‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 143 sur 273 · XII · texte numérisé non relu

XII

ï H. Cor. XI, a.

‘ II. Petr II, U.

l’üUK Ul\K profession.

vierges : Indue armaluram pudoris , circumduc vallmn pudicitiœ , rnurum scxui tuo strue qui nec tuas emillal oculos , nec admittal aliénas ' ; . Revétez-vous , leur dit-il , des armes de la i>u-

• deur ; entourez votre honnêteté d’un rempart : . dressez une muraille à votre sexe , qui empt'ehe . vos yeux de sortir, et refuse l’entrée à ceux des

• autres: .d’ouvouspouvezconclurcqu’une vierge n’est plus vierge sitôt qu’elle s’abandonne aux sentiments de la terre , et qu'alors sa virginité lui tourne en prostitution.

Passons outre : il n’y a rien qui soit plus à vous que votre propre volonté ; néanmoins vous avez bien la résolution de vous en vouloir dépouiller. En effet , vous la soumettez tellement aux ordres d'autrui, qu'on ncsailplussie’estla vôtre ou celle de vos supérieurs ; et l’obéissance rigoureuse que vous professez l’anéantit de telle sorte, qu’un Père ancien l’a nommée la sépulture de la volonté sépulture certainement bien pénible, parce qu’il la faut recommencer mille et mille fois ; mais qui vous avertit que , renonçant si généreusement à la chose qui est le plus en votre pouvoir, ce serait un crime si vous vous reteniez aucun bien du monde.

Enfin, considérez, par une réflexion sérieuse, que l’action que vous allez faire est un sacrifice, et que ce serait un sacrilège exécrable, si vous réserviez quelque chose de ce qui entre par une oblation solennelle en la possession du Tr^-Haut. Ophni et Phinées, sacrificateurs d'Israël, pour s’étre attribué les offrandes que le peuple présentait à Dieu, fui-cnt dévorés avec leur armée pur le glaive des Philistins ’ : d’autant, comme dit le prophète Isaïe, • que Dieu est le Seigneur , et ne > peut souffrir la rapine dans les holocaustes : « Kgo Dominus , odio habens rapinam in holo~ causlo*. Et de quelle punition penseriez-vous être digne , si vous ravissiez à Dieu non point la graisse des agneaux ou des béliers ; mais une victime vivante, lavée du sang de son Fils, qu’il a tirée du monde pour la sanctifier à son nom?

Dites donc , ma très-chère soeur, en faisant une revue générale dans tous les replis de votre cœur, dites du plus profond de votre Ame : O monde, ô qui mon Maître n’a pu plaire , et qui n'as pu plaire à mon Maître! ô monde, qu’il a surmonté par l’infamie de sa mort ! monde enfin , théâtre de folie et d’illusion. Je te ipiittect jete renoncede toute mon affection. Et vous, rompez mes liens, 6 Seigneur! je vous immolerai une hostie de louange *, et mon âme délivrée ne cessera de

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bénir vos incomparables bontés. Daignez, mon sauveur Jésus, me recevoir en vos bras, et ne permettez pas que mes ennemis m’en arrachent. C'est ce que vous donnera, s’il plaît à Dieu, la persévérance, qui doit faire le second point de cet entretien.

SECOXD POIHT.

■> Qui veut venir après moi , dit notre divin • Capittiine , qu’il renonce à soi-méme, et porte « sa croix tous lesjours : ■ Tollat crucem suam quottdie. Cette croix, c’est la guerre que nous devons avoir contre le monde et la chair, auxquels nous devons nous crucifier avec notre Maître : et ce mot, • tous Ire jours » nous marque la persévérance. Au reste, notre prince nous avertit qu’il ne nous veut point épargner; qu’avec lui , une bataille gagnée en attire une autre , et qu’il ne sait point donner d’autre rafraîchissement à ses troupes ; qu’il entend enfin que leur travail soit continuel en ce monde, puisque leur couronne dans le ciel doit être immortelle : voilà comme il nous encourage à persévérer.

Pour appliquer ceci à votre condition , comprenez , s’il vous plaît , la nature de vos voeux. Il y a deux sortes de vœux; les uns sont pour un temps , et les autres , A perpétuité , comme ceux que vous allez faire. Ce que je dirai se doit entendre particulièrement des derniers , bien qu’à proportion il se puisse aussi appliquer aux autres.

C’est la religion, disent les théologiens, qui nous lie à Dieu ; et le vœu , selon leur doctrine, en est un des actes qui a la vertu d’étreiudre ce sacré nœud. Car encore que tout ce que nous sommes appartienne au Créateur, de droit naturel ; néanmoins il a voulu nous laisser un certain domaine sur nos actions, pour former en nos âmes une légère image de sa souveraineté absolue ; et c’est ce domaine que vous lui cédez et transportez par vos vœux. Quels doivent donc être les sentiments d’une âme pieuse , qui se veut de tout son cœur dévouer à Dieu ? Preroièrement , elle considère que tout ce qu’il y a d’être dans les créatures, relève de cet Être souverain et universel : puis , poussée d’un violent désir de se réunir à son principe , et de se donner à lui pour toute l’éternité, elle proteste de sc résigner tout entière à scs saintes dispositons ; afin qu’il régné sans réserve sur ses puissances , qu’il les occupe toutes et les remue selon ses conseils, s'y attachant de tous ses efforts et enracinant , pour ainsi dire , sa volonté dans cette volonté première et indépendante , la règle et le centre de toutes les autres. Telle est l’adoration que vous allez rendre aujourd’hui à cet Esprit incompréhensible , dont le ciel et la terre redoutent les commandements.

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l'OL R ÜMC PROFKSSIO.N.

Et cette adoration est en ce point différente de toutes les autres , que celles-ci passent avec l'acte que vous en formez; au lieu que celle-là a son effet dans toute U vie : de sorteque comme Dieu est immuable par la loi toujours permanente de son éternité; ainsi vous vous faites une loi vousméme , par les vœux que vous concevez , d’étre ferme et inébranlable dans son service.

Donnez-vous donc de garde que l'ennemi ne vous trompe; et que, ne pouvant vous ébranler (i’abord dans la lin principale de votre vocation , il ne tâche de vous jeter peu à peu dans quelque relâchement , et ne vous fasse négliger insensiblement les choses de moindre importance ; sur quoi vous avez à penser qu’une âme religieuse , dont tons les mouvements concourent à la même ttu , ressemble en ce point à une voûte bien affermie , qui est incapable de succomber quand on la veut pousser tout entière , mais qu'on peut faire lomber facilement en ruine par la désunion qui s’en ferait pièce à pièce. C’est pourquoi ne dédaignez pas ce qui vous semble le moins nécessaire, parce que de là dépend le plus important ; Dieu ayant ordonné pour la connexion de toutes les rlioses , et afin que chacune eût son prix , que les l>lus grandes fussent soutenues sur les plus petites : et ainsi ce qui serait peut-être à mépriser , M'Ion sa nature, devient très-considérable par la conséquence. Ne permettez donc pas que l’on vous puisse Jamais reprocher ce que le saint apôtre reproche aux Galates' : Sic siuiti estis, tU cum spiritu cceperitis, nunc came consumuiemini? • Seriez-vous bien assez insensée pour

• vouloir finir par la ehair, apres avoir commencé

• par i’esprit? Auriez-vous, poursuit-il, tant souf- ■ fert en vain 7 • Tanta passi estis sine causal'

Et moi, ne vous puis-je pas dire , à l'exemple de ce Maître des prédicateurs : Auriez-vous pour néant renoncé au monde? Non, non, ma très-chère sœur; vciilez dans l’exercice de l’oraison ; que vos yeux languissent et défaillent , en regardant le saint lieu d’où vous doit venir le secours; et celui qui a commencé en vous cette bonne œuvre, nonseulement vous donnera la grâce de persévérer, mais encore il vous fera croître de Jour en Jour en Jésus-Christ notre chef : Crescenttsin eo per omnia, qui est caput Christus'. C’est par ou Je m'en vais conclure.

TBOISIÉUE POIST.

• Qui veut venir apres moi , qu’il renonce à

• soi-même , et porte sa croix tous les joins, et

• me suive : • Et scqualur me. Four ne nous

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