Pro$p
monde; plus elle devient pure et détachée, plus elle est en état de puiser à la source de ces voluptés célestes, qui l’élèvent, la transportent et l’ennoblissent, en l'attachant à l'auteur de tout bien.] Tous les autres divertissements [ne sont rien qu'un] charme de notre chagrin, qu’un amusement d’un cœur enivré. Vous sentez-vous dans ce tumulte, dans ce bruit, dans cette dissipation, dans cette sortie de vous-même? Avec quelle joie, dit David, «votre serviteur a trouvé • son cœur, pour vous adresser sa prière! ■ Invenit servus tuus cor suutn, ut oraret te oratione hac'.
Mais l’on craint de passer pour un homme inutile, et de rendre sa vie méprisable : Sed ignavam infamabis. Il faut faire quelque figure dans le monde;[y devenir important, nécessaire; servir l’État et la patrie : Patrice et imperio, reique vivenduin est '. Ainsi le temps s’écoule sans s’en apercevoir. Sous ces spécieux prétextes, on contracte chaque jour de nouveaux engagements avec le monde, loin de rompre les anciens. L’unique nécessaire est le seul négligé : tous les bons mouvements, qui nous portaient a nous en occuper, se dissipent; et enfin , après avoir été le jouet du temps, du monde et de sol-même, on est surpris de se voir arrivé, sans préparation, aux portes de l'éternité. ]
Madame, Votre Majesté doit penser sérieusement à ce dernier jour. Nous n’osons y jeter les yeux; cette pensée nous effraye, et fait horreur a tous vos sujets , qui vous regardent comme leur mère, aussi bien que comme celle de notre monarque. Mais, madame , autant qu’elle nous fait horreur, autant Votre Majesté sc la doit rendre onlinaire et familière. Puisse Votre Majesté être tellement occupée de Dieu, avoir le cœur tellement percé de la crainte de ses jugements, l’âme si vivement pénétrée de l’exactitude et des rigueurs de sa justice, qu’elle se mette en état de rendre bon compte d’une si grande puissance , et de tout le bien qu’elle peut faire , et encore de tout le mal qu’elle peut, on empêcher par autorité , ou modérer par conseils , ou détourner par prudence : c’est ce que Dieu demande de vous. AhI si les vœux que je lui inis pour votre salut sont reçus devant sa face, cette salutaire pensée jettera Votre Majesté dans une humiliation si profonde, que méprisant autant sa grandeur royale, que nous sommes obligés de la révérer, elle fera sa plus chère occupation du soin de mériter, dans le ciel, une couronne immortelle.
' II. Rfÿ. Tll, 57.
* TertuU. de Pnllio. n* 6.
DE SAINT FRANÇOIS DE SALES
PANÉGYRIQUE
DE
SAINT FRANÇOIS DE SALES
La scieoc« deuint Françi>U de Sain, luoilneoae, mala beaucoup plus ardente. Avec quel fruit il a IraralUé à ré> difieatioQ de rSAlUe. Son éloigoement pour tout la obJeU de ramblUoa: bd exemple de m modération. Douceur extrême qu'il téDoigualt aux âton qu'il conduUait Celle douceur abaotuaieot néoeaaaire au direeleur : troU vertua prlodpala qu'elle produit. Coml>ien le aalnt prélat le» possédait émi* DemiDent
nie frat luctma ardens et îucens.
Il était une lampe ardente et luisante. Joan. t, 35.
Laissons un spectacle de cruauté * , pour arrêter notre vue sur l’image de la douceur même : laissons des petits enfants , qui emportent la couronne des hommes , pour admirer un homme qui a riunocence et la simplicité des enfants ; laissons des mères désolées , qui ne veulent point recevoir de consolation dans la perte qn’elles font de leurs flls , pour contempler un père toujours constant, qui a amené lui-méme ses filles à Dieu, afin de les immoler de scs propres mains, par la mortification religieuse. Il n’est pas malaisé , ce semble , de loner un père si vénérable devant des filles si respectoeuses ; puisqu’elles ont le cœur si bien préparé à écouter scs louanges : mais é le considérer par un autre endroit, cette entreprise est fort haute, parce qu'étant si justement prévenues d’une estime extraordinaire de ses vertus, il n'est rien de plus difflciie que de satisfaire à leur piété, remplir leurs justes désirs , et égaler leurs grandes idées. C’est ce qui me fait désirer, mes sœurs, pour votre entière satisfaction , que l’éloge de ce grand homme eût déjà été (hit en ce lieu auguste , où se prononcent les oracles du christianisme. Mais en attendant ce glorieux jour, trop éloigné pour nos vœux, qui ouvrira la touche dea prédicateurs, pour faire retentir, par toutes les chaires , les mérites Incomparables de François de Sales, votre trèssaint Institutenr; nons pouvona nous entretenir en particulier de ses admirables vertus, et honorer^ avec ses enfants, sa bienheurense mémoire , qui est plus douce à tons les fidèles qu’une composition de parfums , comme parle l’ÉCTiture sainte'. Commençons donc, chères âmes, cette sainte conversation avec la bénédiction du ciel ;
* Bonnet a prononcé oe panégyrique dans an coarent de ta Visitation , aroot qae saint François de Sala eût été conO' nloé, et par conséquent avant que sa fêle eût été fixée au 39 Janvier. 11 le prêcha le Jour des ulnts Innocents, qui al le Jour de la mort de ce saint évéqne : c'est oe qui explique le rammeooement de Texorde, qui porallrail singulier al Ton Ignorait cette circonstance. ( Bdil. de ytnailUs. )
> Ect. xLix , I.
et pour Implorer son secours, employons les prières de la sainte Vierge , en disant, Ave.
Il y a assez de fausses lumières, qui ne veulent briller dans le monde que pour attirer l’admiraüon par la surprise des yeux. Il est assez naturel aux hommes de vouloir s’élever aux lieux éminents, pour étaler de loin, avec pompe, l’éclat d’une superbe grandeur. Ce vice, si commun dans le monde, est entré bien avant dans l'Église, et a gagné Jusqu’aux autels. Beaucoup veulent monter dans les chaires , pour y charmer Im esprits par leur science et l’éclat de leurs pensées délicates; mais peu s’étudient, comme il faut, k se rendre capables d’échauffer les cœurs par des sentiments de piété. Beaucoup s’empressent, avec ardeur, de paraître dans les grandes places , pour luire sur le chandelier ■ ; peu s’appliquent sérieusement à jeter, dans les âmes, ce feu céleste qne Jésus a apporté sur la terre.
François de Sales, mes sœurs, votre saint et admirable instituteur, n'a pas été de ces faux luisants, qui n’attirent que des regards curieu.\ et des acclamations inutiles. Il avait appris de l’Évangile, que les amis de l’Époux et les ministres de sa sainte Église devaient être ardents et luisants; qu’ils devaient non-seulement éclairer, mais encore échauffer la maison de Dieu : Ule erat lueema ardent et Iucens. C’est ce qu’il a fidèlement accompli , durant tout le cours de sa vie; et II ne sera pas malaisé de vons le faire connaître fort évidemment, par cette réflexion.
Trois choses principalement lui ont donné beanconp d’éelat dans le monde : la science, comme docteur et prédicateur ; l'autorité, comme évêque ; la conduite , comme directeur des âmes. La science Ta rendu un flambeau , capable d’illumluer les fidèles ; la dignité épiscopale a mis ce flambeau sur le chandelier, pour éclairer toute l'Église; et le soin de la direction a appliqué cette lumière bénigne à la conduite des (wrticuliers. Vous voyez combien reluit ce flambeau sacré; admirez maintenant comme il échauffe. La science, pleine d’onction , attendrit les cœurs ; sa modestie, dans l’autorité, enflamme les hommes ù la vertu ; sa douceur, dans la direction , les gagne â l’amour de Notre-Seigneur. Voila donc un flambeau ardent et luisant : si sa scienco reluit , parce qu’elle est claire , elle échauffe en même temps, parce qu’elle est tendre et affective ; s’il brille aux yeux des hommes par l'éclat de sa dignité, il les édifie, les excite, les enflamme tout ensemble par l’exemple de sa modération. Enfin, si ceux qu’il dirige se trouvent
* IvC. Ul, 19.
3ua PANEGYRIQUE
éclairés fort heurcusemeut par scs sages et salutaires conseiis , ils sc sentent aussi vivement touchés par sa charmante douceur ; et c'est ce que Je me propose de vous expliquer dans ies trois parties de ce discours.
PBEMIEa POINT,
Plusieurs considèrent Jésus-Christ comme un sujet de recherches curieuses, et pensent être savants dans son Écriture , quand Ils y ont rencontré, ou des questions inutiles, ou des rêveries agréables. François de Sales , mes SŒUrs , a cherché une science qui tendit à la piété ; et ailn que vous entendiez dans le fond , et de quelle sorte Jésus-Christ veut être connu, remontez avec moi jusqu'au principe.
Il y a deux temps à distinguer, qui comprennent tout le mystère du christianisme : il y a le temps des énigmes, et ensuite le temps de la claire vue; le temps de l'obscurité, et après, celui des lumières : enfin le temps de croire , et le temps de voir. Cette distinction étant supposée, tirons maintenant cette conséquence. Dans le temps de la claire vue , c'est alors que les esprits seront satisfaits par la manifestation de la vérité ; car • nous verrons Dieu face à face . > Yidebimus fade ad faciem * : et là , découvrant , sans aucun nuage, la vérité dans sa source, nous trouverons de quoi contenter toutes nos curiosités raisonnables. Maintenant quelle est notre connaissance obscure et enveloppée, qui nous fait entrevoir de loin quelques rayons de lumière , à travers mille nuages épais; connaissance, par conséquent, qui n’a pas été destinée pour nous satisfaire, mais pour nous conduire, et qui est plutêt pour le CŒur que pour l'esprit. Et c’est ce qui a fait dire au divin Sauveur : lleati manda corde, quoniam ipsi Deum videbunt ' ; < Bien-
• lieureux ceux qui ont le cccur pur, parce qu'ils « verront Dieu. » Videbunt; ils verront un jour, et alors ce sera le temps de satisfaire l'esprit; maintenant c'est le temps de travailler pour le coeur, en lepuriflant par le saint amour; et ce doit être tout l'objet de notre science.
Approfondissons davantage cette matière importante , et apprenons, par les saintes I..ettres, quelle est la science de cette vie. L'apôtre saint Pierre la compare à un flambeau allumé parmi les ténèbres : Lucernœ ardenli in caliginoso loco *. Traduisons mot 'à mot ces belles paroles :
• C’est une lampe allumée dans un lieu obscur. » [ Plus la nuit qui nous environne est obscure , plus il est nécessaire que la lumière qui nous
* I. Cor. vin , IJ.
’ tlallh. y, s.
J II. Prir.l, I».
éclaire soit vive, pour en pénétrer les ténèbres : mais plus les difflcultés du chemin sont grandes , plus il faut de courage pour les surmonter, plus nous avons besoin d être animés par l'éclat de la lumière qui nous dirige] : c’est pourquoi si ce flambeau a de la lumière, il doit avoir encore beaucoup plus d’ardeur, parce qu’elle doit attirer *.
C’est pourquoi notre saint évêque a étudié, dans l’Évangile de Jésus-Christ, une science lumineuse, à la vérité, mais encore beaucoup plus ardente; et aussi, quoiqu’il sût convaincre, il savait bien mieux convertir. Le grand cardinal du Perron en a rendu un beau témoignage. Ce rare et admirable génie, dont les ouvrages, presque divins, sont les plus fermes remparts de l’Église contre les hérétiques modernes, a dit, plusieurs fois, qu’il convaincrait bien les errants; mais que si l’on voulait qu’ils se convertissent, il fallait les conduire à notre prélat. Et en effet, il n'est pas croyable combien de brebis errantes il a ramenées au troupeau ; c'est que sa science, pleine d'onction , ne brillait que pour échauffer, lies traits de flamme sortaient de sa bouche, qui allaient pénétrer dans le fond des cŒurs. Il savait que la chaleur entre bien plus avant que la lumière : celle-ci ne fait qu’effleurer et dorer légèrement la surface; la chaleur pénètre jusqu’aux entrailles, pour en tirer des fruits merveilleux, et produire des richesses inestimables. C’est cette bénigne chaleur, qui donnait une efflcace si extraordinaire à ses divines prédications, que dans un pays fort peuplé de son diocèse, où il n’y avait que cent catholiques quand il commença de prêcher, à peine y restait-il autant d’hérétiques ipiand il y eut répandu cette lumière ardente de l’Evangile.
Mais ne vous persuadez pas qu’il n’ait converti que les hérétiques; cette science ardente et luisante agissait encore bien plus fortement sur les domestiques de la foi. Je trouve, dans ces derniers siècles , deux hommes d’une sainteté extraordinaire , saint Charles Borromée et François de Sales. Leurs talents étaient différents, et leurs conduites, diverses; car chacun a reçu son don par la distribution de l’Esprit ; mais tous deux ont travaillé avec même fruit à l’édification de l'Église, quoique par des voies différentes. Saint Charles a réveillé,' dans le clergé, cet esprit de piété ecclésiastique. L’illustre François de Sales a rétabli la dévotion parmi les peuples. Avant saint Charles Borromée, il semblait que l’ordre ecclésiastique avait oublié sa vocation, tant il
* Voyn le moreena ({ul est en note an roimneneeineDt du premier point du Ponésyrieue de sainte Cslberiiw. BoMuet y remole dans sou tuonuscril.
DE SAINT FRANÇOIS DE SALES
ovalt corrompu sc» voies; et l'on peut dire , mes securs, qu'avant votre saint instituteur, l'esprit de dévotion n'était presque plus connu parmi les gens du siècle. On reléguait dans les cloîtres la vie intérieure et spirituelle , et on la croyait trop sauvage pour paraître dans la cour et dans le grand monde. François de Sales a été choisi pour l'aller chercher dans sa retraite , et pour désabuser les esprits de cette créance pernicieuse. Il a ramené la dévotion au milieu du monde; mais ne croyez pas qu'il l'ait déguisée , pour la rendre plus agréable aux yeux des mondains : il l'amène dans son habit naturel , avec sa croix , avec scs épines , avec son détachement et ses souffrances. En l'état que la produit ce digue prélat, et dans lequel elle nous parait eu son Introduction à la vie dévote, le religieux le plus austère la peut reconnaître , et le courtisan le plus dégoûté, s'il ne lui donne pas son affection , ne peut lui refuser son estime.
Et certainement, chrétiens, c'est une erreur intolérable, qui a préoccupé les esprits, qu'on ne peut être dévot dans le monde. Cà’ux qui se plaignent sans cesse que l'on n’y peut pas faire son salut, démentent Jésus-Christ et son Évangile. Jésus-Christ s’est déclaré le sauveur de tous; et par la il nous fait connaître qu'il n'y a aucune condition qu'il n'ait consacrée, et il laquelle il n’ait ouvert le chemin du ciel. Car, comme dit excellemment saint Jcan-Chrysostùme', la docrine de l'Évangile est bien peu puissante, si elle ne peut policcr les villes, K'gler les sociétés et le commerce des hommes. Si, pour vivre chrétiennement, il faut quitter sa famille et la société du genre humain, pour habiter les déserts et les lieux cachés et inaccessibles , les empires seront renversés et les villes abandonnées. Ce n’est pas le dessein du Fils de Dieu : au contraire, il commande aux siens de luire devant les hommes’. Il n'a pas dit dans les bois, dans les solitudes, dans les montagnes seules et inhabitées; il a dit dans les villes et parmi les hommes : c'est là que leur lumière doit luire, afin que l'on glorifie leur Père céleste. Louons donc ceux qui sc retirent; mais ne décourageons pas ceux qui demeurent : s'ils ne suivent pas la vertu , qu'ils n’en accusent que leur lâcheté , et non leurs emplois , ni le monde,ni lesattraitsdelacour, ni les occupations de la vie civile.
Mais que dis-je ici, chrétiens? les hommes abuseront de cette doctrine , et en prendront un prétexte pour s'engager dans l'amour du monde. Que dirons-nous donc , mes frères , cl où nous
' /» Ep. ad Eom. Ihm. xivl, n" 4, t. IX, p. 711-
■ MaM. T, m.
tournerons-nous désarmais , si on change en venin tous nos discours? Prêchons qu'on ne peut se sauver dans le monde , nous désespérons nos auditeurs ; disons, comme il est vrai, qu’on s'y peut sauver, ils prennent occasion de s'y embarquer trop avant. U mondains ! ne vous trompez pas , et entendez ce que nous prêchons. Nous disons qu'on peut se sauver dans le monde; mais pourvu qu'on y vive dans un esprit de détachement : qu'au se peut sauver dans les grands emplois; mois pourvu qu’on les exerce avec justice ; qu'on se peut sauver parmi les richesses ; mais pourvu qu'on les dispense avec cliarité : enfin qu’on se peut sauver dans les dignités; mais pourvu qu'on en use avec cette modération, dont notre saint prélat nous donnera un illustre exemple dans notre seconde partie.
SECO.VD POIXT.
De toutes les passions humaines, la plus fière dans ses pensées , et la plus emportée dans scs désirs, mais la plus souple dans sa conduite, et la plus cachée daus scs desseins, c'est l'ambition. Saint Grégoire nous a représenté son vrai caractère, lorsqu'il a dit ces mots, dans son Pastoral, qui est un chef-d'œuvre de prudence, et le plus accompli de ses ouvrages : « L’ambition , dit cc
• grand pontife', est timide quand elle cherche,
• superbe et audacieuse quand elle a trouvé : > ParUla cum queerit, audax cum pervenerit. Il ne pouvait pas mieux nous décrire le naturel étrange de l'ambition , que par l'union monstrueuse de CCS deux qualités opposées, la timidité et l’audace. Comme la dernière lui est naturelle, et lui vient de son propre fonds; aussi la fait-elle paraître dans toute sa force , quand elle a sa liberté tout entière : Audax cum pervenerit. Mais en attendant, chrétiens, qu'elle soit arrivée au but, elle se resserre en elle-même, elle contraint ses Inclinations : Timida cum quœrit. Et voici la raison qui l'y oblige : c’est, comme dit saint Jean-Cbrysostûme ' , que les hommes sont naturellement d'une humeur fâcheuse et contrariautc, Conlenliosum hominum genus. Soit que le venin de l'cnvic les empêche de voir le progrès des autres d’un œil équitable ; soit qu'en traversant leurs desseins, une imagination de puissance, qu'ils exercent, leur fasse ressentir un plaisir secret et malin ; soit que quelque autre inclination malfaisante les oblige à s'opposer les uns aux autres, toujours est-il vrai de dire, que l'ardeur d'une poursuite trop ouverte nous attire infailliblement des concurrents et des opposants. C'est
' Patf. part, i, r^p. it , t. ii, col. 9.
’ In t'pist. Il rf Phitipp. Hunt. Vil, n* 8, t. XI, p. 162.
PANÉGYRIQUE
pourt(uoi l'ambition rafTiuéc s'avance d'un pas timide ; et tâchant de se cacher sous son contraire, pour être mieux déguisée , elle se montre au public sous le visage de la retenue.
Voyez cet ambitieux, voyez Simon le Magicien devant les apdtres , comme il est rampant à leurs pieds, comme il leur parle d'une voix tremblante. Le même, quand il aura acquis du crédit, en imposant aux peuples et aux empereurs par ses charmes et par ses prestiges , à quel excès d'arrogance ne se laissera-t-il pas emporter ; et combien travaillera-t-il , pour abattre ces mêmes apêtres , devant lesquels il paraissait si bassement respectueux.
Mais Je ne m'étonne pas , chrétiens , que l’ambition se cache aux autres , puisqu’elle ne se découvre pas à elle-même. Ne voyons-nous pas tous les jours que cet ambitieux ne se connaît pas, et qu'il ne sent pas l’ardeur qui le presse et le brûle? Dans les premières démarches de sa fortune naissante , il ne songeait qu’à se tirer de la boue; après, il a eu dessein de servir l’Église, dans quelque emploi honorable; là, d'autres désirs se sont découverts , que son cœur ne lui avait pas encore expliqués : c' est que ce feu , qui se prenait par le bas , ne regardait pas encore le sommet du toit : il gagne de degré en degré où sa matière l'attire, et ne remarque sa force qu'en s'élevant. Tel est le naturel des ambitieux , qui s'efforcent de persuader, et aux autres, et à euxmémes, qu'ils n'ont que des sentiments modestes. Mais quelque profonds que soient les abîmes où ils tâchent de nous recéler leurs vastes prétentions; quand ils seront établis dans les dignités, leur gloire, trop longtemps eachée, se produira malgré eux , par ces deux effets qui ne laissent pas de s'accorder , encore que d'abord ils semblent contraires : l'un est de mépriser ce qu'ils sont ; l'autre , de le faire valoir avec excès.
Oui, je dis qu'ils méprisent ce qu'ils sont, puisque leur esprit n’en est pas content ; qu’ils se plaignent sans cesse de leur mauvaise fortune, et qu'ils pensent n'avoir rien fait. Leur vertu , à leur avis, mériterait un plus grand théâtre ; leur grand génie se trouve à l'étroit dans un emploi si borné ; cette pourpre ne leur parait pas assez brillante; et il faudrait, pour les satisfaire, qu'elle fêtât plus de feu. Dans ces hautes prétentions, ils comptent pour rien toutee qn'ils possèdent. Mais voyez l'égarement de leur ambition ; pendant qu'ils méprisent eux-mêmes les honneurs dont ils sont revêtus , ils veulent que tout le monde les considère comme quelque chose d’auguste ; et si peu qu’on ose entreprendre de toucher ce point
délicat, vousn’cntendrez sortirdeleur boucheqne des paroles d'autorité , pour marquer leur grandeur et leur paissance. Ainsi ce superbe Aman , tant de fois cité dans les chaires , comme le modèle d’une ambition démesurée, quoiqu’il veuille quetoutelaterreadoresa puiasance prodigieuse, il la méprise lui-même en son cœur ; et il s’imagine n’avoir rien gagné, quand il regarde l'accroissement qui lui manque encore : Uœe cum omnia haàeam, nihil me habere puto'. Tant l’ambition est injuste, on de ne se contenter pas de ce qu’eile veut que le monde admire, ou d’exiger qu’on respecte tant ce qui n’est pas capable de la satisfaire.
Ceux qui s’abandonnent, mes sœurs, à ces sentiments déréglés , peuvent bien luire et briller dans le monde par des dignités éminentes ; mais ils ne luisent que pour le scandale, et ne sont pas capables d’enflammer les cœurs au mépris des vanités de la terre , et à l’amour de la modestie chrétienne. C'est, mes sœurs, notre saint évêque qui a été véritablement une lumière ardente et luisante, lui qui, étant établi dans le premier ordre de la dignité ecclésiastique, s'est également éloigné de ces deux effets ordinaires de l’ambition; de vouloir s’élever plus haut, ou de maintenir avec faste l’autorité de son rang , par nn dédain fastueux. Pour Pélever à l’épiscopat, il avait été nécessaire de forcer son humilité par un commandement absolu. Il remplit si dignement cette place, qu’il n’y avait aucun prélat dans l'Église , que la réputation publique jugeât si digne des premiers sièges. Ce n'était pas seulement la renommée, dont le suffrage ordinairement n’est pas de grand poids. Leroi Henri le Grand le pressa souvent d’accepter les premières prélatures de ce royaume ; et sons le règne de son fils , un grand cardinal, qui était chef de ses conseils, le voulait faire son coadjuteur dans l'évêché de Paris, avec des avantages extraordinaires. Il était tellement respecté dans Rome, qu'il eût pu facilement s’élever jusqu’à la pourpre sacrée, si peu qu’il eût pris de soin de s'attirer cet honneur. Parmi ces ouvertures favorables, il nous eût été impossible de comprendre quel était son détachement, si la Providence divine n'eût permis, pour notre instruction, qu'il s’en soit lui-méme expliqué à une personne confidente , comme s’il eût été à l’article de la mort, où tout le monde ne paraît que fumée.
Que Je vous demande ici , chrétiens : Baltasar, ce grand roi des Assyriens, à la veille de cette nuit fatale en laquelle Daniel lui prédit , de la part de Dieu, In fin de sa vie , et la translation de son
■ Mcl. viu , le, i«.
euh. ï, IJ.
DE SAINT FRANÇOIS DE SAl.F-S.
trAne, était-il encore charmé de cette pompe royale , dans les approches de la dernière heure? Au contraire, ne vous semble-t-il pas qu’il voyait son sceptre lui tomber des mains , sa pourpre pâlir sur ses épaules, et l’éclat de sa couronne se ternir visiblement sur sa tète parmi les ombres de la mort, qui commençaient à l’environner? Pourrait-on encore se gloriüer de la beauté d'un vaisseau, étant tout près de l’écueil contre lequel on sauraitqn'il se vabriser?Ces aveugles adorateurs de la fortune estiment-ils beaucoup leur grandeur, quand ils volent que , dans un moment, toute leur gloire passera à leur nom , tous leurs titres â leur tombeau , et peut-être leurs dignités â leurs enoemis, du moins à des indifférents? Alors, alors, mes frères, toutes leurs vanités seront confondues ; et , s'il leur reste encore quelque lumière, ils seront contraints d’avouer que tout ce qui passe est bien méprisable. Mais ces sentiments forcés leur apporteront peu d'utilité : au contraire, ce sera peut-être leur condamnation, qu'il ait fallu appeler la mort au secours, pour les contraindre , eux où il semble que rien ne vive que l'ambition , de reconnaître des vérités si constantes.
François de Sales, mes sœurs, n’attend pas cette extrémité , pour éteindre en son cœur tout l'amour du monde : dans la plus grande vigueur de son âge , au milieu de l'applaudissement et de la faveur, il le considère des mêmes yeux qu'il ferait en ce dernier jour, où périssent toutes nos pensées; et il ne songe non plus â s'avancer, que s'il était un homme mourant. Et certainement, chrétiens , il n’est pas seulement un homme mou rant ; mais il est en effet de ces heureux morts, dont la vie est cachée en Dieu , et qui s’ensevelissent tout vivants avec Jésus-Christ. Que s’il est si sage et si tempéré a l’égard des dignités qu'il n'a pas, il use, dans le même esprit, de la puissance qui lui est confléc. Il en donna on illustre exemple, lorsque son Introduction à la vie dévote , ce chef-d’œuvre de piété et de prudence , ce trésor de sages conseils , ce livre qui conduit tant d’âmes à Dieu , dans lequel tous les esprits purs viennent goûter avec joie les saintes douceurs de la dévotion, fut déchiré publiquement, jusque dans les chaires évangéliques , avec toute l'amertume et l'emportement que peut inspirer un zèle indiscret, pour ne pas dire malin. Si notre saint évêque se fût élevé contre ces prédicateurs téméraires', il aurait trouvé assez de prétextes de couvrir son ressentiment de rintérèt de l'épiscopat qui était violé en sa personne , et dont l’honneur, disait un ancien ' , établit la paix de l'Église. Mais
Il pensa, chrétiens , que si c’était une plaie â l’Église de voir qu'un évêque fût outragé , elle serait bien plus grande encore de voir qu’un évêque fût en colère , parût ému en sa propre cause , et animé dans ses intérêts. Ce grand homme se persuada que l’injure, que l’on faisait à sa dignité, serait bien mieux réparée par l'exemple de sa modestie, que par le châtiment de ses envieux : c'est pourquoi on ne vit ni censures, ni apologie, ni réponse ; il dissimula cet affront. Il en parle comme en passant en un endroit de ses œuvres , en des termes si modérés , que nous ne pourrions jamais nous imaginer l'atrocité de l'injure , si la mémoire n'en était encore toute récente. ( Mais si sa modération nous charme , sa douceur dans la conduite des âmes ne sera pas moins touchante ; c'est ma troisième partie.)
TSOISIÈHE POIXT.
Qui que vous soyez, chrétiens, qui êtes appelés par le i^int-Esprit à la conduite des âmes que le Fils de Dieu a rachetées, ne vous proposez pas de suivre les règles de lapolitiquedu monde. Songez que votre modèle est au ciel, et que le premier directeur des âmes, celui dont vous devez imiter l’exemple , c'est ce Dieu même que nous adorons. Or, ce directeur souverain des âmes ne se contente pas de répandre des lumières dans i’esprit , il en veut au cœur. Quand il veut faire sentir son pouvoir aux créatures inanimées, il ne consulte pas leurs dispositions; mais il les contraint et les force. Il n’y a que le cœur humain, qu’il semble ne régir pas tant par paissance, qu’il le ménage par art, qu'il leconduit par industrie, et qu'il l'engage par douceur. Les directeurs des consciences doivent agir par la même voie, et cette douceur chrétienne est le principal instrument de la conduite des âmes ; parce qu'ils doivent amener à Dieu des victimes volontaires , et lui former des enfants, et non des esclaves.
Four avoirune belle idéede cette douceur évangélique, ce serait assez, ce me semble, de contempler le visage de François de Sales. Toutefois, pour remonter jusqu'au principe, allons chercher, jusque dans son cœur, la source de cette douceur attirante, qui n’est autre que la charité. Ceux qui ont le plus pratiqué et le mieux connu ce grand homme, nous assurent qu'il était enclin â la colère; c’est-à-dire, qu'il était du tempérament qui est le plus opposé à la douceur. Mais il faut ici admirer ce que fait la charité dans les cœurs, et de quelle manière elle les change ; et tout ensemble vous découvrir ce que c'est que la douceur chrétienne, qui semble être la vertu particulière de notre illustre prélat. Pour bien entendre ces choses, il faut remarquer, s’il vous plaît.
* Ttriull. de Bapt. o* i
PANÉGYRIQUE
que le plus grand cbangcment que la nature fasse I dans les hommes, c'est lorsqu’elle leur donne des eufants : c'est alors que les humeurs les plus aigres et les plus indifférentes conçoivent une nouvelle tendresse, et ressentent des empressements qui leur étaient auparavant inconnus. Il n'y a personne qui n'ait observé les inclinations extraordinaires qui naissent tout a coup dans le cœur des mères et des nourrices , qui sont comme de secondes mères. Or, j'ai appris de saint Augustin , que « la charité est une mère , et que la
• cliarité est une nourrice : » Charitas nutrix ' , charilas mater est ■. Kn effet, nous lisons dans les Écritures , que la charité a des enfants : elle a des entrailles, oü elle les porte; elle a des malmelles qu'elle leur présente; elle a un lait qu’elle leur donne. Il ne faut donc pas s’étonner, si elle change ceux qu'elle possède , et surtout les condueteursdesâmes; ni si elle adoucit leur humeur, en leur inspirant dans le cœur des sentiments maternels.
C'est, mes soeurs, cette onction de la charité qui a changé votre bienheureux père ; c'est cette huile vraiment céleste , c'est ce baume spirituel qui a calmé ces esprits chauds et remuants, qui excitaient en lui la colère ; par où vous devez maintenant connaître ce que c'est que la douceur chrt'tiennc. Ce n'est pas autre chose , mes soeurs, (|ue la (leur de la charité , qui , ayant rempli le dedans , répand ensuite sur l'extérieur une grâce simple et s:ms fard , et un air de cordialité tem- ]>éré, qui ne respire qu’une affection toute sainte : c'est par là que François de Sales commençait à gagner les cœurs.
Mais la douceur chrétienne n'agit pas seulement sur le visage ; elle porte avec soi , dans l'intérieur, ces trois vertus principales qui la composent, la patience, la compassion, la condescendance : vertus absolument nécessaires à ceux qui dirigent les âmes; la patience, pour supporter les défauts ; la compassion , pour les plaindre ; la condescendance, pour les guérir. La conduite des âmes estune agriculture spirituelle ; et j’apprends de l’apôtre saint Jacques, que la vertu des laboureurs, c’est la patience : « Voilà, dit-il, que le
• laboureur attend le fruit de la terre , suppor-
• tant patiemment toutes choses : - Ecce agricola expcctat pretiosum fructum lerrœ, patienter ferens L
Et en effet, chrétiens, pour dompter, si je puis parler de la sorte, la dureté de la terre, surmonter l’inégalité des saisons, et supporter, sans relâche, l’assiduité d’un si long travail, qu’y a-t-il
* Uf cateth.Tuâ. cap. xt, n* U , t. ti . col. 279.
» .4d iVimv/. Bp. ciwix , n* 3, 1. Il , col.
i Jac. r, 7
de plus nécessaire que la patience? Mais vous en avez d’autant plus besoin , 6 laboureurs spirituels! que le grain que vous semez est plus délicat et plus précieux ; le champ que vous cultivez, plus stérile ; les fruilsque vousattendez, ordinairement plus tardifs;etles vicissitudes que vous craignez, sans comparaison plus dangereuses. Pour vaincre ces difficultés, il faut une patience invincible, telle qu'était celle de François de Sales. Bien loin de se dégoûter, ou de relâcher son application , quand la terre, qu’il cultivait, ne lui donnait pas des fruits assez tôt ; il augmentait son ardeur, quand elle ne lui produisait que des épines. On a vu des hommes ingrats , auxquels il avait donne tant de veilles, pour les conduire par la droite voie, qui, au lieu de reconnaître ses soins, s’emportaient jusqu'à cet excès de lui faire mille reproches outrageux. C'était un sourd qui n’entendait pas , et un muet qui ne parlait pas ; Ego autem tanguant surdus non audiebam, et sicut mulus non apcriens os suum '.Il louait Dieu dans son cœur, de lui faire naître cette occasion de fléchir, par sa patience , ceux qui résistaient àses bons conseils. Quelque étrange que fût leur emportement , il ne lui est jamais arrivé de se plaindre d’eux ; mais il n’a jamais cessé de les plaindre eux-mêmes ; et c’est le second sentiment d’un bon directeur.
Vous le savez, ô pécheursl lépreux spirituels que la Providence divine adressait à cet Elisée ; vous particulièrement, (lauvres dévoyés de ee grand diocèse de Genève , et vous , pasteurs des troupeaux errants, ministres d'iniquité, qui corrompez les fontaines de Jacob, et tâchez de détourner ses eaux vives sur une terre étrangère : lorsque votre bonheur vous n fait tomber entre les mains de ce pasteur charitable, vous avez expé'rimenté quelles étaient ses compassions.
Et certainement, chrétietu, il n'est rien de plus efficace, pour toucher les cœurs, que cette sincère démonstration d’une charité compatissante. La compassion va bien plus au cœur, lorsqu'elle montre le désir de sauver ; et les larmes du père affligé , qui déplore les erreurs de son prodigue , lui font bien mieux sentir son égarement, que les discours subtils et étudiés, par lesquels il aurait pu le convaincre. C'est ce qui faisait dire à saint Augustin*, qu'il fallait rappeler les hérétiques, plutôt par des témoignages de charité, que par des contentions échauffées. La raison en est évidente ; c'est que l'ardeur de celui qui dispute peut naître du désir de vaincre : la compassion est plus agréable, qui montre le désir de sauver, lin homme peut s’aigrircontre vous, quand vous choquez ses pensées; mais il vous sera toujours
' Pi. xxmi, U.
* Injocn. Tmd. Tl, n* Ifi, I. IM, part. Il, fol. 307
4ni
DE SAINT FHANÇOIS DF. SAI.i;S.
obll^éqne vous dt'siric/. son salut : il craint de servir de trophée à votre orgueil ; mais il ne se Mchc jamais d’étrc l’objet de votre charité. Entrez par cet abord favorable ; n'attaquez pas cette place du côté de cette éminence , où la présomption se retranche ; ce ne sont que des hauteurs immenses, et des précipices escarpés et ruineux : approchez par l'endroit le plus accessible; et par ce cœur, qui s’ouvre à vous , Uchez de gagner l'esprit qui s’éloigne.
Jamais homme n’a mieux pratiqué cette ruse innocente, et cette salutaire intelligence, que le saint évéque dont nous parlons. Il ne lui était pas difficile de persuader aux pécheurs, et particulièrement aux hérétiques qui conversaient avec lui , combien il déplorait leur misère : c'est pourquoi anssitét Us étaient touchés; et il leur semblait entendre une voix secrète , qui leur disait dans le fond du coeur ces paroles de saint Augustin : Keni, columba le vocal, gemendo te vocal ' : pécheurs, courez à la pénitence; hérétiques , venez à l’Église ; celui qui vous appelle c’est la douceur même; ce n'est pas un oiseau sauvage, qui vous étourdisse par ses cris importons, ou qui vous déchire par ses ongles ; c’est une colombe qui gémit pour vous , et qui tâche de vous attirer, en gémissant, par l’effort d’une compassion plus que paternelle: Veni, columba te vocal, gemendo le vocal. Un homme si tendre , mes soeurs , et si charitable , sans doute n’avait pas de peine à se rabaisser par une miséricordieuse condescendance, qui est la troisième partie de la douceur chrétienne, et la qualité la plus nécessaire à un fidèle conducteur des âmes : condescendance, mes soeurs , que Fonction de la charité produit dans les coeurs; et voici en quelle manière.
Je vous par lais toutàl’heure de ces changements merveilleux, que fait dans les coeurs l’amour des entants , entre lesquels le plus remarquable est d’apprendre â se rabaisser. Car voyez cette mère et cette nourrice , ou ce père même , si vous voulez, comme il se rapetisse avec cet enfant, si Je puis parler de la sorte. Il vient du palais , dit saint Augustin ’ , où il a prononcé des arrêts, où il a fait retentir tout le barreau du bruit de son éloquence ; retourné dans son domestique, parmi ses enfonts, il vous parait un autre homme ; ce. ton de voix magnifique a dégénéré, et s’est changé en un bégayement; ce visage, naguère si grave, a pris tout à coup un air enfantin ; une troupe d’enfants l’environne, auxquels il est ravi de céder; et Us ont tant de pouvoir sur scs volontés , qu’il ne peut ieur rien refuser que ce qui leur nuit.
> fit Joan. Truct. vi » o* 15 , t. ni» pari- li , ool. 937.
■OSStfT. — TOMF. lii.
Puisque l’amour des enfanis produit ces effet», il faut bien que la charité chrétienne, qui donne des sentiments maternels, particulièrement aux pasteurs des âmes, inspire en même temps la condescendance : elle accorde tout, excepté ce. qui est contraire au salut. Vous le savez, ô grand Paul I qui êtes descendu tant de fois du troisième ciel, pour bégayer avec les enfants; qui paraissiez vous-même, parmi les fidèles, ainsi qu’un enfant : Facii sumus parvuli in média vesirum ‘ ; petit avec les petits, gentil avec les gentils , infirme avec les infirmes , tout à tous, afin do les sauver tous.
Que diral-je maintenant de saint François de Sales? [Ce sera, mes frères, vous représenter BU naturel les saints artifices de sa charitable condescendance pour les âmes , que de vous exposer ici les vrais caractères de la charité pastorale , que saint Augustin nous a si tendrement exprimés.] ■« La charité , nous dit-il , enfante les
• uns, s’affaiblit avec les autres; elle a soin d’é- « difler ceux-ci , elle craint de blesser ceux-là;
• elle s’abaisse vers les uns, elle s’élève vers les > autres : douce pour certains, sévère à quclqucs-
• uns, ennemie de personne, elle se montre la
• mère de tous ; elle couvre de ses plumes molles
• ses tendres poussins ; elle appelle d’une voix
• pressante ceux qui se plaignent ; et les super-
• bcs, qui refusent de se rendre sous scs ailes
• caressantes, deviennent la proie des oiseaux
• voraces : « /psa charHas a/ios parturit, cum aliis infirmalur; alios curai œdificare, alios contremiscit offendere; ad alios se inclinai, ad alios se erigit; aliis blanda , aliis severa; nulli inimica, omnibus mater ' ... languidutis plumis teneros fœtus operit, et susurrantes pullos contracta voceadvocat; cujus blanrlas alas refugientes superbi, prœdafiuntalilibus^. Elles'élève contre les uns sans s’emporter, et s’abaisse devant les autres sans se démettre : sévère â ceuxlà sans rigueur, et douce à ceux-ci sans flallerie : elle se plaît avec les forts ; maiselle les quitte pour courir aux besoins des faibles *.
' I. Theu. 0,7.
* s. jiHg. de eat. rud. cap. XV, n- 23 , t. vl col. 27»,
7 Ibid.csp. X, n- 15, L VI, col. 274.
• Bossuet renvoie, pour Unir son sermon , au Paiién) rli|ue de saint Thomas de VUIeiteuve, que toutrs nos rcciiercùcs n'out pu nous procurer. {£dit. de Uèforis. )
\ -'Ogle
PAJiÉGYBIQUK
PANÉGYRIQUE
DE
SAINT PIKRRF. NOI-ASQUE.
\iec quoi r>le Halnt Pirm Nolasque, pour ilDltrr rt hO' nor»r lu rharité du divin Sauveur, a conaacrd an aoulaiteumitet à la délivrance de Ma frèrea capUIa, Maiolua.aa pep aonne et aea diaciplea.
Dedil aemelipsum pro nobit.
Il s'rat donné lui-même |»ur nons. 7II. u , 14.
("est un plus grand bonheur, dit le Fils de Dieu, de donner que de recevoir. Cette parole était digne de celui qui a tout donné jusqu’à son sang, et qui sc serait épuisé lui-méme, si ses trésors n'étaient infinis aussi bien que ses largesses. Saint Paul , qui a recueilli ce lieau sentiment de la bouche de notre Sauveur, le propose à tous les fidèles, pour servir de loi à leur charité. Souvenez-vous , leur dit-il , de cette parole du Seigneur Jésus, a qu'il vaut mieux donner que de - recevoir ■ ; • parce que le bien que vous recevez est une consolation de votre indigence, et celui que vous répandez est la marque d’une plénitude qui s'étend à soulager Ica besoins des autres.
Jamais il n'y a eu sur la terre un homme plus libéral que le grand saint Pierre Nolasquc , fondateur de l’ordre sacré de Notre-Dame de la Merci , dont nous honorons aujourd'hui la bienheureuse mémoire: car il ne s’est rien proposé de moins que l'immense provision d'un Dieu, qui s’est prodigué lui-méme , et de là il a conçu le dessein de dévouer sa personne , et de consacrer tout son ordre aux nécessités des misérables.
Tous les fidèles serviteurs de Dieu ont imité queiques traits du Sauveur des âmes : celui-ci a eette grâce particulière , de l'avoir fidèlement copié dans le caractère par lequel il est établi notre rédempteur. Pour entendre un si grand dessein, et imiter un si grand exemple, demandons l’assistance, etc. Ave.
La manière la plus excellente d’honorer les ehoses divines, c'est, messieurs, de les imiter. Dieu nous ayant fait cet honneur de nous former à sa ressemblance, le plus graud hommage (|uc nous puissions rendre à la souveraine vérité de Dieu, c'est de nous conformer à ce qu’il est; car alurs nous célébrons ses grandeurs, non point par nos paroles , ni par nos pensées , ni par quelques sentiments de notre cœur ; mais , ce qui est bien plus relevé , par toute la suite de nos actions, et par tout l’état de notre personne.
Nous pouvons donc honorer en deux façons
les mystères de Jé»us-Clirist, ou par des actes particuliers de nos volontés , ou par tout l’état de notre vie. Nous les honorons par de^ actes , en les adorant par foi , en les ressentant par reconnaissarice, en nons y attachant par amour. Mais voici que je vous montre avec l'apétre un* voie bien plus excellente : Excellentiorem tiam vobis demonstro C'est d'bonorer ces divins mystères par quelque chose de plus profond, eu nous dévouant saintement à Dieu, non-seulement pour les aimer et pour les connaître , mais encore pour les imiter, pour en porter sur nous-mêmes l'impression et le caractère, pour en recevoir en nous-mêmes la bénédiction et la grâce.
C’est en cette sorte, mes frères, que saint Pierre Noiasque a été choisi pour honorer le mystère de la rédemption. Il l'a honoré véritablement, entrant dans les devoirs, dons la gratitude, dans toutes les dépendances d'une créature rachetée. Mais, afin qu'il fût lié plus intimement à la grâce de ce mystère , il a plu au Saiut-£.sprit qu',il se dévouât volontairement à l’imitation de cette immense charité , par laquelle « Jésus-
• Christa donné son âme , pour être, comme il le
• dit lui-même', la rédemption de piusieurs. > S'il y a quelque chose au monde , quelque servitude capable de représenter à nos yeux la misère extrême de la captivité horrible de l’homme , sous la tyrannie des démons, c'est l'état d'un chrétien captif, sous la tyrannie des mabométans. Car et le corps et l'esprit y souffrent une égale violence, et l'on n’est pas moins en péril dè son salut que de sa vie. C'est donc au soulagement de cet état misérable qu’est appliqué saint Pierre Noiasque , pour honorer les bont^ de Jésus délivrant les hommes de la tyrannie de Satan. Il se donne de tout son cœur à ees malheureux esclaves , et il s’y donne dans le même esprit que Jésus s'est donné aux hommes captifs, pour les affiranchir de leur servitude : Dédit temetipsum pro noôis.
Jésus-Christ a donné aux hommes et à l’oeuvre de la rédemption, premièrement ses soins paternels ; secondement , sa propre personne ; troisièmement , ses disciples. Il imus a donné ses soins, parce qu’il a toujours eu l'esprit occupé de la pensée de notre salut : il nous adoimé ta propre personne , parce qu’il s'est Immolé pour nous : il nous a donné ses disciples , qui étant la plu* noble partie du peuple qu’il a racheté, est appliquée par lui-même, et entièrement dévouée à coopérer par sa charité à la délivrance de tous les autres.
Cest ainsi que le Fils de Dieu a consommé l’œuvre de notre rédemption , et c’est par les
* I. Cor. III , 30.
* Matth. Il , 2H.
• .4it. Xï.
DE SAINT PIEBRE NOLASQUE.
mêmes voies que le saiut que nous révérons a' imité sou amour et honoré son mystére< Fidèle imitateur du Sauveur des âmes, il a été touché, aussi bien que lui, des cruelles extrémités où sont réduite les captifs; il leur a donné, aussi bien que lui, premièrement, tous ses soins ; secondement , toute sa personne ; troisièmement , tous ses disciples, et l'ordre religieux qu'il a établi dans l’Église, Cest ce que nous aurons à considérer dons les trois pointe de ce discours.
PBEHISB POIBT.
L'une des raisons principales qui a rendu les infidèles si fort incrédules au mystère du Verbe incarné, c’est qu’ils n’ont pu se persuader que Dieu eût tant d’amour pour le genre humain, que les chrétiens le publiaient. Celse , dans cet écrit si envenimé qu’il a fait contre l’Évangile, auquel le docte Origènc a si fortement répondu ' , se moque des chrétiens , de ce qu’ils osaient présumer que Dieu même était descendu du ciel pour venir à leur secours. Ils trouvaient indigne de Dieu d’avoir un soin si particulier des choses humaines; et c’est pourquoi l’Écriture sainte, pour établir dans les cœurs la croyance d’un si grand mystère , ne cesse de publier la bonté de Dieu et son amour pour les hommes. Cest aussi ce qui a obligé l’apAtre saint Jean à confesser en ces termes la foi de la rédemption : « Pour nous ,
■ nous croyons , dit-il • , à la charité que Dieu a « eue pour les hommes. > Voilà une belle profession de foi , et conçue d’une façon bien singulière ; mais absolument nécessaire pour combattre et déraciner l’incrédulité. Car c’est de même que s’il disait : Les Juifs et les Gentils ne veulent pas croire que Dieu ait si fort aimé la nature humaine, que de s’en revêtir pour la racheter. Mais pour nous , dit ce saint apétre , nous n’ignorons pas ses bontés; et connaissant, comme nous faisons , ses miséricordes et ses entrailles paternelles, nous croyons facilement cet amour immense qu’il a témoigné aux hommes , en se livrant lui-même pour eux : Et nos eognovimus et eredidimtu cAartfati gvam habet Deus in nobis.
Élevons donc nos voix, mes frères, et eonfessons hautement que nous croyons à la charité que le Fils de Dieu a eue pour nous. Nous croyons qu’il s’est fait homme pour notre salut : nous croyons qu’il n’a vécu sur la terre que pour travailler à ce grand ouvrage. Il nous a toqjonrs portés dans son cœur , dans sa naissance et dans sa mort, dans son travail et dans son repos , dans ses conversations et dans ses retraites , dans les villes et dans le désert , dans la gloire et dans les
' Ortg. coHt. Céts. Ilb. V, t i, pâf. 678 el ’ I. Joan. I?, 18.
oppn*res , dans ses humiliaUons et dans scs miracles. Il n a rien fait que pour nous durant tout le cours de sa vie mortelle; et maintenant qu’il est dans le ciel à la droite de la mqjesté de Dieu son Père , dans les lieux très-haute • , il ne nous a pas oubliés. Au contraire, dit le saint apdtre , il y est monté pour y être notre avocat, notre ambassadeur et notre pontife : il traite nos aflaires auprès de son Père; . toujours vivant,
• dit le même apôtre, afin d’intercéder pour noos; > Semper vivons , ad interpeltandum pro nobis • : comme s’il n’avait ni de vie , ni de félicité, ni de gloire que pour l’avantage et le bien des hommes.
Ce n’est pas assez , chrétiens : si nous croyons véritablement que Dieu nous a aimés avec tant d’excès, il faut qu’un si grand amour, qui s’est étendu sur nous avec tant de profusion , nous fasse aussi dilater nos cœurs sur les besoins de nos frères. « Si Dieu, dit saint Jean^, nous a
• tant aimés , nous devons nous aimer les uns les
• autres; • noos devons reconnaître ses soins paternels, en nous revêtant, A son exemple, de soins charitables ; et nous ne pouvons mieux confesser la miséricorde que nous recevons , qu’en l’exerçant sur les autres en simplicité de cœur ; Estote miséricordes <.
Le saint que nous honorons était pénétré de ces sentiments. Il avait toqjours devant les yeux les charités infinies d’un Dieu rédempteur ; et pour se rendre semblable à lui, il se laissait percer par les mêmes traits ; il avait sucé cet esprit dans les plaies de Jésus-Christ, dans la source même des miséricordes. Il pouvait dite avec Job ‘ que . te tendresse , te compassion , 1a miséricorde « était crue avec lui dès son enfance ; « et c’était par de telles victimes qu’il croyait devoir honorer les bontés inexprimables d’un Dieu rédemoteur.
Et en effet, chrétiens, pour rendre le souverain culte à 1a souveraine majesté de Dieu , il me semble que nous lui devons deux sortes de sacrifices. Je remarque, dans les Écritures, qu’il y a un sacrifice qui tue, et un sacrifice qui donne la vie. Le sacrifice qui tue est assez connu ; témoin le sang de tant de victimes et le massacre de tant d’animaux. Mais, outre ce sacrifice qui détruit, je vois dans les saintes Lettres un sacrifice qui sauve ; car , comme dit le sage Ecclésiastique ,
• celui-là offre un sacrifice, qui exerce 1a miséri- « corde : • Qui/aeit misericordiam, offert sacrificium‘ D’où vient cette différence, si ce n’est
' Htbr. 1,3.
* Ilkid. Tll, 36.
* I. JfXffl. IT, 11.
* Lue. Tl , M.
* Job. XXXI, 18.
* Fre. XXXT, 4.
PANÉC.YIUQUE
que l'un des saerinees a été divinement établi pour honorer la lionté de Dieu, et l’autre pour apaiser sa sainte justice? La justice divine poursuit les péclieurs à main armée, elle lave scs mains dans leur sang, elle les perd et les extermine; elle veut qu'ils soient dissipés devant sa face, comme la cire fondue devant le feu : Perdant pecciitores a fade Dd Au contraire, la miséricorde, toujours douce, toujours bienfaisante, ne veut pas que personne périsse : elle attend les pécheurs avec patience ; elle pense , dit riicriture, des pensées de paix et non des pensées d'aflliction : Ego cogilo cogilationes pacis, et non afftidionis •.
Voilà unegrande opposition ; aussi honore-t-on ces deux attributs par des sacrifices bien opposés. A cette justice rigoureuse qui tonne , qui fulmine , qui rompt et qui brise, qui renverse les montagnes et arrache les cèdres du Liban ; c’est-à-dire , qui extermine les pécheurs superbes , il lui faut des sacrifices sanglants et des victimes égorgées , pour marquer la peine qui est due au crime. Mais pour cette miséricorde toujours bienfaisante, qui guérit ce qui est blesse , qui affermit ce qui est faible, qui vivifie ce qui est mort, il faut présenter en sacrifice non des victimes détruites , mais des victimes conservées; c’est-à-dire, des pauvres soulagés, ded infirmes soutenus, des morts ressuscités dans les pécheurs convertis. Telles sont les véritables hosties qui honorent la miséricorde divine.
Ainsi saint Pierre Nolasquc étant toujours occupé des soins, des compassions, des bontés de Jésus pour le genre humain, et sentant son cœur empressé dans le désir de les reconnaître. Il s’écrie avec le Psalmiste : Quid rctribuam Domino pro omnibus quœ retribuil mihi ’? • Que rendrai-je • au Seigneur pour tous les biens qu’il m'a faits, > et à toute la nature humaine? Quelle victime, (|ucl sacrifice lui offrirai-je en actions de grâces? Ahî poursuit-il avec le prophète, Calicem sa/utnris acdpiam* : ■ Je prendrai le calice du Sau- « veur, • je boirai le même breuvage que Jésus a bu; c’est-à-dire, jeme remplirai, je m’enivrerai de sa charité , par laquelle II a tant aimé la nature humaine. Je dilaterai mon cœur , comme il a dilaté le sien ; j’offrirai , à ce Dieu amateur et con- .«crvatcur des hommes , des victimes qui lui plaisent , des hommes sauvés et délivrés.
Il cherche donc dans toute l’Église tous les infirmes , tous les malheureux , résolu de leur consacrer scs affections et ses soins. Dieu lui fait arrêter
' PmI. ixvii, H.
» Jf-rrm. , Il
> CW, X
• IbiJ. 4.
les yeux sur ces misérables captifs qui gémissent sous la tyrannie des mahométans. Il voit leur corps dans l’oppression, leur esprit dans l’angoisse , leur cœur dans le désespoir , leur foi même dans un péril évident 11 offre A Dieu leurs cris, leurs gémissements, les larmes de leurs amis, la désolation de leur famille. Peut-être ne le fontils pas, peut-être sont-ils do ceux qui s’élèvent contre Dieu même, sous les coups de sa main puissante; serviteurs rebelles et opiniâtres , châtiés et non corrigés, frappés et non convertis, abattus et non humiliés, atterrés , eomme dit David, sans être touchés de componction : Dissipait sunt, non compundi'. Cest ce qui afflige son cœur. Quoiqu’il pense toujours à eux avec un empressement charitable , néanmoins, deux fois le jour et deux fois la nuit, il se présente pour eux devant la face de Dieu , et cherche auprès d’un Père si tendre les moyens de soulager ses enfants captifs.
Mes frères, cet objet lugubre d’un chrétien captif dans les prisons des mahométans, me jette dans une profonde considération des gran^ et épouvantables progrès de cette religion monstrueuse. O Dieu I que le genre humain est crédule aux impostures de Satan! O que l’esprit de séduction et d’erreur a d’ascendant sur notre raison ! Que nous partons en nous-mêmes , au fond de nos cœurs, une étrange opposition à la vérité, dans nos aveuglements, dans nos ignorances, dans nos préoccupations opiniâtres I Voyez comme l’ennemi du genre humain n’a rien oublié pour nous perdre , et pour nous faire embrasser des erreurs damnables. Avant la venue du Sauveur , il se faisait adorer par toute la terre , sous les noms de ces fameuses idoles devant lesquelles tremblaient tous les peuples ; il travaillait de toute sa force à étouffer le nom du vrai Dieu. Jésus-Christ et ses martyrs l'ont fait retentir si haut, depuis le levant jusqu’au couchant, qu’il n’y a plus moyen de l’éteindre ni de l’obscurcir. Les peuples quinc le connaissaient pas, ysont attirés enfouie par la croix de Jésus-Christ ; et voici que cet ancien imposteur, qui, dès l’origine du monde, est en possession de tromper les hommes, ne pouvant plus abolir le saint uom de Dieu , frémissant contre Jésus-Christ qui l’a fait connaître à tout l’univers, tourne toute sa furie contre lui et contre son Évangile : et trouvant encore le nom de Jésus trop bien établi dans le monde par tant de martyrs et tant de miracles , il lui déclare la guerre en faisant semblant de le révérer, et il inspire à Mahomet, eu l’appelant un prophète, de faire passer sa doctrine pour une imposture ;
‘ Pèitim. Ifl.