‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 197 sur 273 · SSA · texte numérisé non relu

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voyez, plutôt unies que subordonnées cunsiliuM paeis inter illos • ; et le genre humain se repose A l'ombre de cette concorde.

Saint Thomas a souvent représenté au roi d’Angleterre, par des lettres pleines d'une force , d'une douceur et d'une modestie apostolique, que ces puissances doivent concourir et se prêter la main mutuellement , et non se regarder avec jalousie, puis<iu'elles ont des fins si diverses, qu'elles ne peuvent se choquer sans quitter leur route et sortir de leurs limites. Il soutient ces charitables avertissements avec toute l'autorité que pouvait donner non-seulement la sainteté de son caractère , mais la sainteté de sa vie , qui était l’exemple et l'admiration de tout l’univers.

Notre France l’avait connue , puisque , lorsqu’il fut exilé, elle lui avait ouvert les bras; et le roi Ixiuis VII, témoin oculaire des vertus apostoliques de ce grand homme, a toujours eonstamment favorisé et sa personne, et la cause qu’il défendait , par toutes sortes de bons offices. Rendons ici témoignage A l'incomparable piété de nos monarques très-chrétiens. Comme ils ont vu que J csus-Christ ne règne pas , si son Eglise n’est autorisée, leur propre autorité ne leur a pas été plus chère que l'autorité de l'Église. Cette puissance royale , qui doit donner le branle dans les autres choses, n’a jamais jugé indigne d’elle de ne faire que seconder dans les affaires spirituelles; et un roi de France, empereur, n’a pas cru se rabaisser, lorsque écrivant aux évêques , il les assure de sa protection dans les fonctions de leur ministère ; afin , dit ce grand roi , que notre puissance royale servant, comme il est convenable, a ce que demande votre autorité, vous puissiez exécuter vos décrets : VI nostro auxilio suffulli, quod vestra auctoritas exposcit , /amulanle , ut decet, poteslate nosira , perjicere valeatis •.

Telles sont les maximes saintes et durables de la monarchie très-chrétienne; et plût A Dieu que le roi d’Angleterre eût suivi les sentiments et imité les exemples de ses augustes voisins I Saint Thomas ne se verrait pas réduit A la dure nécessité de s'opposer A son prince. Mais comme ce monarque se rend inflexible, l’Église opprimée est contrainte de recourir aux derniers efforts. Vous attendez peut-être des foudres et des anathèmes. Mais, quoique Henri les eût mérités, Thomas, aussi modéré que vigoureux, no fulmine pas aisément contre une tête royale. Voici CCS derniers efforts dont je veux parler ; le saint archevêque offre A Dieu sa vie; et sachant que l'Église n’est jamais plus forte, que lorsqu'elle parle par la voix du sang, il revient d’un long

' fintth. IX . 3&, 30.

* i.mfiA'ic. Pttt», Vop. dnn. B23| Ctp. IV» 1. 1> p* Oïl.

PANEGYRIQUE

exil arec un esprit de martyr, préparé aux riolences d'un roi implacable et de toute sa cour irritée.

Saint Ambroise a remarqué dès son temps , que les hommes apostoliques , qui entreprennent d'un grand courage les œuvres de piété et la censure des vices, sont assez souvent traversés par des raisons politiques. Car comme les pécheurs ne peuvent souffrir ceux qui viennent ies troubler dans leur faux repos ; et comme le monde n'a rien tant à cœur que de voir l’Église sans force , et la piété sans défense , il se plaît de lui opposer ce qu'il a de plus redoutable, c’est-àdire le nom de César et les intérêts de l’État. Ainsi quand Néhéraias relevait les tours abattues et les murailles désolées de Jérusalem , les ministres du roi de Perse publiaient partout qu'il méditait un dessein de rébellion ’ ; et comme le moindre soup^n d’inlidélité attire des difHcultés infinies, ils tâchaient de ralentir l'ardeur de son zèle par cette vaine terreur. Quoique le saint archevêque n'élevât ni des tours ni des forteresses , et qu'il songeât seulement à réparer les ruines d'une Jérusalem spirituelle , toutefois il fut exposé aux mêmes reproches. Henri, déjà prévenu et irrité par les faux rapports , témoigna , avec une aigreur extrême , que la vie de ce prélat lui était à charge. Que de mains forent armées contre lui par cette parole I

Chétiens, soyez attentifs : s’il y eut jamais un martyre qui ressembla parfoitenoent à un sacrifice , c'est celui que je dois vous représenter. Voyez les préparatifs : l’évéque est à l'église avec son clergé , et ils sont déjà revêtus. II ne faut pas chercher bien loin la victime : le saint pontife est préparé, et c'est la victime que Dieu a choisie. Ainsi, tout est prêt pour le sacrifice, et Je vois entrer dans l’église ceux qui doivent donner le coup. Le saint homme va au-devant d’eux à l’imitation de Jésus-Christ; et pour imiter en tout ce divin modèle, il défend à son clergé toute résistance, et se contente de demander sûreté pour les siens. • Si c’est moi que vous chei^ • chez, laissez, dit Jésus retirer ceux-ci. > Ces choses étant accomplies, et l’heure du sacrifice étant arrivée, voyez comme saint Thomas en commence la cérémonie. Victime et pontife tout ensemble, il présente sa tête, et fait sa prière. Voici les vœux solennels et les paroles mystiques de ce sacrifice : Etego pro Deo mon paratus xton, et pro aturtione justiliei, et pro Eccletim liàertate ; dummodo ejfiuione tanguinis mei pacem et Uberiatem conseguatur ; • Je

* Serm. contra Ntinzent, n* 30, L M «col. 872.

’ II. Etdr. VI, ft, 7.

* Juan. tVUJ, H.

• suis prêt à mourir, dit-il , pour la cause de Dieu

• et de son Église, et toute la grâce que je de- « mande, c’est que mon sang lui rende la paix « et la liberté qu'on lui veut ravir. » Il se prosterne devant Dieu ; et comme dans le sacrifice solennel nous appelons les saints pour être nos intercesseurs, il n’omet pas une partie si considérable de cette cérémonie sacrée : il appelle les saints martyrs et la sainte Vierge au secours de l’Église ororimée; il ne parle que de l'Église; il n'a que l’Eglise dans le cœur et dans la bouche; et a^ttn par le coup, sa langue froide et inanimée semble encore nommer l'Église.

Mais void un nouveau spectacle. Après qu'on a dépouillé le saint martyr, on découvre un autre martyre non moins admirable , qui est le martyre de sa pénitence, un cilice affreux tout plein de vermine... Ah I ne méprisons point cette peinture, et ne craignons point de remuer ces ordures si ptédeuses. Ce cilice lui perce la peau , et il est si attaché à sa peau , qu’il semble qu'il soit une antre peau autour de son corps. On volt que ce saint a été martyr durant tout le cours de sa vie; et on ne s'étonne plus de ce qu’il est mort avec tant de force, mais de ce qu’il a pu vivre au milieu de telles souffrances. O digne défeosoir de l’ÉglIsel voilà les hommes qui méritent de parler pour elle, et de combattre pour ses intérêts : aussi sa victoire est-elle assurée. Les lois qui l’oppriment vont être abolies; et ce que le saint archevêque n'a pas obtenu vivant , il l’acoompUra par sa mort

Le ciel se déclare manifestement Pendant que les politiques raffinent et raisonnent à leur mode , Dieu parle par des miracles si visibles et si fréquents, que les rois mêmes et les plus grands rois , oui, mes frères, nos rois très-chrétiens passent les mers pour aller honorer ses saintes reliques. Louis le Jeune va en personne lui demander la ; guérison de son fils aîné, attaqué d’une maladie I mortelle. Nous devons Philippe-Auguste au grand saint Thomas, nous lui devons saint Louis, nous lui devons tous nos rois et toute la famille royale qu’il a sauvée dans sa tige. Voyez, mes frères, quels défenseurs trouve l'Église dans sa faiblesse , I et combien elle a raison de dire avec l'apétre : I Cum it\finnor, tune potens sum Ce sont ces , bienheureuses faiblesses qui lui donnent cet inj vindble secours, et qui arment en sa laveur les I plus valeureux soldats et les plus puissants con- , quérants du monde , je veux dire les saints ma;^ ' tyrs. Quiconque ne ménage pas l’autorité do l’Église, qu’il cmigne ce sang précieux des martyrs , qui la consacre et qui la protège. Pour avoir violé ses droits, Hoiri est mal assuré daus son

' II. Cor. III, 10.

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