DU SAUVEUR
Huit jours se sont passés à considérer les approches de Jésus vers Jérusalem. Nous voilà enfin parvenus à cette dernière semaine, que nous nous sommes proposé de considérer.
Nous en partagerons les discours en deux. Premièrement, nous lirons ceux qui ont été faits depuis le dimanclie des Hameaux jusqu’à la Cène. Secondement, nous lirons ceux que Jésus a faits à ce jour, qui est le plus remarquable, puisque c’a été la veille de sa passion.
SERMONS
ou DISCOURS DE NOTBE-SEIGAKUB,
IlElfIS LE DmxSCIIF. DES BAIIr.Xl'X JCIiOt’x LA Cf.SF.
PREMIER JOUR
Entrée triomphante de Notrc-Selgorar dans léruxalem : tt y Ml reconnu rot, IIU de David, et te Mrule. J,u,u. xii 12, 20. S/ul/A. XXI, I, 17. Marr. xi , I, 17. Luc. xix, 2«, ta.'
Toutes ces lectures nous apprendront l’entrée triomphante de Jésus dans Jérusalem , ce qu’il y fit ,
' I. C,o-. I, ao. — I f,goM. I, 12, 13; et seau. — i .imw
y. 12, ta, VII, 10. Il . 12.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
el CA qu'il y dit. La tradition de l'Eglise met celte entrée au premier jour de la semaine , qui est un dimanche , qu'on appelle pour cette raison le dimanche des Rameaux : üominica in ramU Palmarum.
Quoique le premier avènement de Jésus-Christ, contre l'attente des Juifs , dût se passer en humilité , il ne devait pas être destitué de cette gloire et de cet éclat que les Juifs attendaient. Cet éclat était nécessaire pour leur faire voir que tout humble qu'était le Sauveur, et tout méprisable qu'il paraissait selon le monde, il y avait dans ses actions el dans sa personne de quoi lui attirer la plus grande gloire que les hommes puissent donner sur la terre, et jusqu'à le faire roi , si l'ingratitude des J uifs , et une secrète dispensation de la sagesse de Dieu , ne l'eût empêché.
C'est donc ce qui parut à cette entrée , la plus éelatante et la plus belle qui fut jamais, puisqu'on y voit un homme, qui paraissait le dernier de tous ies hommes en considération et en puissance , recevoir tout d'un coup de tout le peuple, dans la ville royale et dans le temple, des honneurs plus grands que n'en avaient jamais reçu les plus grands rois. Voilà donc cet éclat dont nous parlons : mais le caractère d'humiliation et d'inSrmité, inséparable de l'état du Fils de Dieu sur la terre, n'y devait pas être oublié ; et nous l'y verrons aussi , après que nous aurons auparavant considéré le caractère de gloire et de grandeur.
Il faut donc savoir que le Fils de Dieu, quoiqu'il parût à l'extérieur le dernier des hommes, était né pour être roi de la manière du monde la plus admirable et la plus auguste, puisque c'était par l'admiration que causaient ses exemples , sa sainte vie, sa sainte doctrine, ses grands ouvrages, et ses miracles, sans aucun autre secours. Le Sauveur avait paru, par ces merveilles, si secourable au genre humain , que les troupes oubliaient tout pour le suivre avec leurs femmes et leurs enfants , jusqu’aux déserts les plus éloignés, sans songer à aucun besoin : et Jésus en ayant nourri avec cinq ■pains d'orge et deux poissons jusqu'à cinq mille, sans compter les femmes et les enfants , ils furent tellement ravis , qu'ils voulaient venir en foule pour le faire roi, et le reconnaître pour le Christ. On eût donc vu dès lors quelque chose de l'éclat qui a paru aujourd'hui, si Jésus, qui avait ses temps réglés pour toutes choses , ne se fût retiré bien avant dans le désert pour l'empêcher ■.
Mais au jour des Rameaux, il lui plut de laisser éclater l’admiration que les peuples avaient pour lui. C’est pourquoi ils accoururent au-devant de lui avec des palmes à la main, criant hautement qu’il était leur roi , le vrai fils de David qui devait venir, et enfin le Messie qu’ils attendaient. I.es enfants se joignaient à ces cris de joie; et le témoignage sincère de cet ûge innocent , faisait voir combien ces transports étaient véritables. Jamais peuples n’en avaient tant fait à aucun roi ; ils jetaient leurs habits par terre sur son passage ; ils coupaient à l’envi des rameaux verts pour en couvTir les chemins ; et
• XtV. 13, 21. VI, 14,
tout, jusqu’aux arbres, semblait vouloir s’incliner et s’abattre devant lui. Les plus riches tapisseries qu'on ait jamais tendues à l’entrée des rois , n’égalent pas ces ornements simples et naturels. Tous les arbres ébranchés pour l'usage qu'on vient de voir; tout un peuple qui se dépouille pour parer en cette manière le chemin où passait son roi , fait un spectacle ravissant. Dans les autres entrées , on ordonne aux peuples de parer les rues ; et la joie , pour ainsi dire, est commandée. Ici tout se fait par le seul ravissement du peuple. Rien au dehors ne frappait les yeux : ce roi pauvre et doux était monté sur un ûnon , humble et paisible monture ; ce n'était point ces chevaux fougueux , attelés à un chariot, dont la fierté attirait les regards. On ne voyait ni satellites, ni gardes, ni l’image des villes vaincues, ni leurs dépouilles, ou leurs rois captifs. I.es palmes qu’on portait devant lui marquaient d’autres victoires; tout l’appareil des triomphes ordinaires était banni de celui^:i. Mais on voyait à la place les malades qu’il avait guéris, et les morts qu’il avait ressuscités. La personne du roi et le souvenir de ses miracles faisaient toute la recommandation de cette fête. Tout ce que l'art et la fiatterie ont inventé pour honorer lesconipiérants dans leurs plus beaux jours, cède à la simplicité et à la vérité qui paraissent dans celui-ci. On conduit le Sauveur avec cette pompe sacrée par le milieu de Jérusalem jusqu’à la montagne du temple. Il y parait comme Je seigneur et I comme le maître, comme le fils de la maison, le Fils du Dieu qu’on y sert .ainsi que nous verrons. Ni Salomon qui en fut le fondateur, ni les pontifes qui y officiaient avec tant d’éclat , n’y avaient jamais reçu de pareils honneurs.
Arrêtons-nous ici , et donnons le loisir de considérer le détail de ce grand spectacle.
II' JOUR
Le régne de Jésaf-Cbrlst ,ur les esprits et sur les ceeun,
par ses miracles, par ses bienfaits et par sa parole. Joos.
XIT, IS, 19. Matth, XXI, 1 , 17. mare. XXI, 1 , 18. Luc. xix,
Ce qui attira au Sauveur toute cette gloire, ce fut le bruit de ses miracles , et en particulier relui de Lazare ressuscité, qui venait d’être fait à la porte de Jérusalem. Car toute Us troupe qui était avec lui lorsqu'il le fit sortir du tombeau , où il pourrissait, lui rendait témoignage ; et c'est pour cela que ta troupe de ceux qui étaient venus à Jérusalem pour y célébrer la fête de Pâques, accourut au-devant de lui , parce qu'ils avaient appris qu'il avait fait ce miracle '. On célébrait aussi ses autres miracles, dont la réputation avait rempli toute la Judée. Et pendant qu'il descendait ta montagne des Olives, tes troupes de ses disciples , saisies d'une joie subite, se mirent à louer Dieu de toutes les guérisons et de toutes les merveilles qu'ils avaient vues *.
Sa doctrine demeurait aussi confirmée par ses miracles; car il les avait faits expressément en té-
Jatn XII , 17 , 18. — ’ lue. XIX , 37.
MKDITATIONS SUR L’EVANGILE.
moignagp de sa inissinn , et de la vérité qu'il annonçait. Mou l’ére , avait-il dit en ressuscitant Lazare , je sait que vous m'écoutez toujours; mais je parle ainsi devant tout ce peuple, afin qu’ils croient que VOUS' m’avez envoyé '. Et dès le commencement de sa prédication, il avait dit aux docteurs de la loi : lequel est le plus facile de dire à un paralytique : Tes péchés te sont remis, ou de lui dire : Lève^toi, prends ton Ut sur tes épaules , et marche? Or, afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés : Ijéve-toi , mon fils, dit-il au paralytique , et va-t'en en ta maison '. C'est pourquoi il Joignaitensemble la prédication de l’Évangile et la guérison des maladies. Il allait par toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues , et prêchant T Évangile du royaume, et guérissant toutemaladie et toute Infirmité parmi te peuple^. C'est aussi ce qui lui attirait cette grande réputation , et amassait tant de monde autour de lui; car, ajoute le même évangéliste, sa réputation se répandit dans toute la Syrie, et plusieurs troupes te suivaient de la Galilée , et de la Décapote, et de Jérusalem , et de ta Judée, et du pays d’au delà le Jourdain *. Ce furent donc ces troupes qui le suivaient qui commencèrent ces cris de joie, auxquels tout Jérusalem et tout le reste du peuple applaudit.
Sa doctrine ainsi confirmée lui attirait cette admiration, et U réputation d'un grand prophète; et ii y avait aussi dans ce qu'il disait un caractère d’autorité , et une efficace qu’on n’avait pas encore vue parmi les hommes. Car il les enseignait comme ayant autorité et puissance, et non comme leurs docteurs et les pharisiens *. Tout le monde rappelait Seigneur et Rabbi^-, c'est-à-dire, maître , quoiqu'il n'edt étudié sous aucun docteur de la loi , et qu'il n'edt fait aucune des choses qui donnaient ce titre parmi les Juifs. Tbut le peuple était suspendu, et ravi en admiration en l’écoutant 7 : et on ne pouvait douter qu'il ne fdt celui à qui le psalmiste avait chanté : O le plus beau des enfants des hommes I la gr&ce est répandue sur vos lèvres On quittait tout pour l'entendre, tant le charme de sa parole était puissant , et tant on était non-seulement touché, mais ravi de l'agrément de ses discours, et des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche ; car tout le mande lui rendait ce témoignages. Et ce n'était pas seulement ses disciplesqui lui disaient : Maitre, à qui irions-nous? fous avez les paroles de vie étemelle ■“ : mais encore ceux qui venaient avec ordre , et dans le dessein de le prendre , étaient pris eux-mémes par ses discours, et n'osaient mettre la main sur lui" : en sorte que les pontifes, et les pharisiens qui les avaient envoyés, leur demandant : Pourquoi ne Tavez-vous pas amené? Us leur répondirent : Jamais homme n'a parlé comme cet homme" : ce qui fit que les pharisiens étonnés leur
•Joum. XI, ll,4S. — • Matlk. IX, S. Marr. Il, », 10, II. t»r. V , aa , 14. — ■ Multh. I V , 23. — < thid. 24 , 2S. — • Hid. I II , 2». — 4 JüUH. ni , 2. — * Luc. XIX , 4S. — • Ps. XMV , 3. — * Lur. IV, 22. - '• Jnon. VI, S2. — •* Ibid. VII, 44. — VJbid. 4r, , 40
demandaient ; A'e roulez-vous pas aussi vous laisser séduire comme les autres • ? Mais ces docteurs et ces pharisiens eux-mémes , qui méprisaient tant ceux qui croyaient en lui , et ne lui parlaient que pour le surprendre, ne savaient eux-mémes que lui répondre; car il leur fermait la houche par des réponses précises et décisives , et Ils n'osaient plus l’interroger
Voilà donc ce règne admirable prédit dans le psaume; et tous les peuples gagnés au .Sauveur par le cliarmc de sa parole, et par la gr.àce répandue sur ses lèvres. Le prophète y ajoutait celle de ta vérité qu'il annonçait , de la justice dont il était le parfait modèle jde ta douceur^ et de la bonté avec laquelle il guérissait tous les malades; ne faisant servir sa puissance que pour le soulagement des malheureux et de tout le genre humain.
Qui jamais avait régné de cette sorte? Mais c’est ainsi que Jésus régna. Ainsi sa doctrine et ses miracles firent tout l’effet extérieur qu'ils devaient faire naturellement sur tous les esprits. On le suivait, on l'admirait, on lui applaudissait, on le recevait avec des cris de joie : il n'y avait que ses envieux qui frémissaient , et qui néanmoins n'osaient parler, biais d'où vient donc qu’il eut si peu de véritables disciples? D’où vient que les cris qui l’envoyaient à la croix : Crucifiez-le , cruc{fiez-le*'. suivirent de si près ceux qui le célébraient comme le fils de David ? et que l’on compte à peine six vingts hommes parmi les frères, c'est-à-dire parmi les disciples, qui se renfermèrent dans le cénacle pour recevoir le Saint-Esprit? C’est que les disciples de Jésus-Clirist ne sont pas ceux qui l'admirent , qui le louent, qui le célèbrent, qui le suivent même à l’extérieur, et jusqu'à un certain point; mais ceux qui le suivent au dedans et partout , qui observent tous ses préceptes, qui portent sa croix, qui se renoncent eux-mémes. Et le nombre en est petit : et il faut, outre les attraits de la parole et des miracles, une parole intérieure que tout le monde ne veut pas entendre, et un miracle qui change les coeurs, dont notre orgueil et notre mollesse em|K<chent l'effet.
.Soyons donc de vrais disciples de Jésus : Si vous demeurez dans ma parole, vous serez vraiment mes disciples, et vous connaîtrez la vérité, et ta vérité vous affranchira^. Et encore : Mon Père sera glorifié, en ce que vous rapporterez beaucoup de fruit, et que vous serez mes vrais disciples des disciples dignes de ce nom. Et enfin : Celui qui m’aime, dit-il, est celui qui garde mes commandementsT. Les autres peuvent me louer, m'admirer, me suivre au dehors, et se glorifier d'être mes disciples : car on se fait toujours beaucoup d'honneur d'avoir un tel maître; mais ils ne m’aiment pas, et je ne les connais point, ni je ne les mets au rang des miens.
• Joan. VII, 47. — ’ Multh. XXII, 45. — I Ps. XUV, 6,8.- I Joan. XIX, ». — I Ibid, vin, 31 , 32. — • Ibid, xv, B. - ’ Ibid. XVI, 21.
MÉDITATIONS SLB LÉVANGILE.
III' JOUR
Enln« Irii'mphanU! de Nolre-Selsneur. Tout en avait l'Ie prtvlit JUMju'aux moimlree circonatanccs. y<w«. xii, i3, io. ,Wa(M. XI, 1 , 17. «an:, xxi, 1 . 18 Luc. xix , 28, »».
Considérons ce que dit Jésus pour préparer son entrée.
Comme il était en Bethphapé , proelie de Bétlianie , dans le penchant du mont des Olives , presque à la porte de Jérusalem, comme on a vu, il envoya deux de ses disciples , avec ordre de lui amener une Unesse et son dnon, qu’ils trouveraient dans un tertain château , qu’il leur montrait vis-à-vis d’eux.
Si le maître y apportait quelque obstacle , il n’y ay.iit qu’à lui dire ; l,e Seigneur en a besoin ; et aussitôt on les devait laisser aller. Tout se fit comme Jésus l’avait dit. Us étendirent leurs manteaux sur ces paisibles animaux ; et ils mirent Jésus sur l’ânon, que personne n’avait jamais monté. Là commencèrent tout d’un coup ces cris de joie dont nous avons parlé. Ses disciples ne saraient ftas te mystère de ce qu'ils faisaient ; mais après que Jésus fut glorifié, ils se ressourinrent que toutes ces choses avaient été écrites de lui , et qu'il les arail accomplies sans y penser'. Car il était écrit dans Zacharie : .Ve crains point , file de Sion : ton Roi, doux et pauvre, juste et sauveur, vient à toi monté sur une (Inesse et sur son dnon *.
Jésus avait tout prévu ; et sachant les prophétie», il les accomplissait toutes avec connaissance. C’est ce qu’il fit jusqu’à la mort ; et c’est |>ourquni , jusque sur la croix, voyant que tout s'accomplissait, et qu’il ne lui restait plus rien à accomplir durant sa vie que cette prophétie de David* : Ils m'ont donné du fiel à boire ; et , dans ma soif , ils m'ont abreuvé avec du vinaigre, il dit ; J'ai soif. On lui présenta le breuvage qui lui avait été prédestiné : ü eti joôJo autant qu’il fallait pour accomplir la prophétie ; après il dit : 'l'out est accompli; il n’y a plus qu’à rendre l’âme. A l’instant il baissa la télé, et se mit volontairement en la posture d’un homme mourant, et it expirai.
Jésus donc savait ce qu’il voulait, qui était l'accomplissement des prophéties : mais une vertu cachée exécutait tout le reste. Il se trouva précisément un vaisseau où il y avait du vinaigre; il se trouva une éponge dans laquelle on lui pouvait présenter à la croix le vinaigre où on la trempa : on rattacha au bout d’une lance, et on la lui mit sur la bouche. La haine implacable de ses' ennemis que le démon animait, mais que Dieu gouvernait secrètement, fit tout le préparatif nécessaire à raccomphsscmcnt de la prophétie. Ainsi , dans cette occasion , l’ânesse et l’ânon se trouvèrent à point nommé près du lieu où se devait faire la célèbre entrée. Le maître les laisse aller ; on met Jésus dessus, sans savoir ce qu’on fait ; une soudaine joie saisit les peuples : les cris s’en ensuivent ; et Dieu agit secrètemeut, non pas sur deux ou sur quatre , ce qu’on pourrait attribuer à quelque concert; mais sur toute la mul-
• Joan. xn, 1& , |«î. — > Zach. jx , 9. ^atth. \il , 5. — • P%. HVIII. 22. — * XIX , 2H, 50-
titude, et jusque sur les enfants, parce qu'il èuiit encore ainsi prédit. Si les plus petites choses s'accomplissent, si tout Jusqu'à l'dnon et l'dnesse, et jusqu'au vinaigre : que crains-tu, chrétien? et peux-tu douter des inagoiliques promesses qui t'ont été faites? Jésus a tout vu, tout prévu, pensé à tout, tout préparé : marche en couüance, et ne craius rien.
I^s saints Pères disent que l’ânon , que nul autre que Jésus n'avait monté, représentait les gentils, indomptables et indociles animaux que nul autre avant Jésus n'avait subjugués. Venez, âmes indisciplinées : venez vous soumettre à Jésus : abaissezvous, et laissez-vous conduire au lien qu'il vous met au cou.
Admirez encore une fois le triste et pauvre équipage de ce roi : mais aussi etait-ce un roi pauvre, qui u’était riche qu'en grâces, / 'o/ci, dit Zacharie, ion roi pauvre y juste et sauveur \ Mais écoute la suite de la prophétie : avec ce faible équipage , je mettrai en J'uÙe les chariots d' ilphralm att4:lés a quatre chevaux ^ et tes fiers coursiers de Jérusalem : et tous tes arcs tendus pour te combat seront rompus : et il annoncera la paix aux gentils ; et sa puissance s'étendra d'une mer à Taô/re, et depuis les Jleuves sur lesquels il prêchera, et où il
(donnera le nouveau baptême, jusqu’auxextrémités de la terre. Et vous, à Sauveur victorieux, roui avez, avec le sang de votre aUia^e , tiré fos prisonniers du lac où U n’y a point d’eau > , et du cachot ténébreux d'une prison. Voilà toutes les nations les plus belliqueuses et les plus Gères , vaiucues, rachetées, délivrées, par ce roi monté sur un âne.
IV' JOUR
Jérusalem , ligure de l’Ame livrée au péclié. Nolre-Selgocur prédit ses malheurs.
Suivons Jésus, et apprenons de saint Luc ce qu'il lit en descendant vers Jérusalem, et approcliant de ses portes, et en la regardant. Lisez Luc, XIX, et appuyez sur le verset -U et suiv. jusqu'.iu 4o.
Dans les malheurs de Jérusalem nous voyons ceux des âmes t|ui périssent. // viendra, dit Jésus ^ un temps matheureuxpour toi, où tes ennemis t'environneront de tranchées; ils t’en/ermeront , et te serreront de toutes parts. Ainsi arriva-t-il à Jérusalem de point en point : on sait les effroyables travaux que Grent les Romains, et cette muraille qu'ils élevèrent autour de cctle ville malheureuse qui la serrait tous les jours de plus en plus : ce qui causa l'horrible famine que tout le monde sait, où les mères mangeaient leurs enfants. Ainsi arriverat-il à l’âme pécheresse : serrée de tous cotés par ses mauvaises habitudes , la grâce ni le pain de vie n'y pourront plus trouver d’entrée; elle périra de faim; elle sera accablée de ses péchés; et il n'y restera plus pierre sur pierre. Rtrangectat de celte âme : renversement universel de tout l'édifice intérieur ! Plus déraison ni de partie haute: tout est abruti : tout
• 7.<ich. IX, » — > Ibid, lü, II. — \Luc. xU, *r,.
MÉDITATIOiNS SUR L ÉVANGILE.
(St corps : tout est sens ; tout est abattu , et entièrement à terre. Qu’est devenue cette belle architecture qui marquait la main de Dieu il n'y a plus rien : il n’y a plus pierre sur pierre, ni suite ni liaison dans cette dme : nulle pièce ne tient à une autre; et le désordre y est universel Pourquoi ! le principe en est ôté ; Dieu, sa crainte, la conscience, ces premières impressions qui font sentir à la créature raisonnable qu'elle a un souverain : ce fondement renversé que peut-il rester en son entier?
A ce triste spectacle , Jésus ne peut retenir ses larmes : Si lu $ai'ais , ô âme ! si tu savais ! Il n’achève pas : les sanglots interrompent son discours, sa langue ne peut espriiner l'aveuglement de cette âme : Si lu savais! du moins en ce jour qui t’est encore donné, et où Dieu te visite par sa grâce. Il y a un jour que Dieu sait après lequel il n’y a plus pour l’âme aucune ressource : parce que, dit Jésus, tu n'aspas connu le temps où Dieu te visitait ‘ . Quand une lumière intérieure te montre les crimes ; quand tu es invitée à donner glaire à Dieu , et que tout crie en toi qu’il faudrait se donner à lui; comme en ce jour de la visite de Jérusalem, tout le monde, et jusqu’aux enfanta, criaient au Fils de David ; Si tu n’écoutes, le moment se passe; cette grâce si vive et si forte ne reviendra plus.
Tout ceci est caché à tes yeux Ton cœur est appesanti ; tes yeux sont fermés et obscurcis : tes passions t’aveuilent : un voile obscur est sur tes paupières : un affreux assoupissement les appesantit. O âme! Jésus en pleure, et tu ne te pleures pas toi-méme? Pleure, pleure, ô spirituelle Jérusalem! pleure ta perte, du moins en ce jour que le Seigneur te visite d’une manière si admirable :si jusques ici tu as été insensible à la propre perte, pleure aujourd’hui , et tu vivras. Ne perds aucun moment de grâce, parce que tu ne sais jamais si ce ne sera pas le dernier qui te sera donné.
V' JOUR
Dernier séjoarde Jésus-ChrUI en Jérusnlein; plus digne de
retnart|ue. Lisez Mntth. x\l , In, 15. Mate, xt , Il , IS. Luc.
XIX, 45, iusqu'à ta Jtn.
Toute la vide est émue pendant que Jésus la traverse en triomphe : Qui est celui-là? ht les peuples qui accompagnaient te nouveau roi répondaient : C'est Jésus le prophète, de Sazareth de Galilée
Jésus-Christ avait commencé sa prédication en Galilée , à CapharnaOm et aux environs , conformément à la prophétie d’Isaïe, rapportée en saint Matthieu *. Nazareth était la demeure de ses parents et la sienne; mais depuis sa prédication, il s’étahlit avec les siens à Capharnaüm. Cette ville avec les villes et contrées voisines virent la plupart de ses miracles, et ouïrent la plus grande partie de ses instructions. C’était même dans la Galilée qu’il avait choisi ses apôtres : la troupe de ses disciples était presque toute de ce pays : et en entrant avec lui dans Jérusalem, ils faisaient honneur â leur patrie du nom d’un si grand prophète.
' Luc. XIX, 4S, 44. —SIbili. 42. — * Malt b. XXI, TO, II. — ■ /<. IX. I, 1. Mallb. IV, la, 14 . 15, m.
Cependant le nom du Sauveur n’était pas moins célèbre dans Jérusalem , où le bruit de ses miracles s’était porté de toutes parts : en sorte que dans le temps qu’il prêchait en Galilée, une grande troupe venue de Jérusalem et de Us Judée le suivait '.
Il ne manquait point de venir à Pâques, selon l’ordonnance de la loi, dans cette ville et au temple; et il y venait aussi à d’autres solennités principales. Il y faisait éclater sa doctrine et ses miracles d’une manière admirable, et autant ou plus qu’en aucun autre endroit de la terre sainte, comme dans la ville royale, où Dieu avait établi son nom . et qui était le siège et le chef de la religion. La résurrection du Lazare avait été faite â la porte de Jérusalem en Béthanie : la troupe qui raccompagnait au célèbre jour de son entrée était grossie par les habitants de Jérusalem, qui avaient vu cette étonnante résurrection ; comme il est aisé de le conclure de saint Jean ’.
Ce qui obligeait le Sauveur à demeurer ordinairement en Galilée, c’était que les |»ntifes, et les autres qui machinaient sa mort, n’avaient pas le même pouvoir ni les mêmes moyens d’exécuter ce noir dessein en ce pays là, que dans Jérusalem et aux environs. C’est aussi ce qui donna lieu à l’accomplissement de la prophétie d’Isaïe qu’on vient de voir : et tout se faisait convenablement, puisque Jésus devait passer toute sa vie dans la persécution, dans les périls, avec des précautions, et, pour ainsi dire, dans une fuite continuelle, à cause de la haine des Juifs. Et néanmoins quand il fallait , et dans les temps les plus solennels, il paraissait dans Jérusalem, afin que la lumière de l’Evangile se répandit de là dans tout le pays , comme du chef sur les membres.
Admirons les douces voies de la sagesse de Dieu , qui ne veut point que son Fils fasse tout par miracle et par puissance ; premièrement, pour accomplir les mystères de son humiliation : secondement, pour apprendre par son exemple, à ses disciples, les précautions et la prudence avec laquelle ils doivent agir en toutes choses.
.Suivons Jésus à Jérusalem, où il va paraître pour la dernière fois , et où aussi il va donner les instruetions , et accomplir les mystères les plus essentiels. C’est aussi pour celte raison qu’il y entre à cette fois avec plus d’éclat que jamais ; pour rendre les peuples, et de ce temps, et de tous les siècles, plus attentifs à tout ce qu'il y allait dire et faire. Voyons donc avant toutes choses ce qu’il fera dans le temple : car c’est là qu’il va descendre.
VI' JOUR
Caractère d'autorité dans le triomphe de Jésus-Chrixt. Son
xéie pour ia sainteté du temple. Lisez .Vatth. xxi, 10, 15.
store. XI, II, 18- Luc. XIX, 45, Jux^u'a la Jtn.
Jésus va desc-endre au temple , comme les triomphateurs le pratiquaient ordinairement, même parmi les peuples idolâtres. Car il y avait une notion dans tout le genre humain , qu’il fallait rapporter à la Divinité toute la gloire : que ce qu’il y
' Staltb. IV, 2.'». — * Joan. XI, 18, 50; et XII, 17. 18,
MKI)1TATI0^S SUR L’ÉVANGILE
av.iit de plus élevé pnrmi les hommes devait s'abais* ser à ses pieds; et qu’à vrai dire, rViait à Dieu seul (|irap|>artenait le triomphe. C’est pourquoi il est ap|M*lê te Triomphateur d'tsraH Allez donc, d Sauveur! portez à votre Père dans son temple la gloire du plus beau triomphe qu’on ait jamais vu parmi les hommes, et la ligure de tous les autres que vous devez remporter daus le ciel , sur toute la terre et sur les enfers.
Jésus-Christ devait paraître dans le temple, nonseulement pour y rendr4‘ h Dieu le culte suprême , mais encore comme son llls, comme le fils de la maison* y pour y ordonner ce que son Père, qui l'y envoyait, lui avait prescrit.
Ainsi, d’abord qu’il y entre, il regarde faut et : de tous côtés y selon la remarque de saint Marc^.
Comme il était tard, il se retire pour ce jour; mais il y revient le lendemain. Il en chasse avec autorité les vendeurs et les acheteurs : il renverse leurs bureaux, leurs tables, leurs chaises, leurs marchandises, leur argent : il n'épargne pas les personnes, qu’il chassa du saint lieu; apparemment à grands coups de fouet, et avec des cordes ramassées, comme il avait fuit autrefois, et en leur disant : Otez tout cela d'ici, et ne /ailes pas une maison de trafic de la maison de mon Pére^. Il parle donc, et il agit, encore un coup, comme le üls de la maison , et avec une pleine autorité , sans que personne le contredise.
En même temps, pour montrer cette autorité, il fait dans le temple ses guérisons ordinaires : il tj guérit les aveugles et les estropiés qui se présentèrent Il conûrme ce qu'il avait fait par l’Écriture : Il est écrit, dit-il, Ma maison est une maison de prières ^ : c'est ce que Dieu avait dit i^ir la bouche d'Isaïe. Il y ajoute le reproche : Et *'ous , diliî , vous en faites une caesme de voleurs : ainsi que Jérémie l'avait prédit?.
Alors donc fut accompli cet oracle de David : Lt moi J ai été établi de Dieu comme roi sur Sion sa sainte montagne, annonçant et prêchant ses préceptes On vit dans son temple le Dominateur et TÀnge du testament, que Malachie avait prédit?. Jésus-Christ y exerce de plein droit toute l'autorité de son père : // ne dit saint Marc**,
qu'on passAt avec un vaisseau par le temple, ni qu’on fit servir de chemin public un lieu si saint. L’Evangile ne dit pas qu'il le défendait, mais qu'il ne le souffrait pas : et c’est-à-dire, à en juger par le reste de ses actions, qu'il les repoussait et les chassait; du moins qu'il les reprenait avec menaces. S’il n’avait fait qu'ordonner, ce serait un acte d’autorité; mais il agit, il renverse, il frappe : ce qui est encore un acte de zèle. Ce qui fait aussi que saint Jean, et tous ses disciples appliquèrent à cette action cette parole de David : Le zèle de votre maison m'a décoré **.
I^e zèle est une ferveur de l’amour de Dieu , trop
I. Iteg. XV, 2». — * Htbr. lit , fi. — * Marc. \| , II.—* Joan. H, Ib, — ^ fiatth. XXI, 14. — •/l. LVI,7. — ’ XXI.
la. Jrrem. vu, \ * Ps. ii. fi. — * Mnlarh. iii, Mure.
XI, Ifi. — /*<• i.xvtn, Ui. ycNiN. Il, 17.
vif pour attendre le secours d’autrui, ni pour s'av treiiidre aux formes ordinaires; mais agissant par lui-même, et au-dessus de ses forces, avec une espèce d'excès, par une absolue confiance en la puissance de Dieu ; c’est ce qui parait dans cette action du Sauveur.
Hemarquez ces paroles : Une caverne de roleurs: qui doit faire trembler tous ceux qui trafîquent; puisqu'elle leur fait sentir que dans l'usage commun, et si l’on n’y prend garde, le trafic o'est qu'un tissu de mensonge, de tromperie et de vol.
Remarquez aussi , avec tous les interprètes, que ce qu'on vendait dans le temple était des bœufs, des brebis, des colombes; toutes choses qui servaient aux sacrifices : et néanmoins Jésus chasse tout : non que ces ventes fussent mauvaises; mais parce que ce n’était pas le lieu de les faire. Que ferait-il des discours , des irrévérences, et de tant de choses infâmes qu’on fait dans le temple?
Remarquez encore qu'il parle en particulier à ceux qui vendent des colombes. Ce que les saints ont entendu des simoniaques qui vendent le Saint- Esprit et ses grâces; qui entrent par d'indignes commerces dans les emplois ecclésiastiqueset spirituels; et qui, en quelque façon que ce soit, négocient pour avoir les voix de ceux qui les donnent. Otez , ôtez tout cela , dit le Sauveur.
Le temple allait périr ; et Jésus qui te va prédire, comme nous verrons , ne l'ignorait pas : et cependant il en défend avec tant de zèle et d’autorité la sainteté, pendant qu’il subsiste. C’est donc pour apprendre aux chrétiens ce qu’ils doivent aux nouveaux temples, dont le temple de Jérusalem n’était qu'une faible et imparfaite figure, et infiniment au-dessous des mystères des chrétiens, dont Jésus-Christ fait le fond , et où se trouve son saint corps et son sang précieux. Tremblons, tremblons à la seule vue et a l’approche de ce sanctuaire.
Mais nous avons toujours un temple', Notre âme en est un , nos corps en sont un : respectons ce temple si saintement consacré , et inséparaltle de nous-mêmes. N’y laissons entrer, ni même pas*ef rien d'impur ni de profane. Gardons-nous bien de le faire servir à aucun indigne trafic. Respectons ce temple , et le Saint- Esprit qui g habite *.