‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 181 sur 273 · DE SAINTE · texte numérisé non relu

DE SAINTE

nû. Et pendant qu'elle ne volt rien qui ne paise, elle se souvient de Sion, de cette Jérusalem bienheureuse, où toutes choses sont permân entes. Ainsi, dans la diversité de ces deux objets, elle ne sait ce qui i’afilige le plus , de Babylone où elle se voit, ou de Sion d'où elle est bannie , et c'est pour cela que sainte Thérèse ne peut modérer ses douleurs.

Que dirai-je ici , chrétiens? qui me donnera des paroles, pour vous exprimer dignement la divine ardeur qui la presse? Mais quand je pourrais la représenter aussi forte et aussi fervente qu'elle est dans le coeur de Thérèse . qui comprendra ce que j'ai à dire? et nos esprits attachés ù la terre, entendront- ils ces transports célestes? Disons néanmoins , comme nous pourrons , ce que son histoire raconte; disons que i'admirable Thérèse, nuit et jour, sans aucun repos ni trêve, soupirait après son divin Époux ; disons que , son amour s'augmentant toujours, elle ne pouvait plus supporter la vie , qu'elle déchirait sa poitrine par des cris et par des sanglots , et que cette douleur l'agitait de sorte, qu'ii semblait à chaque moment qu’elle allait rendre les derniers soupirs.

Je vous vois étonnés , fidèles : l’amour aveugle des biens périssables ne vous permet pas de comprendre de quelle sorte ces beaux mouvements peuvent être formés dans les coeurs. Mais quittez cet étonnement. li faut , s'il se peut , vous le faire entendre , en vous décrivant en un mot quelle est la force de la charité, en vous le montrant par les Écritures.

Sachez donc que c’est la charité qui presse Thérèse, charité toujours vive, toujours agissante , qui pousse sans relâche du côté du ciel les êmes qu'elle a blessées, et qn'elle ne cesse de travailler par de saintes inquiétudes , jusqu’à ce qu'elles y soient établies. C'est pourquoi le grand Paul en étant rempli , jeûne continuellement; il pleure, il soupire, il se plaint en iui-même. Il est pressé et violenté, H souffre des douleurs pareilles à celles de l'enfantement, et son àme ne cherche qu'à sortir du corps ; Infelix ego Homo ! guis me Hberabit decorpore morlis hujus ‘?. Malheureux

• homme que je suisi qui me délivrera de ce

• corps de mort ? • Quelle est la cause de ces transports? c'est la charité qui le presse : c’est ce feu divin et céleste , qui , détenu contre sa nature dans un corps mortel , tâche de s'ouvrir par force un passage ; et frappant de toutes parts avec violence , par des désirs ardents et impétueux il ébranle tous les fondements de la prison qui l’ens«'rre. De là ces pieurs, de ià ces sanglots, de là ces douleurs excessives, qui mettraient sans doute Tiiérésc au tombe'au , si Dieu , par un secret de

' Rom. vit, 2».

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