DE SAINT SULPICE
J'ai dit ces choses, mes frères, afin que vous coDDaissiez que ce n’est pas une obligation particulière des religieux de mépriser le monde; mais que la nécessité de s'en séparer est la première, la plus générale , la plus ancienne obligation de tous les enfants de Dieu.
Si nous en croyons l'Évangile , rien de plus opposé que Jésus-Christ et le monde ; et de ee monde , messieurs , la partie la plus éclatante , et par conséquent la plus dangereuse , chacun sait assez que c’est la cour. Comme elle est le principe et le centre de toutes les affaires du monde, l’ennemi du genre humain y jette tous [ses appâts , y étale tonte sa pompe.
Saint Snipice , nourri à la cour dès sa Jeunesse,
[ triompha , par un miracle singulier de la grâce , de ses artifices et de sa séduction. Il sut vivre snus ambition au milieu des honneurs qui l'environnaient ; sans volupté parmi tous les plaisirs (|ui le sollicitaient; sans partialité, malgré tous les intérêts qui divisent d'ordinaire les courtisans; sans avarice, quoiqu'il ne vit que des hommes occupés à tout attirer à eux , soigneux de tout ménager, pour parvenir an terme de leurs espérances. Tant de périls ne servirent qu'à faire mieux éclater l'innocence de Sulplee : la candeur de ses mœurs , sa simplicité , sa modestie , sa douceur, forcèrent de le respecter dans un lien où ces vertus trouvent si peu d’accès , et où tous les vices opposés régnent souverainement. L’n si bel exemple lit impression ; et l'on vit, par les conversious extraordinaires qu'il produisit , combien la vertu pure et sincère a d'empire sur les cœurs les moins disposés à l’embrasser. ]
Sulpice, chaste dans un âge [où la pureté fait les plus tristes naufrages , après avoir résisté ù toutes les caresses du monde, voulut, pour affermir davantage sa vertu contre les écueils qu'ci le avait à craindre, sceller ses résolutions par des engagements, qui ne pussent lui permettre d'écouter aucune espèce de proposition. Il fit donc vœu de virginité; et déjà irréprochable dans toute sa conduite , il se montra encore plus sévère, et porta les précautions jusqu’à la dernière délicatesse.]
O sainte chasteté ! fleur de la vertu , ornement immortel des corps mortels ,marqueassuréed’une âme bien faite, protectrice de la sainteté et de . la foi mutuelle dans les mariages , fidèle dépositaire de la pureté du sang des races, et qui seul en sais conserver la trace I quoique tu sois si nécessaire an genre humain , où te trouve-t-on sur la terre? O grand opprobre de nos mœurs! l'un des sexes a honte de te conserver ; et celui auquel il pourrait sembler que tu es échue en partage , ne se pique guère moins de te perdre
dans les autres, que de te conserver en solméme. Confessez-vous à Dieu devant ces autels vaines et superbes beautés, dont la chasteté n’est qu'orgueil ou affectation et grimace : quel est votre sentiment, lorsque vous vous étalez avec tant de pompe, pour attirer les regards? ditesmoi seulement ce mot? Quels regards désirezvous attirer? sont-ce des regards indifférents? Ah! quel miracle, que saint Sulpice, jeune et agréable, n’ait jamais été pris dans ces pièges ; sachant qu’il ne devait l'amour qu'à son Dieu jamais il n'a souillé dans son cœur la source de l'amour. Ange visible, [tandis que son cœur brûlait du feu céleste de la charité, son corps, embrasé de cette divine flamme, se consumait tout entier au service de son Dieu , dans les e.xcrcices de la piété chrétienne et les austérités de la pénitence]. Ses autres vertus n’étaient pas de ces vertus du monde et de commerce, ajustées non point à la règle, elle serait trop austère; mais à l'opinion et à l’humeur des hommes : ce sont là les vertus des sages mondains, ou plutôt c’est le masque spécieux sous lequel ils cachent leurs vices.
[Que la vertu de Sulpice avait des caractères bien différeutsl Parce qu elle était chrétienne et véritable, elle était sévère et constante, fermement attachée aux règles , incapable de s’en détourner pour quelque prétexte que ce pût être]. Sa bonne foi [dans les affaires ne reçut jamais la mondre atteinte]; sa probité, [supérieure à toutes les vues d’intérêt , demeura toujours inaltérable] ; sa justice [ ne connut aucune de ces préférences , que suggèrent la cupidité ou le respect humain]; sa candeur [ne permettait pas même de suspecter sa sincérité]; et son innocence, [qui s’affermissait de plus en plus , par tousies moyens qui auraient pu l’affalhlir, embellissait toutes ses autres vertus. Le plusbeauet le plus grand encore, c’est qu’au milieu de tant de faveurs et de considérations que lui procurait son mérite, il savait toujours conserver une] admirable modération. Mais peut-être ne durcra-t-elle que jusqu'à ce qu’elle ait gagné le dessus : car le génie de l’ambition , c’est d’être tremblante et souple lorsqu'elle a des prétentions; et quand elle est parvenue à scs tins , la faveur la reud audacieuse et insupportable ; Pavida cum guérit, audax cum perveneril'. Un habile courtisan disait autrefois, qu'il ne pouvait souffrir à la cour l'insolence et les outrages des favoris , et encore moins, disaitil, leurs civilités superbes et dédaigneuses, leurs grâces trop engageantes, leuramitié tyrannique, qui demande, d'un homme libre, une dépen-
■ 5. Crfy. .V. rnj/.part. i.cap. iv, t. u,ooL 9.
PANÉGYRIQUE
dance servile : Contumeliosam humanitatem'.
Sulpice , toujours modéré , sut se tenir dans les bornes que l'humilité chrétienne lut prescrivait Pour se détromper du monde , il allait se rassasier de la vue des opprobres de Jésus-Christ dans les hdpitaux et dans les prisons. [ Il voyait une ] image de la grandeur de Dieu dans le prince , [ et il trouvait une ] image de la bassesse de Jésus-Christ et de ses humiliations dans les pauvres. Le favori de Clotaire , aux pieds d'un pauvre ulcéré, odorant Jésus-Christ sous des haillons, et expiant la contagion des grandeurs du monde; quel beau spectacle ! Mais il évitait , ie pins qu'il était possible , les regards des hommes , et ne cherchait qu'à leur cacher [ses bonnes œuvres; bien éloigné d'imiter] ces vertus trompeuses, qui se rendent elles-mêmes captives des yeux qu'elles veulent captiver. [C'est ainsi que Sulpice a su se conserver pur et sans tache, au milieu de toutes les faveurs les plus capables d'amollir un cceur tendre , et de lui inspirer l'amour du monde. Il a vaincu le monde dans sa partie la plus séduisante et la plus redoutable ; voyons comment, apres en avoir triomphé lui-méme , il va travailler à détruire son empire dans les autres.]
SEC0HD POIXT.
La grâce du baptême porte une efficace, pour nous détacher du monde ; la grâce de l'ordination porte une efficace divine , pour imprimer ce détachement dans tous les cœurs.
Le royaume de Jésus-Christ n'est pas de ce monde. 11 y a guerre déclarée entre Jésus-Christ et te monde , une inimitié immortelle ; le monde le veutdétruire,etil veut détruire le monde. Ceux qu'il établit ses ministres doivent donc entrer dans ses intérêts : s'il y a en eux quelque puissance, c'est pour détruire la puissance , qui lui est contraire. Ainsi, toute la puissance ecclesiastique est destinée à abattre les hauteurs du monde : Ad deprimendam allitudinem sœculi hujus.
On reçoit le Saint-Esprit dans le baptême , dans une certaine mesure; mais on en reçoit la plénitude dans l'ordination sacrée ; et c'est ce que signifie l'imposition des mains de l'évêque : car, comme dit un ancien écrivain', ce que fait le pontife mû de Dieu , animé de Dieu , c'est l'image de ce que Dieu fait d'une manière plus forte et plus pénétrante. L'évêque ouvre les mains sur nos tètes; Dieu verse, à pleines mains, dons les âmes la plénitude de son Saint-Esprit. C'est ce qui fàit dire à un saint pape : • La plénitude de • l'Esprit saint opère dans l'ordination sacrée : > Plenitudo Spiritus in sacris ordinationibus
t Stitêc. Epiai. IV .
> Pioiiys. df BecUi. Hifrac. c.ip. v , p- 127 < t &c<}q.
operatur'. Le Saint-Esprit, dans le baptême, nous dépouille de l'esprit du monde : Aon ftnim spiritum htyus mundi aecepimus. La plénitude du Saint-Esprit doit faire dans l'ordination quelque chose de beaucoup plus fort : elle doit se répandre bien loin au dehors, ponr détruire, dans tous les cœurs, l'esprit et l'amour du monde. Animons-nous, mes frères; c'est assez pour nous d'être chrétiens, trop d'honneur de porter ce beau caractère : Propter nos nihil suj^entius est. Si donc nous sommes ecclésiastiques, c'est sans doute pour le bien des autres.
Que n'a pas entrepris le grand saint Sulpice , pour détruire le règne du monde? Mais c'est peu de dire qu'il a entrepris : ses soins paternels opéraient sans cesse de nouvelles conversions. Il y avait dans ses paroles et dans sa conduite une certaine vertu occulte , mais toute-puissante, qui inspirait ie dégoût du monde. Nous Usons dans l'histoire de sa vie, que, durant son épiscopat, tous les déserts à l’entour de Bourges étaient peuplés de saints solitaires. M consacrait tous les Jours à Dieu des vierges sacrées; [il apprenait aux familles à user de ce monde , comme n'en usant pas ; et partout il répandait un esprit dr détachement ; qui portait les cœurs à ne soupirer qu'après les biens célestes. ]
D'où loi venait ce bonheur, cette bénédiction , cette grâce, d’inspirer si puissamment le mépris du monde? Qu'y avait-il dans sa vie et dans sa personne, qui fût capable d'opérer de si merveilleux changements? C’est ce qu’il faut tâcher d'expliquer en faveur de tant de saints ecclésiastiques, qui remplissent ce séminaire et cette audience. Deux choses produisaient un si grand effet : la simplicité ecclésiastique, qui condamnait souverainement la somptuosité, les délices , les superfluités du monde; un gémissement paternel sur les âmes, qui étaient captives de ses vanités.
La simplicité ecclésiastique, c'est un dépouillement intérieur, qui , par une sainte circoncision , opère au dehors un retranchement effectif de toutes superfluités. En quoi le monde paralt-il grand? Dans ses superfluités : de grands palais, deriches habits, nnelonguesuite de domestiques. L’homme si petit par lui-méme, si resserré en lui-même, s’imagine qu’il s’agrandit, et qu'il sc dilate, en amassant autour de soi des choses qui lui sont étrangères. Le vulgaire est étonné de eette pompe, et ne manque pas des'écrier : Voila les grands, voilà les heureux. C'est ainsi que la puissance du monde tâche de faire voir que ses biens sont grands. Une autre puissance est établie,
> Inuftccnt. 1*< ad Alex. Ep. xxiv, pag. 85S. Bpial. Bom PonL
DK SAl.NT SLLPICH,
pour fuire voir qu'il n'est rien ; c'est la puissance ecelésiastique.
Toutes nos actions, jusqu'aux moindres gestes du corps, jusqu'au moindre et plus délicat mouvement des yeux , doivent ressentir le mépris du monde. SI la vanité change tout, le visage, le regard , le son de la voix ; car tout dev lent instru-' ment de la vanité : ainsi la simplicité doit tout régler ; mais qu'elle ne soit jamais affect ee , parce qu'elle ne serait plus simplicité. Entreprenons, messieurs, de foire voir a tous les hommes, que le monde n'a rien de solide ni de désirable; et pour cela [imitons] la frugalité , la modestie et la simplicité du grand saint Sulpice. « Ayant donc
• de quoi nous nourrir et de quoi nous couvrir,
• nousdevonsêtrecontents; > Hubentes alimenta
et quitus tegamur, liis confenfi Quenous
servent ces cheveux coupés, si nous nourrissons au dedans tant de désirs superflus, pour ne pas dire pernicieux? [Saint Sulpice nous a appris, par son exemple, à faire sur nous-ménics de continuels efforts, iKiur les retrancher jusqu’é la racine].
Sa vie, tout ecclésiastique, annonçait on pasteur entièrement mort aux choses du siècle, uniquement dévoué aux intérêts de Jésuv Christ et au salut des âmes. Loin de profiter des moyens que lui fournissait sa place , pour se procurer plus d'aisances, de commodités et d'éclat extérieur, il jugea , au contraire , que sa charge lui imposait une nouvelle obligation de faire chaque jour, dans sa vie, de plus grands retranchements. Déjà, n'étant qu’abbé de In cliapelle du roi Clotaire second, il n’avait voulu retenir, pour sa subsistance et celle des clercs qu'il gouvernait, que le tiers des appointements que le roi lui donnait; et il distribuait le reste aux pauvres. Mais lorsqu'il fut élevé sur le siège de Bourges, il crut encore devoir augmenter sa pénitence, redoubler scs austérités , et pratiquer un détachement plus universel. Rien de plus frugal que sa table ; on n'y donnait rien â la sensualité et au plaisir : rien de plus modeste que ses habits ou scs meubles; tout y ressentait la pauvreté de Jésus-Christ : rien enfin de plus simple que toute sa conduite , de plus affable que sa personne. Sa bonté , pleine de tendresse , le fit regarder comme le père de son peuple ; et sa douceur, toujours égale, lui mérita le surnom de Débonnaire. Qu'il était éloigné de vouloir en imposer à ses peuples par la magnificence de scs équipages et la pompe de son cortège I Ministre de la loi de charité, il voulait inspirer l'amour, et non la terreur; et pour y réussir, il lui suffisait de sc moutrer avec
I I. Ttmoth. VI, fl.
l'appareil de scs vertus. Aussi les pauvres forniaicnt-ils tout sou train ; et , à l'exemple d’un grand évéque , « il mettait toute sa sûreté dans le
■ secours de leurs prières ■ : Habeo defensionem, sed in orationibus pauperum. ■ Ces aveugles,
■ pouvait-il dire avec saint Ambroise, ces Imi- " teux, ces infirmes , ces vieillards, qui me sui-
■ vent et m'accompagnent , sont plus capables de • me défendre, que les soldats les plus braves et - les plus aguerris : • Coeci itli et elaudi, débiles et senes, robustis betlatoribus fortiores sunt '.
C'est ainsi , chrétiens , que Sulpice travaillait à retracer dans toute sa vie les moeurs apostoliques, et à fournir, â tous les siècles suivants, un modèle accompli de toutes les vertus qui doivent orner un ministre de Jésus-Christ. O que la frugalité de ce digne pasteur condamnera d'ecclésiastiques, qui prétendent se distinguer par ces profusions splendides., ecs délicatesses recherchées de leur table, dont la religion rougit pour eux! Comment le faste de leur ameublement somptueux pourra-t-il soutenir le parallèle de lu modestie évangélique de ce saint évéq<ie? L’aimable simplicité de ses manières ne suffit-elle pas pour confondre â jamais ces superbes hauteurs , que des] vicaires de l'humanité et de la servitude de Jésus-Christ affectent A l'égard des peuples qui leur sont confiés ; le dirai-je , â l'égard même de leurs coopérateurs? Ont- ils donc oublié avec quelle force le souverain Pasteur leur interdit l'esprit de domination , et combien il leur reconv mande la douceur et la eoudescendance, dont il leur a donné de si grands exemples?
Mais que prétendent les ecclésiastiques, qui , loin d'imiter le zèle de saint Sulpice , pour ruiner l'esprit du monde, semblent au coutraire, par une vie toute profane, n'être appliqués qu'a le. faire vivre, l'étendre et l’affermir? Croient-ils que , par des mœurs si opposées â celles de nos pères , ils se rendront plus recommandables dans le monde, qu'ils cultivent avec tant de soin ? Mais ce monde même, dont ils veulent se montrer amis, et obtenir la considération, ics méprise souverainement, parce qu’il sait quelle doit être la vie d’un ministre des autels; et , aveugles qu'ils sont, ils ne voient pas qu’il ne fait effort, pour les entraîner dans ses moeurs dépravées , qu'afin de les avilir et les dégrader, et de faire rejaillir ensuite, sur la religion qu’ils doivent maintenir, l'opprobre dont 41 les aura couverts. S'ils veulent donc vraiment se distinguer, qu'ils pensent sérieusement a SC séparer de la multitude , par la sainteté d’une vie qui les élève autant au-dessus
‘ S. Av\hr. Sftm. vont Aux. n*33, t- )1| Oül. ST3.
PAISÉGÏUIQUE
du commun des hommes , qu'ils leur sont supérieurs par réminence de leur caractère.] ■ Car « la dignité sacerdotale exige, de ceux qui en sont
* revêtus, une gravité de mœurs peu commune,
> une vie sérieuse et appliquée, une vertu toute " singulière : ■ Sobriain a turbis gravUatem, sériant viUiin, singulare pondus, dignitas sibi vindical sacerdotalis Sont-ils jaloux de soutenir en eux l'autorité du sacerdoce ; qu'ils pensent a l’assurer par le mérite de leur foi et la sainte té de leur vie : Dignitalis suœ auctoritatem jidei et l'ilm meritis quæranl [Mais que jamais ils ne sc fassent assez d'illusion , pour croire se rendre vénérables par une pompe extérieure, qui ne peut qu'éblouir les yeux des ignorants, et qui leur attire une amère critique de la part de ceux qui réfléchissent.] • Le vrai ecclésiastique s'étudie
> à prouver sa profession par son habit, sa dé- « marche et toute sa conduite ; il n'a garde de " chercher à se donner un faux éclat par des or- 1 nements empruntés : » Clericus pro/essionem suant, et in habita, et in incessu probel , et nec vestibus, nec calceamentis decorem guwrat
[Voilà les leçons que les Pères et les conciles ont données aux ecclésiastiques, ou plutôt ils n'ont fait que renouveler celles que Jésus-Christ lui-meme leur avait laissées dans ses exemples. Qu'il nous exprime admirablement] la simplicité de sa vie , lorsqu'il nous dit : • Les renards ont
> des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids « et des retraites ; mais le Fils de l'homme n’a " pas où reposer sa tête : » Yulpesjoveas habent, et volucres cerlinidos; Fitius autem hotninis non habet ubi caput rcclinct *. [Son dessein , en nous tenant ce discours, n’est pas d'exciter en nous] des sentiments de pitié [sur un état , qui parait à la nature si digne de compassion : mais il veut nous] donner du courage , [et nous inspirer un généreux détachement de tout ce qui peut paraître le plus nécessaire ; parce que la foi d'un ministre de Jésus-Christ ne connaît d'autre nécessité , que celle de tout sacrifier pour son Dieu et le salut des âmes.
Telles sont les dispositions avec lesquelles on doit entrer dans le sacerdoce de Jésus-Christ, pour continuer son œuvre]; et malheur à ceux qui , poussés du désir de s'élever, chetehent, dans l’honneur attache au sacerdoce, un moyen de se procurer les avantages du monde, qu’il avait pour objet de détruire : Mundi litcrum queeritur sub ejus honoris specie, quo mundi deslrui tuera debuerunt
* 5. Ambr, ad Irtn. iiTin , n* 3 , t. Il , col. 903.
^ Cotu.Carihëf. it, cap. xv. t. IJ , col. 1301.
* Ibid. cap. XLT, col. 1304.
* Malth. Tiii , 30.
‘ S. Crcfor. Mtif. Patl. i, part cap. tiii, l. ii, co! 0.
[Au reste, je ne prétends pas, mes frères, qu'on refuse aux prêtres l'honneur qui leur est dû par tant de titres. Si, dans l’ancienne loi, l'ordre sacerdotal était si fort distingué, et jouissait des plus grandes prérogatives ; il convient que dans la nouvelle , dont le sacerdoce est autant au-dessus de eelui d'Aaron , que la vérité l’emporte sur la figure, l'bonncur rendu aux prêtres réponde à l'excellence de leur dignité , et à l'éminence du pontife qu’ils représentent sur la terre.] Il faut honorer ses ministres pour l'amour de celui qui a dit :« Qui vous reçoit me reçoit'. . [Mais plus les peuples leur témoignent de vénération et de déférence, moins aussi doivent-ils faire paraître d'empressement , pour recevoir ces marques de distinction ; et ils ne sauraient trop craindre de les aimer et de s'en réjouir. Pour éviter cette funeste disposition] , la simplicité ecclésiastique suit cette belle règle ecclésiastique ; « elle se montre un
• exemple de patience et d'humilité, en recevant
• toujours moins qu'on ne lui offre ; mais quoi- " qu'elle n'acceptejamois le tout, elle a la prudence “ de ne point tout refuser : • Seipsurn prtebeat patienliu; atque humilitatis exemptum, minus sibi assumendoquam offertur; sedtamen abeis qui se honorant nectotum necnihilaccipiendo'. 11 ne faut pas recevoir tout ce qu’on nous offre, de peur qu'il ne paraisse que nous nous repaissons de cetto fumée ; il ne faut pas le rejeter tout à fait, à cause de ceux à qui on ne pourrait se rendre utile, si l'on ne jouissait de quelque considération : Propler illos accipiatur quibus consulere non potest, si nintia dejectione vilescat.
[Mais après avoir imité le saint dépouillement de Sulpice , à l’égard de toutes les vanités du siècle , il faut encore entrer dons son esprit de] gémissement [sur les âmes qui en sont malheureusement captives]. L’état de l'Église , durant cette vie , c'est un état de désolation , parce que c'est un état de viduité : I\on possunt filii sponsi tugere, quamdiu cum illis est sponsus^. Elle est séparée de son cher Époux, et elle ne peut se consoler d'avoir perdu plus de la moitié d'elle-même. Cet état de désolation et de viduité de l'Église doit paraître principalement dans l'ordre ecclésiastique. Le sacerdoce est un état de pénitence , pour ceux qui ne font pas pénitence ; les prêtres doivent les pleurer, avec saint Paul , d'un cœur pénétré de la plus vive douleur : Lugeam multos quinonegeruntpanitentiam*. [Car il ne faut pas s'imaginer qu’il suffise de se conduire d'une manière irréprochable, de donner à tous des
• SfoHX. x,40.
> 5. Auçvst. ad Aurel. Bpùi. fi* 7« L 11* Cul. 39.
* Matlh. IX, 16.
« 11. Cor. XII, 21.
DE SAINT SCLPICE.
exemples de toutes les vertus: Le prêtre vraiment digne de ce nom] • non-seulement ne commet
• aucun crime, mais il déplore encore et travaille
• à expier ceux des autres , comme s'ils lui étaient
• personnels : • NuUaillicilaperpetrat, sedperpelrataab atiis, ut propria déplorât Aussi les joies dissolues du monde portaient-elles un contre-coup de tristesse sur le cœur de saint Sulpicc : car il écoutait ces paroles comme un tonnerre ; ■ Malheur à vous qui riez maintenant, parce que
• vous serez réduits aux pleurs et aux larmes I • Yce vobis qui ridetis nunc, quia lugebitis et flebilis'\ Il s'effrayait pour son peuple, et tâchait, par ses discours, non d'exciter ses acclamations , mais de lui inspirer les sentimentsd'une componction salutaire : Docente te in ecclesia , non ciamorpopuli, sed gemilus suscitetur
Jésus-Christ, mes frères, en choisissant ses ministres , leur dit encore , comme â saint Pierre :
• M'aimes-tu? pais, mon troupeau. > ■ En effet , il
• ne conflerait pas des brebis si tendrement ai-
• mées à celui qui ne l'aimerait pas ; • Neque enim non amanti committeret tam amatas. Cet amour [était la vraie] source des larmes de saint Sulpice; [et comme il aimait sans mesure, ses larmes , sur les désordres de son peuple, ne pouvaient jamais tarir ]. Jésus-Christ , gémissant pour nous [dans les jours de sa vie mortelle, présentait à ce saint évêque un modèle , qui pressait son cœur de soupirer sans cesse pour ses frères. Il savait que ce divin Sauveur, incapable de gémir depuis qu'il est entré dans sa gloire , a spécialement établi les prêtres, pour le suppléer dans cette fonction : aussi travaillait-il à perpétuer, par le mouvement du même Esprit, les gémissements ineffables du Pontife céleste J. Scs prières [étaient continuelles, animées de cet esprit de ferveur et do persévérance, qui force la résistance même du ciel ]. • Il avait éprouvé, « par sa propre expérience, qu'il pouvait obtenir > du Seigueur tout ce qu'il lui demanderait : > Oralionis usu et experimentojam didicit, quod obtinere a Domino quæ poposcerit possit*. Il l'avait expérimenté, priant en faveur du roi, réduit à l'extrémité; puisqu'il l'avait emporté contre Dieu : [et s'il avait tant de crédit pour la conservation et ie rétablissement de la vio corporelle,] combien plus en devait-il avoir pour le soutien et le renouvellement de la vie spirituelle?
Mais quel était son gémissement sur les ecclésiastiques mondains, [qui, par l'indécence de
■ s. Cng. Mag. Pa$. p«rt. I, cap. X, L li , col. 10.
> Luc. VI, 35.
5 s. Hieron. ad Kegot. Kp. XXIIT, t. rv.col. 302.
* S. Greg. Mag. Pull. part. I , cap. X , I. Il col. 10.
leur conduite, avilissent le saint ministère dont Ils sont revêtus I Hélas! mes frères, si le cœur sacerdotal de saint Sulpicc était si vivement louché d'en voir dans ces heureux temps, qui ne cherchaient, dans l'honneur du sacerdoce, destiné à la ruine du monde, qu'un moyen de s'y avancer et d'y faire fortune ; quels seraient tes larmes et ses sanglots aujourd'hui , où l'on en voit si peu qui entrent dans le ministère, avec un désir sincère de s'y consacrer entièrement au service de l'Église, et de se sacriiier pour Jisus- Christ]? Oui, nous devons le dire avec douleur et concision , • ceux qui semblent porter In
• croix , la portent de manière qu'ils ont plus de
• part à sa gloire, que de société avec ses souf- « fronces : • Hi qui pulanlur crucem porlare , sic portant, ut plus habeantin crucis nomine dignitatis, quamin passione supplicii'. [Ils ignorent sans doute pourquoi ils sont prêtres ; i Is ne veulent pas entendre qu'ils n'ont été admis au sacerdoce de Jésus-Christ , que pour consommer l'œuvre de son immolation. Mais que feront-ils, lorsque ce grand pontife, prêtre et victime, paraîtra, et cherchera, pour les associer à sa gloire, des ministres, qui, à l'innocence et à la pureté des mœurs, aient Joint une mortiOcation générale, une entière séparation de toutes les vanités et de tous les plaisirs du monde?] S'ils avaient de la fol , pourraient-ils y songer sans sécher d’effroi?
Saint Sulpice, touché de cette pensée, se retire, pour régler ses comptes avec la justice divine. Il connaît la charge d’un évêque; il sait ■ que tous doivent comparaître devant le tribu-
• nal de Jésus-Christ, afin que chacun reçoive
• ce qui est dû aux bonnes ou mauvaises actions
• qu'il aura faites , pendant qu'il était revêtu de
• son corps : ■ Ut referai unusquisque propria corporis, prout gessit'. • Si le compte est si exact
• de ce qu’on fait en son propre corps, 6 com-
• bien est-il redoutable de ce qu'on fait dans le
• corps de Jésus-Christ , qui est son Église! > Si reddenda est ratio de his quæ quisque gessit in corpore suo, quid fiet de his quæ quisque gessit in corpore Christi ’ ! Il ne se repose pas sur sa vocation si sainte , si canonique ; il sait que Judas a été élu par Jésus-Christ même , et que cependant, par son avarice , il a perdu la grâce de l'apostolat.
Justice de Dieu , que vous êtes exacte ! vous comptez tous les pas , vous mettez en la balance tous les grains de sable. Il se retire donc, pour
< Salrian. de Gvb. Dei. tibr. lit, n* 3 , p. 40.
■ II. Cor. T, 10.
* Serm. ad Cter. in cooc. Rem. m Jp.ap. S. Btm. L U, col. 735.
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