‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 194 sur 273 · IH · texte numérisé non relu

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quentfs paroles ' ; Jam scilicelab humana frayililale, gua erai natus ex fcemina, percrucis mortcm àemigrans in œtemitatem Dei, ut etsel in gloria Dei Pains, delegat hominijura pietatis kumanœ : • Étant prêt de passer, par la

> mort de la croix, de l'inllrmitc humaine à la

> gloire et à l'éternité de son Père, il laisse a un

• homme mortel les sentiments de la piété hu-

• maine. > Tout ce que son amour avait de tendre et de respectueux pour sa sainte mère vivra maintenant dans le cœur de Jean : c’est lui qui sera le (ils de Marie; et pour établir entre eux éternellement cette alliance mystérieuse , il leur parle du haut de sa croix , non point avec une action tremblante comme un patient prêt à rendre l’âme, • mais avec toute 1a force d’un homme

• vivant, et toute la fermeté d’un Dieu qui doit

• ressusciter, > ptena virtute viventis et constantia resurrecturi *. Lui qui tourne les cœurs ainsi qu’il lui plaît, et dont la parole est toutepuissante, opère en eux tout ce qu’il leur dit, et fait Marie mère de Jean, et Jean fils de Marie.

Car qui pourrait assez exprimer quelle fut la force de cette parole sur l’esprit de l’un et de l'autre? Ils gémissaient au pied de la croix, toutes les plaies de Jésus-Christ déchiraient leurs âmes, et la vivacité de la douleur les avait presque rendus insensibles. Mais lorsqu’ils entendirent eette voix mourante du dernier adieu de Jésus, leurs sentiments furent réveillés par cette nouvelle blessure ; toutes les entrailles de Marie furent renversées , et il n’y eut goutte de sang dans le cœur de Jean qui ne fut aussitôt émue. Cette parole entra donc ou fond de leurs âmes , ainsi qu'un glaive tranchant ; elles en furent percées et ensanglantées avec une douleur incroyable : mais aussi leur fallait-il faire cette violence, il fallait de cette sorte entrouvrir leur cœur, aOn, si je puis parler de la sorte, d’entrer en l'un le respect d’un fils, et dans l’autre la tendresse d’une bonne mère.

'Voilà donc Marie mère de saint Jean. Quoique son amour maternel, accoutumé d'embrasser un Dieu , ait peine à se terminer sur un homme , et qu’une telle inégalité semble plutôt lui reprocher sou malheur, que la récompenser de sa perte : toutefois la parole de son Fils la presse ; l'amour que le Sauveur a eu pour saint Jean l’a rendu un autre lui-même, et fait qu'elle ne croit pas se tromper quand elle cherche Jésus-Christ en lui. Grand et incomparable avantage de ce disciple chéri ! Car de quels dons l’aura orné le Sauveur, pour le rendre digne de remplir sa place? Si l’amour qu'il a pour la sainte Vierge l'oblige à lui

* Epist. L, n* 17.

t Ibiti.

laisser son portrait en se retirant de sa vue, ne doit-il pas lui avoir donné une image vive et naturelle? Quel doit donc être le grand saint Jean , destiné à demeurer sur la terre pour y être la représentation du Fils de Dieu après ta mort; et une représentation si parfaite, qu’elle puisse charmer la douleur, et tromper, s’il se peut , l'amour de sa sainte mère par la naïveté de la ressemblance!

D’ailleurs quelle abondance de grâces attirait sur lui tous les jours l’amour maternel de Marie, et le désir qu’elle avait conçu de former en lui Jésns-ChristI combien s’échauffaient tous les jours les ardeurs de sa charité , par la cliaste communication de celles qui brûlaient le cœur de Marie! et à quelle perfection s’avançait sa chasteté virginale, qui était sans cesse épurée par les regards modestes de la sainte Vierge, et par sa conversation angélique!

Apprenons de là, chrétiens , quelle est la force de la pureté. C’est elle qui mérite à saint Jean la familiarité du Sauveur; c’est elle qui le rend digne d’hériter de son amour pour Marie, de succéder en sa place , d’être honoré de sa ressemblance. Cest elle qui lui fait tomber Marie en partage, et lui donne une mère vierge : elle fait quelque chose de plus, elle lui ouvre le cœur de Jésus , et lui en assure la possession.

TBOISlàMB FOIIVr.

Je l’ai déjà dit, chrétiens, il ne suffit pas an Sauveur de répandre ses dons sur saint Jean; il veut lui donner jusqu’à la source. Tous les dons viennent de l’amour ; il lui a donné son amour. C’est au cœur que l’amour prend son origine; il loi donne encore le cœur, et le met en possession du fonds dont il lui a déjà donné tous les fruits. Viens , dit-il , ô mon cher disciple , je t’ai choisi devant tous les temps pour être le docteur de U charité; viens la boire Jusque dans sa source, viens y prendre ces paroles pleines d’onction par lesquelles tu attendriras mes fidèles : approche de ce cœur qui ne respire que l’amour des hommes ; et pour mieux parler de mon amour, viens sentir de près les ardeurs qui me consument

Je ne m’étendrai pas à vous raconter les avantages de saint Jean. Mais, Jean, puisque vous en êtes le maître, ouvrez-nous ce cœur de Jésus, fiiites-nous-en remarquer tous les mouvements, que la seule charité excite. C’est ce qu’il a fait dans tous ses écrits : tous les écrits de saint Jean ne tendent qu’à expliquer le cœur de Jésus. En ce cœur est l’abrégé de tous iesmystères du christianisme ; mystères de charité dont l'origine est au cœur; un eœur, s’il se peut dire, tout peln d’amour : toutes les palpitations, tous les batte-

nE SAIM JEAN, APOTRE.

mentsdece coeur, c'est la charité qui les produit. Voulez-vous voir saint Jean vous montrer tous les secrets de ce cœur ; il remonte • Jusqu’au - principe ; ■ In principio C’est pour venir à ce terme : El habilavit' , • Il a habité parmi

• nous. • Qui l'a fait ainsi habiter avec nous? l’amour. • C’est ainsi que Dieu a aimé le monde : > Sic Deus dilexit mundutn C’est donc l’amour qui l’a fait descendre, pour se revêtir de la nature humaine. Mais quel cœur aura-t-il donné à cette nature humaine , siuon un cœur tout pétri d’amour?

C’est Dieu qui fait tous les cœurs, ainsi qu’il lui plaît. • Le cœur du roi est dans sa main • comme celui detousies autres: Corregisinmanu Dei est*. Regis, du roi Sauveur. Quel autre cœur a été plus dans la main de Dieu? C’était le cœur d’un Dieu , qui réglait de près, dont U conduisait tous les mouvements. Qu’aura donc fait le Verbe divin , en se faisant homme , sinon de se former un cœur sur lequel il imprimât cette charité inflnie qui l’obligeait à venir an monde : Donnezmoi tout ce qu’il y a de tendre, tout ce qu’il y a de doux et d’humain ; il faut faire un Sauveur qui ne puisse souffrir les misères, sans être saisi de douleur; qui, voyant les brebis perdues, ne puisse supporter leurs égarements. Il lui faut un amour qui le fusse courir au péril de sa vie, qui lui fasse hais.ser les épaules pour charger dessus sa brebis perdue ; qui lui fasse crier : • Si quel-

• qu’un a soif, qu'il vienne â moi : • Si guis si~ lit, veniat adme^. • Venez à moi, vous tous qui

• êtes fatigués : > Venite ad me, omnes qui laboratis Venez pécheurs ; c’est vousqueje cher-

- che. Enfin, il lui faut un cœur qui lui fasse dire :

• Je donne ma vie parcequcje le veux : > Ego pono eam a meipso i. C’est moi qui ai un cœur amoureux, qui dévoue mon corps et mon âme à toutes sortes de tourments.

Voilà , mes frères, quel est le cœur de Jésus, voilà quel est le mystère du christianisme. C’est pourquoi l’abrégé de la foi est renfermé dans ces paroles : • Pour nous, nous avons cru à l’amour

• que Dieu a pour nous ; ■ Nos credidimus charilati guam kabel Deus in nobis '. Voilà la profession de saint Jean. Pourquoi le Juif ne croit-il pas à notre Évangile? Il reconnaît la puissance; mais il ne veut pas croire à l'amonr : il ne peut se persuader que Dieu nous ait assez aimés, pour

* Jmn.i,t.

■ Ibid. I, U.

^ Ibid. III . IS.

* Prov. , I.

* Jo0H. Vit, 37.

* JrsttH. % , IH.

* 1 Joan. IV, ifl.

nous donner son Fils. Pour moi , Je crois à s.v charité ; et c’est tout dire. Il s’est fait homme , Je le crois; il est mort pour nous. Je le crois; il aime, et qui aime fait tout : Credidimus chariloti ejus.

Mais si nous y croyons , Il faut l’imiter. Ce cœur de Jésus embrasse tous les fidèles : c'est là où nous sommes tous réunis, • pour être consom-

• més dans l’unité : > I/l sint consummati in unum'. C’est le cœur qui parlait, lorsqu’il disait : - Mou Père, Je veux que là où Je suis, mes

• disciples y soient aussi avec moi : • Volo ut ubi sum ego, et illi sint mecum'. Il ne distrait personne, il appelle tous ses enfants, et nous devons nous aimer • dans les entrailles de la cha- « rité de ce divin Sauveur, ■ in visceribus Jesu- CAristi Ayons donc un cœur de Jésus-Christ, un cœur étendu , qui n’exclue personne de .son amour. C’est de cet amour réciproqne qu'il se formera une chaîne de charité qui s'étendra du cœur de Jésus dans tous les autres, l'our les lier et les unir inviolablement : ne la rompons pas ; ne refusons à aucun de nos frères l’entrer dans cette sainte union de la charité de Jésus-Christ. Il y a place pour tout le monde. Usons sans envie des biens qu’elle nous procure : nous ne les perdons pas en les communiquant aux autres ; mais noos les possédons d'autant plus sûrement : ils se multiplient pour noos avec d’autant plus d’abondance , que nous désirons plus généreusement les partager avec nos frères. Et pounpioi veux-tu arracher ton féère de ce cœur de Jésus- Christ? Il ne souffre point de séparation ; il te vomira toi-même. Il supporte toutes les infli mités, pourvu que la charité dont noos sommes animés les couvre. Aimons-nous donc dans le cœur de Jésus. • Dieu est charité; et qui persé- < vère dans la charité demeure en Dieu, et Dieu « en lui ^. > Ah ! qui nie donnera des amis que J’aime véritablement par la charité? Lorsque Je répands en eux mon cœur, Je le répands en Dieu qui est charité. • Ce n’est pas à un homme que

• Je me confie ; mais à celui en qui il demeure,

• pour être tel. Et dans ma Juste confiance, Je ne

• crains point ces résolutions si changeantes de

• l’inconstance humaine ; • Non homini committo, std illi in çuo manet ut talis sit. Nec in mea securifale cras/inum illud humance cogitalionis incertum otnnino formido. C’est ainsi que s’aiment les bienheureux esprits.

L’amour, qui les unit intimement entre eux , s’échauffe de plus en plus dans ces mutuels em-

■ Jaan. XTII, n.

■ Ibid. M.

i Philip, t, b. •

4 1. JiMIt. IV, IS.

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brassements de leurs cceurs. Ils s'aiment en Dieu, qui est ic centre de leur union ; ils s'aiment pour Dieu, qui est tout leur bien. Ils aiment Dieu dans chacun de leurs concitoyens, qu'ils savent n'étre grands que par lui; et vivement sensibles au bonheur de leurs frères , ils se trouvent heureux de jouir en eux et par eux des avantages qu'ils n'auraient pas eux-mêmes : ou plutôt, ils ont tout; la charité leur approprie l'universalité des dons de tout le corps, parce qu'elle les consomme dans celte unité sainte qui , les absorbant en Dieu , les met en possession des biens de toute la cité céleste.

Voulons-nous donc , mes frères , participer Icibas à la béatitude céleste , aimons-nous ; que la charité fraternelle remplisse nos coeurs : elle nous fera goûter, dans la douceur de son action , ces délices inexprimables qui font le bonheur des saints ; elle enrichira notre pauvreté , en nous rendant tous les biens communs; et ne formant de nous tous qu'un coeur et qu'une âme, elle commencera en nous cette unité divine qui doit faire notre éternel bonheur, et qui sera parfaite en nous lorsque , l'amour ayant entièrement transformé toutes nos puissances, Dieu sera tout en tous.

PANÉGYRIQUE

DS

SAmr THOMAS DE CAim)RBÉRY,

pnom>5ci DANS L’ÉGuae de sauit tsosAS m LOUTRE EN 1661.

Motif» de U r<9l»tADoe de aalot TbomM i Pégard de »oa prince. Sa conduite toujoan >age, toujours respectaeuse •U milieu des violentes persécutions qu'il a à souffrir. Succès de ses eombati pour la dlsclpUae. Admirable changemetit que produit sa mort dans ses enoenils; léle qu'elle inspire à ses frères. Usage que les ecclésiastiques doivent faire de leurs privilèges, de leurs bien» et de leur autorité, pour oe pas exposer l'SgUse aux blasph^Dei des Ubertlos.

/n morte mIroMfia operatus est.

J1 a fait des choses iDerTeiUeuaes dann m iDorL £celi.

XLTIII , 15.

Les mystères de Jésus-Cbrist sont une chute continuelle; et tant qu'il a vu devant soi quelque nouvelle bassesse, il n'a jamais cessé de descendre. Il se compare lui-méme dans son Évangile à on grain de froment qui tombe ■ ; et en effet , il est allé toujours tombant , premièrement du ciel en la terre , de son trône dans une crèche ; de là par plusieurs degrés il est tombé jusqu'à

• J9nn. VI,

l'ignominie do supplice, jusqu’à l'obscurité du tombeau , jusqu’à la profondeur de l'enfer. Mais comme il ne pouvait tomber plus bas , c’était là aussi le terme fatal de ses chutes mystérieuses; et ce coon d’abaissements étant rempli , c'est de là qu'il a commencé de se relever couronné d'honneur et de gloire.

Ce que notre chef a fait une fois en sa personne sacrée, tous les jours il l’accomplit dans ses membres; et le martyr que noos honorons, noos en est un illustre exemple. Saint Thomas , archevêque de Cantorbéry, s’étant trouvé engagé , pour les intérêts de l’Église , dans de longs et fâcheux démêlés avec un grand roi , avec Henri II , roi d’Angleterre , on l'a vu tomber peu à peu de la faveur A la disgrâce, de la disgrâce au baonissemeut, du bannissement A une espèce de proscription, et euQu A une mort violente. Mais la Providence divine, ayant lâché la main jusqu'à ce terme , a fait commencer de là son élévation. Elle a honoré de miracles le tombeau de cet illustre martyr; elle a mené à ses cendres on roi pénitent ; elle a conservé les droits de l'Église par le sang de ce saint évéqne, persécuté iqjostement pour sa cause, et Urantsa gloire de ses souffrances. Elle m’a donné lien de dire de lui ce que l'Eceléeiastiqneaditd'Éiisée, que • sa mort a > opéré des miracles ; • In morte mirabilia operatus est. Mais afin de vous découvrir toutes ces merveilles , demandons l'assistance du Saint-Esprit par l’entremise de Marie. Ave.

C’est une loi établie, que l'Église ne peut jouir d'aucun avantage qui ne lui coûte la mort de ses enfants; et que , pour affermir ses droits, il faut qu’elle r^iande du sang. Son Époux l'a rachetée par le sang qn’U a versé pour elle, et II vent qu’elle achète par un prix semblable les grâces qu'il lui accorde. Cest par le sang des martyrs qu'elle a éteodu ses conquêtes bien loin an delà de l’empire ronudn; son sang lui a procuré et la paix dont elle a Joui sous les empereurs chrétiens, et la victoire qu'elle a remportée sur les empereurs infidèles. Il parait donc qu'elle devait dusangà raffermissemeDt de son autorité, comme elle en avait donné A rétablissement de sa doctrine: et ainsi la discipline , aussi bien que la foi de l’Église, a dû avoir des martyrs. '

C'est pour cette cause , messieurs , que votre glorieux patron a donné sa vie. Nous avons ho- Dorécesdemiers Jours le premier martyr de la foi; aujourd’hui nous célébrons le triomphe du premier martyr de la discipline : et afin que tout le monde comprenne combien ce martyre a été semblable à ceux que nous ont fait voir les anciennes persécutions ; je m’attacherai â vous montrer

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