‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 223 sur 273 · SG · texte numérisé non relu

SG

faite , immortelle , et selon l'dine et selon le corps , telle qu’elle était d’abord sortie de vos mains. Vous l'avez prise telle que le péclié et votre justice vejigeresse l’avait faite, mortelle, infirme, pauvre : parce que vous vouliez porter notre péché. Vous le vouliez porter sur la croix , victime innocente : TOUS le vouliez porter durant tout le cours de votre vie, Agneau qui ûtez les péchés du monde ■ ; mais qui ne les ôtez qu’en les transportant premièrement sur vous. Mais vous êtes le Saint des saints , oint d'une huile excellente au-dessus de tous ceux qui prennent avec vous, et en figure de votre personne , le nom de Christ' : car cette huile dont vous êtes oint et sanctifié, c'était la divinité, qui unie à votre sainte Ame, et par elle à votre corps virginal , les sanctifiait d’une manière ineffable : en sorte qu’étant le vrai Christ de Dieu , le juste par excellence, et le Saint des saints, comme vous ne pouviez pas transporter sur vous l’iniquité et la tache de notre péché, vous en avez seulement transporté sur TOUS la peine, le juste supplice, c’est-à-dire la mortalité avec toutes ses suites. Par là donc vous êtes devenu sensible à nos maux, Ponti/e compatissant^, qui les avez expérimentés ; car, comme dit votre apôtre , il fallait que vous vous fissiez en tout semblable à vos frères , afin que vous devinssiez un pontife miséricordieux et fidèle, pour expier les péchés du monde i. Car qui doute que vous ne puissiez nous aider dans les choses que vous avez éprouvées, puisque vous ne les avez éprouvées que pareequ’il vous a plu , et parce que vous vouliez, en les souffrant , faire naître en vous la compassion secourable que vous avez pour ceux qui ont aussi à les souffrir

Soyez donc loué à jamais, A grand pontife, qui avez pitié de nos maux : non pas comme les heureux ont pitié des malheureux, mais comme les malheureux ont pitié les uns des autres, par le sentiment de leur rommune misère ; non que TOUS vous soyez jamais tenu pour malheureux parmi les maux que vous avez soufferts, vous qui n’avez souffert ni la douleur ni la mort , que parce que vous le vouliez; à qui aussi personne n’a Ôté son Ame, mais quM’avez donnéedevous-méme : mais parce qu’il vous a plu de vous mettre au rang de ceux que le monde appelle malheureux ; qu’on vous a vu comme un lépreux , comme un homme chargé de plaies, que Dieu a frappé et humilié; en un mot , comme un homme de douleurs , et qui savait par expérience ce que c'est que l’i/{/irmilé et ta faiblesse s. En sorte qu’ayant passé par toutes les misères de notre nature pécheresse, et ayant tout éprouvé, excepté le péché, vous ressentez tous nos maux, et vous y compatissez 7, comme à des maux qui vous ont été communs avec nous. Et quoique vous n’ayez point été malade de res maladies particulières , dont nous sommes si souvent exereés : vous avez porté la faim , IA soif, la lassitude, la défaillance, qui sont les maladies communes de notre nature. Vous avez porté la

' bnn. I, 70. — » Pm. XI.IV, 0. — • Hrb. T, 1 , 2.-r • ffrS. Il, 17. — * Ibid. V. 18. — • rj. Ull, 7, a, ’ Hcb. IV, IS.

frayeur, la crainte, l’ennui, la détresse , jusqu'à l’agonie, qui sont d’autres maladies des plus terribles. Vous avez porté des plaies, qui ont comme mis en pièces votre saint corps, et vous ont fait dire, par la bouche de votre prophète, que vous n’aviez plus de ligure humaine • , et que vous étiez tm ver, et non un homme *. Ce qui a fait dire encore à un autre de vos prophètes : Nous nous sommes approchés de lui, nous lavons regardé de prés, et nous ne tarons pas connu : il nous a paru le dernier des hommes, et un homme abîmé dans la douleur s. Vous avez donc ressenti les plus grandes, les plus terribles et les plus douloureuses infirmités du genre humain malade ; et si vous n’avez pas eu la fièvre, elles maladies de cette nature, qui pouvaient ne convenir pas à la perfection de votre tempérament, parce quelles viennent d'un déréglement des humeurs , que peut-être vous n'avez pas voulu souffrir en vous ; vous les avez toutes éprouvées dans la mortalité qui en est la source. C’est pourquoi par cette même sensibilité , qui vous a fait compatir à nos autres maux, vous avez aussi compati à nos maladies: et vous' n’avez jamais guéri les malades, ou ressuscité les morts, ou considéré nos maux, que cette tendre compassion de votre coeur attendri ne vous ait ému. Ainsi vous pleurâtes avant que de ressusciter le Lazare. Ainsi vous multipliAics les pains, touché de compassion du peuple épuise de travail t. Dans une occasion semblable, vous dites encore : J'ai pitié d'une si grande multitude d'hommes : et je ne veux pas les renvoyer sans manger, de peur que les forces ne leur manquent *. Ces aveugles, qui connaissent combien vous êtes sensible à nos maux, vous disaient à cris redoublés ; dyez pitié de nous, Seigneur, Fils de David. Vous écoutâtes leur voix : touché de compassion, vous mites votre main miséricordieuse sur leurs yeux privés de la lumière, et ils reçurent la vue®. Lorsque vous vîtes ce sourd et ce muet , vous commençâtes par gémir en levant les yeux au ciel 7. Vous pleurâtes sur les malheurs prochains de Jérusalem s. Ce sentiment de compassion vous suit toujours, quoiqu’il ne soit pas toujours exprinte. C'est ce cœur tendre et compatissant , ce cœur ému de pitié qui sollicitait votre bras tout-puissant ra faveur de ceux dont vous voyiez les souffrances. Ainsi cette compassion fut la source de vos miracles. Ce quia fait direà votre évangéliste, que lorsque vous guérissiez tous les possédés, et tous ceux qui se trouvaient mal, cela se faisait pour accomplir cette prédiction du prophète : U a pris nas infirmités, et il a porté nos maladies 9. Vous les portiez véritablement par compassion, et vous soulagiez votre cœur en les guérissant.

O mon Sauveur ! vous avez porté ces sentiments dans le ciel : et quoique vous n’y ayez pu porter ces larmes, ces gémissements , ces émotions de vos entrailles, ces souffrances intérieures, que

' h. un, 2. — • Pt. i\i, 7. — • h. LUI , 2, a. — t 36. — * lifid. \v^ 3S. — * Afallh. 30 et seq. — ’ Ifarr. n. 21 ~ ■ Luc. XIX , «I. — * tVitUk. vMi, 16. 17. 1$. un. 4-

MEDITATIONS SUB I/EVANGILE

vous resâ('i)tio£ à la vue de tant de maux dont notre nature eiil accablée, vous y eu avez jjorté le souvenir, qui vous rend tendre, miséricordieux, compatissant envers tous vos membres, et envers tous ceux qui souffrent sur la terre. Car vuus êtes ce charitable .Samaritain ' , qui avez pitié de tous les blessés, de quelque nation qu'ils soient, plus que les prêtres et les lévites de la loi- Je ressens donc , mon Sauveur, la vérité de celte parole : J'ai eu faim; fai eu soif; fai été infirme, dans tous ceux que tous ces maux ont aflligés. Otez* moi, ô mon Sauveui, ce cœur de pierre. Que je sois compatissant comme vous ; que Je puisse dire avec votre apôtre : Çul est in/trme sans que je le SOIS? Qui est troublé et scanfinliséysans r/« «n ftu intérieur me consume * ? Que je me réjouis^ se, selon son précepte, arcr ceux qui se réjouissent, ce qui est facile et agréable à la nature : mais que Je pleure sincèrement arec ceux qui pleurent î. Que je puisse dire avec vous : J'ai faim; j’ai soif; je suis étranger, sans logement; je suis prisonnier^ je suis malade en ceux et avec tous ceux qui le sont. Que ma compassion ne soit pas vaine, et qu'elle me porte au secours :que je les soulage efücacement comme cherchant moimême à me soulager. Mais que je porte ma vue plus loin : que je médite sans cesse que vous avez transporté en vous leurs infirmités; que vous souffrez en eux tous : enfin que vous avez dit , et que vous répéterez en votre dernier jugement : Toutes les fois que vous avez donné ce secours a un de mes frères, et encore petits^ afin que

vous ne méprisiez aucune sorte de petitesse; ro«j me Tarez donné à moi-méme *. A vous la gloire, à vous la louange, à vous l’action de grôccs de tous ceux qui souffrent, c'est-à-dire, de tous les hommes , pour la bonté que vous avez eue de vous approprier et d'adopter leurs souffrances , et de les recommander à tous vos enfants , par un précepte qui est le seul dont vous parliez sur votre trône, û la face du ciel cl da la terre, on présence des hoiimies et des anges. Amen, amen.

xcvr JüUB.

Viw/. Ips b«nl8 de tnoD Père : récompense des juilea Marc. X vv, 31.

I ruez, les bénis démon Père ./liez, maudits^, f énez : parole d'amour et d’union , parole de l'Epoux : i^'enez, mon épouse, ma bien aimée^ : venez dans ma couche nuptiale : venez à la jouissance de mes immortelles beautés, (^ar tout cela, sous une autre figure, c'est le rogaume qui rous a été préparé : c'est un trône, pour sigiiilier la nDagiiificence et la gloire : c'est la couche pupiinle, pour signifier ralKjndance de la joie, et Taccomplissement du mystère de l'amour divin, en faisant avec Dieu un même esprit. A ce Tenez de rf'poux céleste, l'épouse de son côté doit dire un autre Tenez : Tenez, mon bien-aimè 7. C'est ce

* Luc.x, .13. — * II. é-er.xr. ‘ MuUh.

XW , 4'». — ‘ Ibid. 34, *t. — « Cant. IV, H. — ‘Ibid. VU, M. bOS-MI.T. — T Ml.

qu'il faut dire en foi, en esperance, en amour, djiis respriielaveclesscntiinemsd’uneepoiise ardenteet ' fidèle. Tl Tespril et TéjM)u.ie disent: Tenez: que ce- ; lui qui entend dise: / enez • : qu'il appelle à chaque moment , et du fond du cccur, l'Epoux céleste. Que cotre régne arrive *. Que celui qui a suif vienne : qu'il vienne, celui qui a faim cl qui a soif de la justice , et qu’il reçoive gratuitement Teau vire ^ que je lui prépare gratuitement, par pur amour, par pure miséricoale : car encore que je n-coinpense les œuvres, c'est dans li‘S œuvres mes dons que je récompense ; c'est, à remonter à l'origine, ma grâce que je couronne. C'est moi qui préviens ; c'est moi qui attire : c'est moi qui donne le premier. il faut donc venir, et en venant m'inviter à venir moi-même, et à dire ce dernier Tenez , qui consomme la félicité et l'œuvre de la rédemption. Oulyje viens bientôt : Il est ainsi : amen. Je scelle celle vérité dans les cœurs : f énez, Seigneur Jésus, venez 4 : c’est par mi finit rEeriture. C'est le dernier avertissement qu’elle iiou.s donne, comme celui qu’elle veut laisser le plus vivement empreint dans nos cœurs.

Tenez, les bénis, les chéris de Dieu. O mon •Sauveur, que j’entende le mystère de cette secréte liénédiclion , par laquelle vous nous avez henis avant rétablissement du monde, en nous préparant votre royaume! Mais qu’est -ce , ô Seigneur, votre royaume? sinon votre justice, votre vérité régnante sur les esprits, |>our en animer tous les motiveinents : lorsque Jésus-Christ mettra à vos pieds tout le jmtple racheté , se Vassujettissant totalement par Topéradon de sa toute-puissance : en sorte qu'il n'y paraisse que lut, et que Dieu soit tout en ' tous , et flous avec lui en un même esprit p.nr l’effusion de sa gloire, et l.i parfaite conformité de notre volonté avec la sienne. Ainsi ce qui fera nuire règne, c’est le règne de Dieu sur nous. I.orsque tout lui sera assujetti, tout ira selon le mouvement de son esprit. Maintenant il y a en nous quel(|ue chose de sujet, et aussi rpielqiie chose de rebelle. Mais alors tout sera .sujet : et celle sujétion bienheureuse qui est notre parfaite félicité, étant accomplie d.ins le chef et dans les membres , Va'urre de Jèsus-Chrld sera parfaite, \ enez donc , ô bénis de Dieu ! venez à ce bieniieureux royaume ! entrez dans la joie de votre Seigneur.

xevir JOUB.

Retirez-vous, niaudUs : allez au feu êirrnci : coiHlamnalioo des iuipies. Ibid.

Au lieu de ce Tenez si ravissant, plein d'une admirable douceur, qui satisfera le cœur de l'homme sans lui laisser rien à désirer, les méchants, les impénitents entendront cet impiloyahie .lUez, Petire>rou8^ :c\ où iront-ils, les malheureux ? Où, en .s’éloignant du souverain bien, sinon au souverain mal } Où , en s'éloignant de la lumière éternelle , si*

• Mpne. XXU, !fl. — • VI, 10, — 7 Apoc. XMI, Ifl.

— * Ibid. 20 — * I. Cor. XV , 21 , 26 fl SOi|. Philip. III , 41. I, (r»f. VI, 17. —• Mutth. XXV, 41.

uy vjOOgIc

c:,a MÉDITATIONS SUR L'EVANGILE.

non à ces K^nèbres ext(^ricures , ténèbres nffreuses , plus palpables que celles de rÉjîypte ? Où , en perdant la joie éternelle, s! ce n'est aux pleurs, au désespoir, à la raue, au jirinceinen! de dents, à )>ternellc fureur ? . iUez : reiireZ’Vou» , oui'riers d'h utquifé. /letirez-rous f Je ne vous connais pas. Ma marque n’est point en vous : Je ne tous ai Jamais ronnws Vos fruvres ont été trompeuses, défectueuses, passagères en tout cas, et destituées de persévérance : vous n étes point de ceux sur lesquels est ce sceau de Dieu : Seigneur ctmnaif

ceux qui sont à lui *. .ittezt maudils. f ous avez aimé la malédiction et elle viendra sur tous. ï.lle vous est attachée comme votre habit , comme la ceinture gui vous environne; elle a pénétré la moelle de v<ts os ^ : . tUez au feu , arbre infructueux , qui n’étes plus bon qu'a briller : allez au feu éternel* : nulle pouite de rosée, nul rafraîchissement ne viendra jamais sur vous, .filez à ce feu qui est préparé au diable : à celui qui dès le coinmenceinent n'ayant point voulu demeurer dans la vérifét est menteur f et père de mensongey me«r/Wcr^, calomniateur, tentateur et accusateur des saints; d’où vient toute iniquité : allez en sa détestable compagnie, imitateurs de son orgueil et de son impénilence, participez à ses peines : qu’il soit votre tyran, votre bourreau. Puisque vous avez voulu vous mettre dans .son esclavage, portez éternellement ce joug de fer, vous qui avez refusé le doux joug de Notre-Seigneur.

Mais voici le comble des maux : Dieu contre vous avec toute sa justice et sa puissance- Écoutez, tremblez; c'est lui qui parle : Si vous ne m'écoutez jxis, si vous méprisez mes commandements, je mettrai ma face contre tous : J'écraserai votre dureté et votre orgueil :Je multiplierai vos plaies : conmie vous marchez contre moi , je marcherai contre vous avec un caur d'ennemi^, fous serez frappés tou! ensemble dans le corps, de pauvreté , de peste, de froid, et de chaud : dans l’esprit, de Jolie, d'aceuylemenl , et de fureur : le ciel sera de fer sur vos têtes , et la terre d'airain sous vos pieds : voire rosée sera la poussière 7 ; vous ne porterez jamais de fruit : fxirce que vou.s n'aurez pas voulu servir le Seigneur en joie et dans l'abondance de toutes sortes de biens , vous serez mis dans C esclavage de votre ennemi, dans ht J'aim, dans ta soif, dans ta rtudilé , dans f indigence de tout : U mettra sur vos épaules un Joug de fer *. Outre toutes ces plaies que vous entendez, iJien vous en enverra de plus terribles qui ne sont fwint écrites dans ce livre, et qui passent tout ce qu'on peut exprimer par le langage humain : et comme le Seigneur s'est réjoui en vous faisant du bien, il prendra plaisir maintenant à vous perdre, à vous re«îvrscc9. Vous .serez a jamais sous celle impitoyable verge; sous celte verge velUanie, qu’a vue le prophète : car le Seigneur veillera clernelle-

• Matlh. vii.î3;xxv, 12. — * II. Tim. n, 19. —* P», cvm,

IS, 19. — * Mnith. %\\ , il. — ^ Jutw. TMI, 41. — Lev. XXVI. 14. 17, 19, 21 , 27, 2R. — ’ i>cw/. XXMII, 22, 2S, 24.

• Ibid. 47 , 4B- — * Ibid. 61 , 63. — '* Jenm. i, 1 1 , 12.

ment sur votre iniquité *, et ne cessera de tohs briser, de vous mettre en pièces », Pourquoi crie> vous inutilement? foire plaie est incuraiAe : je l'ai faite à cause de votre iniquité et votre dure «m//ce, dit le Seigneur par la bouche de Jéréinte* : votre endurcissement a causé le mien : vous m'avez rendu inexorable, impitoyable, inflexible : ,/üea. Et ils iront au supplice éternel : et tes Justes à lark éternelle *. C'est par là que Jésus linit sa prédication. C'est ce qu'il nous laisse à meiliter : et il na rien de plus important à dire au peuple.

.■fprês donc qu'il eut ftni tous ces discours il ne songe plus qu'aux préparatifs de sa mort ; à la pàqtie ancienne, à In nouvelle : aux dernières instructions qu'il voulait laisser à ses apôtres, àU cène; et après la cène, à la dernière prière par laquelle il cotnmem^a son sacrifice : finalement, à sa mort.

xcvni* JOUR.

Jérenile Ügurc de Jé&ux-Christ. PrûlicUoos de ce propbek.

lequel des prophètes vos pères n’oni-ils point persécuté Vu de ceux qu’ils ont le plus persécuté, pour leur avoir dit la vérité, et qui parla s'est rendu une des plus illustres figures de Jrsus- Christ, continuellement persécuté pour le mnix sujet, c'est le prophète Jérémie.

Ç'a été un des plus saints hommes de rancienoe loi. C’est le seul de tous les prophètes dont il est écrit : Je t'ai connu avant que de f avoir formé dans le sein de ta mère: et avant que tu en sortisses, Je t’ai sancfjié 7. Une sainteté avancée dao4 ce prophète, a été une des figures les plus exeellentes de celle du Saint des saints : mais commé Dieu voulait donner à Jérémie une grande part à la sainteté de Jésus-Christ, il lui en a donné uur très-grande à ses persécutions et à sa croix.

Dieu avait choisi Jérémie pour annoncer à son peuple deux terribles vérités : l'une, que la rdè sainte et le temple même allaient être détruits et réduits en cendre par l'année de Nabiichodonoser : raiilrc, que le seul moyen qui restait au peuple, aux princes, au roi même, d’éviter le dernier coup, était de se soumettre volontairement à ce roi, Dieu avait choisi pour son vengeur : en sorte qu'il ne voulait pas qu’on lui résistât, mais qu'on subit xolontairement le joug que Dieu avait mis entre ses mains pour l'imposer au roi de Judée, cl à tout son peuple.

Jérémie, par ordre de Dieu, annonçait ces vérités ; Quoi! Je ne visiterai pas les iniquités de ce peuple, dit le Seigneur? Je ferai de Jérusalf» un monceau de sable, ta retraite des serpents; ft les villes de Juda seront désolées, et saiu hnhh tants *. foici ce que dit le Seigneur, s'écrfe-t-il un autre endroit 9 : J'amènerai sur cette ville dfs maux horribles , en sorte que tous ceux gui ks

• /Mm. IX, II. — * />*«/. xxuM. is, ùi. — > v'X» |5.< XXV, «6. — » XWI, I.~ * ./r/. vu.

— ’ Jenm. t,b.—*Jbid. IX. 9, II. — •/6/rf. tix. S,ê. lOt 1 1.

MÉDITATIONS SUR LTAANGILK.

éc.nuUront, leurs oreilles leur tinleront d'élonne- décins » roi de Judu , néritera pas les mains dt s ment et de frayeur. t:lle sera un sujet d'èUmnc‘ Chaldéens et du roi de Itahijlone • , t*t le reste qu’il ment, de dérision ^ et de sifflement àtoute ta terre : prophétisa publiquement, et en presence du roi et tu briseras en leur présence un pot de terre; et durant que In ville était assiégée tu diras : .-iinsi je briserai mon peuple , et je met’ Jérémie était devenu odieux aux rois, aux saurai cette ville en pièces, comme on y met un pot crificateurs, aux prophètes et à tout Je peuple, a de terre : ce ne sera pas comme on brise un vais- cause qu’il annon<^ait ces vérités. Kt ce qui les aniseau d’or, ou d’étain, ou de quelque autre métal, mait davantage, c’est qu’il leur disait que c’élaii a qu’on peut refondre ou ressouder : mais ce sera cause de leurs péchés, de leurs idol.ltries , de leurs comme on casse et on met en pièces un pot de (erre, injustices, de leurs violences, de leurs fraudes, de qu'on ne peut plus raccommotler : et ifs seront en- leur avarice , de leurs impudicilés et de leurs adulsecelis dans Tophet, lieu abominable, parce que lères, de leur endurcissement et de leur impéniloutc la ville sera ruinée, et les environs seront rem- tencc, que tous ces maux leur arriveraient, sans plis de ses ruines; et U ne restera pour les ensevelir qu’il y eût pour eux aucune ressource, f vicire que que cette exécrable caffée, infime à Jamais par les dit le SeUjneur : .Ve ro>is trompez pas rmts-mèsacrifices impies qu'y ont offerts les Israélites, en en disant : Us Chaldcens se retireront; car

brûlant leurs fils et leurs filles à Motoch : .tinsije ils reviendront bientôt, e/ ne se retireront plus : et ferai à celle ville, et a tous ses habitants : elle sera ils prendront et ils brûleront cette ville. Et (ptand ciéserle, et abominable , comme lophet. Et pour vous auriez défait toute leur armée , et taillé en ce qui regardait le temple ; Ae rous fiez points pièces vos ennemis^ en sorte qu'il n’y reste qu’un àhnW’W pences paroles de mensonge ^ en disant: petit nombre de blessés, ifs sortiront de leurs

U temple du Seigneur, le temple du Seigneur, le (entes un a un, et ils brûleront cette ville temple du Seigneur : comme si la sainteté de ce tem- ' seule ressource qu’il leur annonçait, était de se ren* pie était capable de vous sauver seule : car je ferai dre aux ennemis : Tu diras a ce peuple : f oici ce à cette maison, en laquelle mon nom a été inroq -é, que dit te Seigneur : Je mets devant vous la roie de comme j'ai fait à Silo , ancienne demeure de iar- la vie et la voie de la mort • relui qui demeurera en elle, que J’ai détruite et rejetée. Et le Seigneur dit cette ville mourra de l’éj*ée, de la famine et de encore à Jérémie * : /Vi-/'eno l'enfréede la maison la peste ; mais celui qui en sortira, et se. rendra du Seigneur : car c’est là que je veux que tu en an- aux ( Italdéens qui vous assiègent , rirra : et son nonces la ruine : et tu leur diras : Je ferai que àme lui sera comme une dépouille qu 'il aura saucette maison sera comme Silo , un fieu désert tl vée des mains des ennemis : car j'ai mis ma face abandonné; et je ferai que cette ville sera en ma- contré cette ville en mat, et non pas en bien ; et iédiction a tous les habitants île la terre. il faut quelle soit livrée au roi de Jlabylone, et

II n’épargnait pas les rois. ! oici ce que dit le qu ’il la consume jmr le feu < : ce qu'il répéta en- • Seigneur a Jitachim , fils de Josias, roi de Juda : core à Sédécias

On ne pleurera point a sa sépulture; et scs sœurs XCIX^ JOUR

ne diront jms : llélasl mon frère; ni elles ne se

^daindront les unes les autres, en disant : Hélas'. Les souffraoc^’s de Jérémie. ma sœur : on ne criera point en pleurant : Hétas! q>|)„ étaient les dures vérités que Dieu mettait prince : hélas ! seigneur. Il sera enseveli de la sé- en la bouche du prophète Jérémie; et ce (ju'il souffrit pulture d'un âne; il est pourri, et on l a jeté hors à ce sujet |>endant quarante-cinq ans que dura son des portes de Jérusalem. .Son fils ne sera pas plus ministère, est inouï. 11 avait à souffrir mille indilieureux. Quand Jéc/ionias , Jîls de Joachim , roi gnités, qui lui faisaient dire J'ai été en dérision de Juda, serait comme un anneau dans ma main „ moz, peuple, le sujet de leurs chansons (Iroife^je l’en arracherai, dit te Seigneur :je te tout du hng du jour, et t objet de leur moquerie, livrerai entre les mains du roi de ttabylonc; et Je // rempli d’amertume ; // m’a entrré d'ahrenverrai toi et ta mère qui t'a /w/é dans ses en- synthe. Je ne connais plus le re/ms ; j'ai oublié trailles, dans une terre, étrangère, et tousymnur- tous les biens. On en venait jusqu’aux coups : et il rez. Terre, terre, terre, écoute la parole du .Sei- disait: U so/(7aiVc s'asseyera, et se taira ; H gneur. / oici ce que dit le Seigneur : Écris que cet Oaisera la terre, et mettra sa bouche dans ta homme sera stérile, et n'aura aucune pro.spérifé potif/re, pour voir s’il lui restera quelque cjf/Vdurant ses jours : parce qu’encore qu’il doive avoir rance d'étre écoulé dans ses prières. Il livrera sa des enfants, i7n’c« aura point qui lui succéile, m' joue aux coups : U sera rassasié d'opprobres. On qui soit assis sur le trône de David I voit dans ce dernier trait une image expresse du

Il ne prédisait pas à Sédécias une plus heureuse fi|s de Dieu. Et un peu après : O Seigneur, vou.% destiiH*e. / oici ce qu'a dit le Seigneur au roi qui j m’avez mis au milieu du peuple comme un arbre est assis sur le trône de David, et à tout le peu- j itéradnè, comme le mépris de tous les hommes : pie : Je vous enverrai le glaive, et la famine, et la | 'Tous mes ennemis ont ouvert impunément (a bonpeste ; et vous jcre= en étonnement , en sifflement , i che contre moi^. Ce fut dans sa patrie, dans la ville et en horreur à tous les peuples du inonde^. Sé- '

» Ibid. xxxn. 4. — * Ibid, xxtiv, 1, 2, 4. — î

* Ibid. VII, 4, 12, 14. — > Ibid. IWI, ï. fl. — * Jrr.m. XVXVII, 8, V. — * Ibid. XXI, 8, ». 10. — ^ Ibid. XXXVm. n xxn. 18, 19, 24, 2:>, 2fl, 2», * Ibid. XXIX, 10, 18. • «l kUiv. — ^ Dimcnt. lit, 14, IS. 17. 28, 29, 30, 45, 4^

cco

MkOlTATlü.NS St'U I/kVANGil.E.

d’Anatltolli , ville sninte et sacerdotale, qu’il eut le plus à souffrir du ses citoyens, et des sacriticateurs ses eornpa;;nüiis. On y conspira contre sa vie. l£t j'éUtiSf dit-il, comme un atjneuu innocent et doux qu 'on porte nu sacrijice: et je ne sacais pas ce qu'ils machinaient contre moi, en disant : Mettons dans stm pain un empoisonné : e/j'açonsle du nombre des virants, et quon ne parle plus de lui sui' la terre. Et ils lui disaient : Me prophétisez plus an nom du Seigneur, si vous ne coulez mourir entre nos mains. Mais il fallut olx'ir à Dieu : et il propiiétisa contre Anathoth , d'une manière terrible ; Je visiterai les habitants d'.Jnatlsoth : leurs jeunes gens mourront de l'épée, dit le Seigneur des armées: leurs jeunes enfants et leurs fdlcs mourront de faim et de jteste; et il ne restera rien de celte cille ; j'amènerai tout le mal sur .-inatholhy et l'an de sa risUe sera plein d'effroi

Ainsi en arriva-t-il à notre Sau\eur dans Nazareth. Il ne pouvait y faire beaucoup de miracles, à eausede leur incrédulité : car ils se disaient l’un à l'autre : M'est-ce pas ta ce clutrjfcntier ,Jiis de Marie, frère de Jacques et de Jeanl Kl n'avonsnotis pas ses sœurs parmi nous? Et Us le méprisèrent*. Il éprouva, comme Jérémie , la vérité de ce proverbe : Le prophète n’est fmmt reçu dans sa patrie. IlsVn plni;:nlt. Kl ses citoyens remplis de colère le traînèrent hors de leur cille, nu plus haut de la nnmtagncou leur cille était bâtie, pour le précipiter du haut en bas K

Ce n'élait pas seulement ses concitoyens qui machinaient contre lui, à cause de ses prophéties r tous les peuples s encourageaient à le perdre, et ils SC disaient les uns aux autres : f enez, entreprenons contre Jérémie: il n’est pas le seul prophète , ni le seul sacrifcaleur, ni te seul sage : venez, frapl>ons-le avec la langue , et ne prenons pas garde à tous ses discours. I ons savez. Seigneur, tout ce qu'ils ont entrepris contre ma vie : iLs creusaient des abimes sous mes pieds, partout ils me tendaient de.<i pièges^. Ses meilleurs amis, qui semblaient le garder, entraient dans ces pernicieux conseils : tous ne songeaient qu’a le tromper, et à se venger de lui ^ , parce qu’il leur prophétisait des malheurs. Ainsi, à chaque pas du Sauveur, il trouvait des entreprises contre sa personne. On i'appidait démoniaque, imposteur : on le chargeait de toute sorte d'injures, pour animer contre lui la haine publique : et par deux fois, en très-peu de jours, on le>a des pierres pour le lapider ; ses frères mêmes ne croyaient pas en lui * : et il fut livré par un de ses disciples.

C* JOüU.

Jérémie persécuté p.vr .ses disciples. AiiloriU.* pnt»lique.

Venons 5 cc que souffrît Jérémie, non plus seulement par de secrets complots, mais par l'autorité publique. Vhassur, sacrificateur, jUs d’Kmmer,

• Jrmn. XXI, n>, 21, 22 . 23.— » Marr. VI, 3, 4, f». ~ • J.ut. |V , 24 , 2H, 29. — * JfT^m. XVIII , IH, 22 , 2,1. — » IbiJ. VH, lu. — ■ Jinnn. 4111, bo; 31.

qui était prince dans la maison du Si âjneuf, enlendit les discours de Jérém ie ; et il frappa ce prophète, comme le prince des prêtres fil frapper le visage de saint Paul : et il mit Jérémie dans les entraves, et il fen tira le matins : et le prophète, qu’il avait injustement maltraité, lui annonija sa destinée et celle de tout le peuple. ÎJne autre fois, coinme Jérémie venait de prophétiser la ruine du temple devant le U*mple inême.fc# sacrifeaimn et les prophètes , et tout te peuple , se saisirent de lui : et iis disaient tous emembte : Il faut quÜ meure : et i l.s le déféreront aux princes de la nuiison deJuda, endîsant: Cet homme doitétre condamné a mort, parce quil a prophétisé contre cette ville et contre te temple , et qu'il a dit que le Seigneur en ferait comme de Silo*. Jésus fut accusé du inéiiie oriiniî * : on lui imputait d’être le de.structeur du temple : les sacrificateurs étaient à la tête de ses ennemis; et coinme un autre Phassur, Anne et Caïphe, les souverains sacrificateurs, le persécutaient, et prophéti.sèrenl contre lui : f 'ousne savez rien, dit C.iïpht', et vous ne pensez jms qu U faut qu'un homme meure pjour tout le peuple, et que la nation ne jsérisse pas^ : et les sacrificateurs rt les docteurs de la lui prononrèrent l’un après l'autre, comme ils avaient fait autrefois contre Jérémie; Cet homme est coupable de mort^. ^îai.s Dieu ue voulut pas que Jérémie inouriU selon leurs désirs, et la sentence des pontifes contre Jésus-Christ fut exécutée.

Jérémie fut fait prisonnier du temps du roi Joachim, à cause de scs prophéties : .Mais, romriu dit saint Paul, la jmrule de Dieu n'est point l'^. I/ordrc de Dieu vint à ce prophète d’écriréau roi Joachim ce qu’il avait prophétisé de vive voix: il mnnd.i Üaruch , fils de Nérias , et il lui dicta i]Ui devait arriver au roi et au peuple; puis il lui diî Je suis prisonnier , et je ne puLs entrer dans la maison du Seigneur. ,iUez-y donc , et lisez a» peuple, au jour de jeûne solennel, tes paroles dt Dieu que cous venez d'ouir de ma Ixntche . et le di-scours fut porté nu rni , et un secrétaire le mil en pièces, cl le roi le lit briller : et Jérémie dirla de nouveau tout ce qui était contenu dedans, et ajouta beaucoup d'autres choses encore plus terribles*- Jérémie fut fidèle à Dieu, et continua à annoncer constamment sa parole.

Page 1