‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 174 sur 273 · DE SAINT · texte numérisé non relu

DE SAINT

J^sus-Christ sur ce boU lofâme, Ab! dit-il, > Je • suiscruciné avec mon bon Maître. • Je le vois, je le vois sur la croix , dépouillé de tous les biens que nous estimons, accablé à l'extrémité de tout ce qui nous afflige et qui nous effraye. Moi qui le crois la sagesse même, j'estime ce qu’il estime; et dédaignant ce qu'il a dédaigné, Je me crocille avec lui , et rejette de tout mon cœur les choses qu'il a rejetées : Christo conftxus suin cnici

Tel est le seutiment d’un vrai chrétien , mais que cette vérité est dure fi nos sens ! Qui la |X>urra comprendre , fidèles , si Jésus même ne l’imprime en nos cœurs? C'est ainsi qu'il se plaît à nous commander deschoscs auxquelles toute la nature répugne, afin de faire éclater sa puissance dans notre faiblesse ; et pour animer nos courages, il nous propose des personnes choisies , à qui s<i grâce a rendu aisé ce qui nous paraissait impossible. Or, parmi les hommes illustres dont l'exemple enflamme nos espérances , et confond notre lâcheté, il faut avouer que l'admirable Bernard tient un rang trcs-coosidérable. Un gentilhomme, d'une race illustre, qui voit sa maison en crédit , et ses proches dans les emplois importants ; à qui sa naissance , son esprit , scs richesses promettent une belle fortune , à l'âge de vingtdeux ans renoncer au monde avec autant de détachement que le fit saint Bernard , vous semble-t-il , chrétiens, que ce soit un effet médiocre de la toute-puissance divine? S'il l'eût fait dons un âge plus avancé, peut-être que le dégoût, l'embarras, les ennuis et les inquiétudes qui se rencontrent dans les affaires , l’auraient pu porter à ce changement. S'il eût pris cette résolution dans une Jeunesse plus tendre , la victoire eût été médiocre dans un temps ou û peine nous nous sentons , et où les passions ne sont pas encore nées. Mais Dieu a choisi saint Bernard , afin de nous faire paraître le triomphe de la croix sur les vanités, dans les circonstances les plus rcmarcpiables que nous ayons Jamais vues en aucuue histoire.

Vous dirai-je en ce lieu ce que c’est qu’un Jeune homme de vingt-deux ans? Quelle ardeur, quelle impatienee, quelle impétuosité de désirs I Cette force, cette vigueur, ce sang chaud et bouillant, semblable à un vin fumeux, ne leur permet rien de rassis ni de modéré. Dans les âges suivants on commence à prendre son pli , les passions s'appliquent àquelques objets , et alors celle qui domine ralentit du moins la fureur desautres : au lieu que cette verte Jeunesse n’ayant rien encore de fixe ni d’arrêté, en cela même qu'elle n'a point de passiuu dominante par-dessus les autres, elle est emportée, elle est ogilée tour â tour de

BERNAUD. 4sa

toutes les tem|)êtes des passions, avec une in croyable violence. Là k-s folles amours ; lû le luxe, l’ambition et le vain désir de paraître exercent leur empire sans résistance. Tout s’y fait paruiie chaleur inconsidérée; et comment accoutumer à la régie, à la solitude, à la discipline, cet âge qui ne se plaît que dans le mouvement et dans le désordre , qui n'est presque Jamais dans une action composée, • et qui n'a honte que de la mo- • dération et du la pudeur? " Et vudet non esse imputhnlem

Certes , quand nous nous voyons penchants sur le retour de notre âge , que nous comptons déjà une longue suite de nos ans écoules , que nos forces sediminuent, et que le passé oceui>ant la partie la plus considérahle de notre vie, nous ne tenons plus au monde que par un avenir incertain ; ah ! le présent ne nous touche plus guère. Mais la Jeunesse qui ne songe pas que rien lui soit encore échappé, qui sent sa vigueur entière et présente , ne songe aussi qu’au présent , et y attache toutes ses pensées. Dites- moi , Je vous prie , celui qui croit avoir le présent tellement à soi , quand est-ce qu'il s’adonnera aux pensées sérieuses de l’avenir? Quelle apparence de quitter le monde , dans un âge où il ne se présente rien que de plaisant? Nous voyons toutes choses selon la disposition où nous sommes : de sorte que la Jeunesse, qui semble n’étre formée que pour la Joie et pour les plaisirs, ah I elle ne trouve rien de fâcheux; tout lui rit, tout lui applaudit Elle n’a point encore d'expérience des maux du monde , ni des traverses qui nous arrivent : de là vient qu’elle s'imagine qu’il n’y a point de dégoût, de disgrâce pour elle. Comme elle se sent forte et vigoureuse , elle bannit la crainte , et tend les voiles de toutes parts à l’espérance qui l’enfic et qui la conduit.

Vous le savez , fidèles , de toutes les passions la plus charmante , c’est l'espérance. C'est elle qui nous entretient et qui nous nourrit , qui adoucit toutes les amertumes de la vie; et souvent nous quitterions des biens effectifs, plutêt que de renoncer à nos rspé'ranccs. Mais la Jeunesse téméraire et malavisée, qui présume toujours beaucoup à cause qu'elle a peu expérimeuté, ne voyant point de difficulté dans les choses, c’est là que l'espérance est la plus véhémente et la plus hardie : si bien que les Jeunes gens, enivrés de leurs espérances , croient tenir tout ce qu’ils poursuivent; toutes leurs imaginations leur paraissent des réalités. Ravis d’une certaine douceur de leurs prétentious infinies , ils s'i magineraient perd re infiniment, s'ils se départaient de leurs grands desseins ; surtout les personnes de condition ,

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