JOUR
(anisullalion fr.imiulniw. il decixlon pWiie <|e mervrilli. el de veriUi : Rendi-z n César ce gui es! a César, et a Blea
rc qui est a Dieu. .Vans. XIII, is, 22. Varc. XII 13 iv
ii/i. XX, 20 , 20. ’ ’
Considérons avant toutes choses le caractère de ceux qui viennent consulter le Sauveur. Saint Luc les appelle des hommes artificieux, propres à dresser des embdehes, i.vsiniAToaES, selon le grec et selon le latin, et il ajoute : qui contrefaisaient les gens de bien ’. Tout homme qui consulte fait l'homme de bien; car il fait semblant de chercher la vérité; mais sous ce bel extérieur on cache souvent beaucoup d'artifice , on tend des pièges aux autres, comme ici on en tendait au .Sauveur- on en tend jusqu'à soi-même; et il n'y a rien qui soit plus mêlé de fraude que les consultations, parce que chacun veut qu'on lui «qionde selon sa passion.
Ceux que saint Luc a désignés par ce caractère général étaient, selon saint .Matthieu et selon saint Marc, les pharisiens, dont la malice et riivpocrisie est bien connue , et les liérodiens. Ces derniers étaient des politiques, qui faisaient profession d'honorer la mémoire du grand llérode, ce politique raffiné qui , pour avoir rebâti le temple avec une magnificence presque semblable à celle de Salomon, et pour avoir établi en quelque manière le royaume de Judée, fort faible et fort appauvri devant lui, avait paru si grand aux Juifs, dont il professait la religion, que quelques-uns voulurent le prendre pour le Messie. Les politiques et les hypocrites s'en, tendent fort bien ensemble ; et les voilà qui conspirent jtour surprendre te Sauveur.
Ils commencent par la flatterie : car c'est par la que l'aneommeuce toujours, lorsqu'on veut tromper quelqu'un : .llattre, nous savons que vous êtes véritable, et que vous enseignez la voie de Dieu en toute sincérité, sans vous mettre en peine de qui
que ce soit; car vous ne prenez pas garde a la personne des hommes *. C'est ainsi qu'on pique d’honneur les hommes vains, pour les faire parler hardiment et sans mesure , et leur faire des ennemis. I.a matière était délicate, puisqu'il s'agissait du gouvernement : et c'est l'endroit où l'on a toujours tendu le plus de pièges aux serviteurs do Dieu, qui, parce qu'ils sont simples et sans ambition, sont réputés par les gens du monde avoir moins d'égard pour les puissances. .Mais Jésus-Christ leur fait bien voir que sans prétendre aux emplois publies, on sait connaître l’endroit par où il les faut respecter.
Est-il permis de payer le tribu! à Cé.sar Le peuple juif s’éUiit nourri dans cette pensée , qu’il ne pouvait pas être assujetti à des infidèles. Les Romains avaient occupé la Judée, et avaient même réuni à leur empire une grande partie du royaume qu’ils avaient donné autrefois à llérode et à sa famille; Jérusalem était elle-même dans cette sujétion, et il y avait un gouverneur qui commandait au nom de César, et faisait payer les tributs qu'on lui devait. Si Jésus edt décidé contre le tribut. Us le
' Lui IX . 20. — • ytauh. XXII , IS — ’ Hnt! 7.
SI
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
eiî
livraient aus$Hôt y comme dit saint Luc \ entre les mains du youverneur; et s’il disait qu'il fallait payer, ils le décrieraient parmi le peuple comme un Hatteur des gentils et de l'empire infidèle. Mais il leur ferme la bouche : premièrement , en leur faisant voir qu'il connaissait leur malice; secondement, |>ar une réponse qui ne leur laisse aucune réplique.
Hy}iocrües , pourquoi me tentez>rous •? Hypo^ crites : vous faites paraître un faux zèle pour la liberté du peuple de Dieu contre l'empire infidèle ; et vous couvrez de ce beau prétexte le dessein de perdre un innocent : mais donnez-moi la pièce d'argent dont oti paye le tribut * ; je ne veux que cela pour vous confondre.
De qui est cette image et cet te inscription? De César*. Vous voilà donc convaincus de la possession où était César de la puissance publiqne, et de votre propre acquiescement, et de celui de tout le peU' pie. Qu’avez*vous donc à répondre.’ Si vous reconnaissez César pour votre prince; si vous vous servez de sa monnaie, et que son image intervienne dans tous vos contrats, en sorte qu'il soit constant que vous faites sous son autorité tout le commerce de la vie humaine, pouvez-vous vous exempter des charges publiques , et refuser à César la reconnaissance qu’on doit naturellement à la puissance légitime pour la protection qu'on en reçoit? Rendez doncaCésarcequiestàCésar Reconnaissez son empreinte; payez-lui ce qui lui est dd; payez-le, dis-je, par cette monnaie à qui lui seul donne cours : ou renoncez au commerce, et en même temps au repos public, ou reconnaissez celui par qui vous en jouissez.
F.t à Dieu ce qui est à Dieu. Par cette parole, il fait deux choses : In première, c’est qu’il décide que se soumettre aux ordres publics c'est se soumettre à l’ordre de Dieu, qui établit lesempire.s;la seconde, c’est qu’il renferme les ordres publics dans leurs bornes légitimes. J César ce qui est a César : car Dieu même l’ordonne ainsi pour le bien des choses humaines; mais en même temps, à DieUy ce qui est a Dieu : son culte, et l'obéiss;ince à la loi qu'il vous a donnée. Car voilà ce qu'il se réserve; et il a laissé tout le reste à la dispensation du gouvernement public. «
Il épuise la difficulté par cette réponse; et nonseulement il répond au cas qu’ils lui proposaient, parun principe certain dont ils ne pouvaient disconvenir, mais encore il prévient l’objection secrète qu’on lui pouvait faire : si vous ordonnez d’obéir sans bornes à un prince ennemi de la vérité, que deviendra la religion? Mais cette difficulté ne subsiste plus, puisqu'en rendant à César ce que Dieu a mis sous son ressort ; en même temps il réserve à Dieu ce que Dieu s’est réservé; c’esl-à-dire la religion et la conscience. Ft iis s'en altèrent confus : et ils admirèrent sa réponse^ y où il réglait tout ensemble et les peuples et les césars, sans que personne pdt se plaindre.
' IX, — » XXIt. rS. — * /fric/. 19. — «/fric/.
SO, il. — 5 /frirf. XXII , il. — tbid. îa.
XXXVD JOUR.
Injustice do« Juif» envm Jé&»*-Chri.«t. JtHui ealomnW, primé par la puluanre publique, en maintlrat Paotoritr. fiatth. xxit, iS, 33. Marc, xii, 13, 17. Luc. x,30.M.
Un peu de réflexion sur l’injustice des homisés.
Ils admirèrent Jésus, et sentirent bien qu'ils ne pouvaient l'accuser ni devant le gouverneur, ni devant le peuple*. Mais se convertissent-üs, et cessent-ils de le vouloir perdre? Au contraire, plus ils sont convaincus , et moins iis ont de raison à lui opposer, plus ils lui opposent de fureur.
En apparence ils font les zélés pour la liberté du peuple de Dieu, et contre l'empire infidèle; puisqu’ils osent même demander avis sur le tribut qu'on lui doit. Mais ceux-là même qui font paraître ce faut zèle, dans trois jours crieront à Pilate : Si tous sauvez cet homme, vous n’étes pasamide César*.
Bien plus, voici un des chefs de l'accusation : .Yotu avons trouvé cet homme qui empêchait de payer te tribut à César Cétait précisément tout le contraire , comme on vient de voir par sa réponse.
Qui peut empêcher la calomnie, si une réponse u nette ne l'a pu faire? Il ne reste qu’à la souffrir, si Dieu le permet , et à savoir se contenter de son innocence.
Maiscavons encore plus avant dans le cœur humain , et apprenons à en bien connaître l'injustW. Ceux qui font ici les zélés contre l'empire infidrlr y vont avoir recours contre Jésus-Christ , et ils en useront de même contre ses disciples. S'agit-il dr flatter le peuple, César ne peut rien. S’agit-il dé faire mourir leurs ennemis. César peut tout. 1^ hommes ne trouvent juste que leurs passions : tMit est bon pour les satisfaire; et on veut même y faire servir la puissance publique , qui est établie pour les réprimer.
Au reste, jamais réponse ne vint plus à propos que celle de Jésus-Christ; jamais instruction ne fut plus nécessaire au peuple juif dans la conjoncture et la disposition où il était. Ce peuple s'entr^ tenait dans un esprit de révolte qui éclata bienidt après, et en causa la ruine. Les pharisiens et les faux zélés fomentaient secrètement ces mauvaiîes dispositions. Mais Jésus-Clirist, toujours plein dé vérité et de grâce , ne veut point partir de ce monde sans les avoir bien instruits sur ce qu'ils devaiént au prince, et sans prévenir la rébellion dans laquelie toute la nation devait périr.
Il savait aussi que ses fidèles devaient être persécutés par les césars, dont même l’autoritéet le non devaient dans deuxjours intervenir dans le supplice qu'un lui préparait. Jésus ne l’ignorait pas, puisque même il l'avait prédit, et qu’une des choses qu'S avait marquées en prédisant son supplice, c'est qu'ü i serait livré aux gentils. U Fils de l'homme , dit-il. sera ticré aux gentils pour en être outrage tfo' geilé*y erwf/ïé. Il savait aussi qu’on ferait le roên»e traitement à ses apôtres, et que les Juifs tes titreraient aux gentils aussi bien que lui, /es traisaut devant les tribunaux et devant tous les princes^'
' Lue. XX , 26. — * Joan. xix , 11. — * Luc. xxiM. J-"*
* XX, IS, 19. — « Ibid. X, 17, 18.
by Cîooÿlb
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
en haine de son Évanj^iU. Mais quoiqu'il sût toutes Cfsclioses, il fait justice aux princesses persécuteurs : il maintient leur autorité dont il devait être opprimé, lui et son Église : et il apprend en même temps à ses disciples de demeurer comme lui sans aigreur, et en toute soumission envers les Puissances, en se livrant, à son exemple, comme ditsaint Pierre ' , à celui qui le Jugeait uniquement.
Kenous plaignons donc jamais du gouvernement ni de la justice, quand même nous croirions en être opprimés injustement. ^lais imitons le Sauveur; et conservant à Dieu ce qui est à lui , c'est-àdire , la pureté de nos consciences , rendons de iwn coeur à tous les hommes, et même aux juges iniques, si le easy échoit, et à nos plus grands ennemis ce qui leur est dd. C'est ce qu'il faudrait faire quand ils auraient tort , à plus forte raison quand ils ne l'ont pas, et que notre seule passion excite nos plaintes.
XXXVll' JOUR.
Rrfleiiom sur cet paroles : De qui esteetU imaÿe.*he chré-
U(*n est l'Image de Dieu. Il doit Tivre de la vie de Dieu. ■ MffUh. xaii, ao.
De qui es! celte image et celte inscription’? Quittons la monnaie publique et l'image de César ; chrétien, tourne tes yeux sur toi-même. De qui es-tu l'image, et de qui portes-tu le nom? O Dieu! vous nous avez faits à votre image et ressemblance. / ous êtes en nous, ô Seigneur ! comme dans votre temple, et cotre saint nom a élé invoqué sur nous >. <) Pere, Fils, et Saiiit-Fisprit ! nous avons été baptises en votre nom , votre empreinte est sur nous, votre image, que vous aviez mise au dedans de nous en nous créant , y a été réparée par le baptême. Ame raisonnable, faiteà l'image de Dieu, chrétien renouvelé par sa grâce, reconnais ton auteur, et à l'image que tu portes, apprends à qui tu es.
Connaitre Dieu, aimer Dieu, s'estimer heureux par là, c'est ce qui s’appelle dans saint Paul ta rie de Dieu, dont tes gentils étaient éloignés dans leur ignoranceet l’aveuglement de leur cœur *. Car c'est |iar là que nous entendons que Dieu même est heureux , parce qu'il se connaît et s'aime lui-même : et lorsque nous l’imitons, en nous estimant heureux par sa connaissance et son amour, nous vivons de la vie de Dieu.
Que 1a connaissance de Dieu ne soit pas en nous une simple curiosité, ni une sèche méditation de ses perfections ; qu’elle tende à établir en nous son saint amour : nous vivrons de la vie de Dieu , et nous rétablirons en nous son image.
Unissons-nous à la vie de Dieu , à la connaissance et à l'amour qu'il a pour lui-même : lui seul se connaît et s'aime dignement. Unissons-nous autant que nous pouvons à l’incompréhensible connaissance qu'il a de lui -même; et consentons de tout notre coeur aux louanges dont il est digne , que lui seul connaît : nous vivrons de sa vie , et son image sera parfaite en nous.
Tout ce que nous connaissons de Dieu, trans-
' J. PcI. II. 23. — ' .V.iM* XVII , 20, — ’Jeirm XIV, 5 — l'S’/V IV, IS.
portons-leen nous. Nous connaissons sa miséricorde, ce n'est pas assez; imprimons ce trait en nousmêmes : Ht soyons miséricordieux comme nuire Père céleste est miséricordieux ' . Nous admirons sa perfection : ce n'est pas assez; imitons-la. Noyés , /Mr/ai/j,dilleSauveur*, comwie votre père céleste est parfait.
Pour se faire connaitre à nous d'une manière sensible et proportionnée à notre nature , Dieu nous a envoyé son Fils, dont l'exemple est notre règle. Imilons-lc donc ; Apprenons de lui qu 'il est dune et qu'il est humble^-, rendons-nous semblables à lui. et nous serons semblables à Dieu, et nous vivrons de sa vie, et son image sera rétablie en nous; et nous parviendrons à la vie où nous lui serons tout a fait semblables, parce que nous le verrons, tel qu'il est*.
Rendons-nous donc de vrais enfants de Dieu, en portant l'image, et en faisant les œuvres de notre Père. Ne faisons donc point les œuvres du diable, de peur que nous n'entendions la dure sentence que Jésus-Christ prononi^a aux Juifs : t ous (tes les enfants du diable, et vous coulez faire ses oeuvres : il est matin, envieux, calomniateur, menteur et père du mensonge, cruel et homicide dés le commencement*. Il inspire la sensualité, il enflamme la concupiscence , alin de faire servir l’esprit à le cliair, et effacer en nous l’image de Dieu.
XXXVIII' JOUR
Sur ces paroles, o Pieu ce qui est à Pieu. .Vatth. xxil, 20.
et Dieu ce qui est à Dieu*. Si une image pouvait sentir, s’il lui venait un esprit de vie et d’intelligence, elle ne cesserait de se rapporter elle-même à son original. Trait à trait, partie à partie, membre à membre, elle irait sans cesse se réunissant à lui. Si elle pouvait conn, vitre qu'il lui manquât quelque teait, elle irait, pour ainsi parler, continuelle. ment l'emprunter. .S’il s’en effaçait quelqu’un, elle n'aurait point de repos jusqu’à ce qu’il fdt rétabli ; et si elle y pouvait contribuer, ce serait là toute son étude et tout son travail. Nuit et jour elle ne serait occupée que du désir de lui ressembler : car c’est là son être. Elle n'aurait point d'autre gloire que celle de le faire connaître , elle ne pourrait souffrir qu'oii terminât son amour en elle; mais elle ferait tout passer à son original, surtout si son original était en même temps son auteur, parce quelle lui devrait l'être en deux manières. Elle le devrait à sa main et à son art qui l’aurait formée; elle le devrait à sa forme primitive et originale, dont toute sa ressemblance serait dérivée , et ne subsisterait que par ce double emprunt.
.Si les portraits do nos peintres étaient aniiiu-s, ils seraient étrangement partagés entre le peintre qui est leur auteur, et le roi ou quelque autre objet qui est leur modèle, et qu'ils ont à représenter. Car à qui aller? Je suis tout à celui qui m'a fait, et il n’y a trait que je ne lui doive. Je suis tout à celui que je
' Luc. VI. M. — ’ Mullh. V, VS. — ’ store, xl, 25. -. * l. Jeun. 111,2. — * Juan, vm 4V. — ‘ MoUh. XXM, 21,
MÉDITATIONS SUR L ÉVANGILE
représente, et il n'v a trait que je ne lui doive d'une autre manière. La pauvre image, pour ainsi dire,
SC mettrait en pièces, et ne saurait a qui se donner, étant attirée des deu* côtés avec une égale force. Mois en nous les deux forces concourent ensemble. Celui qui nous a faits nous a faits à sa ressemblance , il est notre original et notre principe. Quel effort ne devons-nous donc pas faire pour nous réunir à lui!
Qui peut représenter Dieu , si ce n’est lui-raéme.* Lui seul se connaît. C’est lui qui nous a faits, ce n’est pas un autre; il nous a faits é sa rcascinblance , et nous lui devons doublement tout ce que nous sommes jusqu’au moindre trait. Nous ne pouvons donc ni nous reposer ni nous gloriüer en nousmêmes. A Dieuce qui est o Dieu. C’est notre gloire , c’est notre enseigne, c’est notre vie. Notre étude et notre travail est de lui ressembler de plus en plus; de faire tout pour lui , et de lui rapporter sans cesse tout ce que nous sommes.
Voyes le Fils de Dieu : il est la parfaite image du Père, son verbe, son intelligence, sa sagesse, te caractère de sa substance , et le rejaillissement de sa glaire '. Mais que fait-il sur la terre? Rien , dit-il , que ce qu'il voit Jaire à son Père : rien de lui-même . rien pour lui-même : Il ne /ait que ce que son Père lui découvre : et tout ce que te Père fait, non-seutemenl te Fils le /ait aussi , mais encore il te /ait semblablement', avec la même dignité et la même perfection que lui, parce qu’il est le Fils unique. Dieu de Dieu, parfait du parfait. Tel i est le devoir ou plutôt telle est la nature de l'image. Nous, qui ne sommes pas l’image et la ressemblance même , mais qui sommes faits à l’image et ressemblance; c’est-à-dire, qui ne sommes pas l’image engendrée du sèiii et de la substance du père , mais un ouvrage tiré du néant où il a gravé son image, nous devons à notre manière imparfaite et faible imiter notre modèle, qui est Jésus- Christ, et toujours attentifs à son exemple, faire ce que Dieu nous montrera, ne nous étudier à autre chose qu'à y conformer nos désirs. A Dieu ce qui est à Dieu, c’est la vérité : venons à la pratique.
XXXIX' JOUR
Terrible puniUoD des corropUun de l’image de Dieu.
Mallh. XXII , 20.
Cette image , qui est notre âme , et toute cré.ature raisonnable repassera un jour par les mains et devant les yeux de Jésus-Christ. Il dira encore une fois en nous regardant : De qui est cette image et cette inscription ’ ? F.t notre fond lui répondra : De Dieu. C’est pour lui que nous étions faits : nous devions porter son empreinte. Le baptême la devait avoir réparée, et c'était là son effet et son caractère, àlais que sont devenus ces divins traits que nous devions porter? L’image de Dieu devait être dans ,1a raison, ô âme chrétienne ! toi , tu l’as noyée dans le vin. Toi, tu as trouvé rette ivresse indigne et
' Ikbf. 1,3.—* Jvan. V, 10. et wqq. — > MnUh. x&ii, 20.
grossière ; mais tu t’es enivree d'une autre sorte encore plus dangereuse et plus longue lorsque tu t’es plongée dans l'amour des plaisirs. Toi, tu l’as livrée à l’ambition. Toi, tu l'as rendue captive de l’or : ce qui était mie idolâtrie'. Toi, tu l’as sacriliée à ton ventre dont tu as /ait ton Dieu'. Parlons avec conUancc quand nous parlons arec l’Écriture. Toi, tu lui as fait une idole de la vaine gloire; au lieu de louer et de bénir Dieu nuit et jour; nuit et jour elle s’est louée et admirée ellemême. En vérité, en vérité, dira le Sauveqr, Je ne vous connais pas > : vous n’êtes pas mon ouvrage , et je ne vois plus en vous ce que j’y ai mis. Vous avez voulu vous faire vous-mêmes à votre mode : vous êtes l’ouvrage du plaisir et de l'ambition; vous êtes l'ouvrage du diable, dont vous avei fait les œuvres, que vous avez fait votre père ru l’imitant. Allez avec celu j qui vous connait , et dont vous avez suivi les suggestions : Allez au /eu éternel qui lui a été préparé*'. 0 juste juge! où en seraije? Me connaîtrai-je moi-même, après que mon Créateur m’aura méconnu?
XLe JOUR.
Question des sadducèens sur la femme qui a eu sept marll l'un après l'autre. Jisus-Cbrist dèlacbe le cbrètlra de tout le sensible. Lisez .Vatih. xzii , 23, 31. .Wdre. lU, Is, 10, et plus particuliérement Luc. xx , 37, Jusqu'au tu , oa tout est expliqué plus au long.
Voici le jour des interrogations , mais le jour des résolutions les plus admirables que la sagesse incarnée ait données aux hommes.
Ce Jour-là les saducéens qui nient la résurrection , le vinrent trouver, et lui proposèrent use question , en lui disant ; Maitre , Moïse a ordonai que si quelqu'un mourait sans enfants, son /rire épousât sa /ernme , et qu'il suscitât des en/anls a son/rére mort. Or il g avait sept /réres parmi nous, dont le premier, ayant épousé une/emme, est mort, et n'ayant point eu efen/ants, italaisst sa/emme à son /rére. La même chose arriea au second, et au troisième, à tous tes autres jusqu'au septième. En/in cette /emme est morte aussi apres eux tous. Lors donc que larésurrection arrirera', duquel de ces sept seraA-elte /emme, puisqu'ils l'ont tous eue^?
Moise nous a commandé... Voyez comme crut qui errent cherchent toujours à s’appuyer sur les Ecritures , et font semblant de vouloir obéir à la loi.
De qui des sept sera-t-elle /emme, car elle l'a éléde tousî II faut encore ajouter, selon saint .Marc et selon saint Luc , qu'ellen'a point laissé d’en fasis au septième, non plus qu'aux autres : de sorte qu'il n’y a rien qui détermine en sa faveur.
De qui sera-t-ette /emme? Admirez combien les hommes .sont charnels. Ils ne peuvent comprendre une vie ni une félicité sans les objets qui llalteiil les sens , et sans les choses corporelles auxquelles ils sont accoutumés. Ainsi ils n’enteodeot pas coo-
' F.ph. V. 3. — ' Philipp. III , 10. — * Anith. xxr. IL — a laid. — ' Ibid. x\n , 23 cl suiv. Luc. xx , 17.el suO
/ xioqgU:
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
meiU les saints sont heureux. Toute cette vie in> («rporeUe leur parait un songe, une vision des siæculatifs, une oisiveté impossible à soutenir. Si 011 ne va, si on ne vient, comme en cette vie; si on n'y contente les sens à l'ordinaire, ils ne savent ce qu’on peut faire, et ne croient pas qu'on puisse vivre. C’est pourquoi une telle vie ne les louche fias; et la croyant im|>ossible, ils croient que tout meurt avec le corps. Tels étaient parmi les païens les disciples d’Épicure. Tels étaient les sadducéens dans le peuple de Dieu. Tels sont encore parmi nous les impies et les libertins qui ne connaissent que la vie dos sens. Ils sont pires que lessaddu* céens : car ceux-ci se piquaient d’étre zélateurs de la loi; Pt nos impies n’ont aucun principe.
t ous vous trompez C'est ain.si qu'il faut par* 1er à ce.s gens qui mesurent tout à leurs sens cliar* nels et grossieH : vous vous trompez. Quelle erreur plus grande que de suivre toujours les sens , sans songer qu'il y a en nous un homme intérieur, et une âme que Dieu a faite à son image.’ C’est pourquoi Jésus-Christ leur dit encore à la lîn, selon saint Marc : / ous vous trompez donc beaucoup'.
fous cous ti'omjiez y faute d'entendre les Ecritures et ta puissafice de C'est la source de
toutes les erreurs. On ne veut point entendre que Dieu puisse faire des choses au-dessus du sens et du raisonnement humain , ni autre chose que ce qu on voit. C'est |K>urqiioi on n'cnteml pas les Écritures, parce que, pour ne vouloir pas étendre ses vues sur l’immensité de la puissance de Dieu , on abaisse les Écritures à des sens proportionnés à notre faiblesse. On ne veut croire ni incarnation, ni eurharistle, ni réjurrection , ni ^ien de ce que J>ieu peut, et de ce qu'il veut bien faire pour l'amour de ses serviteurs. Ainsi les sadducéens ne voulaient pas croire, ni qu’il püt conserver l'âme sans le corps , ni qu'il pdt l'y réunir de nouveau , ni qu’il le lui piU retire avec de plus nobles qualités qu’en cette vie, ni enfîn donnera l'homme d’autres plaisirs que ceux qu’il a coutume de sentir.
Datis ce siècle y les hommes jyrennent des femmes, et les femmes prennenl des maris : mais dans la résurrection, ou comme il est porté dans saint Luc 4, parmi ceux gui seront Jugés dignes du siècle à venir et de ressusciter des morts ; ni les /tommes ne prendront des femmes , ni les J'emmes des maris ; et ils seront immortels , égaux aux anges de Dieu dans le ciel. Ainsi, pour conserver un tel peuple, il ne faudra ni de génération ni de mariage ; et on n'en aura non plus besoin pour les hommes que pour les anges. Tout ce qui est établi pour .soutenir la mortalité cessera : rhommesera renouvelé dans son corp.s et dans sonâme ; nous serons enfants de Dieu , parce que nous serons enfants de résurrection^ : ce ne sera plus de la chair et du sang que nous naîtrons comme en cette vie : il n’y aura plus rien de corruptible. Avec une nouvelle naissance Dieu donnera à nos cor{» de nouvelles qualités, et nous se-
• Matth. XXII. 29. — * Mare, xii, 27. — * Matlh. xxii, 39- — 4 Luc. XV . 31 . 35. — ^ Ibid. 36.