‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 205 sur 273 · COI · texte numérisé non relu

COI

que des feuilles, parce que ce n'était pas le temps des fruits, U le maudit ■ , comme on sait. C'est une parabole de choses, semblable à celle de paroles que l'on trouve en saint Luc, xiii, 0. Il ne faut donc point demander ce qu'avait fait ce figuier, ni ce qu’il avait mérité : car qui ne sait qu'un arbre ne mérite rien? ni regarder cette malédiction du Sauveur par rapport au figuier, qui n’élait que la matière de la parabole. Il faut voir ce qu'il représentait, c'est-à-dire, la créature raisonnable, qui doit toujours des fruits à son créateur, en quelque temps qu'il lui en demande; et lorsqu'il ne trouve que des feuilles , un dehors apparent et rien de solide, il la maudit.

Que jamais il ne sorte de fruit de loi •. Étrange malédiction sur l'âme dont Dieu se retire : jamais il n'en sorte de bonnes œuvres. Qu est-ce qu'un figuier sans fruit , et un homme sans hnnnes œuvres?

Quand on se sent desséché et stérile, qu'on doit craindre alors que Jésus n'ait lâché le mot fatal ! Dieu a son heure où il attend le fruit désiré ; l'heure passée, si on lui manque, il laisse partir la triste sentence; et l'arbre, sans être coupé, est desséché jusqu'à la racine. Cest la damnation avant la mort ; on voit un arbre sur pied ; mais il a la mort dans le sein. Cous avez le nom de vivant, mais vous êtes mort >. Soyons donc fidèles et prêts à donner du fruit à notre Sauveur, toutes les fois qu'il en demandera.

Jésus eut faim. Selon la lettre, il jeûnait beaucoup : selon le mystère, il avait faim et soif quand il fallait. Il a toujours faim et soif de notre .salut.

Jésus-Christ continua son voyage, et revint à Béthanie , selon sa coutume; et la matinée d'après, ses disciples s'arrêtèrent au figuier, qu’ils trouvèrent desséché depuis la racine, et Pierre dit au .Sauveur : .Maître, û figuier que vous avez maudit, est sérhé*. Jésus-Christ ne voulait pas sortir de ce monde, sans faire voir des effets sensibles de sa malédiction, voulant faire sentir ce qu’elle pouvait ; mais, par un effet admirable de sa bonté, il frappe l’arbre, et épargne l'homme. Ainsi quand il voulut faire sentir combien les démons étaient malfaisants, et jusqu'où allait leur puissance, lorsqu'il leur lâchait la main, il le fit paraître sur un troupeau de pourceaux que les démons précipitèrent dans la mer *. Qu’il est bon , et qu'il a de peine à frapper l'homme ! Ne contraignons pas le .Sauveur, contre son inclination , à étaler sur nous-mêmes l'effet de sa colère vengeresse.

XXI' JOUR

Le prodige des prodiges : l'hoinme revCtu de ta poUxinre de Dieu par la toi et par la prière. Matth. xxi, 31 , 33. Marc. XI, 33 , 34.

Les apôtres étant étonnés de l’effet soudain de la parole de Jésus-Christ sur le figuier, le furent beaucoup davantage losqu’il leur dit qu'ils en pouvaient faire autant, et même beaucoup plus, pourvu qu’ils eussent la foi. Si vous l'avez, leur dit-il ’■,

' Matth. XXI. 18- — * Ibid. I». — * Apor. m, l. — . « .Vorc. XI, 11. — * Matlh. Tiii, 32. — « Ibid. XXI, 21

MÉDITATIONS SUR L'EVANGILE

t ous ne pourrez pas seulement dessécher un fi- ; yuier ; mais cous direz à une montagne : IJéraci- ] iicz-cous, et Jetez-vous dans la mer, et cela se fera.

Voici le prodige des prodiges ; l'homme revêtu de ia toute-puissance de Dieu.

/tUez, disait le Sauveur ■ , guérissez tes malades, ressuscitez les morts , purifiez les lépreux , chassez les démons. Qui Ut Jamais un pareil commandement.’

// les envoya prêcher et guérir les malades ‘. (Jiii jamais envoya ses ministres avec de tels ordres ?

. liiez , dit-il , entrez dans celle maison , el guérissez lous les malades que vous y trouverez. Tout est plein de pareils commandements. Mais ici il pousse la chose encore plus loin : Tout ce que vous demanderez vous l'obtiendrez Vous pourrez tout ce que je puis : vous ferez tout ce que vous m'avez vu faire de plus grand , et vous ferez même de plus grandes choses. En effet, si on est guéri en touchant le bord de la robe de Jésus-Christ, pendant qu'elle était sur lui; ne se fait-il pas quelque chose de plus dans saint Paul, lorsque les linges qui avaienl seulement touché son corps, guérissaient les malades à qui on les porlaits? Et non-seulement les linges qui avaient touché les apôtres avaient cette vertu, mais leur ombre même : l'ombre qui n'est rien, quand elle passait sur tes malades, ils étaientaguéris

Voici donc le grand miracle de Jésus-Clirist. C'est que, non-seulement il est tout-puissant, mais il rend encore riiomine tout-puissant, et, s'il se peut, plus puissant que lui, faisant du moins constamment de plus grands miracles : et tout cela par la foi et par la prière : Tout ce que vous demanderez , en croyant sans hésiter qu'il vous sera donné, U vous arrivera^. La foi donc et la prière sont toutespuissantes, et revêtent l’homme de la toute-puissance de Dieu. Si vous pouvez croire, disait le Sauveur?, tout est possible à celui qui croit.

La difliculté n’est donc pas de faire des miracles : la difliculté est de croire. Si vous pouvez croire : c'est là le miracle des miracles, de croire parfaitement et sans hésiter. Je croit. Seigneur, aidez mon incrédulité*, disait cet homme à qui Jésus dit : .Si vous pouvez croire. Seigneur, augmenteznous la fai, disaient les apôtres s. Nous n’avons besoin que de la foi, car avec elle nous pouvons tout. Oh! si vous en aviez, dit le Seigneur , comme un grain de senevé , le plus petit de tous les grains , vous diriez à ce mûrier : Déracine-toi, et te plante dans la mer ; et il vous obéirait : et il trouverait un fond sur les flots pour y étendre ses j racines.

Ainsi le grand miracle de Jésus-Christ n'est pas I de nous faire des hommes tout-puissants ; c’est de | nous faire de courageux et de fidèles croyants, qui ' osent tout espérer de Dieu, quand il s'agit de sa ! gloire. I

' Shtllh. X, s. — * Luc. H, 2; X, a, ». — tjaan. Ilv, U, 13. — • .tel. XII, IS. - • Ibid. S. IS. — • .Uatlh. xxi, W. .Vnrr. Il, I ïl. —'Ibid. IX, Si. —S Ibid, a.— ‘Luc xvu, s. — "Ibid. ». '

Il faut donc entendre que cette foi qui peut tout , nous est inspirée. Pour oser faire cet acte de foi qui peut tout, il faut que Dieu nous en donne le mouvement. Et le fruit de ces préceptes de l'Evangile, que nous lisons aujourd'hui, c'est de nous abandonner à ce mouvement divin qui nous fait sentir que Dieu veut de nous quelque chose. Quelque grand qu'il soit, il faut oser, et n'hésiter pas un seul moment.

Lorsqu'il s'agit de demander à Dieu les choses nécessaires pour le salut, nous n'avons pas besoin de ce mouvement particulier de Dieu, qui nous apprend ce qu'il veut que nous obtenions de sa puissance. Nous savons très-clairement par l'Évangile, que Dieu veut que nous lui demandions notre salut et notre conversion. Demandons-la donc sans hésiter; assurés, si nous le faisons avec la persévérance qu'il faut, que tout nous sera possible. Quand nos mauvaises habitudes auraient jeté dans nos âmes de plus profondes racines , que les arbres ne font sur la terre, nous leur pouvons dire : Déracine-toi. Quand nous serions plus mobiles et plus inconstants que des flots, nous dirons à un arbre : Va te planter là ; et à notre esprit ; Fixe-toi là ; et il y trouvera du fond. Quand notre orgueil s'élèverait à l'égal des plus hautes montagnes , nous leur pourrions ordonner de se jeter dans la mer, et de s'y abîmer, tellement qu'on ne voie plus aucune marque de leur première hauteur. Osons doue tout pour de tels miracles, puisque ce sont ceux que nous savons très-certainement que Dieu veut que nous entreprenions. Osons tout ; et pour petite que soit notre foi, ne craignons rien; car il n'en faut qu'un petit grain, gros comme du senevé, pour tout entreprendre. La grandeur n'r fait rien , dit le .Sauveur, je ne demande que la vérité et la sincérité : car s'il faut que ce petit grain croisse. Dieu qui l’a donné le fera croître. Agissez donc avec peu, et il vous sera donné beaucoup : et ce grain de senevé , cette foi naissante , deviendra une grande plante, et les oiseaux du ciel se reposeront dessus ‘ . Les plus sublimes vertus n'y viendront pas seulement , mais y feront leur demeure.

XX 11' JOUR

La prière pervévérante; elle tient de la plénitude de la UA.

.UaUli. XII , SI , £1. .Mure. XI , SS , St.

Pesez les qualités de la foi et de la prière. Qn'on la fasse sans hésiter, pour peu que ce soit avec une pleine persuasion : c'est ce que saint Paul appelle plénitude de persuasion ; que la Vulgate a traduit simplement, in ptenitudine multa : avec iivs GRAVDK PLÉniTi'DE >. Ce que le même saint Paul appelle ailleurs : plénitude d'intelligence*-, et ailleurs eu termes formels : plénitude de l'espérance, et plénitude de la foi «. C’est donc à dire , qu'il faut avoir une foi si pleine qu’elle ne se démente par aucun endroit, et qn'on n'ait nulle défiance du côté de Dieu;cnuiinele même saint Paul ledit d'Abrah.vni, qu'l/ n’hésita point par défiance; mais se fortifia

' Mil, 31 , .Ï2. — * |. Theu. I, ft. — * Co/tjsi. Il, t

— ♦ Hcbr. %i, II; iO-

MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

dans la fait donnant gloire à Dieu; pUinement \ persuadé et convaincu qn'U est puissant pour accomplir tout ce qu'il promet*. Voilà donc la foi qui obtient tout, et ta foi qui nous justifie, selon le même saint Paul dans le même endroit*. Telle est donc la première condition de la prière marquée dans notre évani^le , qu'elle se fasse avec une pleine foi. La seconde y est encore marquée : Qu'on pardonne sincèrement à son frère, si on a quelque chose contre lui On obtient donc tout ce qu'on demande, si on le demande avec un cœur plein de foi en Dieu, et en paix avec tous les hommes. Voila ce que Dieu demande, un cœur sans aigreur et sans défiance : on a tout de lui à ce prix.

Mais peut’On ne se pas défier, et ne doît>on pas le faire? Oui, de soi; puisqu'on est si faible, et qu'on ne sait même si on a une foi vive, encore moins si on y persévérera : niais avec toute cette incertitude, J'ose dire qu'il ne faut pas s'en inquiéter; et sans tant de retour sur soi-méme, il faut, dans le temps que la prière s’allume, oser tout attendre et tout demander; et être si plein de Dieu, qu'on ne songe plus à soi-même.

Est-ce là celte téméraire confiance que les hérétiques prêchent? Point du tout. Mais sans éteindre les réfiexions qu'on peut faire sur sa faiblesse , c'est dans b ferveur de la prière s'oublier tellement soimême , qu’on ne demeure occupé que de ce que Dieu peut, et de rimmense bonté avec laquelle il a tout promis à la prière persévérante.

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