CD JOUR
Jércmlr dans le cachot lénébrrox.
Après que le saint prophète eut été mis en liberté, il ntlail dans la terre de Benjamin pour quelques affaires, comme Dieu le lui avait ordonné : et comme il avait prophétisé qu'il n'y avait de salut que de se rendre au roi de Rabylone qui assiégeait Jérusalem , on le soupçonna de s’y aller rendre luimême ; et il répondit : llncst pas vrai : je ne rais pas me livrer aux Chaldéens : car il fallait que cela
• Jrrrjn. XX , 1 , 2 . .3 — * Ihiâ. X\4|, 2,«,7, «,•.
— 3 Matth. XXVI, S7, 50, «I. — ♦ J<vn. XI. 47, 41», 60- S Ihiti.WlM. 13, 14. ytnlth. \\VI . R6. — • ycrcflt. XlXVI. 2i 4 , 5, 0, H. 15, 31 .23, 23, 32.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
!tp fît pür autorité publique;, et que le roi liii>méme en donnai l'ordre. On ne voulut {>as croire le saint prophète : et les princes , après l’.ivoir fait battre de ▼eryes, le jetèrent dans le c.acliot* noir et profond , dont le fond était de la boue. Jérémie y fut descendu avec des cordes, et on l’y laissa longtemps, alîn qu'il y mourût : car il n'y avait plus de pain dans la ville : et on le laissait mourir de faim ; et les prince.s dirent au roi : ,\ons vous prions que ret homme meure : car il abat le courage de ce qui reste dans celle ville de gens courageuXj en disant qu’il faut se retulre *. 1-e voilà donc accusé de crime d'Ktat par les seigneurs : et le roi acquiesça à leur sentiment; mais Dieu lui changea lecmur, et trente hommes tirèrent Jérémie du lac de boue par son ordre.
Lorsque le prophète fut jeté dans le c.achot téné' breux il lit cette lamentation : Je rois maintenant toute ma misère , et je sens ta verge de la colère de. Dieu dont il me/rai)/)e. Il m’a éloigné de la
lumière : il nia jeté dans tes ténèbres Ma peau
s'est desséchée : ma chair est sans suc; mes os sont rompus. Un épais bâtiment me serre. Je suis environné de Jiel et de trava ’il. Il m a mis dans les ténèbres , comme les wor/5 qui ne sortiront jamais
de leur cercueil. Je suLs resserré de tous ailés
mes eniraves sont appesanties Je suis enfermé
dans un cachot de pierres ta'itlées , et il n'tj a point
de sortie On ne me donne que du pain rempli
de pierre. Je )ie suis nourri que de. cendre et de
poussière Je suis enfom'è dans le lact et on
a mis sur moi une pierre : tes eaux d'un lieu si humide fon/ tombées sur moi; fai dit : Je suis jterdu
cir JOUR.
Jérémie figure de Jc»us-Clirist par sa pAliencr
Telles furent les souffrances de Jérémie, pour avoir dit la vérité : c'est ainsi qu’il porta les traits de celles du Sauveur, qui, comme lui, fut accusé d'élre un séducteur, et de .soulever lo peuple contre l'empereur et contre l'empire : en sorte qu'il fallait le perdre comme un séditieux, et comme ennemi du prince. Jérémie eut part à cet opprobre du Sauveur. Mais il en est encore plus la digne figure par sa douceur et sa patience, que par les cruautés qu'on exen;)a sur lui injustement. Lorsque les sacrificateurs et les prophètes, et le peuple, le voulaient traîner à la mort , et criaient avec fureur qu'il le fallait faire mourir, il dit aux princes et au peuple, qui l’allaient juger r ix iieigneur m’a envoyé pour prophét’iser toutes tes choses que j’al prédites à ce temple et à cette ville. Maintenant donc corrigez-vous, et changez vos mauvaises inclinations , et écoutez la voix du Seigneur votre Dieu; et peut-être que le Seigneur se repentira du mal qu'il a prononcé contre vous. Pour mol , Je suis entre vas mains ; faites de moi ce qu'il vous plaira ; mais sachez et apprenez que si vous me faites mourir f vous livrerez un sang innocent
' JfTfm. XIXVII, 4, II, 12, 13. 14. 15. — ’ Ibil. XXXTIII. 4, », 0. 0, 10. - tl(, 1 ,2, 4.5,6, 7,9, 16, 53,54.
WI
contre vous-mêmes , et contre cette ville et ses habitants ; car, en vérité, le Seigneur m'a envoyé à vous, afin de faire entendre toutes ces paroles àvos oreilles*. Dieu permit qu'il les apaisât par des paroles si douces. On y voit une disposition admirable, puisque par hh-méme, prêt à mourir comme à vivre, il ne craint dans sa mort que les châLiments qu'elle attirera sur tout le peuple : et il dit à Sédéciasdans ce même esprit : (jue cous aije J'ait , et qu'aiqefait à vos sei’viteurs, et a tout le peuple, que vous m’avez jeté dans le cachot? (tu sont *'os prophèies qui vous disaient que le roi de Iktbyhne ne viendrait point t Le voilà à vos portes : et je n'ai fait que vous annoncer ce que Dieu avait résolu. Ne me renvoyez donc point dans ce lac, de peur que je n’y meure • : où il faut siq»pléerce qu’il avait <Ut ailleurs : et que Dieu ne vous redemande, un sang innocent Car pour lui la mort ne le touchait pas, et surtout après la perte de sa patrie; puisqu'il disait : Ne plaignez jH) ’mt le mort y et ne versez point de larmes sur lui ; mais pleurez celui qui sort de son f>ays , jxirce qu'il ne retournera plus, et ne verra jamais sa terre natale ■*.
Un prophète, nommé Ilananias, prêchait tout le contraire de ce que prêchait Jérémie, et ne donnait que ans au peuple; après lesquels on rapporterait à Jérusalem tous les vaisseaux qui avaient été enlevés du temple : et Jérémie entendant ces belles promesses, sans contredire davan- ! tage le faux prophète, lui dit devant tous les pré- } 1res et devant le peuple : Jinsi soit-il , Ilananias ' Que le Seigneur fasse comme vous dites : puissent vos paroles être accomplies plutôt que les miennes : et que nous voyions revenir les vaisseaux sacrés, et tous nos frères qui ont été transportés à Dabylonel .Mais écoutez ces paroles que je vous annonce, et à tout te peuple : Ixs prophètes qui ont été at^nt vous eta>\tnt moi, n’ont été reconnus pour tels que quand leur prédiction a été accomplie : et alors on a vu qui était celui que te Seigneur amil envoyé en vérité, ttcnmême temps Ilananias ôta du col de Jérémie ta chaîne de bois que ce prophète y avait mise par ordre de Dieu, en figure de la captivité future de plusieurs peuples : et Ilananias la mit en pièces ; et il dit : .Jinsi Dieu brisera dans deux ans le joug que Nabuchodonosor, roi de Babylone, a imposé a tous les jyeuplcs : cl Jérémie , sans rien repliijucr, xe retirait tranquillement : mais ta parole r/u Seigneur lui fui adressée , et il lui fut dit : / a , et tu diras à Ilananias,... ; lù'oute , Ilananias . le Seigneur ne t'a pas envoyé ; et lu as donné à ce jjeupie une confance trompeuse. Pour cela, voici ce que dit le Seigneur : Je t'ôterai de dessus ta terre : tu mourras dans fan , parce que tu as parlé contre le Seigneur. JJ le prophète IJananias mourut dan.f l’an , au septième mois^. Ainsi Jérémie toujours patient , et par lui-même prêt it
' Jr-mn XXVI, 11, 12. 13, 14. 15.— * tbiJ. XXXVII, I7. IH. — * Ihtd. XXVI, 1&. — • Ibiü. XXII, lu. — * Iblft. XXVIU I fl »'«1.
Ml-DITATIO.NS SLR l/KVANGIIÆ.
COJ
ceüer à tous ceux qui parlaient au nom du Seigneur, ne disait des choses fortes que lorsque le Seigneur le faisait parler, et se montrait tout ensemble le plus doux et le plus ferme de tous les hommes de son temps, en biture de Jesus-Otrist, qui disait lorsqu'on lui donnait un soudlet '.Si j'ai mal dit, conrahiqur>mni : slj'aibten dit, pourquoi me frappez-vous * ? et ailleurs : Je ne suis j)oint un possédé y mahje glorifie mon Père* \ et encore : f ans cherchez a me tuer, moi qui vous al dit la ccrité : ylbraham , dont cous cous ranlez d'étre les na jxis fait aînsi^. C’est ainsi que,
sans armer sa justice, U leur reprochait leurs saitmiinaires desseins : cl encore qu’il edt en main la ven^teance de leur incrédulité, personne n'a été frappé de mort , comme le fut Hananias pour avoir contredit Jerémie. Il n’a eu que de la douceur pour ses ennemis; et pour épargner tts hommes, il ii’a ntoatré la puissance qui lui était donnée pour punir, que sur cet arbre qui fut desséché à sa voix; car il fallait que sa bonté éclatdt au-dessus de celle de Jerémie; et nul Itomme ne devait périr à ses yeux , ni à sa parole.
Il est vrai qu’il apprend aux Juifs avec indignation le riiAtiment inévitable de leur infidélité. Et vous tiisait-ii < , accomplissez ta mesure de vos pères : serpents, engeance de vipères , comment éviterezvous ta damnation de ta gène y c’est-a-dire l’enfer? Mais tout cela, qu'était-ce autre chose que leur prédire leurs malheurs, afin qu'il les évitassent? Je vous enrôle, disait-il , des prophètes, et des sages, et des docteurs: vous en tuerez et Crucifierez quelques-uns; vous en flagellerez d’autres , et vous les ixnirsuivrez de ville en ville, afin que tout le sang innocent tombe sur cous , depuis te sang d'.tbette juste , jusqu'au sang de Zacharie, Jits de liarachie, que vous ores fait wiownr entre le temple et Vautet^. K’était-ce pas leur faire voir leur perle future; et cependant, autant qu’il pouvait, épargner leur sang? Ce qui fait meme qu’en leur découvrant la tempête qui les menaçait, il leur montre le sdr asile qu’ils pouvaient trouver sous ses ailes. Jérusalem, Jérusalem, qui fais mourir tes prophètes , et qui lapities cens qui te sont envoyés, combien défais ai-je voulu rassembler tes enfants sous mes ailes, comme la poule renferme son nuisons tes siennes ; et tun'asjMs i'ouln^\ .%’impute donc tes malheurs qn’À toi-méme : H si tu veux les éviter, reviens à moi. Il est encore temps, et je suis prêt à te recevoir.
cni' JOUR.
Patience de Jérémie dana te cacliot.
Mais l'endroit où Jérémie üt le mieux parailre l'image de la douceur et de la patience, qui devait rehiire dans la passion du Sauveur, fut celui où on le mit dans le cachot. ('.;ir alors, sans murmurer, sans se plaindre , au milieu de tant de douleurs fl de tant d'angoisses, il parla en cette sorte : Mon
• Jnnn. WHI. i ri/i(J. vill , 49. — > th«t. 40, —
* ynllS. xviil , 33. 33, — » Ibitt. 31, 3D. — « Ihitl. VJ.
âme a dit : Ia Seigneur est mon partage . j'attendrai ses miséricordes, sans lesquelles nous serions déjà tous ronsuméjf. Ir Seigneur est bon a celui qui espère en lui, et a l'âme qui te cherche: U est bon d'attendre en sUejtce le salut que Dieu enroie. Ix)in de se plaindre de la longue suite des maux qu'il avait eu à souffrir : Il est bon à l'homme, disail-il, de jmrter le joug , et d'étre exercé par les souffrances dés sa jeunesse. Le solitaire s'asseyera et demeurera dans le silence : il ne s'agitera pas et ne criera pas dans ses douleurs; parce qu'il lèvera ce joug salutaire, et le mettra sMr lui-même. Quelque rebuté qu'il se sente par un Dieu qui semble le frapper sans miséricorde , il baisera la terre, et, mettant sa bouche dans la poussière , il attendra humblement s’t7 y a encore quelque chose a esi)érer. Loin de s'irriter contre ses persécuteurs, ildonneru sajouea qui le voudra frapper, et se rassasiera </'üyj/>ro6rc«'. C’cslainsi quece solitaire, cet homme accoutumé à se retirer sous les yeux de Dieu, et à répandre son cœur devant lui, porte en patience les injustes persécutions que lui fait son peuple, et ne se laisse aigrir par aucune injure.
Loin de s’arrêter à la main des hommes, qui, à ne regarder que l’extérieur, semble seule le frapper, il lève les yeux au ciel : Et, dit-il, qui est celui qui osera dire que les maux puUscnt arrirer aulrement que j>ar l'ordre du Seigneur f Et qw dira : Ije bien et le mal ne sortent point de la bouche du Très-Haut? Oupourquoi T homme murmurera-t-il de ce qui lui est imposé pour ses péchés? Hecherchons nos voies dans lejond de nos cofiscietices , et cherchons te Seigneur, et retournons a tui. Ijcvons nos centrs et nos mains au ciel vers te Seigneur, et disons-tui : Sous avons péché, et nous avons irrité votre colère ; c'est pour cela que vous êtes inexorable, f ous nous ara counrts de cotre fureur : vous nous avez j'rap/és sans miséricorde : et vous avez mis un nuage entre vous et nous, pour empêcher notre priere de jxtsscr jusqu'à vous ».
C’est ainsi que ce saint prêtre, à la manière des sacrificateurs infirmes, qui sont eux-mêmes revêtus de faiblesse, priait pour ses pèches et pour ceux du peuple : laissant au vrai sacrificateur, selon l'ordre de Mclchisédech , la gloire de ne prier el ne gémir que pour les autres. Kt pour imiter Ir gémissement qu'il a fait pour nous à la cro'uvanc un grand cri , et beaucoup de larmes^-, ce saint prophète dans ce lac affreux, dans ce cachot plein de boue, où le jour n'entra jamais : sous celle pierre qui le couvrait par en haut, et au milieu de ces tristes et impénétrables murailles, où il avait à peine la liberté de respirer : dans la faim qui le pre.ssait , prêt à rendre les derniers soupirs , déplorait les calamités de son peuple plus que les siennes H(das , disait-il , mes tristes projihéties nous sont devenues un lacet et un ramge inévitable mon wit a ouvert des canaux sur fnon visage, fl
* hitunii. III, 33, 31. 2T|, 26,27, 2«, », 30. — * /M. Ii 7. 4i. — * //<*- » , 7. ~ * Liintftti. lU. C. “ rt M-q
MEniTATIONS SUR I/ÉVA.NGILE.
cause de la ruine de la fUle de mon peu}>le. Mes yeux ajjliyés h ont cessé de pleurer f et n ont eu de repos ninuit ni jour,jusffn'a ce qu'il plaise a Dieu (te nous refjarder en pitié du plus haut des deux. Mes regards ont livré mon àme en proie a la douleur, pendant que j'ai eu périr toutes les villes si^ettesa Jérusalem
uinsi qu'il pleurait les maux de ce peuple ingrat; de ce peuple qui avait tant de fuis machiné sa mort, et qui l'avait enfoncé dans le cachot , dans le dessein de le faire mourir. Ainsi, au milieu de sa passion, Jésus traîné au Calvaire par le nnhue peuple, et portant sa croix, se retourna vers celles qui pleuraÎL'nt ses douleurs, et leur dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais sur vous et sur vos enfants*. Lui-méme en regardant la ville où il devait être crucilié dans peu de jours , pleura sur elle, en disant : Ha! si tu sacais, ville ingrate et malheureuse, ce qui te ponçait donner la paix! mais ton malheur est caché a tes yeux : viendront les Jours, et iis sont proches, que tu seras ruinée de fond en comble, parce que tu n'as pas connu le Jour où Je te venais visiter^. Et enün : Jérusalem , Jérusalem , qui fais mourir les prophètes, combien de J'ois ai-je voulu rassembler tes enjunts, comme une poule rassemble ses j)etUs^\ Et le reste que nous venons de réciter.
C'est ainsi que Jésus pleurait Jérusalem : et il n’a point de plus parfaite ligure de scs douteurs, que celles de Jérémie, et ces tristes lamentations, où il a si amèrement déploré la ruine de sa patrie, et pendant qu'il la prédisait , et après qu'il l'eut vue accomplir, qu'encore aujourd'hui on ne peut refuser des larmes à des chants si lugubres.
Pleurons à cet exemple sur nous-mêmes : pleurons la perte de notre âme ; et tâchons de ta réparer en la déplorant.
CIV' JOUR
jerérole priant avec larmci pour son peuple qui Poutrage, figure de Jcsus-Cltrùt.
Ces larmes de Jérémie étaient une continuelle intercession pour son peuple. (Jue mes yeux deviennent une fontaine de larmes, et ne cessent ni Jour ni nuit de verser des pleurs : parce que la fille de mon peuple est affligée d'une trés-manraise plaie. Si Je vais aux champs , Je ne trouve que des (jens passés au fil de f épée; et si Je rentre dans ta riUeJe n 'y vais que des visages pales cl exténués jHir la faim. Ksl-ce donc , 6 .Seigneur, que vous avez rejeté Juda f ou que rous arez .Sion en abomination? Pourquoi donc les avez-vous frapj)és , en sorte qu'il n'y reste rien de sain? \ous avons attendu la paix, et il n'y a aucun bien à esq)érer; nous avons cru que le temps de. notre guérison allait venir, et U ne nous a jmru que trouble. .Seigneur, nous avons connu nos impiétés, et les iniquités de nos /jéres : nous avons ftéché contre vous. Toutefois ne nous faites jms t'oppr(J)re des na-
' Lam' ul. Il, 47, &l. — * Lvr- XXni, 2S. — ' Ibirt. XIX, tl, 44. — * Mjtlh. ixm, a*.
cr.z
tions , à cause de votre saint nom : et ne remersez pas le trône de votre gloire'... Si nos iniquités nous répondent, et s’opposent à la miséricorde que nous \ous demandons \ faites-la-nous néanmoins, non point pour l'amour de nous, et a cause de nos mérites, mais a cause de l'olre saint nom qui aété invoqué sur nous. Car souvenez-vous de t’utUance que vous avez contractée avec nous , et ne la remlez pas inutile. Hélas! 6 Seigneur, trouverons-nous un Dieu semblable à vous parmi tes peuples ou vous nou.s dispersez? Quelqu’une de leurs idoles nous donnera t-elle la pluie; ou cette eau bienfaisante tombera-t-elle du ciel toute seule , et sans votre ordre? Xétes-rous pas le Seigneur notre Dieu, dont nous avons attendu les miséricofulest C'est rous qui avez fait toutes ces choses *.
C'est ainsi que Jérémie priait nuit et jour avec larmes et gémissements, pour un peuple qui ne cessait de l'outrager, et de le poursuivre à mort; en figure de Jésus-Christ notre grand pontife, qui dans les Jours de sa chair, de ses faiblesses, de ses souffrances, de sa vie mortelle , offrant des prières et des supplications à son Père, fut exaucé selon que le méritait son respect^ : et qui enfin à la croix, où ce même peuple l'avait attaché, criait à son Père : Mon Pere, pardonnez-leur ; car ils ne savent ce qu ils fonD .
Dieu lui apprenait à accomplir le précepte, que Jésus-Christ devait un jour publier : Priez pour ceux qui vous persécutent^. Car il disait : Pend-on ainsi le mal pour le bien; puisqu'ils m'onl creusé une fosse pour m'y mterrer, n)oi qui étais sans cesse occupé du soin de leur bien faire.’ Souvenezvous, ô Seigneur ! que J'étais toujours devant vous , pour rous demander du bien pour eux, et détourner d'eux votre coière^. A la vérité, ce discours de Jérémie semble être suivi de terribles imprécations contre ce peuple; mais on sait que, selon le style des prophètes , cela même sous la ûgure d’imprécation, n'est qu'une manière de prédire les mallieurs futurs de ces ingrats. Et c'est pourquoi nous voyons le même prophète, quand il eut vu tomber sur eux les maux qu'il leur avait prédits ; loin d'en ressentir de la joie, comme il aurait fait s'il leur avait souhaité du mal , fondre en larmes à la vue de leur désastre , et finir ses laineutalions par cctle prière : Souvenez vous, Seigneur, de ce qui nous est arrivé : regardez-nous : voyez notre
honte Pourquoi nous oubliez-vous à Jamais?
/ os délaissements dureront-ils encore longtemps T Convertissez-nous à vous, et nous serons convertis, et vous nous fmrdonnerez; rendez-nous les Jours où nous étions si heureux : rétablissez-nous en l’état où nous étions au commencement. Mais f^>us nous avez rejetés, et la cokre que vous avez contre nous est extrémcT.
* Jerrm. XIV, !7, SI. — * Ibid. 7, SI. — * Hfb.
V , 7. — * Luf'. \xiii, 34. — ‘ V, 44. — *Jerrw. xvrn ,