PE LA SAINTE TRINITÉ
seinblance? De là vient que les trois personnes divines s’assemblent , pour ainsidire,ct tiennent etmseil pour former l'àmc raisonnable; parce que chacune de ces trois Personnes doit en quelque sorte contribuer quelque chose de ce qu'elle a de propre poorraccomplissementd'uDsi grand ouvrage.
En effet, comme la Trinité très-auguste a une source et une fontaine de divinité, ainsi que parlent les Pères grecs ' , un trésor de vie et d’intelligence, que nous appelons le Père, où le Fils et le Saint-Esprit ne cessent Jamais de puiser; de même l'àmc raisonnable a son trésor qui la rend féconde : tout ce que les sens lui apportent du dehors , clic le ramasse au dedans ; elle en fait comme un réservoir, que nous appelons ia mémoire : et de même que ce trésor inlini , c'està-dire, le Père étemel , contemplant scs propres richesses , produit son Verbe , qui est son image ; ainsi l’àme raisonnable, pleine et enrichie de belles idées, produit cette parole intérieure que nous appelons la pensée , ou la conception , ou le discours, qui est la vive image des choses. Car ne sentons-nous pas, chrétiens, que lorsque nous concevons quelque objet, nous nous en faisons en nous-mêmes une peinture animée, que l'incomparable saint Augustin appelle • le fils de * notre cccur, > t'ilius cordis lui'} Enfin comme, en produisant en nous cette image qui nous donne l'intelligence, nous nous plaisons à entendre, nous aimons par conséquent cette intelligence; et ainsi de ce trésor qui est la mémoire , et de f intelligence qu’elle produit, naît une troisième chose qu’on appelle amour, en laquelle sont terminées toutes les opérations de notre âme : ainsi du Père qui est le trésor, et du Fils qui est la raison et l'intelligence, procède cet Esprit inlini, qui est le terme de l’opération de l'un et de l'autre. Et comme le Père , ce trésor éternel , se communique sans s'épuiser; ainsi ce trésor invisible et intérieur, que notre àme renferme en son propre sein , ne perd rien en se répandant : car notre mémoire ne s’épuise pas par les conceptions qu'elle enfante ; mais elle demeure toujours féconde, comme Dieu le Père est toujours fécond.
Or encore que cette image soit infiniment éloignée de la perfection de l’original , elle ne laisse pas d’être très-noble et très-excellente ; parce que c’est la Trinité même qui a bien voulu la former n nous : et de là vient qu’en produisant l’homme, qui par les opérations de son àme devait en quelque façon imiter celles de la Trinité toujours ado-
' s. AUtan. Epùl. de S)iud. D* «I, t>, I. I, part. Il, p. 7T.S. S. Gttfor. NùTùtn:. Orat. KLV, n" &, t i , p. 730.
* Üt TrinU. lib. il , cap. tii , t. vui , col. 90S.
rable, cette même Trinité d’un commun accord prononce cette parole sacrr'e , si glorieuse à notre nature : • Faisons l’homme à notre image et res « semblance. « C’est encore ponr cette raison que le Fils de Dieu a voulu que les trois divines personnes parussent dans notre nouvelle naissance , et que nous y fussions consacrés au nom du Père, et du Fils , et du Saint-Esprit '. Admirez ici , chrétiens , les profonds conseils de la Providence dans le rapport merveilleux desdivins mystères. Où est-ce que l’homme a été formé? Dans la création. Où est-ce que l'homme est reformé? Dans le saint baptême , qui est une seconde création; où la grâce de Jésus-Christ nous donne une nouvelle naissance, et nous fait des créatures nouvelles. Quand nous sommes formés premièrement par la création, la Trinité s’y découvre par ces paroles : > Faisons l'homme à notre
• image et ressemblance ; > quand nous sommes régénérés , quand le Saint-Esprit nous réforme dans Us eaux sncK-es du baptême, toute la Trinité y rat appelée. La Trinité dans la création, la Trinité dans la régénération, n’est-ce pas afin que nous comprenions que le Fils de Dieu rétablit en nous la première dignité de notre origine , et qu'il répare miséricordieusement en nos âmes l’image de In Trinité adorable que notre création nous avait donnée et que notre péché avait obscurcie?
Mais passons encore plus loin : afin que In Trinité très-indivisihie éclatât plus visiblement dans les hommes, il a plu à Notre-Seigneur Jésus-Christ que son Église en fût une image; comme la suite de ce discours le fera paraître. Qui est-ce qui nous a enseigné cette belle théologie, chrétiens? c’est Jésus-Christ même qui nous l'n montré dans les paroles que j'ai citées ponr mon texte. • Père saint , dit-il à son Père , gar-
• dez ceux que vous m’avez donnés. > Qui sont ceux que le Père a donnés au Fils?Ce sont les fidèles , qui , étant unis par l'Esprit de Dieu , composent cette sainte société que nous exprimons par le nom d'Eglisc. ■ Gardez-les,dit-il, afin qu’ils
• soient un. • Ils sont un, dit le Fils de Dieu ; c’est-à-dire, que leur multitude n’empêche pas une parfaite unité ; et afin qu’il ne fût pas permis de douter que cette mystérieuse unité, qui doit assembler le corps de l’Église, ne fût l’image de cette unité ineffable qui associe les trois personnes divines, Jésus-Christ l’explique en ces mots ;
• Qu’ils soient un dit-il * , comme nous ; > et un peu ag^ ; « Comme vous , Père , êtes en moi et
• moi en vous, ainsi je vous priequ'ilssoient unen
' Mellh Iivlll, I».
* Jotut, XTll, 11.