V, IJ
PANÉGYRIQUE
VOUS soyez enflammés de la même ardeur de vaincre le monde !
PREMIEB POIMT.
Quel est ee concours de peuple que je vois fondre de toutes parts eu lu place publique de Marseille?quelspectaule lesyattire?quelle nouveauté les y mène? Mais quel est cet homme intrépide que je vois devant cette idole , et que l’on presse , par tant de menaces , de lui présenter de l’encens , sans pouvoir fléchir sa constance ni ébranler sa résolution? Sans doute c’est cet illustre Victor, la fleur de la noblesse de Marseille , qui , étant pressé de se déclarer sur le sujet de la religion , a confessé hautement la foi chrétienne en présence de toute l'armée, dans laquelle il avait servi avec tant de gloire, et a renoncé volontairement à l'épée, au baudrier et aux autres marques de la milice , si considérables par tout l’empire , si convenables à sa condition , pour porter les caractères de Jisus-Christ, c’est-à-dire , des chaînes aux pieds et aux mains, et des blessures dans tout le corps déchiré cruellement par mille supplices. Car depuis ce jour glorieux, auquel notre invincible martyr préféra les opprobres de Jésus-Christ aux honneurs de la milice romaine, on n’a cessé de le tourmenter par des cniautés inouïes, sans lui donner aucun relâche, et on lui prépare encore de plus grands tourments.
Mais avant que de l’exposer aux nouvelles peines qu'une fureur inventive a Imaginées, les magistrats résolurent de lui présenter publiquement la statue de leur Jupiter. Ils espéraient, messieurs, que son corps étant épuisé par les souffrances possé-es, et son esprit troublé par la crainte des maux à venir, dont l'on exposait à scs yeux le grand et terrible appareil ; la faiblesse humaine abattue , pour détourner l'effort de celte tempête, laisserait enlln é-chapper quelque petit signe d'adoration. C'en était assez pour les satisfaire; et ils avalent raison de se contenter des plus légères grimaces, sachant bien qu'un homme qui peut se résoudre à n'étre chrétien qu'à demi cesse entièrement de l'être , et que , le coeur ne se pouvant partager eptre la vérité et l'erreur, toute la foi est renversée par In moindre démonstration d'infldélité.
Voilà donc notre saint martyr devant l'idole de ce Jupiter, père prétendu des dieux et des hommes. Tout le peuple se prosterne à terre; et cette multitude aveugle, qui ne craint pas les coups de la main de Dieu , tremble devant l'ouvrage de la main des hommes. Grand et admirable Victor, quelles furent alors vos pensées? Telles que le Saint-Esprit nous les représente dans te cœur du divin apêtre : Inciiabnlur spirilus
ejus in ipso, videns iclololatriœ dedilam ciiitotem ' : • Son esprit était pressé et violenté en
- lui-même, voyant cette multitude idolâtre : • ce spectacle lui était plus dur que tous ses supplices. Tantôt il levait les yeux au ciel : tantôt il les jetait sur ce peuple avec une tendre compassion de son aveuglement déplorable. Sont-ce là , disait- il , ô Dieu vivant ! sont-ce là les dieux que l’on vous oppose? Quoi ! est-il possible qu’on se persuade que je puisse abaisser devant cette idole ce corps qui est destiné pour être votre victime , et que vous avez déjà consacré par tant de souffrances? Là, plein de zèle et de jalousie pour la gloire du Dieu des armées, et saintement indigne qu’on le cnit capabled’une lâchetés! honteuse , il tourne sur cette idole un regard sévère , et d’un coup de pied il la renverse devant tout ce peuple qui se prosternait à ses pieds : il la brise, il la foule aux pieds ; et il surmonte le monde en détruisant les divinités qu’il élève contre le vrai Dieu , qui a fait le ciel et la terre. Une voix retentit de toutes parts : Qu’on vengel’injure des dieux immoitels. Mais pendant que les juges irrités exercent leur esprit cruel à inventer de nouveaux supplices, et que Victor attend d’un visage égal la fln de leurs délibérations tragiques, rentrons en nous-mêmes , messieurs , et tirons quelque instruction de cet acte de piété héroïque.
Ne nous persuadons pasque l’idolâtrie soit détruite, sous prétexte que nous ne voyons plus parmi nous ces idoles grossières et matérielles que l'antiquité aveugle adorait. Il y a une idolâtrie spirituelle, qui règne encore par toute la terre. Il y a des idoles cachées , que nous adorons en secret au fond de nos cœurs ; et ce que saint Paul a dit de l’avarice ’ , que c’était un culte d’idoles, se doit dire de la même sorte de tous les autres péchés qui nous captivent sous leur tyrannie. De là vient ce beau mot de Tertuilicn , que
- le crime de l’idolâtrie est tout le sujet du juge- • ment : » Tota causa Judicii , idulolatria Qum donc , est-il véritable que Dieu ne jugera que les idolâtres, et tous les autres pécheurs jouiront-ils de l’impunité? Chrétiens, ne le croyez pas : ce n’est pas le dessein de ce grand homme, d’autoriser tous les autres crimes ; mais c’est qu’il prétend qu’en l’idolâtrie tous les autres sont condamnés; mais c'est qu'il estime que l'idolâtrie se trouve dans tous les crimes ; qu’elle est comme un crime universel, dont tous les autres ne sont que des dépendanees. Il est ainsi, chrétiens : nous sommes des idolâtres, lorsque nous servons à nos convoitises. Humilions-nous devant