I.'un pris, l'aulre laissé. MaOA. xxiv, 37, si. .Vurr. xill
33 , 37. Luc. XVII, ».
De tout ce que nous avons vu, il y avait deux sortes d’instructions particulières à recueillir. Dans la ruine de Jérusalem il y avait à s’en sauver par la fuite : .êlors que ceux qui sont dans la Judée s'enfuient aux montagnes ’. C’est ce que firent les chrétiens, qui s'enfuirent en effet vers les pays iiion-
' I. rv-s. rv, lé, 17. — î II. Cor. IV, lü. — ï Matth. xxiv, la.
tagnards , à la ville de Pella , comme marquent les histoires : ce qui fut cause qu'on ne voit point qu'ils aient souffert en Jérusalem , ni qu'il s'y en soit trouvé aucun durant le siège de Tite. A l'^ard des calamités qui devaient arriver à la fin du monde, il fallait ne pas songeràs'en sauver, puisqu'elles sont universelles et inévitables; mais s’y préparer : et cette préparation nous est expliquée dans le resta de ce chapitre.
Elle consiste, premièrement, à veiller, àêtre attentif, à se tenir toujours prêt, en accompagnant de prières son attention et sa diligence : Prenes garde, veillez et priez : car vous ne savez pas le temps, ni site maître viendra sur te soir, ou vers le mimât, ou au chant du coq, ou le matin'. l'eiUez donc, et priez en tout temps, Cffin d'être rendus dignes d'éviter ces choses, c'est-à-dire la rigueur du dernier jugement, et de comparaître devant te fils de l'homme'. Il ne faut donc pas seulement prier , mais prier en tout temps.
Secondement : Il faut songer à l'effet de ce terrible jugement ; de deux qui seront ensemble , tu» sera pris et l'autre laissé^. Et pour aller où? Où sera le corps , là s'assembleront tes aigles. Qui ne tremblerait , en voyant tout à coup une si terrible séparation? L'un enlevé à Jésus-Christ, l'autre laissé au milieu des maux , d'où il ne sortira que pour rentrer dans de plus grands, et n'en sortir jamais !
Troisièmement : il ne faut point reculer ni regarder taair'\èieiSoucenez.vousdelafemmede Lot*, qui , pour avoir seulement tourné la tête vers Sodoine, reçut uu cliàtiment si prompt et si rigoureux. Il ne suffit pas d’éviter les mauvaises compagnies, ni de fuir le monde qu'on a quitté; il ne faut pas seulement tourner les yeux de ce cdtd-là.
Quatrièmement : il faut faire toutes ses actions avec une activité et une diligence extraordinaire; se sauver à quelque prix que ce soit ; laisser périr beaucoup de choses qu'on aimerait , plutôt que de hasarder son salut ; si l'on est dans le haut de la maison, ne se point embarrasser de sauver les mes. blés qui sont en bas^; se contenter de sauver ce qui est en haut; emporter et sauver d'abord à la corruption tout ce qu'on peut ; ne pas dire : Je laisserai cela, mais je retournerai demain le quérir; demain je commencerai à me corriger de ce vice , je me contenterai pour aujourd'hui de modérer celuici. Ne laissez rien qu'il vous faille aller requérir : ne laissez rieu à faire à une autre fois ; car le temps vous manquera tout à coup , et votre attente sera vaine.
Cinquièmement : il faut se retirer de tout ce qui attache trop l'esprit, de tout ce qui ajgxsanlille coeur; et non-zeuiemeDl de l'Ivrognerie , où la raison est absorbée, mais encore <fe fis ùoimecAére, cl des soins de cette vie Et sur les soins de la vie, il faut remarquer ces paroles : J ux jours de SoéiU buvaient, ils mangeaient, ils se mariaient, Us ma-
• .Voie. XUl, 33, 3(,35. — > Lue. xii,3«i. — ■ Vo//*.nn.
sn, *1. Lw. VÏM. ». 3S, .la, 37 ‘ Ibid. XVII, 31, 37. -
• llfic/ ;ii. .Voiih. xxn , 17, i». — •io,. i\i,3i.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE. <1J9
fiaient leurs enfants . H aux jours de Lot Us buvaient et mangeaient , ils vendaient et ils achetaient, ils plantaienlet Us bâtissaient : etUspérirent tout d'un coup dans les eaux du déluge, et par te feu du ciel ‘ . (^r il ne dit pas : Ils tuaient, ils commettaient des adultères , et le reste : il parle des occupations les plus ordinaires et les plus innocentes de la vie : parce qu'elles occupent , elles embarrassent, elles accablent, elles enchantent, elles attachent, elles trompent, en nous menant d'un soin à un autre et d’une affaire è une autre. Il ne sufQt donc pas d'éviter les actions criminelles ; mais il faut encore prendre garde à ne se pas laisser jeter par les autres dans cet esprit d'empressement et d’occupation, qui fait qu'on n'est jamais à soi.
Sixièmement : on ne saurait assez songer au grand mal dont nous sommes menaces. Ce sera comme le déluge, aux temps de Noé; comme le feu du ciel, aux temps de Ia>t; comme un lacet où nous serons pris tout a coup • , à la manière des oiseaux , par un vain applt, pour être la proie de ceux qui veulent nous dévorer. Le mauvais serviteur , qui ne songeait qu'à passer sa vie dans le plaisir, se trouvera tout d’un coup séparé de Dieu , de sa grâce , de tout le bien : et Usera mis avec les hypocrites, où il y aura tin pleur et un grincement de dents^ étemel. Terribles paroles : séparé, mis avec tes hypocrites ■■ pleur et grincement de dents , et douleur jusqu’à la rage ! A quoi donc penserons-nous , si nous ne pensons à ces choses? Ah! périssent toutes nos pensées, afin que celles-là vivent seules dans nos cœurs I
LXXXVI' JOUR
Le PCre de famille : aes aervUeura ; la Agure du voleur.
MaUh. XXIV, 45, 46, 47. Luc. XII, 41 , 44.
Conférez le chapitre xxiv de saint Matthieu , depuis le f. 45 jusqu’à la fin, avec le chapitre xii de saint laïc, depuis le >. 35 jusqu'au 49.
Le Fils de l>ieu instruit ici, premièrement tous les chrétiens , sous la figure du père de famille , et de ses serviteurs : et encore sous la figure du même père de famille , et d’un voleur. Secondement , il instruit en particulier les supérieurs ecclésiastiques, sous la figure du père de famille qui retourne à sa maison, et de son économe ou principal domestique qui le doit attendre.
Voici pour les premiers ce que nous trouvons dans saint Luc. Premièrement : Les reins ceints * : c'est-à-dire les passions resserrées, comme une roliequi se répandrait faute de ceinture. C'est l'état d'un homme laborieux et toujours prêt à marcher. Car lorsque l'âme se répand dans les passions , elle est lâche, sans force, sans ordre, sans hienséance.
Secondement ; Des flambeaux allumés à la main. C'est encore l’état d'un homme prêt à aller au-devant du molére, à quelque heure de la nuit qu'il vienne, pour l’éclairer.
Des lamjKS allumées : c'est un esprit attentif,
• Luf. ivil, 27, iO. — * Ibut. XXI, 35. — * MuUh. IXIV, 51. — • /.iir. Ml, 35.
et un coeur ardent. On a comme des Dainbeaux en soi-même, dans le fond du raisonnement; mais ils ne sont allumés que par l'attention. Que sert d’avoir de l'esprit, du raisonnement, de la foi même, si tout cela n'est réveillé par l'attention ? autant que nous serviraient des flambeaux bien préparés dans notre coffre , mais sans amorce , sans feu.
Les lampes aUumées à ta main , sont aussi le bon exemple. Ce n'est pas assez de l’attention ; il en faut venir aux œuvres , à l'application sur nousmêmes : autrement le flambeau nous est inutile.
Troisièmement : Semblables à des hommes gui attendent • ; par conséquent très-attentifs : et qui attendent-ils? Leur maître; celui qui les peut punir, pour peu qu'il les trouve négligents.
Quatrièmement ; Quand U viendra, et qv'it frappera. Il vient à chaque moment ; car chaque heure nous avance vers la mort. Il frappe par les maladies : il faut donc être attentif, et se tenir prêt dès le premier coup. Mais à peine s'éveille-t-on au dernier, et lorsque la mort est déjà presque dans le cœur : et alors il n'y a plus de flambeaux , plus d'attention, ni de réflexion : tout est presque éteint.
Cinquièmement : JussiMt Us bti ouvrent.
Comme tout ici est actif! Il faut ouvrir soi-même au maître qui vient, être bien aise de le recevoir : mais ouvrir avec diligence, aussitôt ; ouvrir par conséquent avec joie ; ne pas murmurer, ne pas se plaindre de la mort qui vient si têt. Au reste, il n'a pas besoin qu'on lui ouvre, afin qu'il prenne notre âme qu’il vient requérir; car il saura bien la reprendre sans qu'on la lui donne. Bon gré, mal gré, il faut mourir ; et souvent il frappe si fort, que les portes brisées s'ouvrent d'elles-mêmes , sans que vous ayez le loisir d'ouvrir ni de lui offrir vous-même votre âme qu'il vous redemande. Il n'a donc que faire de vous pour la retirer : mais pour l'amour de vous, afin que vous puissiez lui en faire le sacrifice, il veut que ce soit vous qui lui ouvriez, et promptement, et avec joie, puisque vous ouvrez, non pas à la mort , mais à un maître bienfaisant.
Car, sixièmement, s'U trouve ses serviteurs vigilants , il se retroussera , et les fera asseoir, et passera de l'un à l'autre pour les servir *. Il ne faut pas cliercher dans les paraboles à tout expliquer : il y a des circonstances, comme celles-ci, qui ne servent que pour la peinture. Le fond est ici, que Jésus-Christ s'est fait serviteur de scs fidèles. Le /'Us de l'homme , dit-il , est venu servir, et ce service est de se donner lui-méme en rédemption pour plusieurs >. C'est de lui que nous tenons tout , et en ce monde et en l'autre ; et nid ne demeurera sans récompense; car il passera de l'un à l'autre pour les servir tous. Il leur donnera abondamment tous les biens ; car pour lui il n'a pas besoin de vos services, ni de rien ; il est heureux , il est dans la gloire. Il vient pour vous; et sous la figure de la mort, qui vous parait
* Lu, XII, ao. -- * Jtiif S7. — * .ùuiih. XX, -JS.
MÉDITATIONS SUR L EVANGILE
si hideuss, il vous apporte sa grdce, son royaume, sa félicité éternelle , des richesses inestimables , des plaisirs sans fin. Ouvrez donc h un si bon maître ; et donnez-lui de bon cœur cette Ame . qu'il ne redemande que pour la rendre bienheureuse.
Septièmement : S'U vient à la seconde veille, et t'Ù vient à la troisième Remarquez : il ne parle point qu’il vienne jamais de jour : il surprend toujours. On ne le voit pas, et il se cache dans les ombres de la nuit; et cependant l'homme insensé veut le deviner. Je me porte bien, je ne mourrai pas; on se donne toujours bien des années; et cependant l'expérience fait voir qu'il surprend toujours ; U vient à l'heure qu'on n'attend pas, et au jour qu'on n'espère pas *.
Huitièmement : ce père de famille, qui vient avec tant d’amour, pour nous donner des biens éternels sous la figure de la mort, prend encore une autre figure, celle d'un voleur^, e'est-è-dire celle d'un ennemi, qui vient nous ravir tout ce que nous possédons et que nous aimons. Premièrement, les biens temporels et les plaisirs des sens, dont nous faisions notre bonheur. Tout d'un coup tout nous sera enlevé ; ces biens passeront en d'autres mains : ces plaisirs se dissiperont comme une fumée, comme une paille que le vent emporte. Secondement , il nous ôtera les biens spirituels : tant de pensées de conversion, tant de désirs imparfaits qui nous amusaient, qui nous endormaient dans la mort. Tout cela nous sera ôté ; et nous verrons , malgré tous ces faibles commencements de bonne volonté, de bons sentiments ef de vertus, qui nous faisaient dire : Je suis riche : nous verrons que nous sommes pauvres , misèra* Mes, aveugles, nus, dignes de pillé; ou plutôt indignes de pitié, à cause de notre malice; sans aucun de ces biens qui nous ouvrent la porte du ciel, ainsi qu’il est écrit dans l’Apocalypse 4.
En neuvième et dernier lieu. Pesons ce mot ; Soyez prit Que vos comptes soient en état : que vos dettes soient payées ; que vos desseins soient accomplis : car après ce moment il n'y a rien A espérer. Quelle angoisse! quelles sueurs à la vue de ce maître rigoureux qui vous pressera de rendre compte! Vous payerez par le dernier et inévitable supplice ce que vous n'aurez pas volontairement payé par vos bonnes œuvres.
LXXXVII' JOUR
J.'èCünome UdiMe et prudent : sa récompense. Statth, XXIV, ti, «S, «7. Luc. XII, «I, 4t.
Pierre lui dit : Seigneia-, est-ce pour nous que vous dites cette parabole, ou pour tout le monde^ ? Nous tromperez-vous comme les autres, nous qui sommes les dispensateurs de vos mystères? Nous serez-vous un voleur qui nous surprendra, ou un maître impitoyable qui arrivera tout d'un coup pour nous punir? Il lui répond par sa pa-
' Lnr XII, w. — » V<i/M xxiT, 50. — * Luc. xxii. ng. — * * Jpoc. m, 17. — ^ .Viiltk iuv, 4â — lit, 41.
rabole de l'économe, ou de l'intendant d'uni maison, à qui le maître a donné la cliarge de tout, et en particulier celle de ses conservitnn. C'est la figure des supérieurs et supérieura, chacun selon son degré, et le poste où il est établi.
Le maître a établi cet économe, cet intendant, ce dispensateur, ço\iiitnfidéle;pouritreprudest; pour donner ta nourriture à sa famille; pour h lui donner dans le temps ; pour la loi donner orte mesure '. Te voilà, ô Pierre! Vous voilà, pasteurs! Il faut être fidèles ; donner fidèlement n que le maître a mis en vos mains pour le distribuer, les instructions , les sacrements. Voilà n que c'est qu’être fidèles ; ne s'attribuer rien ; ne rien retenir de ce qu'il a voulu que vous donnassiez, O économe! ô intendant spirituel! tu n'as rien à toi, tu n'as rien pour toi, puisque toimême tu es tout aux autres : Ibut est à rosi. soit Paul , soit Cèphas , tout est à vous : et roiu êtes à Jésus-Christ, disait saint Paul '. Tout est <k vous. Il faut donc être fidèle , et se donner tout entier au peuple de Dieu. Mais outre la Cdélité , il faut la prudence , pour donner dans le temps, pour donner avec mesure : prendre le moments favorables d'une afOiction , du ralentisse ment d’une passion , d'une maladie , d'une grande perte; être attentift à ce moment : voyez, Dieo vous avertit ; Dieu vous frappe ; Dieu vous réveille. Voilà le premier effet de la prudence : prendre le temps : sinon on rendra compte à Dieu do moment perdu, et de la damnation de son frère: Le second : donner avec mesure ; pas plus qo'oo ne peut porter : ne donner pas le saint aux chiess, ni les perles aux pourceaux ^ : ne prêcher pas les hauts mystères de la communication avec Dieu ain Ames encore impures, qui ont besoin qu'on les étonne, qu'on les effraye : ne donner pas l’absoluts» ni la communion précipitamment : ne la donner pas aux chiens et aux pourceaux , aux âmes encore impures : aller par degrés : gagner peu à peu. Mais néanmoins il vient un temps qu'il n'y a point de temps, qu’il n'y a point de mesure i garder. Ici on dit ; iVe reprenez pas, tnais otertissez* ; là, il faut reprendre avec modestie'. ailleurs : reprenez durement * : ailleurs : doar te temps, hors du temps, à propos, et hors dt I propos 7 ; autrement tout est perdu. Voilà donc la fidélité et la prudence d'un bon serviteur.
Deux choses nécessaires à régler, le fond et b manière. Le fond , il faut donner : soyez Adéir. La manière ; il faut doiuier à propos, et ivre les proportions , les convenances requises : >utreinent vous n'êtes pas ce serviteur digne que le maître l'emploie à gouverner sa famille, parce que vous ne donnez rien par infidélité; ou lorsque vous donnez , ce que vous donnez tourse à rien par votre imprudence.
Remarquez ici un faux zèle. Un supérieur, un pasteur ne prêche pas : il est infidèle. Il prêche.
' Luc. XII, 42. I I, Cor. III , 2-2, 2.1.— J .Va//* ni.X- * I Thn. V, I. — *11. Tim. ii , 25.— ■2>/. i, 13.— ' Tm iv.î-
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
il instruit, mais rudement, mais hors de propos : d ne fait rien, parce'qu'il est imprudent.
A un tel serviteur, qui dispense bien ce qui lui est conGé, U maître lui donnera tout ce qu'il pottede ' : et non-seulement son royaume , mais encore lui-méme. Car si le père de famille, qui n'est qu'un homme , est si juste , que , trouvant son serviteur qui a bien usé du pouvoir et des biens qu'il lui a mis en main pour les dispenser, il l'élève à de plus hauts emplois, et lui donne un plus grand pouvoir : combien plus Jésus-Christ, qui est la justice même, augmentera-t-il les biens de ses serviteurs, qui auront bien dispensé ceux qu'il leur a déjà donnés?
Pesez ces mots : il leur donnera tout ce qu'il poitéde : c'est un Dieu qui parle : que ne possède-t-il pas ? Mais tout est à nous dès que nous usons bien de ce qu'il nous donne.
LXXXVIII* JOUR
Le serviteur méchant et violent : sa punlUon. Siatlh. xziv, ta, SS , ST, Luc. III , SI , St.
Nous avons vu le bon serviteur avec ses deux bonnes qualités, la fidélité et la prudence. Voyons maintenant la peinture que Jésus-Christ fait du mauvais dispensateur de ses grâces et de ses mystères.
Ce terviteur dit en son cœur •. Il ne le dit pas en termes exprès : mais il agit sur ce fondement; et il le dit. par ses œuvres.
Mon maître tarde. Malheureux qui croit échap- | per ses mains, à cause qu'il ne frappe pas d'abord; ou qui s'estime heureux , à cause qu'il retarde son dernier supplice.
Ilbat les serviteurs et les servantes : il abuse de ■on pouvoir; il les maltraite, quelquefois en les frappant véritablement , ce que saint Paul défend , en disant que l'évtque ne doit point frapper, ni être violent ’ : à quoi il faut aussi rapporter les injures et les duretés qu'il leur dit, qui sont une espèce de plaie à la réputation , et à la vie de l'honneur. Mais le grand coup que donne ce mauvais économe à ses conserviteurs , c'est lorsqu’il lesscandalise; caralors il frappe leur conscience faible; en quoi il pèche contre Jésus-Christ ; et fait pécher son frère pour qui Jésus-Christ est mort *.
• Manger, boire, s'enivrer *. Le royaume de Dieu n'est pas ta riande , ni le boire, mais Injustice et la paix , et la Joie dans le .Saint- Esprit Voilà le
festin du bon économe de Jésus-Christ.
Le serviteur qui connaît ta volonté rie son maître 7. Il veut dire , que relui qui est établi dispensateur, sachant mieux que les autres ce que veut le mattre, puisqu'il le doit prêcher aux autres, sera plus puni : mats celui qui ne te sait pat , ne sera jusi exempt du supplice • : et cette moindre punition que le maître de famille lui réserve, ne laissera pas d'étre terrihle; car il n'y a rien de faible ni de médiocre dans le siècle futur.
* Luc. XII, 41. McWl. XXIV, 47. — • Luc. XII, 45. — ’ I. Ttm. III , 3. — * I. Cor. VIII . II. 13- ‘ Luc. XII ,45. — * Rom. XIV, 17. — ' Ane. III, 47. —'ItiJ.US.
Deux règles de la justice éternelle; l'une, de punir davantage celui qui saitdavaniage , parce qu'il pèche contre sa science et par malice ; l'autre, de redemander plus A celui à qui on a plus donné', parce qu'il est chargé de plus de choses , et par conséquent il a un plus grand compte à rendre. Ne vante donc pas ta science , qui ne sert qu’à te rendre plus coupable. Ne te glorifie pas de tes dons, qui ne font que t’obliger à un plus grand compte. Ne t'excuse pas aussi , sous prétexte que tu ne sais pas; car c'était à toi à t'instruire. Ne te (latte pas, sous prétexte que le maître ne te menace que de peu ; car c’est un peu par comparaison , qui ne laisse pas en soi-méme d'étre très-grand; parce que tout est grand , tout est fort dans le règne de la vérité et de la justice , où Dieu se veut faire sentir te) qu'il est.
LXXXIX* JOUR
Virrgn sagn et folles. MauK. xxv, 1, ta.
C'est, sous une autre figure , un autre avertissement de se tenir prêt. Combien Jésus le répète-t-il? Kteependant nous sommes sourds. Il semble n'avoir destiné les derniers jours de sa vie qu'à nous préparer à la mort, et que ce soit là son unique affaire : c'est en effet celle d'où tout dépend.
Dix vierges •. C'est un état saint, qui n'est pas donné à tout le monde ; ainsi qu'il le dit ailleurs : Tous n'entendent pas cette parole , mais ceux a qui il a été donné En voici dix qui ont entendu cette liaute parole, à qui ce don excellent a été donné : et néanmoins il yen a cinq qui périssent. Tremblez donc , vous tous qui avez re^u ce don , et apprenez à le faire valoir.
Cinq étaient folles ^ : sans précaution , sans prévoyance.
Ces folles ne prirent peu de Thtdle. Elles disent : L'huile nous manque, nos lampes s'éteignent. La charité leur manque : les bonnes œuvres leur manquent : la charité, le plus excellent de tous les dons, sans quoi tous les autres, et même celui de la prophétie , et même celui du martyre , n'est rien ; ni par conséquent celui de la virginité.
Elles sommeillèrent, et elles dormirent •. Celles qui ont de l'huile leur provision , peuvent demeurer tranquilles ; mais les autres , elles doivent profiter du temps pour acheter de l'huile, et amasser de bonnes œuvres.
Donnczrnous rie votre huile *. Ainsi parlent ceux qui, sans se soucier de faire eux-mêmes de bonnes œuvres , mettent toute leur espérance aux prières et aux mérites des suints.
Remarquez : Elles s'éveillent toutes : toutes elles se lèvent : Umtes elles préparent leurs lampes 7 : et néanmoins cinq périssent, et sont exclues du festin. Ce ne sont point des personnes vicieuses, ni insensibles, ni tout à fait sans bonnes œuvres : elles commencent beaueonp, et n'achèvent rien. O eomhien périront par ce défaut!
jVoHS n'en avons pas pour nous et pour vous •.
' Luc. XII, 4s. — * IbiiJ. xxv, t. — ^ Ibùl. IIX, Il , 13 — * Ibid. XXV, a. H, — 4 Ibid. 7. — • Ibid. s. — ' Ibid. X. *— Ibid. XXV, 0-
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
Chacun de nous portera son fardeau au tribunal de Jésus-Christ. Que chacun s' éprouve soi-méme : car en cette sorte U aura sa gloire en tui-mâme, et non dans les autres ■ ; car encore qu'en un autre sens , nous devions par ta charité porter les fardeaux les uns des autres ; néanmoins en ce dernier jugement, chacun sera jugé, non selon les œuvres des autres , mais selon tes siennes >.
Allez à ceux qui en vendent Vous à qui l’huile manque ; vous qui ne méritez pas de véritables louanges, allez à ceux qui les vendent : allez aux flatteurs, qui, par un bas intérêt, vous feront accroire avec tous vos vices que vous êtes vertueux.
Pendant qu’elles allaient acheter : pendant que leurs flatteurs les amusaient, par la vainc opinion qu’ils leurdonnaient de leursainteté, t Époux vint; elles vinrent tard;etla porte leur fut fermée *.
Elle est fermée pour ne s’ouvrir plus : et votre exclusion est sans remède.
Seigneur, Seigneur! ouvrez^nous ‘ ! Voyez qu’elles ne sont pas de celles qui n’ont point de soin de bien faire, ou qui négligent entièrement leur salut. Ce sont des vierges , séparées des sens et des plaisirs : il n’est pas dit qu’elles souillent leur chasteté : elles ont des lampes ; elles dorment, à la vérité, 'et ne sont pas sans beaucoup de langueur; mais enfin elles s’éveillent : elles vont avec diligence acheter de l'huile : elles font imparfaitement quelques bonnes oeuvres : enün elles accourent et avancent jusqu’à la porte : elles frappent même,' et disent : Seigneur, Seigneur! Mais tous ceux qui m'appellent, Seigneur, Seigneur ! n entreront point pour cela dans le royaume des cieux^. Je n'ai pas trouvé tes œuvres pleines devant mon Dieu 7.
La pénitence tardive frappe vainement, parce qu’elle n’est pas pleine, ni sincère. Viendra le temps qu’encore qu’on frappe, on n’entrera point. C’est cequedisait saint Jacques : Pous demandez et vous n'obtenez pas; parce que vous demandez mal Ce qui arrive à ceux qui demandent la prolongation de leurs jours, non pour faire pénitence, mais pour les employer à leurs convoitises. Vient enfin le dernier moment , et les hommes croient qu’on demande bien; mais celui qui sonde les cœurs sait le contraire, et il nous renvoie, avec les hypocrites et les infidèles , où il y aura des pleurs et un éternel grincement de dents s.
En vérité, je vous le dis : Je ne vous connais pas. Ccst la vérité éternelle qui vous parle, et qui se prend elle-même à témoin. Vos flatteurs vous promettent tout; mais moi je vous tiens un autre langage. Et quel langage? je ne vous connais pas. Malgré vos bons désirs , vos volontés imparfaites, vus commencements de vertu , je ne connais en vous ni mon image que j’y avais formée, ni le caractère de chrétien, ni celui d’homme raisonnable , ni rien enfin de solide ni de véritable. Allez ,je ne vous connais point : vous n'êtes donc pas de mes brebis ; car Je connais mes brebis, et je leur donne ta vie
* Cal. VI, 2, 4, s. — > Sfalth. xvi, 27.-3 Iltid. XXV, 0.
— * /Sirf. 10. — S 76(rf. 1 1 . — * ISitt. ni, 21. — i.T/.k’. ni, 1 — ' Joe. IV, S. — • Jt.iii/i. XXIV il. — I* /W(/. XXV , li.
étemelle '. Vous n’avez donc rien à prétendre, voe] que je ne connais pas. O que me seniront tant if). mis, tant de connaissances? Tout le monde, toiitis les cours vous louent , vous connaissent ; de gnndes entrées partout ; mais que vous sert toutedx, si Jésus-Christ ne vous connaît pas?
Cherchez pourquoi Jésus-Christ ne connaît pu ceux qui semblent le connaître si bien, et qui rappellent deux fois , Seigneur, Seigneur. Cest que alui qui dit qu'il te connaît, et ne garde pas ses canmandements , est un menteur *. Mais jl en gaide une partie : Je ne vous connais pas. Soyez parfait, comme votre Père céleste est parfait ’ ; autrenxal il ne vous connaît pas.
XC' JOÜB.
Paratiole des dix talents, et des dix mines. Mastk. ni, U, ao. lAK. SIX, ta, Z7.
La parabole des talents, et celle des mines, stable avoir été prononcée en confirmation des denueres paroles que nous avons lues de saint Luc ; Ce lui à qui on donne beaucoiq) , on lui redemmit beaucoup.
A chacun selon sa vertu < ; il parle ici des gdes qui sont dounées en récompense , ou du motoi a conséquence d’autres grâces; mais il faut toujoen se souvenir qu’il y a les premières grâces qui at sont pas données de cette sorte , et qui sont atwlt' ment gratuites , ce qui parait en d’autres licui h l’Évangile. Ici nous avons à considérer la distril»' tion des grâces qui sont les suites des autres, et rotdre des récompenses. Et ce qu’il y a premièfaHal à observer, c’est la proportion et les conveuaoiH On donne à chacun selon sa vertu : chacun tiavailli et profite à proportion de ses talents: chacun nt récompensé selon son travail. Cebsi quiacaqlslents gagne cinq talents. Celui gui en reçoit éeu en gagne deux Celui dont la mine en a proésil dix reçoit dix cilles : et celui dont la mine en s produit cinq reçoit cinq villes * ; et il ne reste qi'à admirer l’exactitude de la divinejustice, parrap^ à l’exactitude et à la fidélité d’un chacun.
Celui qui enfouit son talent et sa mine, ittjdt lui-même dans le cachot et dans les ténètra et non-seulement il ne reçoit rien, ce qui lui était dll trop visiblement; mais encore il est puni de sa négligence.
Outre la récompense particulière que dunni reçoit à proportion de son travail, tous reçoive»* la commune récompense , d'entrer dans la jeù de leur Seigneur 7 , et d’être rendus partieipanls de sa fidélité.
Tout est donc ici dans une entière proportio** la peine, la récompense. Il y en a une conumme à tous pour la fidélité qui l’est aussi : il y «■ ' de particulières selon la diversité du traviil : <* tout l’ordre de la justice est accompli. 0 D"» je cl,anterai vos louanges sur votre justice, et votre vérité.
■ Joun. X, U, is. — >1. tüil. n, 4.-> Mdttk.1, 1» -■ ‘ ll>i(l. XXV, 2S. — • Ibid, ao, 22. — ‘ SIS,
I J. — ’ Mitiib. XXV , 21 , sa.
MKDITATIONS SIR L'h^AiNCILE. ais
Il parait, par la méiwe raison de proportion et d'égalité, que si celui qui avait reçu cinq talents ou deux talents , avait été paresseux , il aurait été plus puni que celui qui n'en avait reçu qu'un; et il n'y a plut à chacun qu'à examiner ce qu'il a reçu , pour voir ce qu'il a à craindre. O mon Dieu! que vous ai-je rendu pour la foi que vous m’avez donnée ; pour tant de saintes instructions ; pour tant de lumières ; pour tant de crimes pardonnés ; pour tant de temps , et pour votre longue patience.’ O Dieu ! que vous ai-je rendu ? et ne vous ayant rien rendu, que dois-je craindre?
Enirei doHS ta joie de votre Seigneur ■■ jetez ce mauvais serviteur dans tes ténèbres extérieures'. I.'un est mis dedans, l’autre dehors : l'un dans la joie et dans la lumière, l'autre dans la désespoir et dans les ténèbres- O heureux sort de l'un! ô cruel partage de Pautre!
Entrez dans la joie de votre Seigneur. • La
• joie entre en nous, lorsqu'elle est médiocre ;
• mais nous entrons dans la joie, dit saint Augus-
• tin, quand elle surmonte la capacité de notre « ànie, qu’elle noos inonde, qu'elle regorge, et
• que nous en sommes absorbé : qui est la par-
• bite félicité des saints. >
Ce qui fait le malheur de ces ténèbres, c'est qu'elles sont extérieures. La seule séparation rend le mallMur d» réprouvés extrême et insupportable : de là ce pleur étemel , de là ce grincement de dents. Si vous n’étes mis dedans , si vous n’entrez dans la joie , toutes sortes de maux tombent sur vous , et la seule séparation vous les attire.
Chassez le serviteur inutile, et mettez-le où règne le désespoir. S'il n’avait rien reçu , il n'aurait pas tant à s'afDiger ; mais il a eu le talent , il l’a négligé : c’est pourquoi son déplaisir n’a point de mesure.
Pleur et grincement de dents >. Profonde tristesse dans l’un, et rage dans l’autre. Il est en fiireur contre lui-même parce qu’il n'a à imputer qu'à lui-même le malheur dont il est accablé.
Je sais que vous êtes un homme difficile : vous moissonsiez où vous n'avez point semé : vous ramassez où vous n'avez point répandu A Dieu ne plaise que Dieu soit ainsi ! car où n'a-t-il pas semé , et quels dons n’a-t-il pas répandus ? Mais Jésus^rist nous veut faire entendre , par cette espèce d'excès, combien est grande la rigueur de Dieu dans le compte qu'il redemande. Car il n'y a rien qu'il n’ait droit d’exiger de sa créature infidèle et désobéissante, dont le fond étant à lui tout entier, il a droit de punir son ingratitude des plus extrêmes rigueurs.
Serviteur mauvais et paresseux t. Mauvais, parce qu’il est paresseux : qui doit tout à la divine justice, seulement pour n'avoir rien mis à profit pour elle.
Tu seras jugé par ta bouche La lumière de la
vérité qui parle en nous , prononcera notre sentence ; chacun avouera son crime , et ordonnera
• MaUh.sij,02,ao.-'nid. JO. -'liid. H. — 'Ibid. 1e. — ’ Smc. xjx , 33.
son supplice. On aura d'aulant moins de consolation, qu'il ne restera aucune excuse, ni par conséquent aucune espérance . aucun adoudseeinent : car on prononcera cela même contre soi, qu'H n'y en doit avoir aucun. De là cette profondeur et cet abîme de tristesse. O mon Dieu , la seule vue m’en fait borreur : que sera-ce du sentiment et de l’effet?
Otez-lui son talent : ôtez-lui sa mine , et donnez-la à celui qui en a dix’. Comment est-ce que les élus profitent des grâces que les réprouvés auront perdues ? Tiens bien ce que lu as , dit-il , de peur qu’un autre ne reçoive ta couronne >. Les justes profitent de tout , et autant de la négligence des autres qui les instruit, que de leur propre travail.
A celui qui n'a pas, ce qu'il semble avoir lui sera Oté Ce qu’Ù semble avoir , il n’a rien en effet, parce qn'il ne garde rien. Un panier, un vaisseau percé n’a jamais d'eau, parce que celle qu'il reçoit , il la p^ dans le même instant. Ame cassée et brisée , où l'eau de la grâce ne tient pas , elle n'a jamais rien de propre : et cependant ce qu'elle semble avoir lui sera encore été. Elle demeurera sèche, dépouillée, sans bien, sans lumière, sans aucune consolation, même passagère; et il est juste : car il fallait lui êter tout ce qu’elle gardait mal. O mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu! puis-je souffrir la vue de ma pauvreté , de ma douleur, de mon désespoir en cet état malheureux? Il faut donc prévenir ce mal pendant qu’il est temps.
XCl' JOUR.
lagmeot dernier. Malth. xxv , SI Jusou’i tajtn. ''
Après avoir préparé ses fidèles au jugement dernier avec tant de soin , il est temps qu’il nous bsae voir ce jugement ; et c’est ce qu’il fait dans le reste de ce cliapitre.
Quand le Fils de Vhomme viendra en sa majesté, et tous ses anges avec lui*. Quelle majesté! quelle suite! que d'exécuteurs de sa justice! Mais comment viendra t il? dans une nuée éclatante b ; du plus haut des deux; de la droite de son Père. Avec ses anges. Il est donc le Seigneur des anges comme des hommes. Il s'assiéra dans le siège de sa majesté : et toutes les nations seront assemblées devant lui*. Quelle journée! qnelle séance! Qui ne tremblera alors? Devant ce grand roi assis dans le trOne de son jugement, qui dissipera tout le mal par un coup d'œil, qui osera alors se glorifier d'avoir le cœur pur ; et qui osera dire : Je suis innocent 7 ? Qui pourra paraître devant celui qui a les yeux comme un flambeau ardent , comme la flamme du feu le plus pénétrant et le plus vif, qui sonde les cœurs et les reins , et qui donne à chacun selon ses œuvres • ? Toutes les consciences seront ouvertes en un instant, et tout le secret en sera manifesté à tout l'univers. Où se cacheront ceux qui mettaient
• tue. III, 3t — ’ jpue. ni, II. — > UttUk. xxv, 33. — * Mnlth. IXV, Jl. — ’ tue. III, 37. — • Malth. XXV,aL — ' Prm. XI , 8,3. —'Apoe. ii, 18,33.
MÉDITATIONS SUR L ÉVANGILE
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toute leur confiance à se cacher : dont tes actions étalent honteuses , même a dire et à penser ‘f et qui verront tout à coup leur turpitude révélée devant tous les anges, devant tous les hommes, et ce qui renferme en un mot toute confusion et toute lionte, devant le Fils de l'homme, dont la présence , dont la sainteté, dont la vérité convaincra et confondra tous les pécheurs? Voilà celui que vous nommiez votre Maître : pourquoi ne gardiez-vous pas sa parole? Voilà celui que vous appeliez votre sauveur : quel usage avez-vous fait de ses grâces? Voilà celui que vous attendiez comme votre juge : comment ne trembliez-vous pas à son approche , et à la seule pensée de son jugement? Vous croyiez avoir tout gagné en vous cachant , en détournant vos yeux, en gagnant du temps. Vous y voilà maintenant, devant ce tribunal :1a sentence va être prononcée, sans délai , en dernier ressort ; et elle sera suivie d'une prompte et inévitable exécution.
XCII' JOUR
Séparalioa des Justes et des Imptes. MtnA. xzv. SI.
Il tes séparera tes tins des autres, comme un pâleur sépare les brebis d'avec les boucs. Il dit ailleurs, que les anges feront cette séparation; et sépareront les justes d’avec les impies. Les uns seront à Us droite, et les autres à la gauche *. Que n’aura point à craindre alors la troupe des impies? Ce qui est cause que Dieu ne répand pas sur elle toute sa colère, c'est le mélange des bons et des mauvais ; et il épargne les uns pour l'amour des autres. Après la séparation, quelle vengeance! Mais quelle liorreur aura-t-on des mauvais ? Ils se cachent ici parmi la foule , et se mêlent avec les bons : là, que toute leur difformité paraîtra , et qu’on les comparera avec les justes plus resplendissants que le matin *, et avec le Fils de l'homme qui est la justice même , qui les pourra souffrir et qui se pourra souffrir soi-même? O montagnes! caches-nous; û collines I tombez sur nous >. Dans quelle compagnie es-tu, malheureux ? On a honte de se trouver avec un seul scélérat ; tu seras avec tous les méchants, et tu en augmenteras le nombre infime ; chacun portera sur le front le caractère de son péché. O comment pourra-t-on soutenir la lumière d’un si grand jour, et comparaître devant le Fils de l'homme?
Qu’attendons-nous davanuge ? La séparation est faite. Hypocrite! quicacliais si bien ton iniquité, et qui te joignais à la troupe des gens de bien ; te voilà tout d'hn coup à la gauche : avec Caïn , avec Nemrod, avec Anliochus, avec Judas, avec Calphe, avec tous ceux qui ont crucifié Jésus-Christ et massacré scs prophètes, ses apdtres, ses martyrs; avec tous ies scélérats , tous les impies , tous les hérétiques , tous les inQdèles, tous les idolâtré , tous les Juifs ' lo-ij les impudiques, tous les voleurs; avec ceux dont le seul nom fait horreur : pis que tout cela
' itp*. V, IS. — > AfoMA. HT. sa. sa; XIII, 4S — > Prof V. I«- ‘ t»r. xiin, so.
avec les démons, qui ont inspiré et animé tous cet méchants. C’est avec eux qu’il faudra vivre; si c’est là une vie , que de ne vivre que pour son supplice ou pour sa honte. O néant! je t’invoque : c’est en toi que je mets mon espérance : 6 néant! reprends-moi dans tes abîmes : pourquoi en suis-je sorti? par où y rentrerai-je? Il faut être pour périr toujours. Toi qui disais : Tout meurt avec moi , mon Ime s’en ira comme un souffle : la voilà tonte vivante. 'Voilà même ton corps dissipé qui a repris sa forme et sa consistance : te voilà tout entier. Mais pourquoi? pour un opprobre éternel, joour voir toigours'-, et quoi? son crime, son inflmie, son ordure, celle des autres, les méchants, leur infime société, le peuple ennemi , les démons , une implacable jus tico contre une méchanceté incorrigible. O mes tristes yeux ! que verrez-vous donc alors ? Ah ! que ne peut-on être aveugle, pour ne voir point ces horreurs ! Mais on verra , mais on sentira tout le mal possible : tout le mal qui est dans le crime, tout le mal qui est dans la peine. Fuyons , fuyons le péché; puisque si on ne le fuit, on ne pourra fuir le supplice. Pénitence, pendant qu’il est temps : fléchissons la face du juge : prévenons-la par la confessioit de nos péchés. Pleurons , pleurons devant celui qui nous a faits • : pleurons , avant que de retomber daiu ces pleurs irrémédiables et inta. rissables : pleurons avec saint Pierre, de peur d’aller pleurer éternellement et inutilement avec Judas M tous ies méchants.
XCIII" JOUR
Venu, béais : allez, maodiU. tbid.
Alors le roi dira à ceux qui sont à la droite : renez K aux antres : Allez : à ceux-ci, l'enez; vous êtes déjà avec les justes : venez avec moi ; venez à mon trône , dans lequel vous serez assis avec moi * ; car je l’ai promis.
O paroles qu’on ne peut assez méditer ! t'enez ; Allez. Taisons-nous : taia-toi, ma langue : tes expressions sont trop faibles. Mon «me, pèse ces mote qui comprennent tout le bonheur et le malheur, et tonte l’idée de l’un et de l'autre : f 'enez : Allez : Venez à moi , où est tout le bien. Allez loin de moi, où est tout le mal.
f enez les bénis, les bien-aimis de mon Père : autrefois maudits et hais des hommes ; mais dès lors bénis de mon Père, dont la bénédiction se déclare eu ce jour : venez posséder te royaume qui vous était préparé L Venez , petit troupeau . ne craignezplus rien, puisqu'il a plu à votre Père de vous donner son royaume *. Venez , venez , venez : entrez dans ta Joie de votre Seigneur r ; jouissez de son royaume étemel. O venez, venez! Quelle parole! quelle joie! quelle douceur! quel transport!
Vn royaume : quelle grandeur ! Un royaume préparé de Dieu , et de Dieu comme Père , et pré-
' Dan. III, a. — » Pt. xerv, a. - • lUatth. XXV, «I. - ' .tpoe.m, 21. — ‘VaHA. xiT,S(. — ’ivc. xu, as. — ’SlëuA.