‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 18 sur 273 · SUR LA SAINTE TRINITE · texte numérisé non relu

SUR LA SAINTE TRINITE

l'avons entendue. Ainsi cette essence infinie, souverainement immatérielle, qui ne vit que de raison et d'intelligenee, ne souffre pas que rien soit engendré en elle , sicen’est par la voie de l’intelligence ; et par conséquent le Verbe éternel , la sagesse et la pensée de son Père, étant produit par intelligence , naît et demeure dans son principe ; Hoc erat in principio apud ûeüm'.

C'est ee que le grave Tertullien nous explique admirablement dans cet excellent Apologétique.

• Cette parole , dit ce grand homme ’ , nous disons

• que Dieu ta profère , et l’engendre en la profé- <■ rant : » car c’est une parole substantielle qui porte en elle-même toute la vertu , toute l’énergie , toute la substance du principe qui la produit. • Et

• c’est pourquoi , dit Tertullien , nous l’appelons < Fils de Dieu , à cause do l’unité de substance. » Après il compare le Fils de Dieu au rayon que la lumière produit , sans rien diminuer de son être , sans rien perdre de son éclat; et il conclut qu’il est sorti de la tige, mais qu’il ne s’en est pas retiré : Non recessit, sed excessil. O Dieu! mon esprit SC confond; je me perds. Je m’abîme dans cet océan : mes yeux faibles et languissants ne peuvent plus supporter un si grand éclat. Reprenons, fidèles, de nouvelles forces; en reposant un peu notre vue sur des objets qui soient plus de notre portée.

Sainte société des fidèles. Église remplie de l'Esprit de Dieu , chaste épouse de mon Sauveur, vous représentez sur la terre la génération du Verbe étemel dans votre bienheureuse fécondité. Dieu engendre , et vous engendrez : Dieu , comme nous avons dit, engendre en lui-méme; sainte Église, où engendrez-vous vos enfants? Dans votre paix, dans votre concorde, dans votre unité , dans votre sein et dans vos entrailles. Heureuse maternité de l’Église ! Les mères que nous voyons sur la terre conçoi vent , à la vérité , leur fruit en leur sein ; maiselles l’enfantent hors de leurs entrailles ; au contraire la sainte Église, elle conçoit hors de ses entrailles, elle enfante dans ses entrailles. Un infidèle vient à l’Église , il demande d’étre associé avec les fidèles : l’Église l’instruit, et le catéchise; il n’est pas encore en son sein, il n’est point encore en son unité : elle n’enfante pas encore; mais elle conçoit : ainsi elle ne conçoit pas eu son sein; aussitét qu’elle nous enfante, nous commençons à être en son unité. C’est ainsi que vous engendrez, sainte Église, à l’imitalion du Père éternel. Engendrer, c’est incorporer; engendrer vos enfants, ce n’est pas les produire au dehors de vous ; c’est en faire un même corps avec

' Joan. 2.

* Apolog. D* 2t.

BOfist'cr. — T. iri.

vous; et comme le Père engendrant son Fils, le fait un même Dieu avec lui ; ainsi les enfants que vous engendrez, vous les faites ce que vous êtes, en formant Jésus-ChrUt en eux : et comme le Père engendre le Fils, en lui communiquant son même être, ainsi vous engendrez vos enfants, en leur communiquant cet être nou veau que la grâce vous a donné en Notre-Seigneur Jésus-Christ : lil sin( u««m sicul et nos. Ce que je dis du Père et du Fils, Je le dis encore du Saint-Esprit, qui sont trois choses , et la même chose. C’est pourquoi saint Augustin dit: • Eu Dieu ily a nombre, en Dieu il

• n’y a point de nombre : quand vous comptez

• les trois Personnes, vous voyez un nombre; « vous vous demandez ce que c’est, il n’y a plusde

• nombre : on répond que c’est un seul Dieu. Par-

• ce qu’elles sont trois, voilà comme un nombre : « quand vous recherchez ce qu’ellessont, le nom-

• bre s’échappe ; vous ne trouvez plus que l’unité

■ simple : • Quia très sunt, tanquam est numerusj si quccris qvid très, non est numéros *. Ainsi en est-il de l’Église : comptez les fidèles , vous voyez un nombre ; que sont les fidèles? il n’y a plus de nombre ; ils sont tous un même corps en Notre-Seigneur : « il n’y a plus ni Grec , ni Bar- ' barc, ni Romain, ni Scythe; mais un seul Jé- « sus-Christ qui est tout en tous* : > Vtsintunum sicul et nos.

DEUXIÈME POIiVT.

Contemplons dans les Écritures comment le Fils et le Saint-Esprit reçoivent continuellement en eux-mêmes la vie et l'Intelligence du Père ; et premièrement pour le Fils, voici comme il parle dans son Évangile en saint Jean : • En vé-

• rité, en vérité Je vous le dis, le Fils ne peut

■ rien faire de lui-même, et il ne fait que ee qu’il « voit faire à son Père ; et tout ce que le Pere fait ,

• le Fils le fait semblablement : car le Père aime

• le Fils, et il lui montre tout ce qu’il fait L . Quand nous entendons ces paroles , aussilAt notre faible imagination se représente le Père opérant , et le Fils regardant ses œuvres ; à peu près comme un apprenti qui s’instruit en voyant travailler son maître : mais si nous voulons entendre les secrets divins , détruisons ces idoles vaines et charnelles que l’accoutumance des choses humaines élève dans nos cœurs ; détruisons , dis-Jc , ces Idoles par le foudre des Écritures. SI le Père agissait premièrement, et que le Fils le regardât faire, et après qu’il agit lui-même à l’imitation de sou Père, il s’ensuivrait nécessairement que leurs opérations seraient séparées. Or nous apprenons

' In ean. Tract, vjxix, n’ », t. ni. (wrl. Il, col. M>.

’ Colou. Ml, Jl.

> Joan. V. I''. ’Jlii.

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