‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 214 sur 273 · W»SIET. — TOME III · texte numérisé non relu

W»SIET. — TOME III

assez par lui-même, et il ne faut point d’autre loi que lui-même pour son exercice. Il faut l’exercer toutes les fois qu'on dit le Pater; puisque SI on l’entend, et qu'on le dise en esprit /on ne le peut dire sans aimer.

Rien ne manque dans cette divine oraison • amour de Dieu et celui du prochain, où réside accomplissement de la loi, y sont accomplis dans leur perfection.

On demandera pourquoi Jésus-Christ ne nous v fait pas parler de lui-même , ni prier en son nom comme il l’ordonne si souvent ailleurs. Mais pouvait-on plus prier par lui, et en son nom, que de dire la prière qu'il nous dicte par sa parôle, et qu’il nous inspire par son esprit.* Pouvons-nous seulement nommer notre Père sans songer au Fils unique, à qui nous sommes unis par celte nouvelle qualité?

Je m’en vais, dit-il, à mon Père, et à votre Père’. Il nest pas fils comme nous, c'est pourquoi il use de cette distinction; à mon Père et à votre Père. C'est le premier qui a droit de dire - Mon Père ; parce qu’il est le fils par nature : c'est en lui et par lui que nous l’avons, parce que nous sommes faits en lui enfants d'adoption. Cétait donc aussi à lui à nous apprendre, comme il fait dans cette admirable oraison, à appeler Dieu notre Père. Cesl en envoyant en nous l’esprit de son Fils, que Dieu même nous fait dire : .dbba : Père *. Cest donc en toutes façons, et au dedans et au dehors, qu’il nous forme à parler à Dieu comme ses enfants. Aimons le Père en Jésus- Christ son Fils unique, par leur esprit qui est en nous. Aimons aussi tous ceux qui sont appelés à la même grâce, et qui peuvent dire comme nous dans le même esprit : \otre Père. Ainsi toute la Trinité sera adorée et aimée; la fraternité chrétienne sera exercée : et en disant de bon cœur dans le Saint-Esprit ce seul mol, .\otre Père, nous accomplirons toute justice.

Ul' JOUR.

Jnus-Cliriat, Médlalmir, Dieu, Roi . Pontife. Vallh XXII, «l,«t.

Quoique ce qui était dd à Jésus-Christ fiit compris dans le précepte de l'amour de Dieu, puisqu'il est un même Dieu avec son Père et le Saint-Esprit : néanmoins il nous fallait encore expliquer ee qui était dd à Jésus-Christ, en tant que Christ, médiateur et lien de l'amour de Dieu envers nous, et de nous envers Dieu; et c’est ce qu’il fait encore avant que de mourir, de la manière la plus authentique qu’on pdt souhaiter; puisque c’est en nous expliquant la plus célèbre prophétie du règne du Christ , publiée par la bouche de David qui en devait être le père.

Puiqu’une des qualités par laquelle le Christ devait être le plus connu, était celle de fils de David, il était beau que ce fdt David qui nous apprit à le connaître.

Qu'il est beau que le Christ ait été vu de ses peres !

* JiMtn. \x, 17. — > iïow VHP, 15. Cnl. iv,

MI'DITATIONS SUR L'ÉVANGILE

<r A liraliani , t/ui a ni son jour, cl qui s'en est réjoui' : de David, qui, ravi de ses grandeurs, quoiqu'il ddt flre son fils, l'arait ap/>eléson Seigneur *.

Comiiieen Abraham étaieiitdonnécs les promesses de la multiplication des fidèles de Jésus-Christ : en David étaient données celles de son empire éternel. Puisque Dieu lui avait promis en David , un trône qui durerait plus que le soleil et la lune ’ : il était beau que David , à qui ce trône était promis en ligure de Jésus-Christ , filt le premier à reconnaître son empire, en l'appelant son .Seigneur. ieAeiipieur a dit à mon Seigneur*. Comme s'il eôt dit : kn apparence c'est à moi à qui Dieu promet un empire qui n'aura point de fin : mais en vérité c'est à vous, 6 mon Fils, qui êtes aussi mon Seigneur, qu'il est donné ; et je viens en esprit le premier de tous vos sujets, vous rendre hommage dans votre trône, à la droite de votre Père, comme à mon souverain Seigneur. C'est pourquoi il ne dit pas en général : Le Seigneur a dit au Seigneur; niais, àniott Seigneur.

.S'il est le fils de David , comment Vappetlet u son Seigneur ‘ Il voulait par là leur faire lever les yeux à une plus haute naissance de Jésus-Christ, selon laquelle il n'est pas Fils de David , mais Fils unique de Dieu : et ils n'avaient qu'à continuer le psaume, pour trouver cette naissance éternelle, puisque Dieu môme parle ainsi dans la suite : Je vous al engendré de mon sein devant t aurore , dans tes splendeurs des saints «.

Devant l’aurore ; devant que cette lumière qui se couche, et qui se leve tous les jours, eût commencé à paraître, il y avait une lumière éternello qui fait la félicité des saints ; c'est dans cette lumière étemelle que je vous ai engendré.

Je vous adore , ô Jésus, mon Seigneur ! dans cette immense et éternelle lumière. Je vous adore comme la lumière qui illumine tout homme venant au monde T, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu.

Quelle joie de voir Jésus-Christ nous expliquant lui-méme les prophéties qui le regardent , et nous apprenant- par là comme il faut entendre toutes les autres I

Tout ce que nous devons à Jésus-Christ nous est montré dans ce psaume. Nous le voyons premièrement comme Dieu; et nous disons : C'est ici notre Dieu, et il n'y en a point d’autre. Car s’il c.st engendré, il est Fils : s'il est Fils, il est de même nature que son Père; s'il est de môme nature que son Père, il est Dieu, et un seul Dieu avec son Père ; car rien n'est plus de la nature de Dieu que son unité.

Il est roi. Je le vois en esprit assis dans un trône. Où est ce trône? A la droite de Dieu : le pouvait-on placer en plus haut lieu? Tout relève de ce trône : tout ce qui relève de Dieu et de l'empire du ciel , y est soumis : voilà son empire.

Mais cet empire est sacré : c'e.st un s.n-erdocc, et un sacerdoce établi avec serment; ce qui n’avait

■ Jtu)u. viu. raï. — V Ps. as. t. Ps. tvwvm, sn. — *p,. tix , I. — V ,u.u/A. vvn, vt- — ‘ Ps. cix , a. — ' Jium. i, a.

-jamais été. Dieu voulant par une déclaration plus particulière de sa volonté, nous marquer la siogularité de ce sacerdoce : Dieu jure , et il ne s'en repentira jamais. Il n’y aura point de changement à cette promesse : le sacerdoce de Jésus-Christ est éternel : fous êtes ponti/e à jamais séton Contre de Melchisédech '. Vous n’avez ni commencement ni fin : ce n'est point un sacerdoce qui vienne de vos ancêtres, ni qui doive passer à vos descendants. Votre sacerdoce ne passe point en d'autres mains : il y aura sous vous des sacrificateurs et des prêtres ; mais qui seront vos vicaires , et non point vos successeurs. Vous célébrez pour nous un office et une fête éternellement, à la droite de votre Père. Vous lui montrez sans cesse les cicatrices des plaies qui l'apaisent, et nous sauvent. Vous lui offrez noi prières; vous intercédez pour nos fautes; vous nous bénissez, vous nous consacrez. Du plus haut des cieiix vous baptisez vos enfants ; voua changez des dons terrestres en votre corps et en votre sang ; vous remettez les péchés ; vous envoyez votre Saint-Esprit; vous consacrez vos ministres; vous faites tout ce qu'ils font en votre nom. Quand nous naissons, vous nous lavez d'une eau céleste; quand nous mourons, vous nous soutenez par une onction confortative : nos maux deviennent des remèdes, et notre mort un passage à la véritable vie. O Dieu! ô Roi! ô Pontife! je m’unis à vous en toutes ces augustes qualités; je me soumets à votre divinité, à votre empire, à votre sacerdoce , que j’honorerai humblement et avec foi , dans la persooné de ceux par qui il vous plaît de l'exercer sur la terre.

Tous vos ennemis, ô mon Roil doivent être Cescabeau de vos pieds ‘.Ils seront réduits ; ils seront vaincus ; ils seront forcés à baiser vos' pas, et la poussière où vous aurez marché. Qu'attendonsnous? Mettons-nous volontairement sous les pieds de ce roi vainqueur, de peur qu'on ne nous y mette par force; de peur qu'il ne dise du haut de son trône ? Pour ceux qui n'ont pas roidu que je régnasse sur eux, qu'on les fasse mourir à mes yeux*-, devant ma vérité, devant ma justice éternelle. C.ar ce sera leur juste supplice, que la justice et la vérité les condamneront à jamais; et ce sera la mort éternelle.

dsseyez-vous en attendant dans votre trône, ô Roi de p.Unre\ jusqu’à ce que le temps vienne de mettre tous vos ennemis à vos pieds * ; c'est-à-dire.

I demeurez dans le ciel, jiis(|u’à ce que vous en v^ ' niez .encore une fois, pour juger les vivants et les 1 morts. C’est précisément ce que nous disons tous les jours dans le symbole : Il est assis à la droite de Dieu ; d’où il viendra juger tes virants et les morts. Alors donc il en sortira pour les venir juger. Mais il retournera bientôt prendre sa place avec tous

les prédestinés qui ne feront qu’un avec lui; et il I donnera à Dieu ce royaume entier, tout le peuple I sauvé ; c'est-à-dire le chef et les membres t Pt Dieu ; sera tout en tous

• Ps. cix. *. Heb. V, 6 ; vil, 17.—’ Ibiii. cix , l- I. Ci-r. Vï,

; ». Ilfb. I, 13; I, la. — > Luc. XIX. 27. — * Ps. CIV. 1. I. fer ' XV. 2I>. — * Iblil. 28.

MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE

En attendant, il ne laissera pas d’exercer son i empire sur la terre : il brisera la Ute des rois : on Néron, unDomitien attaqueront son Église; mais il brisera leur tête superbe. Un Dioclétien, un Maximien, un Galère, un Maxiniin tourmenteront les fidèles : mais il les dégradera , il les perdra , il les frappera d’une plaie irrémédiable, comme il lit un Antiochus. Un Julien l’Apostat lui déclarera la guerre ; mais il périra d’une main inconnue, peutêtre par celle d’un ange , certainement par un coup ordonné de Dieu. Tremblez donc, ô rois, ennemis de son Église! Jfais tous, petit troupeau, ne craignez rien • : votre Roi mettra à ses pieds tous vos ennemis, fussent-ils les plus puissants de tous les rois.

Il boira du torrent dans la voie. Il boira le calice de sa passion; mais ensuite il élèvera la tète’. Buvons avec lui les afflictions, les humiliations, la péniteuce, la pauvreté, les maladies. Buvons de ce torrent avec courage ; que ce torrent ne nous entraîne pas, ne nous abatte pas, ne nous abîme pas, comme le reste des hommes. Alors nous lèverons la tête : les têtes orgueilleuses seront brisées ; nous le venons de voir : mais les têtes humiliées par un abaissement volontaire seront exaltées avec Jésus-Christ.

Et personne n'osa l'interroger Aveugles!

parce que la lumière venait trop claire à leurs yeux, ils n’osaient plus l’interroger. Il fallait l’interroger, non par un esprit superbe et contentieux, mais pour être instruit. Venez donc; interrogez; profitez du temps : il ne sera plus guère avec vous. La lumière n'est plus arec vous que pour peu de temps: Marchez, interrogez, pendant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous environnent ■■ celui qui est dans les ténèbres ne sait ail il va*.

Mais nous, pour qui Jésus-Christ ne s’en va p.as , ne cessons de l’interroger, et de consulter sa vérité éternelle , pour le connaître, et pour nous connaître, /tpprochons-nous de lui, et soyons illuminés ‘ : fussions - nous dans les ombres de la mort ; écoutons l’apdtre, qui nous dit ; O vous qui dormez parmi les morts ! sortez de cotre tombeau, et Jésus - Christ vous éclairera Amen, Amen.

LUI' JOUR

chaire de Molae : Ch.vlre de Jésus-Chrlat et des Apdtres.

JUatth. xxill, 1,3. 3.

Après avoir confondu les pharisiens et les docteurs de la loi par ses réponses , il commence h découvrir au peuple leur hypocrisie, pour deux raisons : la première , alin que le peuple filt prémuni contre leurs artifices , puisque ce devait être là le plus grand obstacle à leur foi ; la seconde, pour l’instruction des maîtres et des docteurs de l'Église , afin qu’ils évitassent soigneusement cette bvpocrisie pharisaïque, qui avait fait une si grande

' luc.xo 33. — r Pi. Clx. 7. — ’ VffIM. XVII, 15 Ml , 35.-1 Pi. XX XIII, fi. — 5 Ephn. v, II.

opposition à l’Évangile , et avait mis à la fin le FiU de Dieu sur la croix. Le Sauveur ne devait pas sortir de ce monde, sans y laisser une instruction si essentielle.

Alors donc, après avoir confondu tous les docteurs de la loi et les pharisiens, Jésus s’adressa aux troupes que ces hypocrites séduisaient, afin de le.x détromper; et à ses disciples, de peur qu’ils n’en suivissent un jour les mauvais exemples; et leur parla en cette sorte : Les docteurs de la loi et tes pharisiens sont assis sur la chaire de Moise • ; et le reste; où il fait trois choses : 1. il établit leur autorité ; 2. il en déclare l’abus ; 3. il en prédit le cliêtiment.

Arrêtons-nous ici, et préparons-nous seulement à bien profiter du diseours de Notre-Seigneur, en sorte que nous soyons véritablement purgés du pharisaïsme ; conformément à cette parole du Sauveur : Donnez-vous de garde du levain des pharisiens, qui est l’hypocrisie >. Uélas! hélas! qu’il n’est que trop passé de ce levain jusqu’à nous I Nous l’allons voir.

Jésus-Christ parle aux troupes et à ses disciples, au peuple et aux docteurs. Que chacun soit attentif, et prenne ce qui lui convient dans cette instruction.

La première chose qui est à observer dans le sermon de Notre-Seigneur, c’est qu'ayant à découvrir les abus et les corruptions qui étaient en vogue dans la synagogue et dans ses docteurs , il commence par établip l'autorité de leur ministère, de la manière du monde la plus forte. Car autrement, en reprenant les abus , on en introduirait un plus grand que tous les autres ; qui serait de se retirer de la société, et de mépriser le ministère qui est de Dieu , à cause des vices de ceux qui l’exercent. Le docteur du genre humain ne voulait pas sortir du monde sans établir ce fondement , qui est le remède à tous les schismes futurs : et on ne peut pas l’établir avec plus de force.

Les docteurs de la loi et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse *. Assis pour enseigner . ils en ont l’autorité. Sur la chaire de Moïse- Il n’y avait rien de plus grand pour l’anden peuple , que d’être assis sur la chaire du législateur ; de celui que Dieu avait établi alors , pour être le médiateur entre lui et son peuple, comme l’appelle saint Paul *. C’est sur cette chaire que sont assis les docteurs de la loi et les pharisiens : ils représentent ces soixantedix sénateurs qui partagèrent l’esprit de Moïse, pour juger le peuple.

A près avoir établi leur autorité sur celle de Moise, il conclut : Cardez donc, et faites tout ce qu'ils vous diront Il attribue clairement à la synagogue une vérité infaillible; en sorte qu'il fallait tenir pour certain tout ce qui avait passé en dogme constant de la synagogue. Car il ne donne à personnels droit de juger au-dessus d’elle; et le partage du peuple est l’obéissance ; Gardez , et faites.

Songeons donc à l’autorité que doivent avoir les docteurs de l'CgIise clirclit nne; puisqu'ils sont assis , non pas sur la chaire de Moïse , mais sur cette

' Matth. XXIII, a, a. — ' ibid. XVI, s. t.ur. XII. I. — > XXIII, a. — ' 1,‘flf. ni, 13. - I v/alIA. XXIII , a.

lu.

MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

Cllt

de Jêius-Chnst , et des apôtres • \ et qu’ils y sont établis avec une promesse bien plus authentique, que les docteurs delà synagogue, puisque la syna* gogue devait passer, et n'avait que des promesses temporelles : au lieu qu'il a été dit à l’Kglise : Je suis avec vous jusqu'à la Jin des siècles*.

Cardez donc , et faites ce qu’ils vous diront. Mais parceque l'assistance qui leur est promise pour bien enseigner en corps, n'empéche pas la corruption qui peut être dans les mœurs des particuliers, et même la plupart , il ajoute : .Mais ne./ailes pas selon leurs œurres : car Us disent et ne font pas Prenez donc bien garde à vos docteurs, lis n’oseront vous décider que ce qui a passé en dogme certain de la synagogue; et, s’ils ne le font, ils seront redressés par l'autorité de la chaire , par toute l'unité de la synagogue. Mais la discipline pourra être si corrompue, qu'on ne réprimera pas les mauvaises mœurs: l'avarice, l'hypocrisie, les conduites particulières de ceux qui chercheront leur intérêt, sous couleur de religion. Ainsi, en faisant ce qu’ils disent, ne faites pas ce qu’ils font prene: garde^ comme disait saint Augustin, qu’en cueillant la bonne doctrine comme une fleur parmi les épines , vous ne vous laissiez écorcher la main par le mauvais exempte

Voilà l'abrégé de l'instruction du Sauveur. Il s’expliquera davantage dans la suite. Arrêtons-nous ici rt considérons la merveilleuse conduite de Dieu, qui gouvernera tellement le corps des docteurs, qu'ils soutiendront les saintes maximes plus qu'ils ne les pratiqueront; et qu’ils ne passeront pas leur corru{>tion en dogme : le dogme ayant par lui-inénie une racine si forte, qu'il se soutient comme de soi.

Jésus-Christ nous prémunit donc contre les scandales qui ne seront jamais plus grands, que lorsqu'on les verra dans les docteurs et dans les pasteurs. Et il veut que nous apprenions à honorer le ministère, même dans des mains indignes : parce que l'indignité des ministres est de leur fait particulier, et le ministère est de Dieu.

LIV JOUR

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