‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 171 sur 273 · POUR LA FÊTE DE SAINT JACQUES · texte numérisé non relu

POUR LA FÊTE DE SAINT JACQUES

Dmlr mnbiUnii d« d«n frm». Halur. de leur erreur : oomment U corriee, et leur accorde l’eftel de

leur drmandc. Avec quelle lidelité noua dévoua boire aun calice.

Die ut srdeant hi liuoJUii meitUnusaat^teramtuam et unus ad sinistram in régna tua.

Dite* que mes deux fils soient assis dans votre royaume , l'un à votre droite, et l'autre k votre gauche. Matth. XX, qi.

Nous voyons trois choses dans l’Évangile : premièrement leur ambition réprimée : Kcscilis quid petatis ■ 1 « Vous ne savez ce que vous deman- " dez; ■ secoudement, leur ignorance instruite : Potestis bibere calicem? • Pouvez-vous boire le « calice que je dois boire? • troisièmement, leur fldélité prophétisée : Caliccm guidtm meum bibetis ’ : • Vous boirez , il est vrai , mon calice. »

PBEMIER POIttT.

Il est assez ordinaire aux hommes de nesavoir ce qu'ils demandent, parce qu’ils ont des désirs qui sont des désirs de malades , Inspirés par la lièvre, c’est-à-dire, par les passions; et d’autres ontdesdésirsd’enfanis, inspirés par l’imprudence. Il semble que celui de ces deux apôtres n'est pas de cette nature : ils veulent être auprès de Jésus- Cbrlst , compagnons de sa gloire et de son triomphe; cela est fort désirable, l’ambition n’est pas excessive. Il veut que nous régnions avec lui; et lui qui nous promet de nous placer jusque dans son trône , ne doit pas trouver mauvais que l'on souhaite d’étre à ses côtés : néanmoins U leur ré-

< Mairh. I* , XL > lUd. >3.

pond : « Vous ne savez ce que vous demandez : • Nescilis quid petatis.

Pour découvrir leur erreur, il faut savoir que les hommes peuvent se tromper doublement : ou en désirant comme bien ce qui ne l’est pas; ou en désirant un bien véritable; sans considérer assez en quoi il consiste, ni les moyens pour y arriver. L'erreur des apôtres ne git pas dans la première de ces fausses idées ; ce qu’ils désirent est un fort grand bien , puisqu’ils souhaitent d'étre assis auprès de la personne du Sauveur des émes : mais ils le désirent avec un empressement trop humain ; et c'est là la nature de leur erreur, causée par l'ambition qui les anime. Iis s'étalent imaginé Jésus-Christ dans un trône, et ils souhaitaient d’étre à ses côtés ; non pas pour avoir le bonheur d'être avec lui ; mais pour se montrer aux autres dans cet état de magnificence mondaine : tant il est vrai qu’on peut chercher Jésus-Christ même avec une intention mauvaise , pour paraître devant les hommes , afin qu’il fasse notre fortune. Il veut qu'on l’aime nu et dépouillé , pauvre et infirme, et non-seulcmcnt glorieux et magnifique. Les apôtres avaient tout quitté pour lui . et néanmoins ils ne le cherchaient pas comme 1| faut; parce qu’ils ne le cherchaient pas seul. Voilà leur erreur découverte, et leur ambition réprimée: voyons maintenant , dans le deuxième point , leur ignorance instruite.

SECOND POINT

Il semble quelquefois que le Fils de Dieu ne réponde pas à propos aux questions qu'on lui fait. Ses apôtres disputent entre eux pour savoir quel est le plus grand, Quis viderctur esse major' , et Jésus-Christ leur présente un enfant , et leur dit : • Si vous ne devenez comme de petits • enfants , vous n’entrerez pas dans le royaume « des deux : ■ Nisi efficiamini sieut parwli, non intrabilis in regnum caelorum *. Si donc le divin Sauveur en quelques occasions ne satisfait pas directement aux demandes qui lui sont faites , il nous avertit alors de chercher la raison dans le fond de la réponse. Ainsi en ce lieu on lui parle de gloire . et il répond eu représentant l’ignominie qu’il doit souffrir : c’est qu’il va à la source de l’erreur. Les deux disciples s'étalent figuré qu’à cause qu'ils touchaient de plus prés au Fils de Dieu par l'alliance du sang, ils devaient aussi avoir les premières places dans son royaume; c’est pourquoi , pour les désabuser , il les rappelle à sa croix : Potestis bibere calicem ? Et pour bien entendre cette réponse il faut savoir

■ /.ue. xxn,34.

I V>i//A iviii, 4.

DE SAINT BERNARD, qu'au lieu que les roisde la terre tirent le titre de

leur royauté de leur origine et de leur naissance, Jésus-Christ tire le sien de sa mort. Sa naissance est royale , il est le fils et l'héritier de David , et néanmoins il ne vent être roi que par sa mort. I.C titre de sa royauté est sur sa croix ; il ne confesse qu’il est roi qu'étant prés de mourir. C'est donc comme s’il disait à ses disciples : Ne prétendez pas aux premiers honneurs , parce que vous me touchez par la naissance: voyez si vous avez le courage de m’approcher par la mort Celui qui touche le plus à ma croix , c’est celui à qui je donne la première place ; non pour le sang qu’il a reçu dans sa naissance, mais pour celui qu’il répandra pour moi dans sa mort : voilà le Iwnbeur des chrétiens. S’ils ne peuvent toucher Jésus-Christ par la naissance, ils le peuvent par la mort et c’est là la gloire qu’ils doivent en> Vier.

TBOISIÈME POIST.

Les disciples acceptent ce parti : • Nous pou-

• vons, disent-ils, boire votre calice, • Possumut ' ; et Jésus-Christ leur prédit qu’ils le boiront. Leur promesse n’est pas téméraire : mais admirons la dispensation de la grâce dans le martyre deces deux frères. Ils demandaient deux places singulières dans la gloire, il leur donne deux places singulières dans sa croix. Quant à la gloire , • ce n’est pas à moi à vous la don- « ner : • J\on est meutn (lare vobis, je ne suis distributeur que des croix , je ne puis vous donner que le calice de ma passion; mais dans l’ordre des souffrances , comme vous êtes mes favoris, vous aurez deux places singulières. L’un mourra le premier, et l’autre le dernier de tous mes apôtres; l’un souffrira plus de violences, mais la persécution plus lente de l’autre éprouvera plus longtemps sa persévérance. Jacques a l’avantage, en ce qu’il boit le calice jusqu’à la dernière goutte. Jean le porte sur le bord des lèvres : prêt à boire, on le lui ravit, pour le faire souffrir plus longtemps.

Apprenons par cet exemple à boire le calice de notre .Sauveur, selon qu’il lui plaît de le préparer. Il nous arrive une affliction , c’est le calice que Dieu nous présente : il est amer, mais il est salutaire.. Ou nous fait une injure ; ne regardons pas celui qui nous déchire; que la foi nous fasse apercevoir la main de Jésus-Christ , invisiblement étendue pour uous présenter ce breuvage. Figurons-nous qu’il nous dit : Potestis bibercP ■ Avez- vous le courage de le boire? ■ Mais avezvous la hardiesse; ou serez- vous assez lâches de le refiiserde ma main d’une main si chère? Une

* Ma(tS. w, n.

atmi-iT. — TovE ui.

4SI

médecine amère devient douce, en quelque ftçon, quand un ami, un époux, etc., la présente: vous la buvez volontiers, malgré la répugnance de la nature. Quoi ! Jésus- Christ vous la présente, et votre main tremble , votre cœur se soulève I vous voudriez répandre par la vengeance la moitié de son amertume sur votre ennemi , sur celui qui vous a fait tort ! ce n’est pas là ce que Jésus- Christ demande. Pouvez- vous boire, dit-il, oe calice des mauvais traitements, qu’on vous fera boire ? Potestis bibere? Et non pas : Pouvez-vous renverser sur la tête de l’injuste qui vous vexe , ce calice de la colère qui vous anime? La véritable force , c’est de boire tout jusqu’à la dernière goutte. Disons donc avec les apôtres : Possumus ; mais voyons Jésus-Christ qui a tout bu comme il l'avait promis : Quem ego bibiturus sum. Et quoiqu’il fût tout-puissant pour l’éloigner de lui , il n’a usé de son autorité que pour réprimer celui qui, par raffectlon tout humaine qu’il lui portait , voulait l’empêcher de le boire ; Calieem quem dédit mihi Pater, non vis ut bibatn ilium • ?

PANÉGYRIQUE

DS

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