COS
de r£vangile. Après avoir out qu'il se choisirait un autre peuple , il n'y avait rien de plus naturel que de rcci)erclier en soi-méme les causes les plus générales qui feraient abandonner les Juifs, et les moyens qu'il aurait pour remplir sa maison. C'est ce qu'il explique par la parabole suivante :
Le royaume des deux est semblable à un roi qui fait a son JHs un festin de noces Jésus-Christ était l'Kpoux de cette noce : Celui qui a l'épouse est l'éiHjuXt disait saint Jcan-Haptislc*, en parlant de j lui. C'est lui qui était venu pour épouser son Église, , la recueillir par son sang, la doter de son royaume, la faire entrer en société de sa gloire. Il fait un grand festin quand il donne sa sainte parole pour être la nourriture des âmes, et qu'il se donne lui-même à tout son peuple comme le pain de la vie éternelle.
H envoya ses serrileurs pour appeler aux noces ceux qui y élaieni conviés; mais ils refusèrent d'y venir. Il envoya encore d'antres serviteurs • avec ordre dedire : To\d est prêt, venez aux noces^. Ceux qui y étaient invités , et qui refusaient de venir, étaient les Juifs qu'il avertit par lui-rnéme , et qu'il lit avertir par ses apôtres que l'heure du festin | était venue, qu'ils vinssent promptement, ou qu'il en appellerait d'autres. Cela regardait les Juifs; mais cela nous regarde aussi. Nous sommes à pré* senties invités; et nous devons apprendre ce qui empêche les hommes de venir à ce celeste festin.
l.a cause la plus générale, c'est l'occupation et, pour ainsi dire, renchanteinenl des affaires du monde. Jésus ne rapporte pas les affaires extraordinaires qui surviennent dans la vie. C'est le train commun des affaires qui occupe et qui enchante les hommes, de manière qu'ils ne se donnent pas le loisir de penser à leur vocation , ni d’écouter Jésus- Christ qui les appelle à sou festin. Tous négligeaient sa parole ; T un allait à sa 7;ié/airic, Vautre à .von négoce, et personne ne l'écoutait. Quelques-uns prirent ses serviteurs; et après leur avoir fait toute sorte de mauvais traitements , ils les taèrent C’est en effet ce qui arriva au Sauveur. Les uns|ont résisté ouvertement à la prédication de l'Évangile; mais la cause la plus générale de le rejeter fut la négligence, neglexerunt, causée par l’occupation des affaires de la vie. Jésus-Christ avait déjà fait cette parabole en une autre occasion; et saint Luc, qui nous la rapporte, nous rapporte en même temps les vaines excuses de ceux qui ne venaient pas au festin. Les uns disaient : J'ai acheté une métairie; les autres : J'ai acheté des bœufs pour le labourage ; les autres : Je me suis marié Ceux-là ne méprisaient pas ouvertement la parole; mais, occupés des soins du monde , ils allaient et venaient, sans songer à rien qu'à leurs affaires. Ils ne disaient pas ; Je n’ai que faire de vous ni de votre festin; ils s'excusaient avec une espèce de respect. Je vous prie, disaient-ils, excusez-moi pour cette fois. C’était plutôt un délai qu'un refus : telle est la vie. On venait dire aux Juifs, aux Romains, à tout le inonde : Une grande chose est arrivée à Jérusalem ; la vérité s'y est manifestée,
» XXII, 2, — * Joan. iii, i9.—* MaUh. XMi, 3,4.
- * Ibid. 6, 6. — » Luc. XXVI, 10, 18, |8, 2U.
T et la voie a été ouverte pour le bonheur de la vie future. Que m'importe ? chaain passait son chemin , et allait à ses affaires; l’un à la ville, l'autre à la campagne : chacun avait son plaisir ou son petit I intérêt. Combien plus étaient enchantés ceux qui I n'étaient pas seulement occupés de leur domestique 1 comme les particuliers, mais qui atiacliés à ce qu'on ap(>elle les grandes affaires du monde ne disaient pas seulement : J'ai acheté une métairie, oaJ'aipris une femme ; mais. J’ai une province, j'ai une armée, j'ai une im|)ortante négociation, j’ai l'empire entier à conduire! Qui se souciait en cet état de ce qu'avait dit Jésus -Christ? ou qui se mettait en peine de s’en informer?
// en est ai fui arrivé aux jours de .Voé .* Ils mon geaient , il buvaient , ils se mariaient , ou ils mariaient leurs enfants les uns aux autres; et le rff luge vint tout à coup , lorsqu'on y jien.sait le nioinf . et ils y périrent tous, jéinsiaux Joursde Ijoth dans Sodome, Us mangeaient, ils buvaient, ils achetaient^ ils vendaient, Us plantaient, et itsbât'issaientiei tout d'un coup un autre déluge, un déluge de soufre etdefeu tomba du ciel, et ils périrent tous. Ainsi en sera-t'U dans les jours du Fils de VhommeK II ne dit pas : lis tuaient, ils pillaient, ils commettaient des adultères : l'occupation des affaires les plus innocentes suftit pour nous assourdir, pour nous aveugler, pour nous enchanter. II n'allegue pasnon plus les grandes affaires, les grands emplois, les grandes charges : les soins les plus ordinaires i sufüsent pour nous étourdir, et nous ôter tout le loisir de (>enser à nous ; et la mort vient toujours imprévue : et pendant qu'à In manière deces oiseaux niais, nous nous repaissons de ce qu’on présente pour nous amuser; le lacet vient tout à coup, nous sommes pris , et il n’y a plus moyen d'échapper. O pauvre nature humaine! ne faut-il qu’un si faible appât pour t’amuser? ne faut-il qu'un charme si faible pour t’endormir, une si faible occupation pour t'aveugler, et t'ôter le souvenir de Dieu et de ses tcrriblesjugements? Aucun de ceux qui sont invilés ne goûtera de mon repas * ; c’est la sentence du Juge. Si peu de chose les a détournés et déi^us! Où trouverons-nous des larmes pour déplorer notre aveuglement et notre faiblesse!
Telle est la parabole que Jésus-Christ avait faite, et qu’il trouva à propos de répéter peu de Jours avant sa mort. Il y ajouta pour les Juifs l'endroit qui les regardait, et les noires madiioations qu'ils faisaient entre eux pour le perdre. Quelques-uns firent mourir ses serviteurs qui les afh. pelaient au festin, et le roi en colère envoya set armées , et perdit ces meurtriers , et mit le feu a leur ville qui fui réduite en cendres Encore un coup , appliquons-nous tout. Qui conspire contre U justice , en quelque manière que ce soit, conspire contre Jésus-Christ ; qui opprime le pauvre, l’attaque : qui n’est pas avec lui , est contre lui : qui néglige ses commandements et les foule aux pieda» le crucifie, et tient son sang pour impur. Lisrt •
• /.Nr. XVII, 38, 37,28,29,30. XIV, 21. — *
XXM, 8 , 7.
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
TOUS en trouverez la sentence , aux Uébreux , vi , C ;
XXXll' JOUR.
Ln pauvrra et les Intirmes sont les ronviés au festin. Foreez-les d’entrer. Matlh- xxii , 8, 9. lue. xfv, 21 « 23.
I.ê festin est prtt : mais ceux qui y étaient incités n'en ont pas été jugés dignes. Où trouverat-on des convives? déliez slans les coins des rues , et amenei-moi tous ceux que cous trouverez ' ; les bons , les mauvais , les pauvres, les estropiés , tes aveugles et les boiteux *.... Je ne suis pas venu appeler les justes, mais Us péeheurs^. Les pharisiens et les docteurs de la loi , qui présumaient de leur justice , ont clé exclus : car ils se sont heurtés contre la pierre , et ils ont trébuché, ta venant à moi, non pointpar la foi, mais comme par Uurs œuvres * , et par leurs propres mérites : en recherchant, non point un médecin qui les guérit, et un sauveur qui les délivrât ; mais un flatteur qui applaudit à leur fausse vertu. Je n'en veux point : ils s'en iront vides, ceux qui viennent à moi comme pleins et comme riches par eux-mémes ; diviles dimisit inanes, comme chante la sainte Vierge Araenez-moi les premiers venus : s'ils sont vides, je les remplirai; s'ils sont pauvres, je leur ferai part de mes richesses ; je les redresserai , s'ils sont boiteux; je les éclairerai, s’ils sont aveugles; je leur ouvrirai l'oreille, s'ils sont sourds : c'est pour cela que je suis venu. Lisez-le dans saint Matthieu : Je suis venu, afin que ceux qui ne voient pas soient éclairés , et que ces superbes clairvoyants qui s’imaginent tout voir par eux-mémes, et sans ma lumière, soient aveuglés^. Venez, faibles; venez, pécheurs; ne rougi.ssez pas d'apporter ici vos pieds engourdis et vos membres tors ; la grâce de Jésus- Christ vous redressera.
Les ph.vrisiens ne se laissaient approcher que de ceux qu’ils croyaient justes; ils disaient : Ne me touchez pas, ne m'approchez pas : Si cetui-el était un prophète, il saurait que celle femme qui l'approche , et qui lui baise les pieds , est pécheresse * Mais il n'en était pas ainsi de Jésus-Christ et des apôtres ; ils amenaient au festin tous ceux qu’ils trouvaient, bons et mauvais ; les bons pour les confirmer, les mauvais pour les convertir : et c'est ainsi qu’ils remplirent la mai.son de Dieu.
Forcez-lesd' entrer >. S'il n'y avait pasdansla grâce une espèce de violence , Jésus-Christ ne dirait pas : Personne ne vient a moi que mon Père ne te lire, et encore : Quand j'aurai été enlevé de terre,' je tirerai tout a moi 9.
Les prédicateurs de l'Évangile doivent user au dehors d'une espèce de force : Pressez, priez, reprenez, corrigez, non-seulement avec toute patience et toute doctrine, mais encore avec tout empire : parlez à propos , et hors de propos : ne souffrez pas qu'on vous méprise Cette force est salutaire, et la faiblesse humaine en a besoin.
' Sfatlh. xxn , s, 9. — » Lue. xrv . 2f . — ' Malth. ix. 13.
— ‘Rum. Il,.31,33. — > /.Vf. I, 53. — • .Vullh. Xl. 5. I5;xv, 30, 31. Luc. IV, IS. Joun. IX, 39. — ’ Lue. VII. 39. — • Ihid. XIV, sa. —*Joan. VI, V*; XII,. 32. — ‘•II. Ton. iv, 2. 7Vr.ll,l5. Bosserr. — voue iii-
Tes fidèles, grands et petits, se doivent servir du pouvoir qu'ils ont, avec prudence toutefois et modération, pour réprimer les scandales, et abattre le règne de l'iniquité. Les hommes veulent quelquefois être forcés , et une douce violence prépare les esprits à écouter.
Enfin forcez-vous vous-méme : n'agissez point mollement : employez tout pour dompter votrecorps rebelle, et vous engager dans la voie étroite; en sorte, s'il se peut, que vous ne puissiez reculer.
XXXIll' JOUR.
Robe nupUsIc, le fc»lln est prêt ; préptratloQ à U Mlnte FeUCharUUe : noce* spirUuftIrt.
Prenez garde, Matth. xxii, aux )?. Il , 12, ta, 14. N'y a-t-il donc qu'a entrer dans le festin dès qu'on y est appelé , et la vocation fait-elle tout ? Gardez-vous bien de le croire. Le Roi va entrer dans la salle du banquet , et celui qui n'aura pas l'habit nuptial sera honteusement chassé. On appelait anciennement l'habit nuptial une sorte de parure qucdevalent avoir ceux qui accompagnaient l'époux et l'épouse, lorsque celle-ci passait de la maison paternelle en celle de l'époux. Il fallait , pour honorer la solennité , être paré d’une certaine manière : et on portait cet habit magnifique dans le festin nuptial. De là vient que le Fils de Dieu , qui prend ses comparaisons des usages les plus solennels et les plus connus de la vie humaine , allègue ici l’habit nuptial , pour ex . pliquer les ornements intérieurs qu'il faut apporter à son banquet.
Ces ornements sont, premièrement, l’innocence et la sainteté baptismale. On donnait autrefois l’eucharistie incontinent après le baptême. Il fallait toujours en conserver la grâce : et il ne faut point douter que la sainteté baptismale ne soit la disposition, et, pour ainsi dire, la parure naturelle qu’il fallait toujours apporter au festin de l'Époux. Mais la parabole du Prodigue nous fait voir que les grands pécheurs, qui ont été assez malheureux pour déchoir de leur innocence, et souiller celle robe blanche qu'on leur avait donnée dans le baptême, ne laissent pas d'être admis au b.3nquct du père de famille, après qu'il leur a fait rendre leur première robe : Apportez , dit-il ' , sa première robe, et l'en revêtez ; rendez-lui la grâce qu’il a perdue : et mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers à ses pieds ; et amenez le veau gras et le tuez: mangeons et faisons borne chère. Venez donc , âmes innocentes ; venez du baptême à la sainte table ; venez, vous êtes lavées; le festin nuptial vous est préparé; et non-seulement le festin , mais encore le lit nuptial : car toute âme lavée de cette sorte est épouse , et le fils du roi s'unit à elle. Mais je ne vous bannis pas de ce festin, ô pécheurs , ô épouses infidèles , qui avez manqué à la foi donnée! revenez, revenez, et je vous recevrai , dit le Seigneur : vous rentrerez au festin ; mais pourvu que vous ayez repris votre première robe, et que vous portiez dans l’anneau qu'on vous met au doigt la marque de l'union où le Verbe divin entre avec vous.
■ Lue XV, 22,23.
MÉDITATIONS SUI\ L ÉVANGII.E.
Apportons donc riniioccnce et la sainteté à la table de l'ÉfKiux. C’est riminortelle parure que nous demande celui qui est en même temps l'époux., le convive et la victime immolée, qu'on nous donne à manger dans le festin. Autrement nous serions ces pourceaux devant qui on jetterait des perles et des pierreries.
l.es riches habits sont une marque de joie : et il est juste de se réjouir à la table du roi, lorsqu'il célèbre les noces de son lils avec les ;lmes saintes; lorsqu'il leur en donne le corps, pour en jouir, et <|u'elles deviennent un même corps et un même esprit avec lui parla communion ('jircequi s’ap|K’lle ici le festin nuptial est .aussi en un autre sens la consommation (lu mariage sacré, oii l’Église et toute âme sainte s'unit à l’Époux corps à corps , coeur à cœur, esprit à esprit, et où s'accomplit celte parole ; Çiii me mange n'rra pour moi’. Venez donc avec vos habits les plus riches : venez avec toutes les vertus; venez avec une joie digne du festin qu'on vous fait et de la viande immortelle qu’on vous donne : Ce pain est le pain du ciel . ce pain est un pain riranl qui donne ta vie au monde’, t enez, mes amis, maïujez et buvez ; enicrez-vous , mes héschers, de ce vint, qui transporte l'âme , et lui fait goûter par avance les plaisirs des anges.
Si nous étions toujours avec l'Époux, il n’y aurait pour nous que de l.a joie. .Mais écoutons ce qu'il dit lui-même : t.es amis de t' Époux ; les enfants des noces, comme on les appelaitdans la langue sainte; ceux qui sont conviés au banquet nuptial , ne peuvent pas jeûner et s'affliger pendant que l’Époux est avec eux • le temps viendra que l'Epoux leur sera ôté, ils s’affligpront et ils jeûneront dans ces joursi. Nous sommes maintenant dans ces jours. Nous ne sommes point dans ces jours où l'on entendait sur la terre la voix de l’Éipoux céleste, qui faisait dire .à saint Jean-Baptiste : t.'ami de l'E/toux se réjouit d'une grande joie , a cause de la voix de l'Époux qu’il entend. Cette joie, poursuit-il, s’accom/)/it en moi Nous iiesommes plusdans ce temps : Jésus e.st retourné à celui qui l'a envoyé, et l'hipoux ne parait plus parmi nous. Nous ne voyons plus ce jour qu'Abraham et tous les prophètes avaient désiré; l'Kipoux a disparu : la nuée nous l'a enlevé, et il ne nous reste plus qu'à crier nuit et jour avec l'épouse : Itecenez, revenez, mon hien aimé^ . Nous devons donc apporter au festin royal une joie mêlée (le trist((sse. L’habit nuptial riche et magnilique par la grâce de la sainteté, ou conservée, ou rendue, doit tenir quelque chose du deuil. Il faut jeûner, il faut s'afiliger dans le festin nuptial en la forme où nous avons à Iccélébrer. Car le festin que noiis célébrons est la commémoration de la mort de l'Éipoux. Revêtons-nous donc d'un deuil spirituel à ce festin : apportons-y le jeûne et la mortiücation des sens : c’est ce que nous signilie le jeûne du carême, par lequel nous nous préparons au festin pascal.
I.’Église jeûnait autrefois toutes les sem.aines deux ou trois fois, en mémoire de la douleur que la re-
' Jnun. VI , 68. — • Ihid. al, aa, 41 . r,i. — ^ Cont. v, i. — * .VallA. IX, 15. — ’ Joan. III, 29. — * Cant. II, 17.
traite de l'Éipoux lui avait causée. Le vendredi, qui était le jour de sa mort; le .samedi, r,ui était le jour de sa sépulture, étaient de ces jours ennsarresau jeûne. L'alisliiience nous en reste, pour marque de rabslineiiec où nous devons vivre durant l'alisenre de f Époux, en renonçant àlajoie,etannomyintsa mort jusqu'à ce qu'il vienne. C'est peut-être une des raisons qui nous obligent à ne manger pas avant la communion : c'est ui^spècc de jeûne que nous célébrons par ce moyen; il faut entendre parla (|u’il se faut (iréparer au pain de vie, en nous refusant toute autre nourriture, et en cessant délivré selon les sens. Ainsi la mortiGratiou des sens doit faire une des parties de notre habit nuptial; et il faut se mortiiier pour célébrer la mort du Sauveur.