivre la raison , il n'y aura ni erreur ni chimères où il ne s’amuse plutét; • d'autant, dit saint Paul, qu’il
• est incapable de goûter ce qui est de Dieu : • Anima/is homo non percipU ea quœ sont spiritus Dei
Et ne vous tenez point assurée sur votre vertu ; car il se sert contre nous de la vertu même. Ceux qu’il n’a pu vaincre par un combat opiniâtre, souvent il les renverse par l’honneur de la victoire; et lorsqu’ils s’imaginent être devenus extrêmement humbles , il les rend orgneilleux par cette humilité prétendue. Combien en voyonsnous qui, séduits par ces artifices, pensent, en se jetant dans un cloître , quitter les vanités pour la mortification , et ne font , à le bien prendre , que quitter des vanités pour des vanités ; en cela d’autant plus criminels et plus misérables', qu’ils vont porter le monde jusqu’au fond de la solitude, qu’ils se vont perdre dans le lieu ou les autres cberchent leur refuge , et qu’ils joignent nonseulement Jésus-Christ avec Bélial , mais qu’ils sacrifient û Bélial dans le temple et sur les autels de Jésus-Christ même.
C’est , ma très-chère sœur, ce que vous avez particulièrement à méditer en ce jour. Si vous envisagez bien l’action que vousallez faire , vous trouverez que toutes ses circonstances vous prêchent le mépris du monde. Parcourons-les, s’il vous plaît , et vous découvrirez clairement ce que je vous dis.
Dites-moi, y a-t-il rien qui rende une personne plus vile que la pauvreté ? Quand vous entendez dire de quelqu’un que c’est un homme d“ néant , ne jugez-vous pas incontinent qu’on parle d’un pauvre? D’où vient que David , après avoir dépeint les diverses calamités des pauvres, conclut enfin par ces paroles qu’il adresse à Dieu : Tibi derelictus est pauper ’ ; « O Seigneur, on vous
• abandonne le pauvre; > voulant direque'chacun court avec ambition au service des grands , et qu’il n’y aque Dieuseul à quiles pauvres ne soient point à charge. Et il est si vrai , ce que dit un poète que la pauvreté rend les hommes ridicules , que ceux qui y sont réduits ont je ne sais quelle honte de l’avouer, et quelquefois le de viennent de crainte de le paraître. Je sais bien que celle que vous professez , d’un cêté vous est honorable ; mais elle a aussi d’autre part quelque diose de beaucoup plus rude , en ce qu’elle res-
■ 1. Cor. Il , 14.
» Pi. i\ .
* Jtu'tna/ St'tyr. ui.
semble à la pauvreté des esclaves , qui non-seulement ne possèdent rien, mais de plus sont incapables de rien posséder. Vous perdez toutes sort™ de droits ; on en vient jusque-là que de ne vous plus compter parmi les vivants : si bien que vous pouvez dire avec le Psalroiste : • Tous mes pro-
• ches m’ont abandonné , mais le Seigneur a eu la ' bonté de me recevoir ' ; » et avec Notre-Seigneur ; • Mon père et ma mère , mes frères et mes « sœurs, ce sont ceux qui écoutent et observent
• la parole de mon Dieu ’. •
Quant à cette fleur sacrée de votre virginité , I que vousallez présenter pour être en bonne odeur au Verbe divin votre Epoux ; ô Dieu I qui vous pourrait assez exprimer combien elle vous oblige de vous tenir nette de toutes les affections de la terre? Sachez que votre virginité vous prépare un lit nuptial, où vous posséderez, dans le repos de votre âme, Jésus, l’amoureux des vierges; mais qui les aime avec une extrême jalousie. C’est pourquoi son zélé disciple prenant part aux affections deson maître : - Je suis jaloux de vous,
• dit -il , de la jalousie de Dieu ; » Æmulorenim vos Dei œtnu/a/ione; parce que, ajoute-t-il , « je « vous ai fiancée , comme une vierge chaste, n un
• seul homme, qui est Jésus-Christ ; > Despondi vosunivirojvirginemcastamexhibcre CbristoK Or, pensez quel serait le sentiment d’une fille chaste et pudique, si on lui parlait de rompre, avant son mariage , cette fol qu’elle conserve uniquement pour son cher époux. Telle doit être votre pudeur, je ne dis pas à l’égard des voluptés bestiales; mais je dis à l’égard des moindres sollicitations de ce monde.
Car la jalousie de Jésus ne regarde pas seulement les hommes ; son amour est si tendre, qu’il s’offense et se pique si vous choisissez la moindre chose hors de lui. Toutes ces douces contraintes où vous êtes sont autant d’effets de sa jalousie. Y a-t-il aucun de nos sens par lequel nous touchions les choses plus légèrement queparceluidelav-ne? Et toutefois il témoigne, par ce voile qu’il vous impose , qu’il ne vous permet pas cette sorte de jouissanee. Et le docte Tertullien dit que l’on en couvre les vierges, de peur qu’elles ne soient souillées des moindres regards; estimant la virginité une chose si délicate, qu’elle peut être en quelque façon violée par les yeux, surtout par ces yeux que l’apAtre appelle si élégamment • yeux
• pleins d’adultère r • Oculos adulteri plcnos *. D’où vient que ce grand homme, selon sa gravité ordinaire , nous a dépeint de la sorte ce voile- des
* Pi. \XV} , 10.