I.'mitorilit (le U aynagogne nKxiniiuc et rnvunmanüée par
JcKua-Chrisl daiia le tempa même quVllc coujure coiilrt*
lui. Mntth. XXIII , 1,2,3.
Il y a ici quelque chose d'étonnnnt : car Jésus- Christ savait bien que la synagogueTnllait condamner dans trois jours, lorsque le conseil assemblé chez le souverain pontife, déciderait : Il est coupable de mort y parce qu’il s’était dit le Christ cl teCUsde Dieu'*. Et la confession de la vérité lui fut impuU^ a blasphème. Et cependant il établit son autorité avec les paroles les plus fortes qu'on pouvait imaginer : tant il est , en tout et partout , juste et véritable.
Mais ne semblerait-il pas ici qu'il parlerait contre lui-même, et qu’il induirait le peuple à erreur.^ Faites ce qu'ils cous disent. Rejetez donc le Christ t car ils vous le diront bientôt.
' Il, 2«. — » XXVin, 20.— » Ibid, wiv , ~
4 St-rm. \i.xi. in Ezfcfi. n. 22. rt Srrm CiXVvii. devrrb. Ev dtMit. n. 13. — * St-ttih. xxTi, flfl.
Bien plus : Ils avaient déjà conspiré entre eux, que si quelqu'un confessait qu'il fût le Christ » U fàt excommunié t et chassé de ta synagogue lit sanguinaire conseil avait déjà été tenu, et il y avait été décidé qu'il fallait que Jésus mourût. Et il semble que la synagogue était déjà réprouvée. Comment donc en parler encore d’une manière si authentique, et lui donner l'autorité de la vraie Église? 0 Seigneur! pourquoi parlez-vous en cette sorte? Que ne déclarez-vous plutôt à toute la synagogue qu'elk était réprouvée? Frappons, cherchons, demaadoos.
LV' JOUR
L'autorité de la sjnasogua cesse à la desInicUon du temple.
et du peuple de Dieu. Immobilité de l'Eglise cbrélieoDe
En cherchant donc soigneusement dans l’Écriture, je trouve que la synagogue ne devait être absolument réprouvée, qu’après qu’elle aurait actuellement fait mourir Jésus-Christ. Bien plus , Dieu U voulait encore attendre, jusqu'à ce qu'elle eût méprisé te grand signe qu'il lui devait envoyer, pour reconnaître le Christ, qui était celui de sa résurrection. Cette race infidete cherche un signe, et il ne lui en sera point donné d'autre f que le signe de Jonas le prophète; et le reste ».
Ce n’était pas assez que le Christ fiU rmsuscité; il fallait que sa résurrection fiU publiée, et que U pénitence edt été prêchée en son nom, en commençant p.ir Jérusalem : ce qui ne se commença qu'à b Pentecôte.
Ce n'était pas encore assez : car les apôtres ne se séparent pas encore de la communion du reste du peuple; et quoiqu’ils fissent déjà un corps à part avec leurs disciples, ils allaient au temple comme les autres, et iis étaient re^^usà y rendre le même culte. (]ar encore qu’ils s’assemblassent dans la galerie de Salomon, et que personne n’osât se joindre à eus; néanmoins le peuple les glorifiait^, et on ne les avait pas publiquement excommuniés.
On peut donc voir maintenant que ce qui est dit en saint Jean , qu'ils avaient conspiré entre eux de chasser de la synagogue ceux qui reconnaitraient Jésus pour Christ 4 , était plutôt une eonspiraliun secrète, qu'un décret public. 11 en étaitde mémedu ; dessein de le faire mourir. Et en effet , tant s'en faut que les apôtres fussent excommuniés et exclus du temple; Jésus-Christ lui-même y prêchait, y ordonnait, y était re<^, consulté, écouté de tout le monde. FU tout ce qu'on fit après contre les apôtres par voie de fait , ne faisait pas qu'ils fussent privés du culte public, ni qu’eux-mêmes s’en séparassent, comme on vient de voir. C’était un temps d'attente, où plu- .sieurs gens de bien , qui pouvaient n'avoir pas vu les miracles de Jé.sus-Christ, demeuraient comme m suspens. On venait cependant de toutes les villes a Jérusalem, pour y apporter les malades aux apôtres : on les exposait à l’ombre de saint Pierre'* \ et la svmagogue, quoique déjà sur le penchant de sa ruine, n’avait pas encore pris absolument son parti.
' Joan. It, 22.— 10.— 3 ,4ct. T. I* ,
— * Jonm. IX , 22. — » .4ct. v, ID , 10.
r.'jst une chose admirable , comme Dieu la sup portait en patience, et combien de formalités et de dénonciations, pour ainsi dire, il pratique, avant que de répudier entièrement cette épouse infidcle. Il semble que lorsqu'elle en vint à répandre le sang de saint Etienne, elle eût rompu tout à fait avec Dieu , et Dieu avec elle. Mais non ; car l’infidélité de la ville de Jérusalem n’empéchait pas que les Juifs de la dispersion n’écoutassent encore les apôtres. Ils entraient dans les synagogues où on leur offrait la parole , comme on faisait à des frères et à de vrais Juifs. On écoutait paisiblement ce qu’ils disaient de Jésus, et on les invitait à en parler encore une autre fois dans l’assemblée suivante. Et le samedi étant venu, toute la ville accourut pour entendre la parole de Dieu de leur bouche. Alors les Juifs s’émurent , et contraignirent les apôtres à leur déclarer qu’ils allaient porter aux gentils la parole qu’ils refusaient de recevoir : ce qui était une espèce de rupture, puisque les apôtres s'en allèrent, secouant contre eux la poussière de leurs pieds. Voihi ce qui arriva i Antioche de Pisidie '.
Mais la rupture n'était pas encore universelle ; car ils continuaient à entrer dans les autres synagogues à leur ordinaire , et on leur y offrait encore la parole ». Ils allaient aussi comme les autres à la prière commune dans l’oratoire destiné à cet usage’. Saint Paul parla paisiblement dans la synagogue à Thessalonirpie durant trois samedis consécutifs t. II était écouté, et parlait aussi à Corinthe tous les samedis prêchant toujours le Seigneur Jésus dans ses discours ; et ne s’en retirait que lorsqu’il voyait leurs blasphèmes manifestes , leur dénonçant toujours qu'ils allaient aux gentils , qui était comme le signal de la rupture : saint Paul demeurant pourtant toujours auprès de la synagogue, sans doute
Pour la fréquenter à son ordinaire, autant qu'on y recevrait
Ce qui se passa à Éphèse sent un peu plus la rupture : car saint Paul y ayant prêché trois mois durant dans la synagogue avec une pleine liberté, le blasphème de quelques-uns qui entraînèrent les autres, flt qu'il sépara ses disciples, et continua ses discours dans l'école d'un certain , nommé Tyran 7. Mais ce n'était rien moins encore qu’une rupture absolue avec la synapgue, puisqu’après tout cela le même saint Paul, étant arrivé à Jérusalem, parle conseil de saint Jacques et de tous les prêtres, se joignit à quatre fidèles qui avaient fait un vœu, et, se sanctifiant avec eux , entra dans le temple, où ils offrirent leurs oblations , et accomplirent leur vœu , en témoignage de leur communion avec le service du temple, et te peuple qui le fréquentait*, qui par conséquent n’était pas encore manifestement réprouvé. Et pour pousser tout d’un coup la chose jusqu à la fin des Actes, les Juifs que saint Paul trouva à Rome , lui déclarèrent que les Jréres de Judee, contents alors de l'avoir chassé du pays, ne leur araient rien écrit , ni rien /ait dire contre
‘ AH. XIII, 5 cl raiv. — » nu. 15. —l AH. XVI, 13, 10.
— ' AH. XVII, 1. — • AH. XVIII, «. — • Jl/id. 7. — ■ Ibiil. XIX, 8, 9. — »/6lrf. XXI, 3.1 et xuiv.
lui. Ce qui fit qu’ils l’écoutèreut encore un jour entier, depuis le malin jusqu’au soir '.
Pendant ce temps-lù les gentils venaient en foule à 1 figlise, qui se formait tous les jours de plus csi plus. La persécution s’éleva de tous côtés à l’instiplion des Juifs qui allaient partout pour animer les gentils . jusqu'à ce qu’ils excitèrent .Néron à cette première et grande persécution où les deux apôtres saint Pierre et saint Paul moururent. Ce fut là comme le terme fatal marqué à la synagogue ; car elle avait pris alors universellement parti contre les fidèles. Les apôtres, en allant au supplice, leur dénoncèrent le châtiment qui leur allait arriver. Dieu semblait les avoir attendus jusque-là en patience et leur avoir donné tout ce temps-là pour faire pénitence du déicide commis en la personne du Fils de Dieu. Mais enfin, n’ayant écoulé ni lui, ni ceux qu’il leur envoyait pour les obliger à se repenlir. il lam a le dernier coup, où l’on sait que la cité sainte fut mise en feu avec son temple, avec toutes les marques de la dernière extermination que Daniel avait prédite. Ce fut alors que le peuple juif cessa absolument d'être peuple, conformément à ce qu’avait dit le même prophète : tt il ne sera plus le peuple de Dieu ».
On voit donc l’état de l’Église dans cet intervalle. L’Eglise chrétienne commençait par la prédication de la vérité que Jésus-Christ et ses apôtres établirent par tant de miracles , et surtout par celui de la résurrection de Jésus-Christ : qui était qu’il le fallait reconnaître (mur le vrai Christ. Alors cependant la synagogue n’éteit pas encore entièrement répudiée, ni n’avait pas tout à fait perdu le titre d'Eglise ! puisque les apôtres communiquaient encore”avec elle à son temple et à son service, ti’était comme un temps d'attente, durant lequel se faisait la publication de l'Evangile. Il y en avait alors qui, peut-être, n’ayant pas vu par eux-mêmes les miracles de Jésus Christ et de ses apôtres, et ne sachant encore que penser, voyant aussi qu'il se remuait dans le monde
quelque chose d’extraordinaire, demeuraient comme
en suspens , attendant du temps le dernier éclaircissement, et disant comme Gamaliel : .Vi ce conseil n'est pas de Dieu , il se dissi/tera de lui-méme ; s’il est de IMeu , cous ne jmurrez pas le dissiper >. Ceux qui demeuraient dans cette attente, dociles a recevoir la vérité quand elle serait entièrement notifiée pouvaient encore être sauvés, comme leurs prédécesseurs, en la foi du Christ à venir; parce que encore qu’il fût arrivé, la promulgation de sa venue n’avait pas encore été faite jusqu’au point que Dieu avait marqué, et après laquelle il ne voulait plus tolérer ceux qui n’ajouteraient pas une Coi entière à l’Évangile. En attendant, l'Eglise judaïque demeurait encore en état. Le Fils de Dieu lui donnait toujours la même autorité qu'elle avait, pour soutenir et instruire les enfants de Dieu; ne dérogeant la créance, que dans le point que Dieu avait révéle par tant de miracles. Car la croyance qu'il donnait par ces miracles à l'Eglise chrétienne ne dérogeait
' .gi-l. xxvill, 21 , 33. — • /Jan. n,it.—‘AH \. .w.a*.
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
qu’à c«t égard à la foi de l'Eglise judaïque. L’Eglise chrétienne naissait encore, et se formait dans le sein de l'Église judaïque, et n’était pas encore entièrement enfantée, ni séparée de ce sein maternel. L’était comme deux parties de la même Église, dont l’une plus éclairée répandait peu à peu la lumière sur l'autre. Ceux qui résistaient ouvertement et opiiiidtrément à la lumière , périssaient dans leur infidélité;ceux qui demeuraient comme en supens,on ittendant le plein jour, disposés à le recevoir aussitôt qu’il leur apparaîtrait, se sauvaient à la faveur de la foi au Christ futur, à la manière qu'on a vue; la synagogue leur servait encore de mère, et tenait encore la chaire de Moïse jusqu’à un certain point. Qu’on demandât : Quel Dieu faut-il croire? les docteurs de la loi vous répondaient : lîelui d’Abrahain, qui a fait le ciel et la terre. Que faut-il faire pour son culte, et qu’en ordonne Moïse? Telle et telle cliose. Faut-il attendre un Christ? ■Sans doute. Où doit-il naître? en Bethléem ■ , tout d'une voix. De qui doit-il être fils? De David, sans hésiter *. Mais ce Christ, est-ce Jésus? Dieu le déclarait ouvertement; et on n’avait pas besoin à cet ligard de l'autorité de la synagogue : car il s’élevait une autorité au-dessus dq la sienne, qu il n y avait pas moyen de méconnaître absolument. Ceux qui attendaient néanmoins ce que le temps devait faire, pour la déclarer davanUge, et qui se gardai^t en attendant , à l'exemple d’un Gamaliel , de participer aux complota des Juifs contre Jésus-Christ et ses apôtres, faisaient ce que disait le Sauveur : Faites ce qu'ils disent; suivez ce qui a passé en dogme constant : mais ne faites pas ce qu'ils font. Ne sacrifiez pas le juste à la passion et à l’intérêt de vos docteurs corrompus. L’autorité naissante de l’Église chrétienne suffit pour vous en empêcher. La- synagogue elle-même n’a pas encore pris parti en corps, puisqu’elle écoute tous les jours les apôtres de Jésus-Christ, et demeure comme en attente; Dieu le permettant ainsi , pour ne laisser pas tomber tout a éoup dans la synagogue le titre d’Église , et pour donner le loisir à l’Eglise clirétienne de se former peu à peu. La synagogue s’aveugle à naesure que la lumière croît : les enfants de Dieu se séparent. La lumière est-elle venue à son plein, par la destruction du saint lieu, par l’extermination de l’ancien peuple, et l’entrée des gentils en foule, avec un manifeste accomplissement des anciens oracles : la synagogue a perdu toute son autorité, et n’est plus qu’un peuple manifestement réprouvé. C’est ce qui devait arriver selon les conseils de Dieu , dans cet entrelemps qui se devait écouler entre la naissance de Jésus-Christ et la réprobation déclarée du peuple juif.
Mais cette diminution et cette déchéance d’autorité ne doit jamais arriver à l’Église chrétienne. On dit donc absolument à scs enfants : Vos pasteurs et vos docteurs sont assis , non plus sur la chaire de Moïse, qui devait tomber; mais sur la chaire de Jésus-Christ, qui est immobile. Faites donc en tout
' Hiiik. n, s — ' llt"l XVII, il.
et partout ce qu’ils vous enseigstent. Mais prenez garde seulement, s’ils sont mauvais , de séparer les exemples des particuliers , des préceptes et enseignements soutenus sur leur ministère.
Admirons donc cette autorité de l’Égljse âirétienne, qui est en vérité le seul soutien des inlirmes et des forts. Et admirons aussi comment Dieu a ôté l’autorité à l’Église judaïque, plutôt par les choses mêmes , et par la destruction du temple et du peuple , que par aucun décret passé en dogme qui lui ait fait perdre créance.
LVl' JOUR.
Carocterf dn doelran juifs, sé%’êres, orpjHIteax, et hypocrites. Matik. xxiii , 4, 6, o, 7.
Ils lient des fardeaux. Le premier abus, c’est que, pour paraître pieux , ils font les sévères. Ils lient des fardeaux pesants .- ils tiennent les âmes captives : car voyez jusqu’à quel point ; des fardeaux insupportables; sur les épaules' : bien liés, en sorte qu’ils ne puissent s’en défaire : et tout cela pour les tenir dans leur dépendance, sous prétexte d’exactitude.
C’est aussi un effet de la superstition. La véritable piété étant fondée sur la confiance en Dieu , dilate le cœur : mais la superstition qui se veut fonder sur elle-même, met une chose sur une autre, et se charge de fardeaux insupportables.
Mais voici le comble du mal. Ces faux docteurs, quand ils vous ont bien chargés, ne noua aù/ené/xii du bout du doigt; impitoy-ables en toutes maniérés, et parce qu’ils vous chargent, et parce qu’ils ne songent pas à vous soulager. Voilà leur premier caractère , rigoureux par ostentation , et en mén» temps durs et impitoyables.
Us tiennent captives des femmelletles chargées de péchés *, sous prétexte de leur donner des remèdes à leurs péchés; et en effet pour les tenir dans leur dépendance, sous le beau nom de direction.
Mais vous, ô véritables directeurs : si vous êtes obligés d’ordonner des choses fortes, soyez encore plus soigneux à soulager ceux à qui vous les imposez. Loin de vouloir vous attacher les âmes infirmes , rendez-les libres : et autant que vous pourrez, mettez-les en état d’avoir moins besoin de vous . et d’aller comme toutes seules par les principes de conduite que vous leur donnez.
Us font tout pour être vus des hommes t. Voilà la source de tout le mal. La véritable piété ne songe qu’à contenter Dieu. Ceux-ci n’ont que des vues humaines; et ils sont sévères, afin qu’on les loue ; ils veulent conduire, ils veulent diriger, pour se donner un grand crédit; afin qu’on voie qu’ils peuvent beaucoup, qu’ils sont de grands directeurs, et qu’ils ont beaucoup de gens de grande considération à leurs pieds.
Us aiment les premiéresplaces *. Les voilà peints . non que tous ils aient tous ces défauts; les uns ne se soucient p.is tant des premières places; mais ils
1 .Vain. XXMI.4 — Ml. r;i". III , a — • JTott* XXIII. s. — ‘Km/. 0.
MEDITATIONS SUR L ÉVANGII.E.
voudront qu'on les craigne, qu'on les visite, qu'on leur fasse de grandes révérences : sensibles au dernier point, si on leur manque en la moindre cliose. Les malheureux! Ils ont rei^u leur récompense.
Mais ce qu'ils veulent sur toutes choses , c'est qu'on les appelle Habbl ', et qu'on les tienne pour maîtres; qu'on révère leurs décisions comme des oracles, et que tout le monde aille à eus comme à la règle.
Que ceux qui sont en place, où ces devoirs leur sont rendus naturellement, craignent de s'y plaire. La tentation est délicate : car on passe souvent de la fermeté qu'on doit avoir pour maintenir l'autorité légitime, à une jalousie de grandeur tout humaine et toute mondaine. Le remède est dans les paroles suivantes.
LVIl' JOUR.
leMi*.<gtrls( seul Père, seul maître. Va/M. xxill, 8,9, Kl, II.
/ VUS n'avez gu'un seul maître ’. Ecoutez le maître intérieur : ne faites rien qu'en le consultant ; faites tout sous ses yeux. Songez ce que vous feriez si vous aviez à chaque moment à lui rendre compte. Vous prendriez son esprit, comme vos subalternes prennent le vdtre : vous craindriez de vous rien attribuer au delà des bornes, pourn'étre point repris d'un tel supérieur. Or, encoreque vous n'ayez point à lui rendre compte en présence, à chaque moment ; il viendra un jour que tout se verra ensemble : et en attendant on observe tout; et celui à qui vous aurez à rendre compte, viendra lorsque vous y penserez U moins ^ pour voir si vous n'avez point insolemment abusé du pouvoir qu'il vous a laissé en son absence.
fous êtes tous frères <. Songcz-y bien : vous qui êtes supérieur, vous êtes frère. S'il faut donc prendre l’autorité sur votre frère, que ce soit pour l’amour de lui, et non pour l'amour de vous; pour son bien, et non pour vous contenter d'un vain honneur.
H n’y a qu'un Père : il n'y a qu'un maître *. Si on vous appelle Père , parce que vous en faites la fonction, elle est déléguée, elle est empruntée. Revenez au fond ; vous vous trouverez frère et disciple. Ayez-en donc l’humilité : apprenez d'un moment i l'autre ce que vous avez à enseigner. Ainsi vous serez un père, vous serez un maître : car saint Paul a bien dit qu’l’/ était père, et qu’i/ engendrait des enfants '■ ; mais la semence de Dieu , c’est sa parole. Recevez donc continuellement de Dieu. Prêchezvous? Ecoutez au-dessus le Maître céleste, et ne prêchez que ce qu'il vous dicte. Conduisez-vous? conseillez-vous? consolez-vous? .Si vous parlez, que ce soient des discours de Dieu t... Si vous servez quetqu'uH en le conduisant , que ce soit par la vertu que Dieu vous fournit* sans cesse.
l 'n seul maître une seule lumière qui éclaire tout
' Stutlh. 7. — • ISitt. XV11I, 8. — * tbiè, XXIV. tS. S/>. — * Ihift. X\IH, 8. —KIbtJ. 9, 10. ~x I. Cor. IV. U, 16, — ' (iat. IV, 19 — *1. Pet- IV, II.
I homme venant au monde >, qui a parlé au deliors ,
> et parle encore tous les jours dans son Evangile : mais qui parle toujours au dedans, dès qu'on lui prête l'oreille. Dans quel silence faut-il être , pour ne perdre pas la moindre de ses paroles!
l.e plus grand d'entre vous, c'est votre serviteur ■. 11 ne dit pas qu’il n’y ait pas d’ordre dans son Eglise, et que personne n'y soit élevé en autorité au-dessus des autres : mais il avertit que rantorilc est une servitude. Je me suis fait serviteur de tous, disait saint Paul : tout à tous, afin de tes saurer I tous >. L’exercice de l’autorité ecclésiastique est une perpétuelle abnégation de soi-même.
.XVllI' JOUR.
Le* /'«, ou les malheurs prononcts contre les faux d<ic* teurs. Matth. I3t ib, I6.
Ecoutons bien ces t'n; : Malheur à vous *. Des qu'on se fait maître pour .soi-même, et pour être honoré, malheur à vous! C'est une malédiction sortie de la bouche de Jésus-Christ ; c'est une sentenee prononcée, qui sera suivie d’une autre ; .tllez, maudits.
Comment est-ce que les docteurs ferment le ciel ? En débitant de fausses maximes, et mettant l’erreui' en dogme.
Ils ne voulaient point croire en Jésus-Christ, et empêchaient le peuple d'y croire. C'était véritablement la |>orte du ciel , puisque Jésus-flhrist est cette porte.
U n autre moyen de la fermer, c’est de la faire trop large, pendant que Jésus-Christ la fait étroite. Car dès là ce n'est plus la porte que Jésus-Clirist a ou- I verte : c'en est une autre que vous ouvrez de vnus- I même; et parce qu'elle est plus aisée, vous faites ' abandonner l’autre qui est la véritable.
I Mais ce ne sont pas seulement les docteurs trop I rcUchés qui ferment la porte : Jésus-Christ attaque encore plus, dans tout ce sermon, ceux qui augmentent les difflcultés, et les fardeaux. Leur dn- I rcté rend la piété sèche et odieuse , et par la elle I ferme le ciel.
I Ces faux docteurs gâtent tout. Il n'y a rien de I meilleur que l'oraison: ils la gâtent, parce que, /)o»r décorer la substance des veuves, ils font semblant I de prier Dieu longtemps pour elles, ou de leur vouloir apprendre a prier tongtemps. Mais leur juge- I ment sera d'autant plus grand, que la chose dont ils abusent est plus excellente.
I Les maisons des veuves, faibles par leur sexe, maîtresses de leur conduite, et n’ayant plus de mari qui saurait bien écarter le directeur intéressé : voila un vrai butin pour l'hypocrisie.
La plus parfaite action d'un docteur c'est de faire un prosélyte*, de convertir les iniidèles. Plus ilr étaient éloignés, plus ils y a de mérite à les ramener. Ils gâtent cela : ils le font doublement damner. Car ils l'attirent, et puis ils l'abandonnent : ils le
• JtsoH. I, 9. — * VoUh. XXItl , 1 1. — * I. f'ttr. It , 19, 5?. — A#ü//A. X\m, 13. — ^ XMll,
MÉDITATIONS SUB L'EVANGILE
i;agnent, et puis ils le scandalisent; et ne lui font que trop sentir qu’ils n'ont travaillé à le convertir, que pour s’en faire une matière d’un vain triomphe. lU’S malheureux prosélytes se rebutent de la piété, et peut-être de la foi ; et ils se damnent doublement; parce qu’ils deviennent déserteurs de la religion, et que, sachant la volonté du maître, ds sont lieaucoup plus punis. Il valait mieux les laisser dans leur ignorance , que de manquer à ce qu’il leur faut pour profiter de la doctrine de la foi. Ne croyez donc pas avoir tout fait, qu.and vous les avez convertis; c’est ici le commencement de vos soins. Autrement vous ne serez, comme vous appellent les hérétiques par mépris, qu’un malheureux convertisseur.
Ne dites pas d’un pécheur, il a commencé : il a fait sa confession générale; qu'il aille maintenant tout seul. Vous ne songez |ias que le grand coup est de persévérer. Prenez garde que vous ne vouliez que la gloire de convertir, et non pas le soin de conserver.
Le faux zèle est bien marqué dans ces paroles : fous courez la mer et la terre, pour Jaire un seul prosélyte ' . Qu’ilest zélé ! tant de peine pour un seul homme! faux zèle, puisqu'il ne sert qu'à la vanité : il se repaît de la gloire d'avoir fait un prosélyte. Blus la chose est sainte, plus il est détestable de la güter. J’ai fait cette religieuse , j'ai attiré cet hofnme à l'ordre : achevez donc; cultivez cette Jeune plante, ne la déracinez pas par les seandales que vous lui donnez : qu'elle ne trouve pas la mort , où elle a cherché la vie ; en un mot , ne la damnez pas davantage par le mauvais exemple. Le mauvais exemple du monde lui aurait été moins nuisible; le mauvais exemple des serviteurs et des servantes de Dieu , la perd sans ressource.
Dieu dissipe les os de ceux qui plaisent aux hommes: Us sont remplis de confusion, parce que le Seigneur les méprisé* comme des hommes vains qui préfèrent l'apparence au solide et au vrai.
LIX' JOUR
Docteurs Juifs ; cooducleura aveugles et Insensés. Matth.
XXIII, IC et suiv.
Jusqu'ici, il ne les a appelés qu'hypocrites : parce qu'ils mettaient la pieté dans l'extérieur seulement. Voici une autre qualité qu'il leur donne ; conducteurs aveugles; et encore : insensés et aveugles
Marquez la liaison de ces deux paroles ; conducteurs, et aveugles; guides aveugles, et insensés. Hélas! en quels abîmes tomberez- vous, et ferezvous tomber les autres .* Car tous deux touillent dans l’ablme , et l'aveugle qui mène, et celui qui suit.
L’aveuglement qu’il reprend ici est, lorsque l'intérêt fait oublier les maximes les plus claires et les (dus certaines.
Il est bien manifeste que le temple et l'autel qui sanctifient les présents t, sont de plus grande dignité que le don qu’on met dessus pour les sancti-
' Mallh. xxill , 14. - « Ps. ui , s. — > Malth. xxiii , le cl mlï. — 'Ibid. is. I».
fier. Et cependant ces guides aveugles étaient assez insensés pour dire que le serment qu’on faisait par le don , et par l’or qu’on avait consacré dans le temple et sur l’autel, était plus inviolable que celui qu’on faisait par le temple et par l’autel même. Pourquoi? parce qu’ils voulaient qu’on multipliât les dons et l’or dont ils profitaient : et c'est pourquoi ils en relevaient le prix; et ils poussaient leur aveuglement jusqu'à préférer le présent au temple et à l’autel , où on le consacrait.
Lorsqu'il dit que le temple et l’autel sanctifient le don, il parle (mur l'ancienne loi, où en effet tous les dons et toutes les victimes, qui n'étaient que choses terrestres , étaient bien au-dessous du temple et de l’autel, qui étaient le manifeste symbole de la présence de Dieu. Mais dans la nouvelle âllianee , il y a un don qui sanctifie le temple et l'autel. Ce don, c’est l'eucharistie, qui n’est rien de moins , que Jésus-Christ et le Saint des saints : et ce don est en même temps un temple. Détruisez ce temple, dit-il : et il partait du temple de son corps... ', où la divinité habitait corporellement ’. Il est donc le temple , et plus que le temple : Celui-ci est plus grand que le temple même
Il est l'autel, en qui et par qui nous offrons des victimes spirituelles , agréables par Jésus-Christ . comme dit saint Pierre *.
Ceux qui estiment le don plus que le temple et plus que l'autel , sont encore ceux qui donnant quelque chose à Dieu, le font valoir en eux-mêmes; au lieu de songer qu'on ne peut rien donner à Dien, qui ne soit beaucoup au-dessous de la majesté de son temple , et de la sainteté de son autel.
0)mme il élève l'esprit! du don, à l'autel et au temple; du temple, au ciel dont il est l'image : du ciel , à Dieu qui y est assis , qui y règne , qui y tient l'empire de tout l'univers.
A pportez votre don : apportez-vous vous-même à l'autel ; et ne faites cas de vous-même qu’à cause que vous êtes consacré à Dieu. Tirez de là tout vutre prix ; attendez de là tout ce que vous espérez de .sainteté.
O le grand don que vous avez à oiïrir à Dieu ! son corps et .son sang que tous les jours vous pouvez offrir à Dieu en sacrifice ; don qui sanctifie l'autel et le temple, et ceux qui s’offrent dans le temple.
LX' JOUR
Guifie* aveugles altarl»’^ aux petites chosas, et m^rbont les grandes. Matth. *i3 et -i4.
Par quelle erreur de l’esprit humain am've-t-fl qu'on observe la loi en partie, et qu’on ne l'observe pas tout entière; qu’on en observe les petites choses , comme de payer la dime des plus vils herbages, et qu’on omet les plus grandes, la justice, la miséricorde, la bonne foi ‘? Il y a là une o.stentation et un air d'exactitude qui s'étend jusqu'aux
■ Joan. Il, I», 21. — ’ CoIms. n, 0. — • Stallk. Xll. • — t I. Prtr. If, 6. — * Matth. xxill, 2.x.
MÉDITATIONS SUU L’ÉVANGILE.
moindres observances. Mais il faut encore remarquer ici quelque chose de plus intime. On observe i volontiers dans la loi ce qui ne codte rien à la na- i ture : où les passions ne souffrent point de violence. On le sacriGe aisément à Uieu ; on ne veut pas avoir ù se reprocher à soi-méme qu'on est sans loi , qu’on I est un impie ; on s'acquitte par de petites ciioses , et on SC Datte d’avoir satisfait. Mais la lumière éternelle vous foudroie : ll/allait s'attachrr a ns Krandes choses , mais sans omettre les moindres '.
Il ne faut pas s'y attaehrr comme aux principales, ni les mépriser non plus à cause qu'elles sont petites.
Voyez ce que Jésus estime , la justice , la miséricorde , la bonne foi.
Guides areugles, gui coûtez le moucheron, et gui acalez un chameau '. Que le monde est plein de ces fausses piétés ! Ils ne voudraient pas qu'il manquât un .dre, .Maria , a leur chapelrt ; mais les rapines, mais les médisances, mais les jalousies, ils les avalent comme de l'eau : scrupuleux dans les petites obligations; larges sans mesure dans les autres.
C'est encore la même clio.se, que ce qui est dit au i. 5. Ils étendent des parchemins , où ils écriraient des sentences de la loi de Dieu Conformément au précepte du IJeutéronomet. Soit que ce fdt une espèce d'allégorie, ou une obligation effective; ils voulaient bien avoir ces sentences roulantes et mouvantes devant les yeux ; mais ils ne se souciaient pas d’en avoir l'amour dans le cœur. Il était commandé aux Israélites, |>our se distinguer des autres peuples, d'avoir des franges au bord de leurs robes, qu'ils nouaient avec des rubans violets^. Ce qui leur était un signal, qu’ils devaient être attentifs à la loi de Dieu , et ne laisser pas errer leurs yeux et leurs pensées dans les choses qu'elle défendait. Les pharisiens se faisaient de grandes franges, ou dilataient ces bords de leurs robes , comme gens bien attentifs à la loi de Dieu , qui dilataient ce qui était destiné à en rappeler la mémoire. C’est tout ce que Dieu en aura : une vainc parade , une ostentation , une exactitude apparente aux petits préceptes aisés, un mépris nfanifeste des grands, et un cœur livré aux rapines et à l'avarice.
Prenez garde dans les religions : un voile; l'habit de l'ordre; les jeûnes déréglé. Mais que veut dire ce voile.’ Pourquoi est-il mis sur la tête! comme l'enseigne de la pudeur et de la retraite? C'est à quoi il fallait penser, et ne mépriser pas les petites choses, qui sont en effet la couverture et la défense des grandes ; mais aussi ne se pas imaginer que Dieu se paye de cette écorce et de ces griuiaces.
LXI' JOUR
Suite, sépulcres blanchis. Malts, xxiii, 3sclx7.
Aveugle pharisien , continue Notre-.Seigneur®, gvi nettoies te dehors d'une coupe, et laisses dans
' UallS.xsm, «a.— ‘rtirf. s.1,2S.— s/Sid. h. — ‘ Dmi.vi, a — • JVens. IV, as. Deat xxn, li. — ‘MallS. XXIII, U, JO.