‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 222 sur 273 · XXV · texte numérisé non relu

XXV

MKDITATION’S SUR L'ÉVANGILE.

paré pour un Fils unique, éteruelleiuent bienaimé; car c'est le même qui est aussi préparé pour les élus. Enfantsde dilection et d'élection éternelle ; vousavezassez souffert, assez attendu : Tenez maintenant le posséder. On ne possède que ce qu’on a pour l'éternité : le reste échappe et se perd.

XCIV JOUR

J'ai eu faim : J’ai eu soif. ItéccMiU de l'auméne : son mérite et sa réooropeiue. Mattk. xar, 31.

J'ai eu faim : fai eu toif: fai été nu ; fai été malade et en prison C’est par la même raison qui lui fait dire : Saut , Saut, pourquoi me persécutes-tuî et , Je suis Jésus que tu persécutes * : c’est par la société, ou plutôt par l’unité qui est entre le chef et les membres; c’est parce qu’il est le cep , et que nous sommes les branches Mais il faut ici remarquer que les pauvres sont de tous ses membres , ceui dans lesquels il est le plus.

Tous les Pères relèvent ici l’avantage et le mérite de l'aumône,, que Jésus-Christ vante tant , et qu'il vante seule dans le siège de sa majesté , dans son dernier jugement, à qui seule il attribue la vie étemelle. Ils démontrent aussi par le même endroit la nécessité de l'aumône, puisque manquer de la faire est un crime, et le seul crime que le juste juge allègne pour la cause de la damnation. Et la raison en est évidente , en ce que ,

Premièrement , si le précepte 'de la charité est l'abrégé de la loi et des prophètes , comme il dit lui-méme, il était juste de renfermer dans la charité toutes les bonnes œuvres, et dans la privation de la charité toutes les mauvaises.

Secondement, comme dit saint Jean : Celui qui n'aime pas son frère qu'il volt, comment aimerat-il Dieu qu'il ne voit pas *} Ainsi la même justice qui l’oblige à punir le monde pour le défaut de la charité, l’oblige aussi à marquer le défaut de la charité dans son effet le plus sensible , qui est la chanté envers les frères.

Troisièmement , les deux préceptes de la charité, dans lesquels , comme on vient de dire , consistent la loi et les prophètes, sont renfermés manifestement dans ces paroles : J'ai eu faim ;J'ai eu soif: et , toutes les fois que vous l'avez fait à un de mes frères, vous me l'avez fait à moi-méme * ; puisqu’il nous montre par là que le motif d’exercer la charité envers le prochain, est la charité envers Uieu.

Quatrièmement , tous les péchés sont en quelque sorte renfermés dans le défaut de l’aumône ; parce que dans l’aumône était renfermé le remède de tous les péchés , conformément à cette parole ; Rachetez vos péchés par l'aumône^. Et encore : La charité couvre la multitude des péchés i. Et encore : Faites t aumône, et tout sera pur pour vous*. A insi tous les hommes étant pécheurs , et par là exclus en rigueur du royaume des deux; ce qui les

* Statth. XXV, 35, 3fl. — * Aet. IX, 4. B. — * Joan. XV, I , r». — • I. Joan. IV, Se. — ‘ Mattk. XXV, 35, 40. Dan. iv, 34. — ’ I. Pet. IV, 8. — • tue. XI, 41.

en exclut en dernier lieu, c’est de négliger le remède.

Cinquièmement , la vie éternelle nous étant donnée à titre de miséricorde et de grâce, la justice demandait que cette miséricorde nous fût accordée au prix delà miséricorde, conformement a cetu parole : Bienheureux les miséricordieux , parce qu'ils obtiendront la miséricorde ' . Et encore : Jugement sans miséricorde à celui qui ne fera pas miséricorde *.

Sixièmement , comme les miséricordes de Dieu éclatent au-dessus de toutes ses œuures J , selon ce que dit David : ainsi en est-il des miséricordes de l'homme, et les œuvres de miséricorde devaient principalement être célébrées au jugement dernier, comme les plus éclatantes de toutes les autres, et comme celles qui nous rendent le plus semblables à Dieu , conformément à cette parole : Soyez miséricordieux , comme votre Père célestes est miséricordieux*. Ce qui répond à cette parole : Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait* : ainsi que la conférence des deux passages le fera paraître. Ainsi la perfection où nous devons tendre principalement, et par là nous rendre semblables , comme le doivent de vrais enfants , à notre Père céleste, est ceilcd’exercer la miséricorde.

Pour ces raisons, tout est renfermé dans les œuvTcs de miséricorde : et on en pourrait rapporter une infinité d’autres que chacun pourra suppléer.

Il reste donc à s’examiner sur l’obligation de l’aumônej et sans écouter les vaincs excuses dont se flatte "notre dureté, considérer sérieusement si nous pouvons apaiser véritablement notre conscience sur un point si décisif de notre éternité.

XCV' JOUR

J’xl ni blm, J’al en soif, tnnsporlSs en la personnede Jésu»-ClirUt Ibid.

Seigneur Jésus , ma vie et mon espérance , je ne mets en votre sainte présence, pour voir et considérer dans votre lumière, en foi , et en perpétuelle reconnaissance de vos bontés , comment vous avez transporté en vous nos misères et nos infirmités jusqu’à pouvoir dire : J'ai eu faim : fai eu so{f .’ fai été nu, prisonnier, malade, en la personne de tous ceux qui ont eu à souffrir des maux semblables.

Le fondement de ce transport , ô Jésus I c’est l’amour qui vous a porté à prendre notre nature , et à la prendre non point immortelle et saine, comme vous l’aviez fait dans son origine : car vous êtes le é'erbe par qui tout a été fait* ; vous êtes celui à qui le Père a dit ; Faisons f homme s ; et vous l’avez fait avec lui et avec votre Saint-Esprit, qui est avec le Père et avec vous un seul Dieu souverainement parfait. C’est donc vous qui avez fait la natore humaine ; et quand vous l’avez prise , vous n’avez pris que votre propre ouvrage. Mais vous ne l’avez pas prise , encore un coup , saine , par-

‘ Matth. T» 7. — • Jac. Ii, 15. — » Pi, CU4?, 9. — < t.uc. VI. M. — * Mtillh, T, \S.-^\Joan. I, î. — ’ Cen. i, 20.

MÉDITATIONS SD R L’ÉVANGILE

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