VII- JOUR
Caractère d'humiliation tUnalt! triomphe même du S»OTror-
Jalousie des pharulens. Joan. xii , Ifi et $uiv, Mjltk. il,
16, Ifi. hue. XIX, 30, 40.
Le règne du Sauveur devait être glorieux et éclatant, quoique d’une autre gloire et d'un autre éclat que celui que les Juifs cliarnels s'étaieot imo* giné. Nous avons même vu que Jésus satisfai^it en quelque façon, même à cette attente gro^ière d’une royauté sur la terre, par la pompe de ce jour; et leur montrait que rien ne lui était plusaiséquede se faire reconnaître |)Our roi par tous les peuples, et qu'il y avait à cela des dispositions merveilleuse^ Mais afin de oe point sortir de ce caractère d Iiuuu*
• I. Cerr. m, Ifi. I?. — > Ibid.
iO$
(talion et (le persécution , qui devait le suivre partout | jusqu’au dernier jour, il fallait qu'il y eût de la contradiction dans son triomphe; et ce caractère y parait dans la jalousie des pontifes , des pharisiens , et des docteurs de la lui. Cette jalousie nous est expliquée par cette parole de saint Jean : Pendant que tout le monde allait au-devant du Sauveur, et lui applaudissait, les pharisiens sedisaient les uns aux autres : Que ferons-nousf tout le monde court après lui'? C’est ce qu’ils ne pouvaient souffrir; et c'est ce qui leur Gl dire deux paroles qui sont marquées dans les Évangiles.
La Jalousie les dévorait ; et pendant que jusqu'aux enfants, tout criait qu'il était le fils de David, ils lui disaient : MailrCt réprimez vos disciples. Entendez-vous bien ce qu'ils dhent? Il leur répondit deux choses : l'une, i\'acez-vous jamais lu ce qui est écrit : f ous at'ez tiré la louange la plus parfaite de la bouche des petits enfants^ et de ceux qui sont à la mamelle » ? Vous devez-vous donc étonner si, dans un âge plus avancé, les enfants rendent à Dieu on ma personne des louanges et un témoignage plus éclatant? Si vous aviez la simplicité et la sincère disposition d'un âge innocent, vous j loueriez Dieu comme eux; comme eux vous h - | reriez celui qu'il envoie : mais votre envie, votre fausse gloire , votre hypocrisie et votre fausse politique vous en empéclient. Dépouillons-nous de tous ces vices, et revétons-nous de l'innocence et de la simplicité des enfants , pour chanter sincèrement et purement les louanges de Jésus-Christ.
L’autre réponse du Sauveur sur ce reproche des pontifes et des docteurs de la loi : ceux-ci se tai-
sent ^ leur dit- il *, tes pierres mêmes crieront. Dieu est assez puissant^ disait Jean-Baptiste*, /wj/r faire nailre même de ces pierres les enfants d'Jbraham; et des cœurs les plus endurcis, en faire de vrais fidèles. Le temps devait venir, et il était venu , quelagloiredcJesus-t^irist retentirait si hautement par toute la terre, que les gentils s'assembleraient à oetle voix; et que Dieu serait adoré par un peuple qui jusqu'alors ne le connaissait pas, et qui dormait endurci dans son péché. O pierres, ô cœurs endurcis, éveillez-vous attendrissez-vous à cette parole du Sauveur.
VIII' JOUR
Le meiae sqjrt. Joan. xir, Malth. xxi, I5 , 16.
Luc. XIX, 39, 40.
Pendant que les peuples applaudissaient au Sauveur, et en portaient les louanges jusqu'au ciel , ses ennemis, non contents de faire paraître dans leurs parolŒleur envie qu’ils ne pouvaient retenir, faisaient de secrètes menées pour le perdre, et y étalent même animés par la gloire d'un si beau jour. Celait encore un trait de ce caractère de persécution qui le devait suivre, et qui le suivit en effet jusqu'à la fin.
Contemplons ici les effets de la jalousie : c’est une des plus grandes plaies de notre nature. Jésus-
' Jonn. XII, 19. — * Luc. xix, 3’J. xxi, IS, 16. P»
(rtii. U — * Luc. XIX, 40. — * III, 0.
Dirist, qui était venu pour la guérir, en devert sentir toute la malignité; et tes souffrances que l'envie lui devait causer, devaient servir de remède à son venin. L’envie, c'est le noir et secret effet d'un orgueil faible, qui se sent ou diminuer ou effacer par le moindre éclat des autres , et qui ne peui soutenirla moindre lumière. C'est le plus dangereux venin de l'amour-propre, qui commence par consumer celui qui le vomit sur les autres, et le porte aux attentats les plus noirs. Car l'orgurü naturellement est entreprenant, et veut éclater : mais l’envie se cache sous toutes sortes de prétextes, et se plaît aux plus secrètes et aux plus noires menées. f.ies médisances déguisées, les calomnies, les trahisons, tous les mauvais artifices en sont l'œuvre et le partage. Quand par ces tristes et sombres artifices elle a gagné le dessus, elle éclate, et joint ensemble contre le juste, dont la gloire la confond, l'insulte et la moquerie, avec tout^l'amertume de la haine , et les derniers excès de la cruauté. O Sauveur! ô Juste! ô le Saint des saints I c’est ce qui devait s’accomplir en votre personne.
Déracinons l'envie : et dans le moindre de ses effets que nous ressentirons dans notre cœur, concevons toute la n>alignité et toute l'horreur d'un tel poison.
LV JOUR
Jésus donne lui-méiiw à son triomphe le cararlérr d'iui-
milUtion e1 de mort qu’il devait avoir. Effets dlfférenU
que fait le triomphe de Jestu-Christ dans les Juifs et
dans les geotUs. Joan. xu, 19,27.
Saint Jean nous fait remarquer deux effets bien I différents du triomplie de notre Sauveur. Dans les pharisiens il excita les sentiments de la Jalousie , et les noirs complots que nous avons vus. Ixs pharisiens se disaient les uns aux autres ; Que feronsnous? tout le monde court après lui ' ? Mais en même temps , et durant ces criminelles menées des enfants d’Abraham contre le Christ (jui leur était promis; les gentils, qui n’étaiejit pas de cette race bénite, et qui aussi étaient étrangers de cette sainte alliance, furent touchés d'une sainte admiration pour l'auteur de tant de merveilles. Quelques gentils y dit saint Jean*, qui connaissaient Dieu, quoiqu'ils ne fussent pas Juifs, puisqu'iTï venaient adorer à lafétc, s'adressèrent a Philippe , un de ses apôtres, ef lui dirent avec respect : Seigneury nous souhaitons de voir Jésus. Ce n’était pas simplement le voir : car tout le monde l'avait assez vu dans celle journée, et tout le monde le voyait quand il prêchait; mais ils le voulaient voir en particulier et jouir de son entretien, qui est proprement ce qu'on ap|>elle venir voir un homme.
A celte approche des gentils qui voulaient le voir, Jésus arrête aassltot sa |>ensée sur la vocation des gentils, qui devait être le fruit de sa mort. Ces grandes prophéties , où les nations lui sont données comme son héritage et sa possession, lui .sont présentes : dans le petit il voit le grand. Ce qiie le
• Joan. XII, to. — * Ihtê. 20.
MÉDITATIONS SUK L’KVANGILE.
M:iges avaient coiiiinencé dè s sa naissance, qui était j la conversion des gentils en leurs jiersonnes . ceuxci le continuent, et le llgurent encore vers le temps de sa mort : et le Sauveur voyant concourir dans les gentils le désir de le voir avec celui de le perdre dans les Juifs, voit en même temps, dans cet essai, commencer le grand mystère de la vocation des uns, par raveuglement et la réprobation des autres. C’est ce qui lui fait dire : l.'hrure est venue, que le hiU de I homme va être glorifié I.es gentils V ont venir, et son royaume va s'étendre par toute la terre.
Il voit plus loin; et il voit, selon les anciennes prupliéties, que c'était par sa mort qu'il devait acquérir ce nouveau peuple, et cette nombreuse postérité qui lui était promise. C'est après avoir dit : Ils ont percé mes pieds et mes mains , que David avait .ijoiité* : Toutes les contrées de la terre se ressouviendront, et se convertiront nu .Seigneur. C'est après qu’il aurait livré son dîne à la mort, qu'Isaîe lui promettait, qu'i/ verrait une longue suite d'enfants t. Kt encore ; Qui racontera sa génération? qui pourra compter sa postérité, parce qu'il a été retranché de la terre des virants? Je Tai frap/>é pour les péchés de mon peuple^. Et encore : Je lui donnerai la dépouille des forts, et il en partagera te butin, parce qu'il a donné son âme à la morQ. Il voyait donc que c’était à ce pris qu’il devait acheter ce nouveau peuple : il lui eu devait codter la vie. Plein de cette vérité, après avoir dit : L'heure est venue, que le l'ils de l'homme va être glorifié; il ajoute ; Si le grain de froment ne tombe et ne meurt, il demeure seul; mais s'il meurt, il se mullipUe^.
C'est ainsi que dans les paroles de Jésus, nous voyous le vrai commentaire et la vraie esplication des pniphéties. Mais il nous en doit à notre manière arrivcrautant qu'a lui. Nous sommes le grain de froment, et nous avons un germe de vie caché en nous-même.s. C'est par là que, comme Jésus, nous devons porter beaucoup de fruit, et du fruit pour la vie éternelle. Mais il faut que tout meure en nous : il faut que ce germe de vie se dégage et se débarras e de tout ce qui l’enveloppe. I,a fécondité de ce grain ne paraîtra qu’à ce prix. Tombons : caebnns iious en terre ; humilions-nous ; laissons périr tout l'homme extérieur; la vie des sens, la vie du plaisir, la vie de l'honneur, la vie du corps, la curiosité, la concupiscence, tout ce qu'il y a de sensible en nous. Alors cette fécondité intérieure développera toute sa vertu, et nous porterons beaucoup de fruit.
V JOUR
ItSuv-Clirul est le grain de froment. Les membres doivent mourir comme le chef. Juan, xn, 3S.
Pour entendre la nécessité qui était imposée à tous les membres de mourir pour fructifier, il sufflsait d'avoir aper<;u cette vérité dans le chef. Mais de peur
' Jmu. XII. 23. — r Ps. XXI, 17, as. — > /». Lin, lo. — t llitil. R. — I /6id. lî. — * Jmu. XII, at, 2V.
que nous ne vissions p.as assez tdt cette conséquence, Jésus (ihrist nous la découvre lui-méme. Qui aime son âme, dit-il ' , la perd. C'est la perdre que de l’aimer : c'est la perdre que de cherclier à la s.ilisfaire. Il faut qu'elle perde tout, et qu'elle se perde elle-même, qu'elle se haïsse, qu'elle se refuse tout, si elle veut se garder pour la vie éternelle. Toutes les fois que quelque chose de fl.itteur se présente à nous, songeons à ces paroles : Qui aime son âme la perd, l'outes les fois que quelque chose de dur se présente, songeons aussitôt : Hoir son âme. c’est la sauver. Périsse donc tout ce qui nous plaii; qu’il s’en aille en son lieu en pure perte pour nous.
Haïr son âme! Peut-on haïr son âme sans hair tous ses avantages et tous ses talents naturels, et peut-on s'en glorifier x]uand on les hait? Mais peuton ne les pas haïr, quand on considère qu'ils ne servent qu'à nous perdre dans l'état d'aveuglemeut ou de faiblesse où nous sommes? Gloire, fortune, réputation, santé, beauté, esprit, savoir, adresse, habileté, tout nous perd : le godt même de notre vertu; il nous perd plus que tout le reste-
II n’y a rien que Jésus ait tant répété , et tant inculqué que ce précepte : Qui Iroure son âme , la perd; qui perd son âme, la trouve'. Cest ce qu'il recommande encore en un autre endroit du même Évangile. Qui cherche à sauver son âme, la perdra, dit-il ailleurs; qui la jicrdra , lui donnera ta r/e*. Il se sert encore ailleurs du mot de haïr ; // faut, dit-il <, tout haïr, si l'on veut être mon disci/ite , père, mère, frères, sœurs, femmes et enfan s, et sa propre âme.
Entendons la force de ce mot, haïr. Si lesdioscs de. la terre et de cette vie n'étaient que viles et de nul prix , il suflirait de les mépriser ; si elles n’étaient qu’inutiles, il suflirait de les laisser là; s'il suffisait de donner la préférence au .Sauveur, il se serait coutenté de dire, comme il fait ailleurs :Si on aime ces cAoses plus que moi, on n'est pas digne de moi>. Mais, pour nous montrer qu’elles sont nuisibles. Il se sert du mot de haine. De ce cüté-là il faut tout haïr, en tant qu’il peut s'opposx-r à notre salut.
Entendons encore le courage que demande le christianisme. Tout perdre ; jeter tout là. Ci-tle vie est une tempête; il faut soulager le vaisseau quoi qu'il en coûte ; car que sert de tout sauver, si suimême il faut périr? Voyez ce marchand qui dispute s’il jettera dans la mer ces riches ballots. Aveugle, tu les vas perdre , et te perdre encore toi-méae par-dessus.
XI' JOUR
Suivre Jésus à rbumlllsUon, à U mort. Joan. xu. as.
Celui qui me veut servir, qu'il me suive * ; qu'il m'imite , qu'il soit avec moi , qu'il passe par les mêmes voies : mon Père l'honorera à ce prix , comme il m'a honoré moi-même. Il a fallu tout perdre, tout abandonner, tout prodiguer, tout haïr. Mardie
' Jnan. XII, 23. — ' .VtUih. X , 39; XVI, 25. — ' Lur. xvll. 33. — * ttiid. XIV, le. —V Stutth X. 37. — • Jnau. XII, Sü.
MÉDITATIONS SUR L EVANGILE
après moi, chrétien , si tu veux arriver o’i j’arr’.ve. , Marchez, Jésus, je vous suis. En aurai-je lecourage? Hélas! vous me dites comme à Pierre : Tu ne peux pat encore me suivre t tnaii tu me suivras dans ta suite*. O Sauveur! je ne dirai pas que je vous suivrai partout : je irose le dire : je sens ma fai' blesse. J'eu ai le désir : aidez ma volonté faible : inspirez>moi une volonté forte et courageuse. •
Voyez comme Jésus donne luhméme à son entrée triomphante le caractère de mort. C'était sa coutume : dans la gloire il rappelait toujours la mort. Ainsidans leThabor même, où il futenlevéet transn^furé d’une manière si admirable. Moïse et Élie qui étaient venus i'honorer en cet état, et s'entretenaient avec lui, t\el/ti/>arta(entqne fle ta manière dont il devait sortir de ce monde dans Jérusalem *, en accomplissant toutes les anciennes prophéties et toutes les Hgiiresde la loi. Et en sortant de cette gloire , il n'est plein que de sa mort , et il défend à fies disciples de parUr de ce qu'ils avaient vu , jusqu'a ce qu’il/üf ressuscité des morts^. Il fallait donc mourir : et c'est ce qu'il voulait que l'on comprit bien, afin qu'on vit le chemin qu'on avait à suivre après lui, pour arriver à la résurrection et à la gloire.
Accoutumons-nous, à l'exemple de Jésus, dans tout ce qui nous datte, de rappeler toujours en notre esprit, le plus vivement que nous pourrons, la pensée de la mort. Mais accoutumons-nous à joindre toujours ces deux idées : gloire et plaisir de la terre, étemelle confusion; et encore ces deuxci : croix et mortification, gloire etfélicité étemelle. Cest h force d'y penser souvent, qu'on joint ensemble des idées qui paraissent si éloignées l'une de l'autre : mais plutôt c’est à force d'entrer d.ins cette pratique. Il faut faire autant qu’on peut violence aux sens, de peur qu’ils ne prévalent et ne nous séduisent.
xir JOUR.
Caractère d'hamlllatlon et de mort dans le triomphe d«
Jè»us. Le trouble de »oo Ame est outre LostrufQoo et
noire remède Jo<tn. xii, 37, 2S.
Jésus continue à donner à son entrée glorieuse le caractère d'humiliation et de souffrance : }fain~ tenant mon âme est troublée^. Quoi ! troublée de votre gloire, dont vous venez de dire : L'heure est venue, que te Fils de l'homme ta être glorifié^} Pourquoi? sinon parce qu'il voyait, comme on vient Je dire, sa gloire unie b son supplice : supplice si rigoureux et si plein d'opprobre, qu'il dit lui-méme à son approche : Maintenant mon âme est troublée. Voici le commencement de son agonie ; de cette agonie qu’il devait souffrir dans le jardin des Olives : de ce combat intérieur où il devait combattre contre son supplice, contre son Père en quelque façon, et contre lui-même. Mon Père, si vous voulez :s'ilse p*ut : non ma volonté, mais la vôtre^. Voilà donc à ce coup une volonté dans le Fils , opposée en quelque façon à la volonté de son Père. Elle lui cède,
• Joa’i. xm, 3e. — ^ Luc. ix, .11. — * xvii,9. ~
* Juau xtï, 27. — * thtd. 23. — ♦ MiUh. *XVI, ^19.
il est vrai ; mais elle est : elle se fait sentir au Sauveur : die se déclare jusqu'aux yeux du Père céleste.
O Jésus , mon ôine est troublée de votre trouble !
A qui sera notre recours, si vous êtes troublé vüus-métne, vous que nous réclamons dans notre infirmité? C'est le mystère : il nous porte en soi : il transporte sur lui-méme notre trouble, et le porte dans sa sainte ôme. Notre infirmité est passée a lui : et c'est ainsi qu’il nous fortifie, premièrement , par l'exemple qu'il nous donne; seconJemeut, par la force qu'il nous mérite.
Par l’exemple; car s’il n'avait senti cette répugnance naturelle à la mort, et cette horreur naturelle de la douleur et du supplice, nous n'appretiürionspas de lui à dire dans nos douleurs : Fotre volonté soit faite, et non la mienne. Celle instruction nous manquerait.
Par le mérite : s’il ne souffrait pas, il n'offrirait point de sacrifice; ou le sacrifice ne lui coûterait rien; et ainsi il ne serait pas un vrai sacrifice.
O mon Sauveur! par le trouble du votre .sainte Ôme, guérissez le trouble de la mienne. Votre trouble, ni ne venait du péché, ni ne portait au pcebé. C’était un trouble volontaire et mystérieux. Vous portiez en vous le mystère de la puissance perfectionnée dans l'iqfirmiié*. C’est le grand mystère de la grâce ebrétienne, qui se commence dans le clief, et s'accomplit dans les membres.
xiir JOUR.
Trouble de Jésus. Combat et victoire, notre iDOÜelr.
Joan. XII, 27 , 2s.
Maintenant mon âme est troublée; et que diraije* ? Voilà le trouble : l’esprit Qottecomme incertaiu de lui-méme. Et que dirai-je f Voilà, mon Sauveur, mes incertitudes et mes agitations , que vous portez. .Von Père, sauvez-moi de cette heuret Diraije cela à mon Père? lui demanderai-je absolument de me délivrer de cette heure , de cette ignominie, de ces peines si affreuse.s à la nature? Mais je suis venu pour cette heure. Voilà l’homme faible qui s’excite, qui s'encourage lui-méme. Je .fuis venu pour cette heure. Je .suif venu allumer un feu par ma |>a.s- %\or\‘.et que désiré-je, sinon qu’il prenne bien rite f J’ai un baptême où il me faut être plongé : ah ! combien suis-je pressé en mol-mème jusqu'à ce que je faccomplisse * ! Voilà ce que dit Jésus dans sa force. Mais Jésus dan.s sa faiblesse dit : Que ferai-jef A quoi me résoudrai-je ? Demanderai-Je à Dieu ma délivrance particulière, ou celle du genre humain? F.cnulerai-je la nature infirme par elle-même, ou la gloire de mon Père dans le salut des hommes perdus? Mon Père, votre gloire l’emporte : glorifiez votre nom : votre nom de Père , gIori(iez-le en glorifiant votre Fils, Son ma volonté, mais la vôtres : non mon repos, mais votre gloire, et la rédemption du peuple par qui vous voulez être glorifié. Voilà le combat , voilà la victoire. Jésus a affermi son âme invincible , ou plutôt, parce qu'elle était absolument invincible, et n'avait à coml^ttreque pour nous, il
• II. CoT. XII. 9. — * Joan. Ul, 27, 28. — * Luc. Xli, 49, 60.* — * ïhidi. xxn, 42.
M* MEDITATIONS SUR LEVANGILE.
nous .1 ,i|)|iris à eombaUre et à vaincre. El voilà encore , clans In victoire de l’âme de Jésus , l'image de nos combats , et le caractère d'humiliation qui devait accompagner le Sauveur.
XIV JOUR
Voix du dei rrod lémoifinage à la giolr« de Jésoi daiu son triomphe. Joan. xii , as, )u.
Afin que rien ne manque h la gloire du Sauveur dans son entrée, le ciel se joint avec la terre pour l’honorer ; et à celte parole du Sauveur : Mon Père, (/hrijUz votre nom, une voix aussi éclatante que le ton?ierre, vint du ciel : Je laiglorijié f et je te gtorijierai encore^.
Trois voix sont venues du ciel , et de la part du Père céleste , pour honorer le Fils de Dieu. Le jour de son baptême , devant qu'il commençât son ministère, le Père le fit connaître, et lui donna, pour ainsi parler, sa mission par cette voix : Celui-ci est won /7/s bien-aiméf dans lequel f al mis ma complaixance* \ ou , comme le rapporte saint Luc : f'ous êtes won Fils bien-aitné , j'ai mis ma complaisance en vous
La même voix fut ouïe encore â la transfiguration ; et pendant que Moïse et Élie entraient dans une nuée lumineuse qui les environna , cette voix sortit de la nuée : Celui-ci est mon Fils bien-aiméf dans lequel j'ai mis ma complaisance ; écou/ez-le L Cette parole, écoutez- le ^ fut ajoutée à ce qui avait été ouï dans le baptême.
La troisième voix est celle que nous lisons aujourd’hui dans saint Jean : Je l'ai glorifié j et je le glorifierai encore J'ai glorifié mon nom de Père , en honorant mon Fils unique : je l'ai glorifié dan.s réternilé , je le glorifierai dans le temps. Je l’ai glorifié lorsque j'ai fait éeJater tant de merveilles dans sa naissance, dans son baptême , dans le cours de son ministère; maintenant même , en inspirant tant d'admiration pour lui au.x Juifs et aux gentils, qui commencent déjà à le vouloir voir : et je le glorifierai encore lorsque je lui donnerai , après sa résurrection , la gloire dont il a joui dans mon sein avant que le monde fût ; et que l'exallant comme Dieu audessus des cieu-x, je remplirai toute la terre de son nom.
La seconde de ces trois voix, à la transfiguration, n'a été ouïe que de trois disciples choisis ; mais uous devait être rapportée par eux, après sa résurrection comme l'a fait en effet l'apdtre saint Pierre^.
Pour les deux autres , elles sont venues dans des occasions très-importantes. I a première , pour préparer les esprits à la prédication du Sauveur, des le commencement de son ministère. La seconde, à la veille de sa mort, pour soutenir la foi contre l'ignominie de la croix.
L'Évangile ne marque pas ce qu'opérèrent ces voix : et pour en juger par l'événement , leur grand effet ne s'est fait paraître qu'après la résurrection. Pour celle de ce jour, saint Jean remarque qu'elle
• jjoH. in. tt. • Vaiih. m. |7 ittr. ni. ??. —
* JJatth. t\it,i.—^Joan. xii, 38. — • //. Prtr. i, 16, 17, IB,
I causa de la dissension parmi ceux qui l'onlreni, la I troupe disant : C'est le (onîierre; les autres rfi- 1 soient : L'7i ange lui a parlé*. 11 semble qu'ils ne voulurent point croire que Dieu se fdt déclaré par celte voix. Cesi un tonnerre; c’est un bruit confus qui ne signifie rien. Et pour ceux qui disaient le mieux : C* est un ange, disaient-ils , qui lui a parlé : soit qu'ils ne voulussent pas remonter plus haut, par un esprit d'incrédulité, soit qu’ils crussent de I bonne foi que Dieu lui avait parlé par un ange;
I comme il avait fait aux patriarches, et à tout le peuj pie sous Moïse. Quoi qu'il en soit, Jésus leur dit : 1 Celle voix n'est pas pour moi, mais pour vous •. : Et il leur en expliqua le mystère. Appliquons-nous I à l’entendre ; et en attendant, puisque Jésus-Christ nous déclare que cette voix est pour nous , prenons- )a donc pour nous , et glorifions Jésus en nous-méiiies. 11 est lui-méme la voix, ou plutôt le Verbe qui nous parle. N’écoutons point sa voix comme un I tonnerre , comme un bruit confus ; entendons qu'on nous a parlé très-distinctement de sa gloire et de la ! nôtre; et que la vérité nous a été très-clairement I annoncée. Ne disons point qu'un ange a parlé pour I nous au Sauveur, puisque Dieu qui partait autre- \ fois par les anges, parle maintenant par son Fils ^ Écoutez-le, nous dit-on : réglez vos actions et toute votre conduite par sa doctrine. Rendons grâces au Père céleslede ce qu’il a glorifié son saint Fils Jésus, pui.squc sa gloire rejaillit sur nous, et qu'il a dit luimême : Je leur ai donné la gloire que vous m'arez donnée^. Maisenlcndonstoujoursenquelle conjoncture on lui promet cette gloire : c’est lorsqu'il va mourir. Passons donc à la société de sa gloire , par celle de ses souffrances et de scs opprobres.
XV JOUR
I Mystère la voix cèlnle : Le moodr va être Jugé etj jugeant Jésuj»-CiirUt Joan. Xii, 3t, U.
Jésus-Christ nous va expliquer le mystère de cette voix céleste : C'est maintenant que le vtonde va être jugé^. Comment? En exerçant son jugement sur Jésus-Christ, dont il jugera si mal, que son jugement et ses maximes demeureront à jamais condamnés. Qui peut juger avec le monde que les biens de la terre sont les seuls qu’il faut désirer, et que les maux delà terre sont les seuls qu'il faut craindre; si Jésus , privé de tous les biens, et chargé de tous les maux de la terre par le jugement du inonde, demeure toujours la vérité même , et le bienheureux Fils de Dieu? Qui osera, encore un coup, juger avec le monde, qu’il faut soutenir ses intérêts, sa domination, sa gloire propre, au préjudice de tout ; si à la fin Jésus-(^hrist se trouve condamné par ces maximes? Le monde est donc jugé par le jugement qu’il a porté de Jé.sus-Christ. Le Sauveur a jugé le inonde en se laissant juger par le inonde : et l'iniquité de ce jugement anéantit tous les autres à jamais.
Le monde, à vrai dire, ne sera jugé qu’à la fin des siècles. Mais saint Augustin distingue ici deux
» Joan. 111,38, 2{». — * fhid. 3o. — > Hebr. Il, », 3, — *Joau. xrn.OT. xii, 3|
MÉDrrATlOiNS SUR L’KVAMGILE.
sortes de juf(emeat , celui de condamnation à la fin des siècles, celui de discernement dans celui-ci. Il applique au dernier cette parole du psalmiste : Jugfi-mol , Seigneur, et discernez ma cause de celle de la nalion qui n'est pas sainte'. Ce discernement se fait clairement, par bien entendre le jugement que le monde a porté de Jésus-Christ. Le monde veut être flatté ; le monde ne veut pas qu'on lui déclare ses vices : le monde ne veut pasqu'on condamne ses maximes ; le monde ne veut pas qu’on ne rive pas comme le monde, parce quepar là on le condamne. Tout cela'a fait que le monde a condamné Jésus- Christ. Quiconque suit les maximes par lesquelles on a condamné le Juste, ne se discerne pas du monde, et il est jugé avec le monde. Sois attentif, chrétien, et discerne-toi de la nation qui n’est p.as sainte, en condamnant en toi-méme de bonne foi toutes ses maximes.
XVI' JOUR
Vertu de la cmii. léxov Ure tout par la cmll. Le suivre Jusqu’à la croix Joan. xil. SI , 34.
le prince de ce monde , le démon qui en est le m.iître par l'idolâtrie, va (Ire chassé ' , et les fausses divinités abandonnées. Mais ce n'est pas assez de chasser le démon, il faut rendre l'empire à Dieu par Jésus-Christ. El moi, dit-il après que j'aurai été (levé de terre sur la croix, Je tirerai tout a moi : j'entraînerai à moi toutes choses. Il y a dans la vertu de la croix de quoi attirer tous les hommes. Il y aura des hommes de toutes les sortes, et non-seulement de tout sexe , mais encore de toute nation , de tout génie, de toute profession, de tout état, qui seront si puissamment attirés , qu’ils viendront en foule à Jésus. Et de cette bieidieureuse totalité, que Dieu a unie par son éternelle et miséricordieuse élection, aucun ne demeurera. L’action du cruciflement semble avoir élevé Jésus pour être l’objet de tout le monde : il est en butte à toute contradiction d’un côté ; et de l'autre, il est l'objet de l'espérance du monde. Ufallaitquilfùlélecé comme le serpent dans le déserl , aflii que tout le monde pdt tourner les yeux vers lui , comme il dit lui-même<. La guérison de l'univers a été le fruit de cette cruelle et mystérieuse exaltation. Allez au pied de la croix , et dites-y au .Sauveur avec l'Épouse: tirez-moi, nous courrons après vous La miséricorde qui vous fait subir le supplice de la croix, l'amour qui vous fait mourir, et qui sort par toutes vos plaies, est le doux parfum qui s'exhale pour attirer tous les cteurs. Tirez-moi de cette puissante et douce manière dont vous avez dit, que cotre Père lire à vous tous ceux gui viennent^. Tirez-moi de cette manière toutepuissante qui ne me permette pas de demeurer en chemin. Que j’aille jusqu’à vous, jusqu’à votre croix : que j’y sois uni , percé de vos clous, cruciUé avec vous, eu sorte que je ne vive plus pour le monde, mais pour vous seul. Quand dirai-je avec votre apôtre : Je vis; non plus moi, «sais Jésus-Christ en
* Ps xi.ll. I. — * Jaam. XII, 31. — * Ibid. 32. — ’ Ibid. Ul, 14, IS —V Oint. 1,3. — ‘ y«a/i. VI, 44.
moi . Et encore .- Je vis en la foi du Fils de Dieu qui m'a aimé, et s'est livré pour moi Et encore : Je suis attaché àla croix avec Jésus-Christ. Et encore : La charité de Jésus-Christ nous presse; estimant ceci , que si un est mort pour tous , tous aussi sont morts en un seul. Jésus- Christ est mort pour tous ; afin que ceux qui vivent, ne vivent plus à euxméines, mais à celui qui est mort et ressuscité pour eux '. C'est ainsi que Jésus-Christ nous attire. Il fallait, comme il vient de dire, queceprain de froment tombât à terre pour se multiplier Il fallait qu’il se sacrifiât lui-méme, pour nous faire tous en lui-méme une offrande agréable à Dieu. Le nouveau peuple devait naître de sa mort.
Le Sauveur avait déjà dit ; Il faut que le Fils de l'homme soit exalté comme le serpent 4. II avait dit ; Quand tous aurez élevé le Fils de l'homme . vous cosinallrez qui Je suis’'. La connaissance de la vérité ét'ail attachée à la croix.
Je tirerai, j'eniralnerai . considérez avec quelle douceur, mais ensemble avec quelle force, se fait cette opération. Il nous tire, comme on vient de voir, par la manifestation de la vérité. Il nous tire par le charme d’un plaisir céleste ; par ces douceurs cachées, que personne ne s.ait que ceux qui les ont expérimentées. Il nbus tire par notre propre volonté, qu’il opère si doucement en nous-mêmes, qu’on le suit sans s’apercevoir de la main qui nous remue, ni de l’impression qu’elle fait en nous. Suivons, suivons; mais suivons jusqu’à la croix. Car comme c’est de là qu'il tire , c'est jusque-là qu'il le faut suivre. Il le faut suivre jusqu’à expirer avec lui , jusqu’à répandre tout le sang de l'àme, toute sa vivacité naturelle; et se reposer dans le seul Jésus ; car c’est se reposer dans la vérité , dans la justice , dans la sagesse , dans la source du pur et chaste amour. O Jésus ! que tout est vil à qui vous trouve I àqui est tiré jusqu’à vous,jusi]u’àvotrecroix!OJésusl quelle vertu vous avez cachée dans cette croix! faites-la sentir à mon cœur. Quand je serai élevé de terre! Je ne veux d’autre élévation que celle-là : c’est la vôtre : que ce soit la mienne.
Songez que tout ceci se dit à l’occasion de l’entrée de Notre-Seigneur, et peut-être le propre jour ou le lendemain qu’elle se fit. Admirez, encore un coup, comme il conserve à ce beau triomphe le caractère de croix et de mort.
XVII' JOUR
Lel IncréilutAS n'ouvrent point let yeux à la lumière : Us Qiarcbent dans le» ténèbre»- Joan. xti , 3t » 37.
Coffifnen/ ài/es-rous qu‘U faut que le Fih de l'homme soit élivé^ de terre? Il avait psirlé si souvent de cette exaltation mystérieuse ; il avait d'ailleurs si souvent parlé de la croix et de la nécessite de porter sa croix pour le suivre, qu’à la fin le peuple s’etait accoutumé à l'entendre. C'est ce qui cause culte parole : Aous orons appris par la hit que h Chriit demeure éternellement. El comment donc dÀtes-KOUs que le Fils de l'homme doit être élevé,
* Gai. Il, 19. 20. — » n. C or. V, U, 15, — * Joan. xii, 2t. — * ibid. III , 1 1. — ^ Ibid. Viu, ’JS. — * Ibid. Ul , 3l.
MÉDITATIONS SUR LEVAN61LE
e'est-à-dire crucifié ? qui est ce FUsde t homme ■ ? Il y avait de la vérité et de l'erreur dans ce discours. Ils avaient raison de dire, que le Christ devait demeurer et régner éternellement; mais ils ne voulaient pas entendre par où il lui fallait passer, pour arriver à son règne. Le maître était au milieu d'eui , et .1 n'y avait qu’ù le consulter, après que Dieu avait attesté sa mission par tant de miracles. Et c'est pourquoi Jésus leur dit : La lumière est encore au milieu de vous pour un peu de temps >. Je m'en vais; et cette lumière ne sera plus guère avec vous : servez-vous-en pendant que vous l'avez : Marchez à la faveur de celte lumière, de peur que tes ténèbres ne vous environnent, ne vous surprennent, lie vous enveloppent ; et lorsqu'on est dans les ténèbres , on ne sait ois ion t>a on se heurte à toutes les pierres , on tombe dans tous les abîmes; et nonseulement le pied manque , mais la tête ne se peut défendre.
Jésus est la lumière à ceux qui ouvrent les yeux pour le voir ; mais à ceux qui les ferment , il est une pierre où l'on se heurte et on se brise. Fauted'avoir voulu apprendre de lui le mystère de son infirmité, ils s'y sont heurtés et brisés, et ne le connaissent pas; et ils demandent : Qui est ce Ois de l'homme, qui doit être crucifié , et par la tirer toutes choses.’ Est-ce vous que nous voyons si faible ? Comment tirerez-vous a vous-méine tout le monde , dont vous allez être le rebut par votre croix ? Aveugles, ne voyez-vous pas , à la majesté de son entrée , qu'il ne tiendrait qu'à lui d'avoir de la gloire : qu'il ne la perd donc pas par faiblesse ; mais qu'il en diffère par sagesse le grand éclat ? Il vous dirait cette vérité , si vous la lui demandiez humblement ; mais vous laissez échapper la lumière ; et celui qui était venu pour voiw éclairer, vous sera à scandale : scandale aux Juifs , dit saint Paul ’ et folle aux gentils.
Pesons ces paroles : La lumière n'esl plus avec vous que pour un peu de temps <. Concevons un certain état de l'dme où il semble que la lumière se retire. A force de la mépriser, on cesse de la sentir : un nuage épa'isnous la couvre ; nos passions, que nous laissons croître, nous la vont entièrement dérober ; marchons tant qu'il nous en reste une petite étincelle. Quelle horreur d'être enveloppé dans les ténèbres, au milieu de tant de précipices! C'est ton état, éflme, situ laisses éteindre ce reste de lumière qui te luit encore pour un moment.
Qui marche dans les ténèbres, ne sait où II co’. Étrange état ! on va : car il faut aller ; et notre âme ne peut pas demeurer sans mouvement. On va donc ; et on ne sait où l'on va ; on croit aller à la gloire, aux plaisirs, à la vie , au bonheur , on va à la perdition et à la mort. On ne sait où l'on va , ni jusqu’à quel point on s'égare. On s'éloigne jusqu’à l'infini de la droite voie , et on ne voit plus la moindre trace ni la moindre route par où l'on y puisse être ramené. État trop ordinaire dans la vie des hommes. Hélas! hélas! c'est tout ce qu’on en peut dire. C’est par des cris , c'est par des gémissements et par des
* JiMtn. III, ai.— • Ibid. 3». — ’ I. Cor. l, S3. — * J(*an.
Xii, 3s. — * Ibid.
larmes , et non point par des paroles qu'il faut déplorer cet état.
Il ne sait où il va. Aveugle, où allez-vous? Quelle malheureuse route enfilez-vous? Hélas! hélas! ^tT^ nez pendant que vous voyez encore le chemin. Il avance ; ah ! quel labyrinthe et combien de fallacieux et inévitables détours va-t-il rencontrer! Il est perdu ; je ne le vois plus ; il ne se counalt plus lui-même , et ne sait où il est ; il marche pourtant toujours, entraîné par une espèce de fatalité malheureuse, et poussé par des passions qu'il a rendues Indomptables. Revenez : il ne peut plus ; il faut qu'il avance. Quel abîme lui est réservé ! quel précipice l'attend! de quelle bête sera-t-il la proie? Sans secours, sans guide, que deviendra-t-il ? Hélas! Iiélas!
XVIII' JOUR
Etat de ceux de qui la lumière se relire. Jèaus ae cacOe d'eux. aterrelUee de cette Journée de triomphe. Joan. xil, M, 37.
Jésus dit ces choses, et il se retira et se cacha d'eux'. Quel état! quand non-seulemeut on se retire de la lumière , mais qu'à son tour, par un juste jugement , la lumière se retire ; et non-seulement se retire, mais se cache ! C’est l’état de ceux dontientendementest enveloppe et obscurci de ténèbres, par l’ignorance qui est en eux , à cause de iareuglement de leur cœur : qui désespérant de leur retour, se livrent à toute impureté et à toutes actions impudiques, comme à l'envi , et à qui pis fera. Ah! ce n’est pas ainsi que Jésus-Christ vous aeail enseigné ■■ si toutefois vous tavez oui • , si sa voix est parvenue jusqu’à vous.
Ce verset de saint Jean semble répondre à celui de saint Matthieu où il est porté que Jésus, après avoir répondu aux reproches que les pharisiens lui faisaient sur son entrée , les laissa là , et sorlil de la ville pour se retirer en Béthanie^ , où il demeurait. C'est ce que saint Jean appelle s'en aller et se cacher d'eux. Sa retraite était donc à Béthanie : c’est là qu’il se cachait chez quelques-uns de ses amis et de ses disciples ; et apparemment dans La maison de Lazare, de Marie et de Marthe, ou chez quelque autre. De là on peut conclure que tout ceri s’est passé au jour de l'entrée du Sauveur : que c’est à ce jour que le Père fit entendre du ciel celle voix que nous avons ouïe : que c'est alors que Jésus développa tout le mystère de son exaltation, et de la propagation de sa doctrine , et de sa gloire après sa mort. Que cette journée est magnifique! Quel concours de merveilles! que de douces consolations! que d’étonnantes menaces! Quel recueillement, quelle frayeur, quel doux étonnement, quelle attention , quel mélange de crainte et d'amour ne doit pas inspirer cette journée! Que si l'on veut différer jusqu’au lendemain une partie de ces choses, comme il pourrait yen avoir quelque raison ; c'était toujours une suite du triomphe de Jésus, puisque ce fut à ce jour qu'il purgea le temple avec tant d'autorité et de zèle, des voleurs qui en faisaient leur caverne.
O jour admirable! je n'avais pas encore vu toutes ' J«m XM,8«. — ’Epèr.. IV, 18, la, 30 — ’Vvrit. xsl, 1"
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
vos lumières , ni compris toutes les merveilles dont TOUS êtes plein.
XLX* JOUR.
BéSrxIoiu sur 1m men-eülM de la première Journée. Il faut coDUnuiT rvUche l'œuvre de Dieu t l'exemple de Jésux-Chrlst.
Tous ces passages font voir qu'à cette dernière semaine, et dès le jour qu'il Gt son entrée, le Sauveur sortait tous les soirs de Jérusalem, et se cachait à Béthanie, d'où il revenait tous les matins faire ses fonctions dans le temple, où tout le peupk s'assemblait aussi dès le matin pour l'entendre. Le jour ses ennemis étaient retenus par la crainte d'émouvoir le peuple , si on le prenait en plein jour : Car Us craignaient , dit saint .Marc ', parce que tout le peuple qui l'écoutait était ravi de sa doctrine. Ou, comme le rapporte saint Luc * : J/s ne savaient que lui faire; parce que tout le peuple qui l'écoutait, était ravi et hors de soi. Ainsi dans le jour il demeurait ; et dans la nuit, où ses ennemis eussent trouvé plus d'occasions de le perdre , il sortait de la ville, et se relirait à Béthanie, parmi ses disciples, afin d'achever sa semaine, et le temps qui lui était prescrit pour nous instruire-, continuant à se servir des voies douces, si naturelles à la sagesse divine, des précautions nécessaires et des moyens ordinaires de se conserver jusqu'à la nuit où il devait être pris. Voyons donc , soit qu’il se conserve, soit qu'il se livre, qu'il fait tout pour l'amour de nous. Il se conserve pour achever ses instructions, sans que nous perdions une seule de ses paroles ; et il se livre pour consommer son sacriOce. O Jésus ! je vous adore dans ces deux états ; et je vous suivrai tous les matins de cette dernière semaine , pour écouter votre parole, plus touchante encore en ces derniers temps , que dans tous les autres.
Ramassons toutes les merveilles que nous avons vues accomplies en ce sacré jour du triomphe de Jésus-Christ , toutes les marques de grandeur, d'autorité, de puissance, que le ciel et la terre donnent à Jésus; et en même temps tous ces caractères d'infirmité, de persécution et de fuite qu’il conserve. Adorons ce sacré mélange. Si nous sommes calomniés, maltraités, persécutés par nos ennemis, jusqu'à être contraints de fuir et de nous cacher devant eux, ne nous en affligeons pas : c'est le caractère de Jésus-Christ, qu'on doit au contraire être ravi de porter. Continuons toujours , à son exemple, l'œuvre de Dieu, s'il nous en a commis quelqu'un , quelque petit qu'il suit , sans nous relâcher jamais ; et accomplissons la volonté de Dieu.
XX* JOUR
Ffgukr dfMëcfaé : ligure de l'Ame stérile et sans bonnes œuvres. Atatih. xxi, I8,24. ,Van-- xi,
Le lendemain de son entrée, en arrivant de Béthanie à Jérusalem, du matin, il eut faim: agant vu de loin un figuier, il s'en approcha pour voir s’il g trouverait du fruit; mais n'ij trouvant
’ .l/rrrc XI, la. — > Luc, six, ia.