‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 202 sur 273 · XIX . 4.1, 41 ; XM. iO, 51, J · texte numérisé non relu

XIX . 4.1, 41 ; XM. iO, 51, J

MKDITATIONS SUR L ^'VANGILE.

• ais desseins : les vains prélestcs dont elle se sert pour cela : sa présomption à faire l'habile, pendant qti en effet elle est dans la souveraine ignorance ; ses fausses maximes pour décider de ce qu’on appelle cas de conscience, et l'abus qu'elle fait des bonnes : l'abus qu'elle fait aussi de son autorité , lorsqu'elle en a ; et même quelquefois de la grdce de son ministère, comme fit Caïplie de la prophétie', en quelque sorte annexée au pontificat, comme saint Jean le remarque. Tout cela peut découvrira chacun les fautes qu'il fait dans la conduite de sa famille , de sa communauté , de soi-même en particulier : comme on s’entête du bien des communautés, à qui souvent on sacrifie des particuliers innocents. Kiicore croit-on rendre serrice à Dieu ; comme Jésus-Christ le dit distinctement des pontifes’, et des autres ennemis de la vérité.

Pour venir à quelque chose de plus tendre, unissez-vous en esprit à tous CCS enfants de Dieu disl>ersés par tout t'unicers, que la mort du Sauveur devait recueillir^.

Le verset 53 nous fait voir le résultat du conseil, et la mort du Fils de Dieu résolue : ce qui l’obligea à se cacher jusqu’au temps qu'il avait résolu.

Cependant la pdque approchait, vers le temps de laquelle il devait mourir. Tout se préparait i cette pdque, et en même temps à la mort du Sauveur, puisque déjà l’ordre était donné à tous ceux qui sauraient où il était, de le déclarer, afin qu'on le prit.

Demeurez en attente de ce qui doit arriver h Jésus. Kt en voyant comment on venait plusieurs jours devant la pâque pour s’y disposer, considérez la disposition que vous devez apporter à la pdque véritable, qui est la communion.

viir JOUR.

Profusion des parfums sur la tête et les pieds de Jésus , en différents temps. Joua, xn, l, 12.

Comme le temps approchait, Jésus sort de sa retraite autour d'Kphrem <, et revient à Béthanie, c’est-à-dire , comme on a vu , aux portes de Jérusalem, six jours devant Pdques.

Ce qui s'y passa d'abord de plus remarquable fut un festin, où Lazare était à table avec lui dans sa maison. Marthe gardait son caractère , et servait. Marie, aussi pour garder le sien, se mit, selon sa coulume , aiur pieds de Jésus , qu'elle oignit d'un parfum exquis, et les essuya de ses cheveux^. Il est arrivé trois fois au Sauveur d'être oint par de pieuses femmes. Ce qui parait non-seulement dans saint Jean, comme nous venons de le voir, mais encore dans saint Luc, vu , 37 et suie, ; dans saint Matthieu, xxvi, G ctsuiv.; et dans saint Marc, XIV , 3 et suie.

Kn s.iint I.iic la femme n'est pas nommée ; et il paraît seulement que c'était une pécheresse pénitente. .Ses larmes, dont elle arrosait les pieds de Jésus, sont le caractère de sa pénitence; et Jésus- Christ lui ayant donne expressément la rémission

• Joan. XI, Bl. — • lliid. XVI, 2. — > Ibid. XI, 52 et wqq. — ’ Ibid, il- — * Ibtd. XII, 1.

de ses péchés, confirme cc caractère C'en est aussi une belle confirmation , d'avoir expliqué comme il a fait la nature et les devoirs de l'amour pénitent , et de montrer jusqu'où le porte la reconnaissance.

Ce caractère d'amour pénitent ne se trouve point dans ce chapitre de saint Jean, où il est dit seulement que Marie répandit son parfum sur les pieds de Jésus , et les essuya de ses cheveux , mais sans y parler de larmes, ni des doux et pieux baisers de la pénitente. Il n'yen a rien non plus en saint Matihien, ni en saint Marc. Ces deux évangélistes marquent le parfum répandu sur la tête , pendant que Jésus était à table : ce qui était très-facile en ces tem|>s, où les conviés étaient à table couchés. Il est dit dans saint Jean , que la maison fut toute remplie de ta bonne odeur du parfum '. lues lieux comme les tempsde ces onctions sont marqués. La pécheresse pénitente fit son onction longtemps avant la dernière pàque, dans la maison de Simon le pharisien, comme le raconte saint Luc. lai seconde onction , qui est clairement attribuée à Marie , sœur de Ijzareetde Marthe, se lit à Bétiianie, six jours devant Piques , dans la maison de Lazare et de ses sœurs, selon saint Jean. Et la troisième encore à Béthanie, mais chez Simon lépreux, et seulesnent deux jours avant Piques, comme le marquent saint Matthieu et saint Marc’. Dans la première et dans la troisième onction, la femme n'est pas nommée. Dans la seconde, il est porté expressément dans saint Jean que celle qui la fit fut Marie, sœur de Lazare. F.t soit que les trois différentes onctions aient été faites par différentes personnes , selon l'opinion de quelques-uns , ou par la même , selon quelques autres, en divers temps, et avec différentes circonstances , il faut profiter de chaque caractère qui nous y paraît.

Il faut aussi remarquer que ces profusions de parfums scandalisèrent deux fois les hypocrites, et même lesdisciplesqui n’en savaient pas le mystère, et que Jésus aussi prit deux fois la défense de ces pieuses profusions.

Parfumer Jésus, c’est lui donner des louanges; parfumer la tête de Jésus , c’est louer et adorer sa divinité : car ta télé de Jésus-Christ , comme parle saint Paul J, e’e»/ Dieu. Parfumer ses pieds , c’est adorer son humanité et ses faiblesses. Essuyer les pieds de Jésus avec ses cheveux , c’est mettre à ses pieds sacrés son ornement, et sa tête même, avec toutes les vanités et la parure du siècle. Tout est sacrifié à Jésus; on ne veut plaire qu’à lui : des cheveux qui ont touché les pieds de Jésus pourrontils jamais servir à la vanité? C’est ainsi que Jésus veut être aimé. Il est seul digne d'un tel amour, et de tels hommages.

On ne répand pas seulement ces riches parfums sur Jésus : on rompt la boite d'albâtre où ils étaient renfermés, dit saint Marc*, afin qu’il ait tout. Sa tête et ses pieds ruisselèrent donc de ces admirables parfums : et toute la maison en fut embaumée.

' Jain. XII, 3. — ’ Ibid. »; .VuKA. XXVI, 8; Slarr. \|V. « — > I Cor. Il , a. - • .Varv. XIV, 3.

MEDITATIONS Sl’R LÉVANGII.E.

L'exemple de la piété de ces saintes femmes a rempli toute l'Eglise de sa bonne odeur.

Quand la pécheresse approcha des pieds de Jésus, on disait ■ : S’il était prophète, il ne se laisserait pas loucher par cette pécheresse. Ici on ne lui reproche rien contre celles qui le touchent ; soit qu’elles n'eussent jamais été pécheresses ; soit qu'il y edt déjà si longtemps que la mémoire en fdt effacée par leur pénitence. Un leur lit ici un autre reproche, et c’est celui de leur profusion ; on pouvait vendre ces parfume trois cents deniers et plus : tant ils étaient précieux, tant l'effusion en fut abondante! et tes donner aux pauvret ’. L'amour des pauvres fut le prétexte dont on se servit pour condamner la piété de ces femmes, qu'on appelait indiscrète; et pour couvrir l'envie qu'on avait contre Jésus , et des honneurs qu’on lui faisait : et Judas se signala parmi ces faux charitables , et ces faux dévots. Les plus méchants sont les plus sévères censeurs de la conduite des autres ; soit par le dérèglement de leur esprit, soit par leur hypocrisie , ou par un faux zèle. Judas avait encore une autre raison : c'est qu'il gardait et volait ce qu'on donnait au Sauveur; et il croyait qu’on ôtait à son avarice ce qu'on ne mettait pas entre ses mains. Que l'avarice parle haut , quand elle peut se couvrir du prétexte de la cliarité !

Ses insolents discours n'attaquaient pas seulement les femmes dont il accusait la profusion, mais encore Jésus-Clirist qui la souffrait; mais il prit en main leur défense , en disant qu'elles l 'avaient fait pour rensevetir ^ , se considérant comme mort , à cause que l'heure approchait , et qu'il s'était mis dans l'esprit et dans l’état de victime.

Il voulait en même temps nous faire considérer de quel honneur était digne ce corps virginal, formé par le Saint-Esprit , et où la divinité habitait; par lequel la mort devait être vaincue , et le règne du péché, aboli. Quels parfumsassez exquis pouvaient en marquer assez la pureté ?

Il voulait aussi que les parfums qui servaient à la mollesse et au luxe, servissent à cette fois à la piété, que la vanité filt sacriliée à la vérité.

hous aurez, toujours des pauvres avec vous; et qwmd vous voudra, vous leur /Miivez faire du bien <.

I.es onctions étaient salutaires au corps : on s'en servait non-seulement par délicatesse, mais encore par précaution et par remède. On faisait nager les corps morts dans le baume et dans les parfums, pour les conserver et en prévenir la corruption , même après la mort : et c’était tout le bien dont le corps était capable alors. On pouvait toujours faire ces sortes de biens aux pauvres, disait le Sauveur ; mais pour lui , on n'aurait pas toujours son corps présent pour lui faire ce bien. Il fallait donc le lui faire pendant qu’on l’avait : et quand on ne l’aurait plus , se consoler en le faisant aux pauvres, dont il imputait le soulagement et le bien , comme fait à sa personne. Combien donc les pauvres nous doivent-

' Luc. vil, .a». — > Jtuiu. XII, 5. Mure. XIV , — * /6irf.

xiv , H. y<jon XII ,7. — I Mnrc. xiv , 7.

ils être chers, puisqu'ils nous tiennent la place de Jésus-Christ! Baisons leurs pieds; prenons part à leurs humiliations et à leurs faiblesses : versons des larmes sur leurs pieds ; pleurons leur misère ; compatissons à leurs souffrances : répandons des parfums sur leurs pieds, desconsolations sur leurs peines et sur leurs infirmités, un baume .adoucissant sur leurs douleurs : essuyons- les de nos chevenx; donnons-leur notre superflu; et privons-nous des vains ornements pour les soulager.

En môme temps parfumons Jésus ; laissons exhaler de nos cœurs de tendres désirs, un amour chaste , une douce espérance , de continuelles louanges. Et si nous voulons l'aimer et le louer dignement, louons-le par toute notre vie : gardons sa parole.

Oisons-lui dans l'épanchement de nos cœurs ce que lui disait saint Paul ■, qu'l/ nous est justice, sainteté, sagesse, rédemption, et toutes choses .comme il est dit aux Corinthiens. Disons-lui tout ce que dit le même saint Paul aux Colossiens •. Chantons-lui tous les doux cantiques que lui chante dans l’Apocalypse tout le peuple racheté : Agneau qui a été immolé pour nous est digne de recevoir la vertu, la divinité, tes richesses, la sagesse, ta force, tagloire, la bénédiction’. C'est ce que lui doit chanter toute créature : c’est là le parfum que nous répandons sur lui dans l’épanchement de nos cœurs.

LA

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