‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 161 sur 273 · DE SAINT PIERRE · texte numérisé non relu

DE SAINT PIERRE

Voili donc saint Pierre changé, le voilà fortiflé par la pénitence. Son amour n'est plus faible , parce qu'il u'est plus présomptueux ; et il n'est plus présomptueux , parce que ce n'est plus un amour mêlé des inclinations naturelles, mais uue charité toute pure, laquelle, comme dit saint, Paul', n’est Jamais superbe ni ambitieuse. Cet amour imparfait et son orgueil tout ensemble ont été brisés par sa chute ; et étant devenu humble, il devient ensuite invincible. Il n’avalt pas eu la force de résister à une servante, et le voilà qui tient tête à tous les magistrats de Jérusalem. Là , il n'ose pas confesser son Maître; ici, il répond constamment que non-seulement il ne veut pas, mais encore qu'il ne peut pas refuser sa voix pour rendre témoignage à ses vérités : IVon possumus *. Comme un soldat , qui dans le commencement du combat ayant été surpris par la crainte , se serait abandonné à la fuite , tout a coup rougissant de sa faiblesse , et piqué d'une noble honte et d'une juste indignation contre son courage qui lui a manque, revient à la mêlée fortifié par sa défaite ; et pour réparer sa première faute. Il se jette où le péril est le plus certain ; ainsi l’apôtre saint Pierre, profondément humilié de sa chute, et pénétré de la plus vive doulenrde son infidélité envers sondivin Maître, ne craint pas de s'exposer à tous les effets de la haine et de la fureur des Juifs, pour lui témoigner la sincérité de son repentir, et lui prouver l'ardeur de son zèle. Apprenons donc que la pénitence nous doit donner de nouvelles forces pour combattre le péché, et faire régner Jésus- Christ sur nos coeurs. C'est par là que noos montrerons la vérité de notre douleur, et que notre amour allant toujours se perfectionnant parmi nos victoires et nos sacrifices , pourra être enfin à jamais affermi , comme celui du saint apôtre , par le dernier effort d’une charité insurmontable.

TROISIÈME POIXT.

l’elre, amas me? • Pierre, m'aimez- vous? • Jésus- Christ l’interroge trois fois, pour montrer que la charité est une dette qui ne peut jamais être entièrement acquittée , et que ce divin Maître ne laisse pas d'exiger dans le temps même que l'on la paye , parce que cette dette est de nature qu'elle s’accroît en la payant. Pierre , depuis le moment de sa conversion, pour acquitter dignement celte dette, n’a cessé de croître dans l’amour do son divin Maître ; et son amour, par ces différents progrès, est enfin parvenu à un degré si éminent, qu'il ne saurait atteindre ici-bas a tme plus haute perfection.

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