DE SAINT JEAN. APOTRE
sa vie, c'est la plus pénible. Dés le cummciiccment, Il se destine pour être la victime du genre humain. Il devait oCTrir deux sacriflces. Le dernier sacrifice s’est opéré à l’autel de la croix ; mais il fallait qu'il accomplit le sacrifice qui était appelé Juge sacrificium, dont son coeur était l’autei et le temple. O coeur toujours mourant, toujours percé de coups, brûlant d'impatience de souffrir, qui ne respirait que l'immolation .' Ne croyez donc pas que sa passion soit son sacrifice le plus douloureux. Sa passion le console ; il a une soif ardente qui le brûle et qui le consume, sa passion le rnfralcbira ; et c'est peut-être une des raisons pour laquelle il l'appelle une coupe qu’il a A boire, parce qu'elle doit rafraîchir l’ardeur de sa soif. En effet , quand il parle de cette dernière croix : « C’est à présent, s’écrie-t-il, « que le Fils de l'homme est glorifié : » Nunc clarificatus est *. C’est ainsi qu’il s’exprime après la dernière pêque, sitôt que Judas fut sorti du cénacle. Mais s’agit-il de l'autre croix, c’est alors qu'il se sent vivement pressé dans l’attente de l’accomplissement de ce baptême ; liaplismo habeo bapUzari, etquomodo coarctor^t L’un le dilate : Nunc clarificatus est; l'autre le presse : coarctor. Lequel est-ce qui fait sa vraie croix , celui qui le presse et qui lui fait violence, ou celui qui relAche la force du mal 7
C’est cette première croix , si pressante et si douloureuse, que Jésus-Christ veut donner à Jean. Pierre lui demandait : • Seigneur, que des- • tinez-vous à celui-ci? » Domine, hic autem quid*'t Vous m’avez dit quelle sera ma croix, quelle part y donnerez-vous à celui-ci ? Ne vous en mettez point en peine. La croix que je veux qu’il porte ne frappera pas les sens ; je me réserve de la lui imprimer moi-même ; elle sera principalement au fond de son âme ; ce sera moi (|ui . y mettrai la main , et je saurai bien la rendre pesante. Et pour le rendre capable de la soutenir avec on courage vraiment héroïque, il lui inspira l'amour des souffrances. Tout homme que Jésus-Christ aime, il attire tellement son cœur après lui, qu’il ne souhaite rien avec plus d'ardeur que de voir abattre son corps , comme une vieille masure qui le sépare de Jésus-Christ. Mais quel autre avait plus d'ardeur pour la croix que Jean , qui avait humé ce désir aux plaies mêmes de Jésus-Christ; qui avait vu sortir de son côté l’eau vive de la félicité , mais mêlée avec le sang des souffrances? Il est donc embrasé du désir du martyre : et cependant, ô Sauveur, quels
■ Dmn. Tin, II, II, is.
* Jitan. xin, 31.
a Lut. xit, 50.
* Joan. 1X1, SI.
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supplices lui donnerez- vous? un exil. 0 cruauté lente et timide de Domitieu! faut-il que tu ne sois trop humain que pour moi, et que tu n’aies pas soif de mon sang! Mais peut-être qu'il sera bientôt répandu. On lui prépare de l’huile bouillante, pour le faire mourir dans ce bain bnihant. Vous voilà enfin, ô croix de Jésus! que je souhaite si vivement. 11 s’élance dans cet étang d'huile fumante et bouillante, avec la même promptitude que, dans les ardeui-s de l’été, on se jette dans le bain pour se rafraleliir. Mais, ô surprise fâclieu.se et crucilc ! tout d'uii coup elle se change en rosée. Bien-aimé de mon cœur, estce là l'amour que vous me portez? Si vous ne voulez pas me donner la mort, pourquoi forcezvous la nature de se refuser à mes empressements? O bourreaux, apportez du feu, réchauffez votre huile inopinément refroidie. Mais ces cris sont inutiles. Jésus-Christ veut prolonger . sa vie, parce qu’il veut encore aggraver sa croix. Il faut vivre Jusqu’à une vieillesse décrépite : il faut qu'il voie passer devant lui tous ses frères les saints apôtres, et qu’il survive presque à tous les enfanta qu'il a engendrés à Notre- Seigneur.
De quoi le consolerez-vous , ô Sauveur des âmes? ne voyez-vous pas qu’il meurt tous les jours, parce qu’il ne peut mourir une fois? Hélas I il semble qu’il n'a plus qu'un souffle. Ce vieillard n’est plus que cendre ; et sous cette cendre vous voulez cacher un grand feu. Écoutez comme il crie : « Mes bien-aimés, nous sommes < dès à présent enfants de Dieu; mais ce que nous
■ serons un jour ne paraît pas encore : • DUeclissimi, nunefilii Deisumus, et nonduni paruit guiil erimus ’. De quoi le consolerez-vous? sera-ce par les visions dont vous le gratifierez? Mais c’est ce qui augmente l’ardeur de scs dé.sii s. Il voit couler ce fleuve qui réjouit la cité de Dieu, la Jérusalem céleste. Que sert de lui montrer la fontaine, pour ne lui donner qu’une goutte à boire? Ce rayon lui fait désirer le grand jour; et cette goutte que vous laissez tomber sur lui, lui fait avoir soif de la source. Écoutez comme il crie dans l’Apocalypse : Et spiritus et sponsa dicunt, Veni : « L’esprit et l'épouse di- • sent. Venez. • Que lui répond le divin époux?
« Oui , je viens bientôt : • Etiam venio cito ’.
■ 0 instant trop long! • 0 modicum longuin’! Il redouble ses gémissements et ses cris : < Venez,
« Seigneur Jésus ; • Veni, Domine Jesu. 0 divin Sauveur, quel supplice! votre amour est trop sévère pour lui. Je sais que dans la croix que vous lui donnez» il y a une douleur qui console, > ipss
' I. Joon. 111,2.
* un, 17, îi».
* S. Aug. in Joan. Tritet. a, n*0, t iti, part. n. rot.TM
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vonsolatur dolor‘,vX que le calice de votre passion que vous lui faites boire à longs traits, tout nmer qu’il est à nos sens, a scs douceurs pour l'esprit , quand une fol vive l'a persuadé des maximes de l’Évangile. Mais j’ose dire , 6 divin Sauveur, que cette manière douce et affectueuse avec laquelle vous avez traité saint Jean votre bien-aimé disciple, et ces caresses mystérieuses dont il vous a plu l’honorer, exigeaient en qnel- (jue sorte de voua quelque marque plus sensible de la tendresse de votre cœur, et que vous lui deviez des consolations qui fussent plus approchantes de cette familiarité bienheureuse que vous avez voulu lui permettre. C’est aussi ce que nous verrons au Calvaire dans le beau présent qu’il lui fait , et dans le dernier adieu qu'il lui dit.
sxconn point.
Certaüiement, chrétiens, l’amitié ne peut jamais être véritable , qu’elle ne se montre bientét tout entière ; et elle n’a jamais plus de peine que lorsqu’elle se volt cachée : toutefois il faut avouer que , dans le temps qu’il faut dire adieu , la douleur que la séparation lui fait ressentir lui donne je ne sais quoi de si vif et de si pressant, pour se faire voir dans son naturel , que Jamais elle ne se découvre avec plus de force. C’est pour, quoi les derniers adieux que l’on dit aux personnes que l’on a aimées saisissent de pitié les cœurs les plus durs : chacun tâche , dans ces rencontres, de laisser des marques de son souvenir. îNous voyons en effet tous les testaments remplis de clauses de cette nature ; comme si l’amour qui ne se nourrit ordinairement que par la présence , voyant approcher le moment fatal de la dernière séparation , et craignant par là sa perte totale en même temps qu’il se volt privé de la conversation et de la vue , ramassait tout ce qui lui reste de force pour vivre et durer du moins dans le souvenir.
Ne croyez pas que notre Sauveur ait oublié son amour en cette occasion. • Ayant aimé les . siens, il les a aimés jusqu’à la fin ■ ; » et puisqu’il ne meurt que par son amour, il n’est jamais plus puissant qu’à sa mort. Cest aussi sans doute pour cette raison , qu’il amène au pied de SB croix les deux personnes qu’il chérit le plus , c’est-à-dire, Marie sa divine mère, et Jean son fidèle et son bon ami , qui , remis de ses premières terreurs, vient recueillir les derniers soupirs de son Maître mourant pour notre salut.
Car, je vous demande, mes frères, pourquoi appeler la très-sainte Vierge à ce spectacle d’inhumanité? Est-ce pour lui percer le cœur, et lui
■ s. Àug. EfUl. tivll , a* I , I. Il , col. «3.
* Jtfan. Ull , i-
I déchirer les entrailles? Faut-il que ses veux ma- ! ternels soient frappés de ce triste objet , et qu’elle I voie couler devant elle , par tant de cruelles bles- I sures, un sang qui lui est si cher? Pourquoi fe plus chéri de tous ses disciples est-il le seul témoin de ses souffrances? Avec quels yeux verrat-il cette poitrine sacrée, sur laquelle il se re. posait il y a deux Jours , pousser les derniers sanglots parmi des douleurs infinies? Quel plaisir au Sauveur de contempler ce favori bien-aimé, saisi par la vue de tant de tourments , et par la mémoire encore toute fraîche de tant de caresses récentes , mourir de langueur aupied de sa croix? S’il l’aime si chèrement, que ne lui épargne-t-il cette affliction; et n’y a-t-il pas de la dureté de lui refuser cette grâce? chrétiens, ne le croyez pas, et comprenez le dessein du Sauveur des âmes. Il faut que Marie et saint Jean assistent à la mort de Jésus pour y recevoir ensembfe, avec la tendresse du dernier adieu , les présents qu’il a à leur faire , aQn de signaler en expirant l’excès de son affection.
Mais que leur donnera-t-il, nu, dépouillé comme il est? Les soldats avares et impitoyables ont partagé jusqu’à ses habits , et joué sa tunique mystérieuse : il n’a pas de quoi se faire enterrer. Son corps même n’est plus à lui : il est la victime de tous les pécheurs; il n’y a goutte de son sang qui ne soit due à la justice de Dieu son Père. Pauvre esclave , qui n’a plus rien en son pouvoir dont il puisse disposer par son testament! Il a perdu jusqu’à son Père, auquel II s’est glorifié tant de fuis d’étre si étroitement uni. C’est son Dieu , ce n’est plus son Père. Au lieu de dire comme auparavant : « Tout ce qui est à vous est • à moi, > il ne lui demande plus qu’un regard : Respice in me; et il ne peut l'obtenir, et il s’en voit abandonné : Quare me dereliquitti ' ? Ainsi , de quelque cété qu’il tourne les yeux , il ne voit plus rien qui lui appartienne. Je me trompe , il voit Marie et saint Jean : tout le reste des siens l’ont abandonné, et ils sont là pour lui dire ; Nous sommes à vous. Voilà tout le bien qui lui reste, et dont il peut disposer par son testament Mais c’est à eux qu’il faut donner, et non pas les donner eux-mêmes. O amour Ingénieux de mon maftrel 11 faut leur donner, il faut les donner. Il faut donner Marie au disciple, et le disciple à la divine Marie. Ego dilecto meo, dit-il. Mon maître , je suis à vous ; usez de moi comme il vous plaira. Voyez la suite -.et ad me contvrsio ejus • Fils, dit-il , voilà votre mère. » O Jean , Je vous donne Marie ; et je vous donne en même temps à Marie : Marie est à saint Jean , saint
' Müith. \xyu, iG
* ÇaHt. VII , lo.