‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 176 sur 273 · DE SAINT BERNARD · texte numérisé non relu

DE SAINT BERNARD

<w il a cru ne pouvoir atteindre que par les souffrances? Si nous n'aspirons pas à cette éminente perfection , du moins devrions-nous imiter quelque chose de sa pénitence. Mais nous nous donnons tout entiers aux folles joies de ce monde ; nous aimons les plaisirs et la bonne chère , la vie commode et voluptueuse ; et après cela nous voulons encore être appelés chrétiens. N 'appréhendonsnous pas cette terrible sentence du Fils de Dieu : • Malheur à vous qui riez ; car vous pleurerez ' ? >

Et comment ne comprenons-nous pas que la croix de Jésus doit être gravée jusqu'au plus profond de nos âmes , si nous voulons être chrétiens ? C'est pourquoi l'apôtre nous dit que nous sommes morts, et que notre vie est cachée, et que nous sommes ensevelis avec Jésus-Christ Nous entendons peu ce qu'on nous veut dire , si lorsqu'on ne nous parle que de mort et de sépulture , nous ne concevons pas que le Fils de Dieu ne se contente pas de nous demander un changement médiocre. Il faut se changer jusqu'au fond et pour faire ce changement, ne nous persuadons pas , chrétiens , qu’une diligence ordinaire suOise. Cependant l’affaire de notre salut est toujours la plus négligée. Toutes les autres choses nous pressent et nous emiMirrassent : il n’y a que pour le salut que nous sommes froids et languissants, et toutefois le Sauveur nous dit que le royaume des cienx ne peut être pris que de force, et qu’il n’y a que les violents qui l’emportent'. O Dieu étemel, s’il faut de la force, s’il faut de la violence , quelle espérance y a-t-il pour nous dans ce bienheureux héritage? Mais je vous laisse sur cette pensée ; car je me sens trop faible et trop languissant pour vous en représenter l’importance, et il faudrait pour cela que j’eusse quelque étincelle de ce zèle apostolique de saint Bernard , que nous allons considérer un moment dans la seconde partie.

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Ce qui me reste à vous dire de saint Bernard est si grand et si admirable , que plusieurs discours ne suffiraient pas à vous le faire considérer comme il faut. Toutefois, puisque Je vous ai promis de vous représenter ce saint homme dans les emplois publics et apostoliques, |disons-en quelque chose brièvement , de peur que votre dévotion ne soit frustrée d’une attente si douce. Voulez-vous que nous voyions le commencement de l’apostolat de saint Bernard ? Ce fut sur sa famille qu’il répandit ses premières lumières, commençant, dès sa tendre jeunesse, à prêcher la croix de Jésus à ses oncles et à ses frères , aux amis, aux

> Lue. VI,

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voisins, à lous ceux qui fréquentaient la maison de son père. Dés lors il leur parlait de l’étemito avec une telle énergie, qu’il leur laissait je no sais quoi dans l’ême, qui ne leur permettait pas de se plaire au monde. Son bon oncle Gaudri , homme très-considérable dans le pays , fut le premier disciple de ce cher neveu. Ses aînés , ses cadets, tous se rangeaient sous sa discipline; et Dieu voulut que tous ses frères , après avoir résisté quelque temps, vinssent à lui l’un après l’autre dans les moments marqués par sa providence. Gui , l’ainé de cette maison , quitta tous les emplois militaires et les douceurs de son nouveau mariage. Tous ensemble ils renoncèrent aux charges qu'ils avaient, ou qu'ils prétendaient dans la guerre ; et ces braves, ces généreux militaires, accoutumés au commandement et à ce noble tumulte des armes, ne dédaignent, ni le silence, cri la bassesse, ni l'oisiveté de Ctteaux, si saintement occupée. Ils vont commencer de plus beaux combats , où la mort même donne la victoire.

Ces quatre frères allaient ainsi, disant au monde le dernier adieu, accompagnés de plusieurs gentilshommes, que Bernard, ce jeune pêcheur, avait pris dans les filets de Jésus. Nivard, le der- ! nier de tous , qu’ils laissaient avec leur bon père pour être le support de sa caduque vieillesse , les étant venus embrasser : Vous aurez, lui disaientils, tous nos biens. Cet enfant, inspiré de Dieu, leur fit cette belle réponse : Eh, quoi donc? vous prenez le ciel , et vous me laissez la terre ' I De cette sorte, il se plaignait doucement qu’ils le partageaient un peu trop en cadet ; et cette sainte pensée fit une telle impression sur son âme, qu’ayant demeuré quelque temps dans le monde , il obtint son congé de son père , pour s’aller mettre en possession du même héritage que ses chers frères , non pour le partager, mais pour en jouir en commun avec enx.

Que reste-t-il au pieux Bernard pour voir toute sa famille conquise au Sauveur? Il avait encore une seeur, qui , profitant de la piété de ses frères , vivait dans le luxe et dans la grandeur. Elle les vint un jour visiter, brillante de pierreries , avec unemine hautaine et un équipage superbe. Jamais elle ne put obtenir la satisfaction de les voir. Jusqu’à ce qu’elle eût protesté qu’elle suivrait leurs bonnes instructions. Alors le vénérable Bernard s’approcha : Et pourquoi , lui dit-il ' , veniez- vous troubler le repos de ce monastère , et porter la pompe du diable jusque dans la maison de Dieu? Quelle honte de vous parer du patrimoine des pauvres! Il lui fit entendre qu’elle avait grand tort d’orner ainsi de la poun-iture, c’est ainsi qu’il ap-

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. Ibid., cap. VI, col. 1075.

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