DE SAINT JEAN , APOTRE
Jean à Marie. Vous devez voua rendre heureux l'un el l’autre par une mutuelle possession. Ce ne vous est pas un moindre avantage d'étre donnés que de recevoir; et Je ne vous enrichis pas plus par le don que je vous fais , que par celui que Je fais de vous.
Mais, mes firères, entrons plus profondément dans cet admirable mystère : recherchons , par les Écritures , quelle est cette seconde naissance qui Ihitsaint Jean le fils de Marie, quelle est cette nouvelle fécondité qui rend Marie mère de saint Jean ; et développons les secrets d'une belle théologie , qui mettra cette vérité dans son Jour Saint Paul parlant de notre Sauveur après l’infhmie de sa mort et la gloire de sa résurrection , en a dit ces belles paroles ' : • Nous ne connaissons plus
• maintenant personne selon la chair ; et si nous < avons oonno autrefois Jésus- Christ selon la « chair, maintenant qu'il est mort et ressuscité
• nous ne le connaissons plus de la sorte. > Que veut dire cette parole, et quel est le sens de l'apétre? Veut-il dire que le Fils de Dieu s'est dépouillé, en mourant, de sa chair humaine, et qu’il ne l'a point reprise en sa glorieuse résurrection? Non, mes Aères, à Dieu ne plaise! Il faut trouver un autre sens è cette belle parole du divin apétre, qui nous ouvre l’intelligence de ses sentiments. Ne le cherchez pas , le voici : il vent dire que le Fils de Dieu , dans la gloire de sa résurrection, a bien la vérité de la chair, mais qu'il n’en a plus les infirmités; et pour toucher encore plus le fond de cette excellente doctrine , entendons que l’Homme-Dieu, Jésus-Christ, a eu deux naissances et deux vies , qui sont infiniment différentes.
La première de ces naissances l’a tiré du sein de Marie, la seconde l'a fait sortir du sein du tombeau. En la première il est né de l’Esprit de Dieu , mais par une mère mortelle : et de là il en a tiré la mortalité. Mais en sa seconde naissance, nul n'y a part que son Père céleste; c’est pourquoi il n’y a plus rien que de glorieux. Il était de sa providence d’accommoder ses sentiments à ces deux manières de vie si contraires : de là vient que dans la première il n’a pas jugé indignes de Inl les sentiments de faiblesse humaine ; mais dans sa bienheureuse résurrection il n’y a pins rien que de grand , et tous ses sentiments sont d’un Dieu qui répand sur l'humanité qu'il a prise tout ce (|ue la divinité a de plus auguste. Jésus, en conversant parmi les mortels, a eu faim, a eu soif : il a été quelquefois saisi par la crainte, touché par la douleur : la pitié a serré son cœur, elle a ému et altéré son sang, elle lui
• IT. Cor. T, 16.
a fait répandre des larmes. Je ne m’en étonne pas, chrétiens : c'étaient les Jours de son humiliation, qu’il devait passer dans l’infirmité. Mais durant les Jours de sa gloire et de son Immortalité , après sa seconde naissance par laquelle son Père l’a ressuscité pour le faire asseoir à sa droite, les infirmités sont bannies; et la toute-puissance divine déployant sur lui sa vertu , a dissipé toutes ses faiblesses. Il commence à agir tout à fait en Dieu : la manière en est incompréhensible, et tout ce qu’il est permis aux mortels de dire d’un mystère si haut, c’est qu’il n’y faut pins rien concevoir de ce que le sens humain peut imaginer; si bien qü’il ne nous reste plus que de nous écrier hardiment avec l’incomparable docteur des Gentils : que si nous avons connu Jésus- Christ selon sa naissance mortelle dans les sentiments de la chair, nunc jam non novimus : maintenant qu'il est glorieux et ressuscité , nous ne le connaissons plus de la sorte, et tout ce que nous y concevons est divin.
Selon cette doctrine du divin apétre. Je ne craindrai pas d’assurer que Jésus-Christ ressuscité regarde Marie d’une autre manière, que ne faisait pas Jésus-Christ mortel. Car, mes frères , sa mortalité l'a fait naître dans la dépendance de celle qui loi a donné la vie : • Il lui était son- « mis et obéissant , » dit l'évangéliste '. Tout Dieu qu'était Jésus , l’amour qu’il avait pour sa sainte mère était mêlé sans doute de cette crainte filiale et respectueuse que les enfants bien nés ne perdent Jamais. Il était accompagné de toutes ces douces émotions, de toutes ces inquiétudes aimables qu'une affection sincère imprime toujours dans les coeurs des hommes mortels ; tout cela était bienséant durant les Jours de faiblesse. Mais enfin voilà Jésus en la croix : le temps de mortalité va passer. Il va commencer désormais à aimer Marie d'une autre manière : son amour ne sera pas moins ardent ; et tant que Jésus-Christ sera homme , il n'oubliera Jamais cette viergemère. Mais après sa bienheureuse résurrection , il faut bien qu’il prenne un amour convenable à l’état de sa gloire.
Que deviendront donc, chrétiens, ces respects, cette déférence, cette complaisance obligeante, ces soins si particuliers , ces douces Inquiétudes qui accompagnaient son amour? mourront-ils avec Jésus-Christ , et Marie en sera-t-elleà Jamais privée? chrétiens, sa bonté ne le permet pas Puisqu’il va entrer par sa mort en un état glorieux, où il ne les peut plus retenir, il les fait passer en saint Jean, et il entreprend de les faire revivre dans le cœur de ce bien-aimé. Et n’est-cc pas ce que veut dire le grand saint Paulin par ces élo-
■ lue. 11,51.
PANÉGYRIQUE