COI
daos le fund était beaucoup plus grand que tout ce qu’il avait jamais fait : comme les docteurs de la loi le trouvaient étrange, il leur parla en cette sorte ' : Lequei des deux est le plus facile ^ ou de dire : Je vous remets vos péchés; ou de dire à un paralytique : Ixvovous^ et marchezi Or, a/in que vota sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir de remettre les péchés : Homme , c’est à toi <{ue Je parle, léoe-toi et marche. Il avait donc clai* rement établi le pouvoir qu’il avait de remettre les pecbés. qui était le plus grand qui pdt être donné à un homme. Il n’y avait plus à l’interroger sur le reste; il n’y avait autre chose à faire qu'à se sou* mettre. Comme ils ne pouvaient s'y résoudre, ils viennent encore lui demander : Oe quelle pidssance faites-vous ces choses >? Comme s’ils eussent dit : De quelle puissance guérissez*vous tous les inala* des? de quelle puissance rendez-vous la vue aux aveugles? de quelle puissance ressuscitez-vous les morts? Il était trop clair que c’était par la puissance divine; et ils ne l’interrogeaient sur uue chose si claire que par un mauvais esprit.
Ailleurs on lui demande dans le même esprit : Jusqu'à quand nous tiendrez-vous en suspensy et nous arracherez-vous l'àtnei Si vous êtes le Christ y dites-le-nous franchement *? A les entendre parler avec cette force, on dirait qu’ils veulent savoir de bonne foi la vérité ; mais la réponse de Jésus fuit voir le contraire. Vous demandez que je vous dise ouvertement qui je suis; Je vous le dis, et vota ne me croyez pas : cependant les oeuvres que je fais au nom de mon Père , parlent assez , et me ren- i dent un assez grand témoignage Ils avaient donc deux témoignages; celui de sa parole, et, ce qui était encx>rc plus fort, celui de ses miracles. S'ils consultaient après cela , au lieu de croire , un mauvais esprit les poussait. La vérité éternelle, qu'ils consultent mal, n'a rien à leur répondre, et n’a plus qu’à les confondre devant tout le peuple. Ainsi nous arrivera-t-il , quand nous la consulterons contre notre propre conscience sur des choses déjà ré- I solues : nous ne cherchons qu'à tromper le monde, ! où à nous tromper nous-méines. Cessons de nous flatter : cessons de chercher des expédients pour nous perdre. Rompons ce commerce dangereux et scandaleux : rendons ce bien mal acquis : soyons fidèles aux devoirs de notre profession i ne reculons ' |K)int en arrière contre le précepte de l'Évangile : ne cherclions point à nous relâcher et à tout perdre, i XXV' JOUR. [
A. euglement des hommrs , plus disposés A croire saiot Jean
que Jésus-Christ méine- Malth. ssi, aa. .Vure. ai, S7.
L«c. XI, I , K. I
De qui est te baptême de Jean Est-il |x>ssible que le Sauveur doive tirer son témoignagede saint Jean-Baptiste , qui n’était que son précurseur, qui n'était pas l'Époux , mais l’ami de l'Époux , comme il Casait dit; qui n'était pas le Christ, mais celui qui lui devait préparer la voie : qui , pour tout dire en un mot, n'était pas digne de lui délier les
' Mitnk. IX, 5, «. — » Lue, XX, a. — s Joua. X, as. —
' ttiid. as. — * ttaiiH. XXI, as.
cordons de ses souliers? Voilé ce qu'était Jean-Baptiste ; et néanmoins Jésus-Christ se sert de son témoignage, pour convaincre ceux qui ne voulaient pas croire au Christ lui-méme. Cependant Jean n'avait fait aucun miracle; et Jésus en avait rempli toute la Judée : Jean parlait comme le serviteur; et Jésus-Christ comme le Fils disait ce qu'il avait vu dans le sein du Père. Telle est la faiblesse de nos ÿeux, dit saint Augustin; un /lambeau nous accommode mieux que le soleil. A'oiu cherchons te soleil avec un /lambeau. Jésus l'entendait bien ainsi , et il avait dit ; J'ai un témoignage plus grand que celui de Jean '. Quand donc il se servait de ce témoignage, c'est qu'il approcliait aux yeux malades une iuiiiiére plus proportionnée à leur faiblesse , et c’est ce qu'il fait encore en cette occasion. Profond aveuglement des hommes, plus disposés à croire saint Jean que Jésus-Christ même! O Dieu , qui ne tremblerait ? Mais qui ne vous demanderait en tremblant ; D'où vient dans le coeur des Juifs une si étrange disposition? ?le se trouvera-t-il pas quelque chose de semblable en nous? Nous le pourrons chercher une autre fois ; nous frapperons à la porte pour entendre ce secret, et peut-être nous sera-t-elle ouverte. Cependant continuons notre lecture.
XXVI' JOUR
Les Juifs incrédules confondus p&r te témoiKnaee de Mini
Jean. .Vuf/A. xx],23, S&. .Vurr.^XJ, 27. Luc. x\, 1,8; et Jimis
v, 33,3fl.
Si nous disons que le bapléme de Jean est du ciel, il nous dira : Pourquoi ne l'avez- vous pas cru *? 11 le leur avait déjà dit, et ils n’avaient su que répondre : fous avez envoyé à Jean, et il a rendu témoignage à la vérité S’ils avaient donc avoué la mission céleste de saint Jean-Baptiste, il leur aurait fermé la bouclie par son témoignage. Que dire donc ? Que le baptême de Jean ne venait pas de Dieuf Ils n'osaient le dire devant le peuple qui le tenait pour un prophète. Nous n’en savons rien, disent-ils. £t moi, dit-il. Je ne cous dis pas non plus en quelle puissancej'agis*. Gens de mauvaise foi, qui n’osez ni avouer ni nier la mission de saint Jean-Baptiste, vous ne méritez pas que je vous réponde. Avouez, niez, pensez ce que vous voudrez : vous êtes confondus ; et il n’y a de parti pour vous que de vous taire. Il y en aurait un autre; ce serait de croire en Jésus : mais vous ne pouvez, pour les raisons et à la manière que nous verrons en son lieu.
Lisezicilepassageentierdesaint Jean, v.33: fous avezenüoyéàJean,et il a rendu témoignage a ta vérité. Pour moi ,Je ne reçois pas mon témoignage de l'homme; mais Je parle ainsi, vous allègue Jean à qui vous croyez, afin que cous soyez sauvés. Jean était tmjlambeau ardent et luisant, et, vous avez voulu vous réjouir pour unf>eude temps à sa lumière. Pour moi, j'ai un témoignage jilus grand que celui de Jean : les œuvres que mon
‘ Joun. V, 03. — » .VaUh. XXl, *5. — * Joan. v, 33. — ♦ .VufM- XXI, 20, 27.
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
Pire m'a donné le pouvoir de faire, renelent assez témoignage que c'est lui qui m'a envoyé
C'est ainsi qu'il se servait du t<imnignage de saint Jean-Baptiste , afin , dit-il , que rous soyez saucés, et pour vous convaincre par vous-nrfnies. Voila donc l’orgueil et l’hypocrisie de ces interrogateurs de mauvaise foi , confondue. Ils ne méritaient pas que le Sauveur leur dit davantage ce qu’il leur avait dit cent fois, et que cent fois ils n’avaieut pas voulu croire.
Que sera-ce au dernier jour, lorsque la vérité , manifestée dans toute sa force, nous confondra éternellement devant tout l'univers? Où ironsnous? hélas! où nous eacherons-nous ? Mais voyons comme Jésus confond les docteurs et les pontifes.
xxvir JOUR.
Parabole daa deux tila dûaobélasanla. Application aux chrétlena ISchea et tiédes et aux faux dévuia. Malth. xxl, 28,
Que vous semble de ceci : Vn homme avait deux fils * , etc. Cette parabole va convaincre les pontifes et les sénateurs d'une hypocrisie manifeste. I-e Fils de Lieu nous y marque deux caractères dans ces deux fils : l’un est celui d’une désobéissance manifeste; l'autre est celui d'une obéissance imparfaite, et plus apparente que solide ; et il se trouve que ce dernier est le plus mauvais.
Il y a des gens qui promettent tout , ou par faiblesM , parce qu'ils n’ont pas la hardiesse de résister en face, ou par légèreté, ou par tromperie. Us n’osent vous dire qu'iis ne veulent pas se corriger; et quoique peu résolus a vous obéir, ils vous disent ; Seigneur, je m'en rais: Ko, Domine. Ils vous appellent. Seigneur: ils ont un certain respect : ils sont en apparence prompts à obéir : ils ne disent pas : J'irai; mais. Je vais : vous diriez qu'il va marcher, et que tout est fait. Cependant il n'obéit pas, il ne bouge pas de sa place, ou parce qu'il vous veut tromper, ou, ce qui est pis, parce qu'il se trompe lui-méme , et se croit plus de volonté et plus de courage qu'il n'en a.
Il parait que ce caractère est manifestement le plus mauvais ; ces faibles résolutions , et cet extérieur de piété font qu'on s'imagine avoir de la religion, et on n'a point cette horreur de soi-méme et deson état, qui fait qu'ou le change. Mais pour celui qui tranche le mot: Je ne ceux pas: Nolo : comme il résiste è Dieu par une manifeste désoliéissance , et ne peut se llatter d'aucun bien , à la fin il a honte de soi-méme; et réveillé par son propre excès, il s'en repent : Poenitentia uotl’s, abiit : Touché de repentir, il obéit.
Notre-Seigneur fait voir aux pontifes que ce dernier caractère est le leur. Nourris dans la piété, ils ne parlent que de Dieu , que de religion , que de l'obéissanee qu'on doit à la loi ; et parce qu'ils en parlent souvent, ils .se croient assez gens de bien, et ne se corrigent jamais. C'est pourquoi Jésus- Christ leur parle de cette manière terrible : Ixs publicains et les femmes de mauvaise vie arrive- • J-xin. V, ï),at, .W.W . — > .Vallh. XXI, S8, 29, 30, 31
ront plutôt que vous dans le royuame de Dieu ' ; parce que, confus de leurs excès, ils en ont fait penitence à la voix de Jean : et vous, qui par vos lumières et la dignité de vos charges deviez donner l'exemple aux autres, non-seulement vous n'étes pas venus les premiers , comme on avait raison de l'attendre ; mais vous n'avez pas même su profiter de l'exemple des autres. Plus endurcis dans le crime que les publicains et les femmes de mauvaise vie, vous les avez vus se convertir sans en être touchés. Double enfoncement dans le crime : premier; ne faire pas mieux que de telles gens, et ne leur point donner l'exemple ; second; ne profiter pas même du leur.
Jean est venu dans la voie de la justice, sans autre marque de sa mission que sa vie sainte et austère ; et néanmoins les publicains et les femmes de mauvaise vie en ont été touchés '.Et vous qui avez vu Jésus-Christ, qui non-seulement marchait comme Jean dans la voie de la justice, puisqu'il a dit, non dans ledésert, mais dans le milieu du monde : Qui me reprendra de péché ^ f mais qui a fait de si grands miracles, qu'il y avait de quoi émouvoir les plus insensibles : vous, dis-je, qui l'avez vu et qui avez ouï sa voix, vous n'avez pas cru. Quelle est votre honte et quel sera votre supplice!
Vous, d prêtres, religieux et religieuses, dont la vie ne répond pas à votre état ; et vous tous , 6 gens de bien en apparence , dévots de profession , appliquez-vous cette parabole. Ne vous lasserezvous jamais de n’avoir qu'un vain titre de piété, à l'exemple des pharisiens , des pontifes et des sénateurs des Juifs? Rougissez, rougissez une bonne fois : humiliez-vous , confessez vos faiblesses, et les corrigez. C'est à vous que Jésus parle dans ce discours.
XXVIII' JOUR
Parabole des vlfuierona, prise de David et d'Iaale. Juste
punltton des Juifs : leur héritage transféré aux senUla ,
Matth. XXI, 33 , 46. .Varc. XII, I, 0. Luc. XX, 9, 19.
Écoutez encore cette parabole *. Dans la précédente parabole , Jésus avait fait sentir aux sénateurs , aux docteurs et aux pontifes , leur iniquité : il leur va faire avouer ici Icsupplicequ'ils méritent. Car il les convaincra si puissamment, qu’ils seront eux-mêmes contraints de prononcer leur sentence.
Écoutez encore cette ftarabole: c'est à nous qu’il parle aussi bien qu'aux Juifs : écoutons donc, et voyons, sous la plus claire et sous la pins simple figure qui fut jamais, toute l'histoire de l'Église.
Un pire de famille a planté une vigne. C’est ce que David avait chanté : J 'ous avez transplanté la vigne que vous aviez en ÉSgypte ; rous avez chassé les gentils de la terre de Chanaan, e? vous Tg avez plantée. Elle a pris racine, et a remj/li ta terre : son ombre a couvert tes montagnes, et ses branches se sont étendues sur les plus hauts cidres; elle a provigné jusqu'à la mer et jusqu'à TEuphrate^. Mais voici quelque chose déplus clair en Isaïe : Une
• ytntih. xxl, 31, 32. — * Ibid. 33. — * Jonn. VIII, 4C. — • KiUlb. XXI, 13. — P». , LXXIX, 9, 10, Il , 12
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
f'/ÿn? a été plantée pour mon bien-aimé, pour le Kils qui a été oint, pour le Christ ; il l'a faite du meilleur plant : il a élevé une tour au milieu, pour y lojter ceux qui la gardaient : il a bdti un pressoir Voilà les propres paroles de notre Sauveur.
Il a loué celte vigne à des vignerons ■ : il en a commis la culture aus pontifes , enfants d'Aaron , et aux docteurs de la loi.
Il a envoyé ses serviteurs, pour en recueillir les fruils J'ai envoyé , dit le .Seigneur < , mes serviteurs les prophètes, le soir et le matin, pour avertir et les princes, et les pontifes, et le peuple, qu'ils eussent à donner à Dieu le fruit qu'il attendait de la culture qu'il avait donnée à sa vigne par la loi et par les saintes Écritures. Au lieu d’écouter les prophètes, ils les ont persécutés, ils les ont massacrés *. Lequel des prophètes col pères n'ont-ils juin! per^ lécttte'/leurditsaint Étienne®. IL ont massacré ceux qui nous annonçaient l’arrivée du Juste, dont vous avez été tes Iraiires et les meurtriers. C'est justement ce que Jésus-Christ leur reproche dans la parabole. Après tous les prophètes, il a envoyé son Fils, Jésus-Christ lui-méine ; Us respecteront mon Fils. Il avait de quoi se faire respecter par sa doctrine admir.able et par ses miracles. Mais cependant ils l'ont traîné hors de la vigne, hors de Jérusalem, sur le Calvaire; et ils l'ont inhumainement tué par les mains de Ponce Pilate et des gentils. Admirez combien vivement Jésus les presse, comme il leur découvre ce qu'ils machinaient , ce qu'ils allaient accomplir dans deux jours. Ne devaient-ils pas être attendris? D'autant plus que le Sauveur leur mit leur crime si évidemment devant les yeux , que , leur ayant demandé ce que le père de famille ferait en cette occasion, ils avaientétécontraintsderépondre; Il punira ces méchants selon leur méchanceté, et il louera sa vigne à d'autres vignerons 7 ; ou comme il l'explique après ; Le royaume de Dieu vous sera ôlé , et sera donné à un peuple qui en rapportera les fruits •. C'est ce qui devait arriver bientôt; lorsque les apôtres leur dirent : U vous fallait premièrement annoncer la parole de Dieu; mais puisque vous la rejetez, et qtte vous vous jugez indignes de la vie étemelle, nous passons aux gentils : car c'est ainsi que le Seigneur nous l'a ordonné : Je t'ai établi pour éclairer les gentils ».
Voilà donc l’accomplissement de la parabole du Sauveur : le royaume de Dieu est ôté aux Juifs, et il est donné à un peuple qui en devait porter les fruits. Car les gentils entendant la déclaration que les apôtres flrent aux Juifs si hautement, se réjouirent , et glorifiaient la parole de Dieu : et tous ceux qui étaient préordonnés à la vie éternelle , crurent Ainsi les gentils portèrent les fruitsque Dieu avait attendu des Juifs, comme dit l'apôtre saint Paul ; Le prépuce est imputé à circoncision aux gentils qui gardent la loi; et il jugera les circoncis qui en soni prévaricateurs
' 7f. V, 1 . J. — ■ Mallh XXI, 33, — > Ibid. 34. — • Jrrem. IIXV, 16, «HV.S, 4. — • .Wall V XXIII, 34, 37. I.iir. XIII. ~>Jcl. vu. ta. Vnim. XXI. 41. — • Ibid. 4.1. —>.*(. 4UI, 40. 47. — '• Ibid. 48. — Itom. Il, 33, 30,37.
Ne trompons point l'atlentedu Sauveur: et puis que nous sommes cette nation qu'il a choisie pour porter les fruits de sa parole, fructifions en bonnes oeuvres. Les fruits de l'esprit sont la charité, la joie, la paix, la patience, la bénignité, la bonté, ta douceur, la foi, la modestie, ta chasteté, la tmpérance *. Voilà les fruits qu'il nous faut porter, et non pas les oeuvres de la chair qui fruetiOem à la mort : qui sont les impuretés, les impadicités, les querelles, les jalousies, les ivrogneries, la : débauches, et les autres que saint Paul raeonle dans le même lieu *. Autrement le royaume de Dieu nous sera ôté romme aux Juifs , et un autre refem notre couronne J. Car si Dieu n’a pas pardonné aux Juifs, qui étaient les branches naturelles de son olivier, il vous pardonnera encore moins >. Ce sera la la grande douleur des Juifs, de xoir entre les mains des gentils la couronne qui leur ét.iit destinée; lorsque, comme dit le Sauveur, ils verront venir les élus d'Orienl et d'OccidenI, pour .s'asseoir avec .tbraham , tsaac et Jacob, dans le royaume des cieu.r, et que les enfants du royaume seront chassés dans les ténèbres eilérieures. Là sera pleur et grincement de dents ^ Car on verra la place qu'on devait avoir, la couronne qu’on devait porter sur la tête; si réelle, qu’on verra actuellement cette place remplie par d'autres, et cette couronne sur une autre tête. Alors on pleurera sans fruit, et la rage sera poussée jusqu'au grincement de dents. Écoute, écoute, chrétien! Us ta destinée dans celle des Juifs : mais lis et écoute dans le cœur; et ne laisse pas tomber à terre une parabole si claire et si clairement expliquée.
O mon Dieu! vous me destinez cette couronne. Que je l’arrache promptement de vos mains : elle ne périra pas; car vous savez à qui la donner ; vous connaissez vos élus, et le nombre en sera complet, àicttez-moi au nombre de <œux qui ne perdent pas leur couronne.
XXIX' JOUR
Ce que c'est que rendre des fruits en son temps, et eette parole : L'htrilaye sera à mous. Alatth. ni, 41. More. in. 7.
Pesons en particulier cette parole : Qui rendront le fruit dans le temps «. Autre est le fruit de l'enfance, autre est celui de la jeunesse et de fâge plus avancé : autre est le fruit d’un qui commence; antre le fruit de celui qui est consommé dans la pieté ; autre le fruit d'une novice, autre celui d’une religieuse ; autre le fruit de la cléricature, autre celui da .sacerdoce, autre celui de l'épiscopat. Songez nonseulement au fruit, mais encore à la maturité qu'il doit avoir ; autrement le père de famille ne le recevra pas.
Pesons encore ceci ; L'héritage sera à nous 7. Cest l’indépendance qu’on cherche. Le prodigne veut qu’on lui donne son partage en pleine possession : il se lasse d'être en tutelle sous la conduite d’un bon père. En faisant mourir Jésus-Christ, les
' Cal. V. 32. — * Ibid. 18, 30. 21. — » .Ipoc. III, II. — *
XI, 21. — V .\fallb. viu. Il . 13. — s Ibid, xl. 11. — ' dm 111, 7
MÉDITATIFS SUR L'ÉVANGILE
pontifes s'iipagincrcnt qu'ils secoueraient un joug importun t et se déferaient d'une censure incommode. Qui désormais oserait troubler b domination qu’ils exerc^'aietU sur les consciences, et les pillages qu'ils faisaient sur ces prétextes? Mais la prudence de la chair est confondue même sur b terre, et ils perdirent, noii-seulciiient les fruits, mais jusqu'au fonds de l'hcritage qu'ils voulaient avoir. Leur puissance leur fut ôtée; leur ville, leur temple furent renversés : et les voilà l'opprobre éternel des nations.
XXX*^ JOUR
ATeusIcmrnl de» Juifs de méconnaître le Christ, qui est la pierre de l'angle qu'iU ont rejetev. Luc. xx, 1&, 2U.
/4 />t>u ne p/a/se .'dirent-ils. Ils avaient en horreur ce qu'ils faisaient. Ils étaient ceux qui , après avoir tue les prophètes, voulaient encore tuerie fils; et néanmoins quand on leur dit qu'ils le voulaient faire, ils s’écrient : .4 Dieu ne plaise ’ ! ne se connaissant pa.s eux-mémes, et ne voulant pas croire que celui qu'ils feraient mourir pdt être le Christ, nique sa mort ptU attirer b réprobation de b nation : car ils ne connaissaient pas que b contradiction et b souffrance était un des caractères du Messie dansson premier avènement. Mais le Sauveur leur ouvrait les yeux par deux prophéties : La pien’e qu'ils ont rejetée en bâtissant ^ est devenue la pierre de l'angle * , la pierre principale , le noeud et le fondement de tout l'édifice. Cette pierre principale était sans doute le Christ. Or cette pierre devait être rejetée. Le Christ devait donc être rejeté: par qui, sinon par ceux à qui il venait? Il n’y eut rien de merveilleux , qu’il ne fOt pas écouté ni reçu de ceux à qui il ne parlait pas, tels qu’étaient les gentils. Mais les Juifs qui devaient bâtir l’édifice spirituel, réprouvèrent celte pierre, qui devint par ce moyen la pierre de l'angle, qui unit dans un seul bâtiment les Juifs et les gentils. Et c’est ce qui nous a paru merveilleux ^ et un ouvrage que Dieu seul pouvait accomplir^.
Voici encore un passage d’un autre prophète , ou plutôt deux passages prononcés par le même esprit, et pour cela unis en un : Je poserai dans les fondements de Sion une pierre, une pierre choisie et éproucée\ une pierre angulaire, précieuse, fondée sur le fondement^, sur Dieu même. Kt celle pierre si précieuse et si importante pour construire l’édifice n’y sera pas mise sans contradiction. Car pour vous, ô enfants de Dieu, tirés des gentils selon les conseils de sa prédestination éternelle, ce vous sera une pierre de sanctification , semblable à celle sur laquelle Jacob avait dormi de ce sommeil mystérieux , et qu'ff sacra avec de C huile pour être fm monument de la gloire de Dieu Mais ce sera une pierre contre laquelle on se heurtera ; et une pierre de scandale aux deux maisoa* d’Israël, et qui les fera tomber : un piège et une ruiné aux habitants de Jérusalem : plusieurs s’y heurteront et seront brisés, et ils tomberont ; et Us seront pris
* /.HC.XX. 16. — * r#. CXVII. la. ‘ IS XXVIII,