‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 187 sur 273 · SAINT ANDRÉ, APOTRE · texte numérisé non relu

SAINT ANDRÉ, APOTRE

rHÊOlÉ AUX CARK^UTES DC FAtBUUBG

Sairt-Jaoqoeb.

Conduite étonnante de JéiUA-CbrUt dans ta ronnation de Aon ErIIm; combien tnconcevabie et divine IVntrepriAe des apdtres. Triate état de ta religion parmi noua ; miadrables diapoaitiona deachrétieoi de noa tempe.

Venite poal me , et fariam yoa 6eri placaloreR hoininiim. ►■fiieï aprti moi, et je vous/eral devenir dea pécheurs

d'hommes. MalUi. iv , t S.

PaiMIEB POIBT.

Jésus va commencer scs conquêtes : il a déjà préctié son Évangile; déjà les troupes se pressent pour écouter sa parole. Personne ne s'est encore attaché à lui ; et parmi tant d'écoutants , il n'a pas encore gagné un seul disciple ; aussi ne reçoit-il pas indi^éremment tous ceux qui se présentent pour le suivre. Il y en a qu'il rebute, il y en a qu’il éprouve, il y en a qu'il diffère. Il a ses temps destinés, il a ses personnes choisies. 1 1 jette ses filets ; il tend ses rets sur cette mer du siècle., mer immense, mer profonde, mer oragimse et éternellement agitée. Il veut prendre des liommes dans le monde ; mais quoique cette eau soit trouble , il n'y pêche pas à l'aveugle : Il sait ceux qui sont à lui ; et jl regarde, il considère , il choisit. C'est aujourd’hui le choix d’importance ; car il va prendre ceux par qui il a résolu de prendre les autres; enfin fl va choisir ses apdtres.

I.es hommes jettent leurs filets de tons côtés; ils amassent toutes sortes de poissons, bons et mauvais , dans les filets de l’Église , selon la parole de l'Évangile. Jésus choisit ; mais puisqu'il a le choix des personnes, peut-être commencerat-il ses conquêtes par quelque prince de la synagogue, par quelque prêtre, par quelque pontife, ou par quelque célèbre docteur de la loi, pour donner réputation à sa mission et à sa conduite. Nullement. Écoutez, mes frères : < Jésus " marchait te long de la mer de Galilée. Il vit

• deux pécheurs, Simon et André son frère, et " il leur dit : Venez après moi , et je vous ferai

• devenir des pécheurs d’hommes. •

Voilà ceux qui doivent accomplir les prophéties, dispenser la grâce, annoncer la nouvelle alliance, faire triompher la croix. Est-ce qu'il ne veut point des grands de la terre , ni des riches, ni des nobles, ni des puissants, ni même des doctrs,desurnteursct dcsphilusnplics? Il n'en est IKisainsi. Voyez les âges suiv;inls. Les gramis vien-

dront en foule se joindre à I humble troupeau du sauveur Jésus. Les empereurs et les rois abaisseront leur tête superbe , pour porter le joug. Ou verra les faisceaux romains abattus devant la croix de Jésus. Les Juifs feront la loi aux Romains : ils recevront dans leurs États des lois étrangères, qui y seront plus fortes que les leurs propres : ils verront sans jalousie un empire s’élever au milieu de leur empire, des lois au-dessus des leurs ; un empire s’élever au-dessus du leur, non pour le détruire, mais au contraire pour l’affermir. Les orateurs viendront, et on leur verra préférer la simplicité de l'Évangile et ce langage mystique, à cette magnificence de leurs discours vainement pompeux. Ces esprits polis de Rome et d’Athènes, viendront apprendre ù parler dans les écrits des barbares. Les philosophes se rendront aussi; et après s’être longtemps débattus et tourmentés , ils donneront enfin dans les filets de nos célestes pécheurs , où étant pris heureusement, ils quitteront les rets de leurs vaines et dangereuses subtilités, ou ils tâchaient de prendre les âmes ignorantes et curieuses. Ils apprendront, non à raisonner, mais à croire , et à trouver la lumière dans une intelligence captivée.

Jésus ne rebu te donc point les grands, ni les puissants, ni les sages : il ne les rejette pas, • mais • il les diffère : » Dif/erantur istisuperbi, aliqua solidilate sanandi sunl'. Les grands veulent que leur puissance donne le branle aux affaires; les sages , que leurs raisonnements gagnent les esprits. Dieu veut déraciner leur orgueil. Dieu veut guérir leur enflure. Ils viendrout en leur temps, quand tout sera accompli, quand l'Église sera établie, quand l'univers aura vu, et qu'il sera bien constant que l’ouvrage aura été achevé sans eux; quand ils auront appris à ne plus partager la gloire de Dieu, à descendre de cette hauteur, à quitter dans l’Eglise au pied de la eroix cette primauté qu’ils affectent; quand ils se réputeronl les derniers de tous; les premiers partout , mais les derniers dans l'Église ; ceux que leur propre grandeur éloigne le plus du ciel , ceux que leurs périls et leurs tentations approchent le plus près de l'ablnie. Êtes-vous ceux , ô grands, 6 doctes, que la religion estime les plus heureux , dont elle estime l'état le meilleur? Non; mais, au contraire, ceux pour qui elle tremble, ceux qu'elle doit d’autant plus luimilier pour les guérir et les sauver, que tout contribue davantage à les élever et à les perdre. Ainsi votre besoin , et la gloire du Tout-Puissant . exigent que vous soyez d'abord rebutés d-,iiib

' Scrm. IV.VXVII . Il" 12 . 1 V, col ASS.

PAJiÉüYRIylK

l'exécutiau de les hauts desselus , pour vous apprendre à concevoir de vous-mêmes le Juste mépris que vous méritez.

En attendant, venez, d pécheurs; venez, saint couple de frères , André et Simon ; vous u'étes rien, vous n'avez nen : « Il n'y a rien en

• vous qui mérite d'étre recherché , il y a seule-

• ment une vaste capacité à remplir : • A'iAi'f est f/ttod in te exjKtatur, sed est guod in te impteatur'. Vous êtes vides de tout, et vous êtes principalement vides de vous-mêmes : « venez

• recevoir, venez vous remplir à cette source - infinie : • Tain largo Jonti vas inane admot'endum est. Les autres se réjouissent d'avoir attiré à leur parti les grands et les doctes ; Jésus , d'y avoir attiré les petits et les simples : Conjitenrtibi, Pater, Domine ceeli et terræ, quia abscondisti hœc a sapientibus et prudcntibus , et revelasti ea parvulis’. « Je vous bénis, mon

• Père, Seigneur du ciel et de la terre , de ce que

< vous avez caché ces choses aux sages et aux

• prudents, et de ce que vous les avez révélées

• aux plus simples. >

Et quel a été le motif d'une conduite qui blesse si fort nos idées? C'est afin que le faste des hommes soit humilié, et que toute langue confesse que vraiment c'est Dieu seul qui a fait l’ouvrage. J ésus , considérant ce grand dessein de la sagesse de son Père , tressaillit de joie par un mouvement du Saint-Esprit : In ipsa hora exultavit Spirilu sancto^. C’est quelque chose de grand, que ce qui a donné tant de joie au Seigneur Jésus. • Considérez , mes frères, qui sont ceux d’entre vous qui ont été appelés à la foi; et voyez

• qu’il y en a peu de sages selon la ehair, peu

• de puissants et peu de nobles. Mais Dieu a

• choisi ce qu’il y a d’insensé selon le monde , « pour confondre ce qu’il y a de fort. Il a choisi

• ce qu'il y a de vil et de méprisable selon le

• monde, et qui n’est rien, pour détruire ce qui

• est grand , afin que nul homme ne se glorifie

< devant lui *. •

Rien sans doute n’était plus propre'à faire éclater la grandeur de Dieu et son indépendance , qu’un pareil choix. A lui seul il appartient de se choisir pour scs œuvres des instruments , qui , loin d’y paraître propres, ■emhieut n’être capables que d’en emp^her le suocès; parce que c’est lui qui leur donne toute la vertu qui peut les rendre efficaces. Il est bon , pour qu’on ne puisse douter qu’il a fait tout lui seul, qu’il s’associe des coopérateurs qui, en eux-mêmes , soient absolu-

' s. Aug. Sfr™, IXIITII, B" 13, l- V, col. t»(.

• Mmh. J!, ■».

• ili.-, 1 , 31.

• I. Cor. 1 , 3f

meut ineptui aux grands desseiM qu’il veut accomplir par leur ministère. Et comme autrefois , entre les mains des soldats de Gédéon , de faibles vases d’argile cachaient la lumière qui devait jeter l’épouvante dans le camp des Madianites ■ ici de même ces trésors de sagesse , que Dieu t voulu foire éclater dans le monde pour le salut des uns et la confusion des autres , sont portés dans des vaisseaux très-fragiles ' , afin que la grandeurde la puissance qui est en eux soit reconnue venir de Dieu , et non de ces faibles instruments, et qu’ainsi tout concoure à démontrer la vérité de l’Évangile.

Et d'abord admirez , mes frères , les circonstances frappantes que Dieu choisit pour former son Église. Comme il avait différé jusqu'à la dernière extrémité l’exécution du commencement de sa promesse, de même ici il en prolonge le plein accojnpiissement, jusqu’au moment où tout doit paraître sans ressourec. Abraham et Sara se trouvent stériles , lorsque Dieu leur annonce qu’ils auront un fils : il attend la vieillesse décrépite, devenue stérile par nature, épuisée par l’âge, pour leur découvrir ses desseins. C’est alors qu’il envoie son ange, qui les assure de sa part que dans un certain temps Sara concevra, Sara se prend à rire, tant elle est merveilleusement surprise de la nouvelle qu’on lui déclare. Dieu, par cette conduite, veut faire voir que cette race promise est son propre ouvrage. Il a suivi le même plan dans l'établissement de sou Église. Il laisse tout tomber, jusqu'à l’espérance : Sperabamus • ; • Nous espérions , • disent ses disciples depuis sa mort. Quand Dieu veut faire voir qu'un ouvrage est tout de sa main, il réduit tout à l'impuissance et au désespoir; puis il agit. Sperabamus ; C’en est fait, notre espéraocc est tombée et ensevelie avec lui dans le tombeau. Après la mort de Jésus-Christ, ils retournent à la pêche .'jamais ils ne s'y étaient livrés durant sa vie ; ils espéraient toujours , Sperabamus. C’est Pierre qui en fait la proposition : I arfo piscari; venimus et nos teciim ^ : Relourtions aux poissons, laissons les hommes. Voilà le fondement qui abandonne l’édifice, le capitaine qui quitte l’armée : Pierre , le chef des apAtres , va repnMidre son premier métier, et les filets, et le bateau t|u’il avait quittés. Évangile, que de viend rez-v oiis? Pêche spirituelle, vous ne serez plus. Mais dans ce moment Jésus vient : il ranime la foi presque éteinte descsdiscipics abattus; Il leur commande de reprendre le ministère qu’il leur a confié , et les rappelle au soin de scs brebis dispersé'cs :

■ II. rio-, lï, 7.

* Z«r. Xïiv. 31.

I J«get. SX. S.

Page 1